Il est où le corps ?

 

Les ateliers de pratique théâtrale battent son plein, dans la petite salle du théâtre Am Stram Gram ! Sous le regard bienveillant de Mariama Sylla, une poignée d’adolescent.e.s joue.

Morceaux choisis

Mariama ?

Oui

J’ai une question

Laissez-les travailler

Bien sûr

OK cinq minutes

Il est où le corps

Moi je suis assise

On est obligé de faire ça ?

Deux minutes

Youssef tu veux dire quoi

Ben l’ami tu le vois l’ami

Ouhai

Mom vom zom

Merci je serai plus au clair

Cléa Simon investissez

Investissez

Vie ou mort

Investissez les jambes

Je vais mettre du son

Tu joues avec les mêmes mots

On peut faire plus mais on peut faire moins

On a le droit d’être en lien avec un corps sans parler

Tu veux partir

Vraiment

Ton corps veut s’en aller

Tu le prends là

Mais Milo j’y crois pas

Fais-le pour de vrai

Mais je peux pas j’ai une feuille dans la main

Comment je mets le corps là-dedans

J’ai l’intention mais j’ai pas le corps

Rappelez-vous que quand on joue un truc général

On joue rien

Joëlle Gagliardini

Joëlle Gagliardini

Joëlle Gagliardini enseigne aujourd'hui le dessin et l'illustration de mode à la HEAD - Genève. Illustratrice du réel, elle s'installe dans les théâtres et les jardins, pour saisir les images et les mots des habitant.e.s de ces territoires vivants.

4 réponses à “Il est où le corps ?

  1. « Quand on joue un truc général on joue rien » (cela me touche !)

    J’ai un souvenir heureux qui me revient. Est-ce que c’était pour jouer, parce qu’après nous avions envie de rire ? Avant de commencer nous nous sentions très sérieux, c’était pour vivre ! Parfois triste ou inquiète, elle ou moi, nous ne savions pas pourquoi. L’un ou l’autre proposait : « Faisons l’étoile… » Nous nous couchions au salon sur le dos, comme sur deux lits qu’on aurait mis en long tête à tête. Nous nous tenions doucement par les mains, puis écartions tout grand les bras et les jambes. C’était l’étoile ! Une étoile que nous pouvions voir briller yeux fermés, nous en entier ! Mon amie me disait ensuite : « Si ma mère me voyait faire ça, elle dirait qu’avec toi je deviens folle… » Et moi : « Ma mère qui dit souvent que tout le monde est fou, elle comprendrait que nous ne le sommes pas ! »

    Ce n’était ni un rituel, ni un jeu, c’était pour savoir ce que nous avions peur de perdre, sans le dire à personne. Il n’y avait pas que l’étoile, mais aussi : « Faisons l’araignée, toutes les araignées me font peur, sauf toi et moi… » Parfois notre scène était un mouvement où nous nous retenions : « J’ai envie de faire l’ancre que tu tires dans le sable, mais ne me lâche pas ! Je resterai partout où tu me tiens ! »

    Cela n’a jamais été un spectacle, mais je m’en souviens maintenant comme si je nous voyais encore : Une étoile, une araignée, une feuille morte, un coquillage… Puis nous étions de nouveau deux personnes qui s’embrassaient en riant !

    Merci de me redonner mes souvenirs.

    1. Merci beaucoup… Est-ce que je peux rajouter un court commentaire dans le sujet du blog ? Ces enfants du théâtre sont libres pour être dans ce qu’ils font et disent, c’est le secret pour que leur pensée puisse continuer à bien vivre plus tard, comme dans une maison toutes fenêtres ouvertes les beaux jours, et même quand il pleut, dehors ou sous le plafond. J’étais sans écriture et sans mots durant toute ma scolarité et même après. C’était ma mère qui me faisait mes dissertations au gymnase, bien qu’elle ne parlait pas bien le français elle parvenait à fabriquer un puzzle en se servant des livres dans la grande bibliothèque que mon père voulait avoir au salon pour que ça fasse bien. Et pendant qu’elle fabriquait ma dissertation elle disait : « C’est ça qu’il faut mettre, je trouve que c’est idiot mais pour le professeur ce sera intelligent, le but c’est d’avoir une bonne note ». Et elle faisait de très bonnes notes ! C’est il y a deux ans seulement que j’ai osé commencer à écrire pour dire ce que j’aimais. Dessiner m’a beaucoup aidé à vivre, c’est toujours ce que je préfère, mais j’avais besoin de parler. Le dessin qu’on montre d’habitude il se tait.

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