“Get Brexit done”

S’il fallait retenir un seul évènement des fêtes de fin d’année passées, ce serait sans aucun doute l’accord sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Les négociateurs des deux camps ont réussi à se mettre d’accord sur les dernières modalités encore ouvertes. Cet accord conclu la veille de Noël permet d’entériner définitivement le Brexit. Autrement dit, le divorce entre Bruxelles et Londres est scellé. Tant du côté du 10 Downing Street (résidence officielle et lieu de travail du Premier ministre britannique) que du côté de Berlaymont et Europa (respectivement les bâtiments de la Commission européenne et du Conseil européen), on s’est réjoui de cet accord in extremis. Une situation sans accord aurait eu des conséquences dangereuses sur l’économie européenne et britannique, déjà ébranlées par la pandémie du coronavirus. Mais au fait, quel est le contenu de l’accord? Qu’est-ce qui va changer pour les résidents britanniques établis dans l’UE et pour les Européens au Royaume-Uni?

Un accord en 1246 pages

Le texte de l’accord sur le Brexit entre Londres et Bruxelles se décortique en 1246 pages. Il permet de fixer le cadre des relations économiques et commerciales au 1er janvier 2021. Je ne pourrai pas m’arrêter sur chaque point négocié mais dans les grandes lignes, cet accord fixe des règles dans les domaines suivants : les biens, la concurrence, les différends, la pêche, les transports ou encore la coopération judiciaire. Le texte complet, pour les motivés, peut être téléchargé ici. Les droits des 4,2 millions de citoyens européens établis au Royaume-Uni et qui ont fait une demande de statut de résidence l’automne passé seront protégés. Les Européens qui souhaiteraient s’établir au Royaume-Uni après le 1er janvier 2021 seront soumis à des conditions plus drastiques. L’âge, la maîtrise de l’anglais, le niveau d’études et les finances seront pris en compte pour obtenir un visa, valable 5 ans.

Quant aux Britanniques déjà domiciliés en Europe continentale avant 2020, ils conserveront leurs droits. Et pour les Britanniques qui voudraient s’établir sous le soleil espagnol ou croate, ils seront soumis aux mêmes contraintes (capital financier, exigences linguistiques, assurance santé, etc.) que les ressortissants de pays tiers.

Le trio gagnant du Brexit

L’Union européenne, le Royaume-Uni et la Suisse mais indirectement concernée peuvent se réjouir de l’accord trouvé et signé au sujet du Brexit. S’il n’y avait pas eu d’accord, les échanges économiques entre Londres et l’UE se seraient passés selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est-à-dire avec des droits de douane, des quotas et une plus grande bureaucratie aux frontières. Un scénario d’horreur qui voulait être évité des deux côtés de la Manche. D’ailleurs, on a tous vu ces embouteillages montrant des camions voulant se rendre soit sur le continent soit au Royaume-Uni. Il aura fallu quatre ans et demi pour parvenir au bout des difficiles négociations, entamées dès 2016 par l’ancienne Première ministre britannique Theresa May. Le “no deal” a été évité et le duo Ursula von der Leyen et Charles Michel comme Boris Johnson sont tous les trois gagnants au final. Personne n’a perdu la face, même pendant les heures les plus dures des négociations. Une future relation actée et même signée de la main de Sa Majesté La Reine.

PS : quid de la future relation entre la Suisse et le Royaume-Uni? La Suisse s’était évidemment préparée autant que possible à la sortie britannique du club européen. Elle a signé plusieurs accords bilatéraux en ce qui concerne les transports, les assurances, le commerce ou encore la migration. Notre future relation est assurée, ouf! Le Président de la Confédération cette année Guy Parmelin a même salué la signature du traité commercial entre le Royaume-Uni et l’UE. La seule chose que l’ont peut regretter est l’absence de tout contact au sommet de l’Etat entre la Suisse et le Royaume-Uni. Depuis 2016, pas une seule rencontre officielle à Berne ou à Londres entre, côté suisse Johann Schneider-Ammann (2016) / Doris Leuthard (2017) / Alain Berset (2018) / Ueli Maurer (2019) ou Simonetta Sommaruga (2020), et côté britannique Theresa May (2016-2019) ou Boris Johnson. Seuls deux faits à retenir : une rencontre bilatérale entre Doris Leuthard et Theresa May à New York en marge de la 72e Assemblée générale de l’ONU. Et un entretien bilatéral entre Alain Berset et Theresa May à Davos en marge du WEF.

Guy Parmelin rencontrera-t-il cette année le Premier ministre britannique Boris Johnson? Photo : Peter Klaunzer | Keystone-ATS

Jonathan Luget

Jonathan Luget est né en 1993, un mois après la visite du premier chef d'Etat européen, François Mitterand, dans la jeune République du Kazakhstan. En marche avec un CFC, deux maturités et deux diplômes SAWI (communication et réseaux sociaux). Les loisirs se partagent entre la lecture d'ouvrages géopolitiques, la rédaction d'articles, la cuisine et la natation.

5 réponses à ““Get Brexit done”

  1. Bonjour, il me semble que le projet d’accord défendu par Theresa May et tant décrié par BoJo était plus avantageux pour les anglais et incluait un accord sur les services financiers !

    1. Bonjour Eric Parisot, je vous remerrcie pour votre remarque. En quoi trouvez-vous l’accord de Mme Theresa May mieux que l’actuel, celui de Boris Johnson?

  2. Cher Jonathan,
    je me réfère à ton P.S. alors que des hordes d’Anglais bouchaient régulièrement Cointrin et adorent les alpes Valaisannes, les autochtones un peu moins, le manque d’échanges politiques me surprend.

    Attendons de voir de quoi il en retourne il y en a du chemin à faire pour appliquer 1246 pages.
    N.B. je me réjouis de revoir mes fistons dès que possible

    Salutations à toi et ta famille.
    Amitié
    Giorgio

    1. Hello Giorgio, meilleurs vœux pour 2021 😉
      J’ai vu l’histoire de la filature, ces Anglais qui sont partis en douce alors qu’ils devaient rester en quarantaine. Pas une bonne image pour la station de Verbier, non? Le manque d’échanges politiques me surprend aussi, c’est quand même notre 5 ou 6ème partenaire commercial. Bonne chance à ceux qui veulent se plonger dans ces 1246 pages 🙁
      Tu retournes quand à Londres?
      Je transmets, merci! Pareil du côté de Genève 🙂

      1. j’y retournerai le plus vite (dès que) possible ne serait-ce qu’en transit puisque l’ainé habite Edinbourgh et le cadet Brighton (y)

        Bien à toi
        Giorgio

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