Peut-on et doit-on rire de tout?

A la suite d’un sketch des deux Vincent moquant le monde du théâtre et d’une vidéo de l’humoriste Claude-Inga Barbey dans la peau d’une personne transgenre, le débat sur le droit de rire de tout est réapparu ces derniers jours. Haine, insultes et même menaces de mort, à l’heure actuelle oser s’attaquer à certains sujets de façon humoristique comme par exemple la maladie, la religion ou les LGBT signifie prendre de gros risques. Hier, le célèbre sketch d’Elie Semoun et de Dieudonné, Cohen et Bokassa, passait sans problème. Aujourd’hui, le même sketch serait inimaginable. En 2021, peut-on encore rire de tout?

Depuis une année, la Suisse, l’Europe et le reste du monde vit au ralenti. La pandémie de Covid-19 a complètement remis en cause nos manières de vivre : plus de sorties culturelles (musées, théâtre, cinémas), plus de dégustation de bons petits plats au restaurant, plus le droit de s’embrasser, etc. Dans ce contexte, le temps de la rigolade ou des gags n’est pas forcément la priorité des gens. Et pourtant, je pense qu’au contraire un peu de légèreté ne nous ferait pas de mal. Face aux incertitudes économiques, à la méfiance des vaccins, au ras-le-bol des mesures, une bonne dose d’humour est plus que bienvenue. J’avoue n’avoir pas très bien compris les deux récentes polémiques sur les sketches évoqués précédemment. Je les ai regardés et n’ai pas trouvé quelque chose d’offensant. Dans nos démocraties libérales, je crois sincèrement au besoin de rire, de caricaturer, de moquer dans un esprit bon enfant et respectueux. Les artistes de scène, les humoristes, les youtubeurs sont là pour divertir nos esprits, déjà mis à rude épreuve quotidiennement par le travail, la vie de famille et depuis une année par le coronavirus. Quand j’ai entendu les propos de Jacopo Ograbek (Collectif radical d’Action Queer et avocat) et de Dominique Ziegler (auteur et metteur en scène) l’autre soir sur le plateau d’Infrarouge, ils étaient à mon goût déplacés voire agressifs. Au point de se demander s’il arrive à ces deux messieurs de rigoler de temps à autre, tellement ils ont remis en cause le travail d’une comédienne comme Claude-Inga Barbey.

Nous pouvons et devons rire de tout mais sans jamais entrer dans la haine ni l’exclusion d’un groupe de personnes voire d’une minorité. Rigoler des blancs, des métisses, des noirs, du christianisme, du bouddhisme, de l’hindouisme, de l’islam, du judaïsme, des politiciens, des stars a toujours existé. Je n’ai trouvé aucune trace de propos violents ou déplacés dans le sketch des deux Vincent ni dans le sketch de Claude-Inga Barbey. Les actrices et acteurs du monde culturel doivent bénéficier d’une certaine liberté dans leur performance artistique tout comme les dessinateurs de presse. Attention au risque de vouloir tout ou trop censurer, on finira par poser les jalons d’un régime dictatorial où rigoler vaudra la peine de mort.

Jonathan Luget

Jonathan Luget est né en 1993, un mois après la visite du premier chef d'Etat européen, François Mitterand, dans la jeune République du Kazakhstan. En marche avec un CFC, deux maturités et deux diplômes SAWI (communication et réseaux sociaux). Les loisirs se partagent entre la lecture d'ouvrages géopolitiques, la rédaction d'articles, la cuisine et la natation.

10 réponses à “Peut-on et doit-on rire de tout?

  1. Merci poir ces belles lignes.
    Le jour où, par malheur, nous aurons perdu le sens de l’humour, alors cette fois nous aurons vraiment tout perdu!
    Je viens d’apprendre que Georges Pompidou, malade, avait dû quitter précipitamnent le Noël des enfants de l’Elysée à cause de son état de santé. Pour s’excuser il avait dit: “si le travail c’est la santé, alors j’en fiche pas une”…! A méditer! Bien à vous.

  2. J’ai suivi ce débat, et je partage totalement votre avis. Heureusement que M. Chappatte était présent.
    Souhaitons que tout cela ne soit que le fait d’une soupape mise sous pression depuis un an, même si je n’en suis pas convaincu.

    1. Bonsoir, comme vous je suis d’accord avec Chappatte et je l’ai trouvé vraiment calme lors de ce débat. Trop de censure (vidéos humoristiques ou dessins de presse) finir par tous nous plonger dans une dictature. C’est sûr, hélas!

  3. Oui, heureusement que Chapatte était là!: élégant dans l’apparence comme dans le discours, mais pas seulement élégant, aussi d’une belle intelligence, tout comme les sketches de Claude-Inga.
    Suis sidérée par l’attitude de D. Z et l’avocat de la communauté LGBT, attitude qui fait peur soyons honnêtes. Attitude alimentée par la jalousie et la paranoïa….

    1. Bonjour Fan d’Inga, merci pour votre commentaire.
      Je n’ajouterai pas d’autres mots car je suis entièrement d’accord avec vous.

  4. Bonjour
    Je suis habituellement un tenant de on doit rire de tout, surtout des sujets tabous.
    Je n’ai pas vu le débat dont vous parlez.
    Par contre j’ai regardé le début du sketch en question, qui me semble manquer cruellement de ressorts comiques.
    Il s’agit à mon avis uniquement d’une reprise de discours LGBT sans mettre en avant de contradictions, juste sur un ton moqueur, avec un avis entendu que ces discours sont ridicules en soi.
    (Comment dois-je vous appeler alors ? Georges ? … )
    Même si je ne suis pas pour clouer au pilori l’autrice d’un sketch qui ne me fait juste pas rire, je trouve qu’il s’inscrit juste dans une ridiculisation d’une lutte, qui nie aux personnes concernées l’expression de leur ressenti, en le déclarant a priori comme inaudible. Il participe donc à mon avis d’une logique de domination, contre laquelle je souhaite m’opposer.
    Merci de votre lecture, et éventuelle réponse.
    Alexis

    1. Bonjour Dubout Alexis, merci pour votre commentaire.
      C’est votre opinion et je me dois de la respecter. Toutefois, je ne partage pas votre opinion. L’humour sur les LGBT, les Noirs, les Juifs, les Blondes, etc., a toujours existé. Cela n’est pas nouveau.

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