Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 5 : Les formes de la force

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Ce cinquième chapitre – sur les treize que compte le traité -, fixe l’usage judicieux des forces des lois de la nature : physiques et intellectuelles, visibles et invisibles.

Son titre peut aussi être : ‘De la contenance’ ; ‘Puissance stratégique’ ou ‘Energie’ selon ses interprètes.

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Il est écrit:

  Généralement, le commandement du grand nombre est le même que pour le petit nombre, ce n’est qu’une question d’organisation. Contrôler les grands et les petits nombres n’est qu’une seule et même chose, ce n’est qu’une question de disposition et de transmission des signaux (communications).

  Ayez la connaissance des talents et des capacités de chacun de vos officiers tant généraux que subalternes, afin de pouvoir les employer avec avantage lorsque l’occasion sera venue.

  Faites toujours en sorte que tous ceux que vous devez commander soient persuadés que votre principale attention est de les préserver de tout dommage.

  L’usage judicieux des forces régulières (normales) et extra-ordinaires (spéciales) – en combinant actions directes et indirectes -, permet aux combattants d’une armée de supporter le choc adverse et de soutenir sans défaite les attaques ennemies. (Directe: fixer et capter l’attention – Indirecte : rompre là où le coup n’est pas anticipé).

  La connaissance du vide et du plein leur confère, au point d’impact, la force maîtrisée d’une meule écrasant des œufs.

  Le stratège maîtrise ces forces et sait user de moyens réguliers et conventionnels au moment de l’engagement et recourir aux forces non conventionnelles et aux moyens extraordinaires pour emporter la victoire.

  Les ressources des véritables experts en utilisation des forces spéciales sont tout aussi infinies que celles des Cieux et de la Terre ; aussi inépuisables que les flots des grandes rivières.

Ces forces extraordinaires savent se cacher puis réapparaître indéfiniment comme le soleil et la lune. Elles expirent, puis renaissent à la vie, comme le cycle des saisons qui se répète sans jamais s’arrêter.

  Vous attaquerez dans le visible du découvert, mais votre victoire se compose d’une habile combinaison de forces qui doit aussi prendre en compte l’invisibilité du couvert, le grand jour comme les ombres ténébreuses, les apparences et les secrets. Ceux qui possèdent la compréhension de ces combinaisons dans la gouvernance de leurs forces possèdent l’art de vaincre ‘en secret’.

  Bien qu’il n’y ait que cinq notes, cinq couleurs et cinq saveurs fondamentales, ni l’ouïe, ni l’œil, ni le palais ne peuvent en connaître les infinies combinaisons. Il est impossible de les saisir toutes.

  Ceux qui en possèdent la connaissance sont les architectes d’un mouvement perpétuel insaisissable et imprévisible qui combinées aux deux forces stratégiques – ordinaires et extraordinaires -, engendrent des combinaisons si variées que l’esprit humain est incapable de les embrasser toutes. Dans l’art militaire et la gouvernance des forces, il n’y a certes que ces deux sortes de forces principales mais leurs combinaisons étant sans limites et mutuellement productives, elles interagissent l’une l’autre pour former un cycle perpétuel : celui d’un anneau ou d’une roue sans fin ni commencement.

  La maîtrise de ces forces par les stratèges et les bons gouvernements est comparable au Ciel et à la Terre, dont les mouvements ne sont jamais sans effet : ils ressemblent aux fleuves et aux mers dont les eaux ne sauraient tarir. Fussent-ils plongés dans les ténèbres de la mort, ils peuvent revenir à la vie ; le jour et na nuit, ils ont le temps où il faut se montrer, et celui où il faut disparaître.

  Si chaque opération particulière a des parties qui demandent le grand jour, et des parties qui veulent les ténèbres du secret, vouloir les assigner, cela ne se peut ; les circonstances peuvent seules les faire connaître et les déterminer : Si c’est par son élan que l’eau des torrents se heurte contre les rochers, on oppose les plus grands quartiers de rochers à des eaux rapides dont on veut resserrer le lit. C’est sur la mesure de la distance que se règle le faucon pour briser le corps de sa proie.

  Leur promptitude jointe à l’expérience favorisent ainsi l’habileté de ceux qui, dans leur irrésistible élan savent régler avec précision leurs actions. Ils possèdent la maîtrise de l’arbalète bandée au maximum de sa puissance ; sa rapidité d’action égalant celle de sa précision.

  Dans le tumulte et le vacarme, la bataille paraît confuse, mais il ne s’agît pas de désordre. Dans le fort de la mêlée et d’un désordre apparent, ils savent garder un ordre que rien ne saurait interrompre. Repliées sur elles-mêmes, comme une sphère que nul ne peut percer, les troupes sont disposées tels un globe qui présente une égalité parfaite entre tous les points de sa surface ; fortes partout, car partout leur résistance est la même.

  L’ordre ou le désordre dépendent de l’organisation des corps, le courage ou la lâcheté des circonstances, la force ou la faiblesse des dispositions.

  Mais savoir garder un ordre idéal au milieu même du désordre, cela ne se peut sans avoir fait auparavant de profondes réflexions sur tous les événements qui peuvent arriver.

  Au centre de son dispositif, un habile stratège possède l’art de bien gouverner ses troupes en les faisant agir avec diligence et puissance. Il peut ainsi faire naître la force du sein même de la faiblesse apparente, il sait faire sortir le courage et la valeur du milieu de la poltronnerie et de la pusillanimité.

  Au-delà même de son habileté à diriger et motiver ses troupes, le commandant stratège maîtrise l’art de faire mouvoir à son gré les ennemis. Ainsi, ceux qui s’entendent à provoquer un mouvement de l’ennemi y parviennent en créant une situation à laquelle celui-ci doit se plier.

  Ceux qui le possèdent – art admirable -, disposent de la contenance de leurs gens et de l’armée qu’ils commandent, de telle sorte qu’ils créent les manifestations de formes afin que l’ennemi s’y conforme. Ils attirent l’ennemi par l’appât d’une prise assurée, un sacrifice à portée de main lui assurant une chance de gain, à l’endroit même ou l’attendent ses forces.

C’est pourquoi un habile commandant recherche la victoire en tenant compte de la situation et ne l’exige pas de ses subordonnés. Il sait ainsi en fonction des dispositions, choisir ses meilleurs hommes afin de tirer parti de la situation.

  Celui qui tient compte de la situation se sert de ses hommes au combat avec les mêmes lois physiques qui s’appliquent lors d’un éboulement de pierres ou le dévalement d’une bille de bois d’un flanc de colline ; immobiles sur terrain plat, en mouvement sur une pente ; équarris elles s’arrêtent, rondes, elles poursuivent leur course.

Celui qui sait employer ses hommes en situation leur insuffle la puissance croissante de pierres rondes dévalant les pentes abruptes du haut d’une montagne.

C’est en cela qu’on reconnaîtra en vous l’autorité nécessaire dans votre art de créer et exploiter chaque configuration stratégique en employant les justes forces en qualité et en quantité.

 

Fin du chapitre V

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 4 : Mesures et forces de l’invincibilité

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Ce quatrième chapitre – sur les treize que compte le traité -, fixe les poids et les mesures d’une campagne, les dispositions et la gestion d’un ensemble de forces.

Son titre peut aussi être : ‘Les formations militaires’ ; ‘Dispositions’ ou ‘De la mesure dans la disposition des moyens’.

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Il est écrit :

  Anciennement ceux qui étaient expérimentés dans l’art des combats se rendaient invincibles et savaient attendre que l’ennemi devienne vulnérable ; ils ne s’engageaient jamais non plus si l’occasion d’aller dans les guerres qu’ils prévoyaient ne leur était pas favorable et avantageuse.

  Ils avaient pour principe que l’on ne pouvait être vaincu que par sa propre faute, et qu’on n’était jamais victorieux que par la faute des ennemis, car ils savaient que la force des uns n’est que la faiblesse des autres ; l’invincibilité dépend de nous, la vulnérabilité de l’autre.

  Les habiles guerriers forgent leur invincibilité en sachant que les vulnérabilités de son adversaire sont indépendantes de sa volonté. Il s’ensuit que les habiles stratèges instruits des moyens qui assurent les succès savent que ceux-ci ne garantissent pas les victoires, c’est pourquoi il est dit : on peut connaître les moyens de la victoire sans pour autant en garantir l’issue.

  La seule perception de leur invincibilité ne justifiant pas à elle seule une quelconque provocation de l’ennemi, les experts savaient d’abord ce qu’ils devaient craindre ou ce qu’ils avaient à espérer et ils avançaient ou reculaient la campagne : ils donnaient bataille ou ils se retranchaient, suivant les lumières qu’ils avaient, tant sur l’état de leurs propres troupes que sur celui des troupes de l’ennemi.

  On assure son invincibilité avant tout par la défensive. Lorsque l’on dispose de moyens tout juste suffisant ou inadéquate, on assure son invincibilité en se retranchant.

  Avec des moyens amplement suffisants et des forces en excédent, on profite de la vulnérabilité de l’ennemi par l’offensive.

  L’art de se tenir à propos sur la défensive ne le cède point à celui de combattre avec succès.

  Les experts en matière de défense se cachent et s’enfoncent au plus profond de la Terre, comme des veines d’eau dont on ne connaîtrait pas la source et dont on ne saurait trouver les sentiers. C’est ainsi que vous cacherez vos démarches pour vous rendre impénétrable.

  Ceux qui, au contraire, veulent briller dans l’attaque doivent savoir se mouvoir comme s’ils fondaient des plus hauts sommets.

  Ils sont ainsi en mesure à la fois de se protéger et de s’assurer une victoire totale.

  Sa propre conservation est le but principal qu’on doit se proposer dans ces deux cas. Vouloir l’emporter sur tous, et chercher à raffiner dans les choses militaires, c’est risquer une trop grande exposition.

  Remporter des victoires guerrières manifestes qui ne dépassent pas l’entendement humain ne dénotent pas de la suprême excellence. Le mieux peut aussi être l’ennemi du bien.

  Prédire une victoire que l’homme ordinaire peut prévoir, et être appelé universellement expert, n’est pas le faîte de l’habileté guerrière. On ne prouve pas sa force en soulevant un duvet d’automne ; distinguer le soleil de la lune n’est pas preuve de clairvoyance ; qui entend le grondement du tonnerre n’a pas nécessairement l’ouïe délicate.

  Les habiles guerriers ne trouvent pas plus de difficultés dans les combats car ils font en sorte de remporter la bataille sans péril après avoir créé les conditions appropriées. Les victoires se remportent sans errements, en s’assurant de vaincre un ennemi déjà défait.

  Les stratèges ont pour cela tout prévu ; ils ont paré de leur part à toutes les éventualités. Ils savent la situation des ennemis, ils connaissent leurs forces, et n’ignorent point ce qu’ils peuvent faire et jusqu’où ils peuvent aller ; la victoire est une suite naturelle de leur savoir. Pour cela, les victoires remportées par un maître dans l’art de la guerre ne lui rapportaient ni gloire, ni la réputation de sage, ni le mérite d’homme de valeur.

  Car ce que ne comprend pas le commun est qu’une victoire puisse être obtenue avant que la situation ne se soit cristallisée.

  Avant que la lame de son glaive ne soit recouverte de sang, l’État ennemi s’est déjà soumis. Si vous subjuguez votre ennemi sans livrer combat, ne vous estimez pas homme de valeur. C’est pourquoi l’auteur de la prise n’est pas revêtu de quelque réputation de sagacité.

  En n’attribuant leurs succès qu’aux soins extrêmes qu’ils avaient eu d’éviter jusqu’à la plus petite faute, ils ne bénéficiaient ni de la réputation des sages et ne convoitaient jamais le titre d’invincibles héros.

  Éviter jusqu’à la plus petite faute implique une conquête sans errements d’un ennemi déjà défait ; dans ses plans jamais un déplacement inutile, dans la stratégie jamais un pas de fait en vain. Le stratège prend ainsi une position telle qu’il ne peut subir une défaite ; il ne manque aucune circonstance propre à lui garantir la maîtrise de son ennemi.

  Une armée victorieuse remporte l’avantage avant même d’avoir cherché la bataille ; une armée est vouée à la défaite si elle cherche la bataille sans espoir de vaincre.

  L’expert en stratégie connaît et pratique le tao [dao] (ordre, règles et/ ou gouvernance) et en respecte les lois qu’il impose au travers de sa gouvernance afin de développer une politique victorieuse.

Ces lois de la nature sont des composantes stratégiques d’équilibre des forces. Elles sont au nombre de cinq :

  • L’appréciation de l’espace (territoire -superficie) ;
  • L’estimation des quantités ;
  • Les effectifs ;
  • La balance des forces ;
  • Les chances de victoire.

Du territoire dépendent les superficies, les superficies conditionnent les quantités, les quantités les effectifs, les effectifs la balance des forces et la balance des forces la supériorité. C’est grâce à la disposition des forces qu’un stratège victorieux est capable d’entraîner ses hommes à déferler comme l’eau soudain libérée se jette en force dans un gouffre sans fond.

  Jetez vos yeux sur les mesures qui contiennent les quantités, et sur celles qui déterminent les dimensions : rappelez-vous les règles de calcul ; considérez les effets de la balance des forces.

  Car si la victoire procède de calculs et de supputations exactes, elle est aussi le fruit de la disposition des forces.

Fin du chapitre IV

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 3 : Etat stratège : les politiques de conquête

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Ce troisième chapitre – sur les treize que compte le traité -, fixe les vertus politiques et les impératifs militaires d’un état stratège dans ‘ses’ politiques de conquête et d’expansion.

Son titre peut aussi être : ‘Des propositions de la victoire et de la défaite’ ; ‘Combattre l’ennemi dans ses plans’ ou ‘la stratégie offensive’ selon ses interprètes.

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  Conserver les possessions et tous les droits du prince que vous servez, voilà quel doit être le premier de vos soins ; Veiller au repos des villes de votre propre pays en vous mettant à couvert de toute insulte des villages amis ; empêcher que les hameaux et les chaumières des paysans ne souffrent le plus petit dommage, c’est ce qui mérite également votre attention.

La politique d’expansion consistant à agrandir son territoire en faisant irruption dans les villages ennemis, en commettant crimes et destructions ne doit pas être un objectif ; au pire, un pis-aller : c’est ce à quoi la nécessité seule doit vous engager.

En matière de guerre, la meilleure politique consiste en règle générale à prendre l’État adverse intact en capturant son armée et en conservant ses possessions. Le ruiner ou l’anéantir ne serait qu’une politique inférieure et ne doit être l’effet que de la nécessité, l’option de dernier ressort.

En effet, le meilleur savoir-faire n’est pas de gagner cent victoires en cent batailles, mais plutôt de vaincre l’ennemi sans croiser le fer.

  En matière de guerre, l’art suprême pour un stratège est de s’attaquer avant tout à la stratégie et aux plans de l’ennemi ; ensuite, lui faire rompre ses alliances en provoquant des ruptures et des dislocations ; puis à défaut ses troupes ; en dernier ses villes.

La plus mauvaise politique consiste à attaquer les cités. On attaque les cités qu’en désespoir de cause.

La préparation d’un arsenal de siège requière d’énormes sacrifices en temps, en infrastructure et en armes. Si, ne pouvant contenir son impatience, le commandant en chef lance prématurément l’assaut général en envoyant ses hommes escalader les remparts tels des fourmis, il perdra un tiers de ses effectifs sans avoir enlevé la place. Telle est la fatalité qui s’attache aux guerres de siège.

Un habile général ne se trouve jamais réduit à de telles extrémités; ainsi, les vrais experts en l’art de la guerre viennent à bout de prendre les villes en soumettant l’armée ennemie sans assaut ni combat et renversent un état sans opérations prolongées.

Le but doit être de vous saisir de l’empire et prendre intact « tout ce qui est sous le ciel » ; ainsi vos troupes ne seront pas épuisées et vos gains seront complets. Tel est l’art de la stratégie victorieuse.

En conséquence, la règle de l’art militaire veut qu’on encercle l’adversaire quand vous êtes certains de votre supériorité.

Cependant ne cherchez pas à dompter vos ennemis au prix des combats et des victoires ; car, s’il y a des cas où ce qui est au-dessus du bon n’est pas bon lui-même, c’en est ici un où plus on s’élève au-dessus du bon, plus on s’approche du pernicieux et du mauvais.

  Il faut plutôt savoir subjuguer l’ennemi sans donner bataille : ce sera là le cas où plus vous vous élèverez au-dessus du bon pour vous approcher de l’incomparable, voire de l’excellence.

L’attaquez, l’assaillir et le fractionner impliquent systématiquement des effectifs supérieurs.

  • A force égale on doit savoir combattre ;
  • Etre capable de se défendre en état d’infériorité numérique ;
  • Se dérober à un ennemi qui vous surclasse à tous les plans.

Dans ce dernier cas soyez continuellement sur vos gardes, la plus petite faute serait de la dernière conséquence pour vous. La prudence et la fermeté d’un petit nombre de gens peuvent venir à bout de lasser et de dompter même une nombreuse armée. Ainsi vous êtes vous êtes à la fois capable de vous protéger et de remporter des victoires.

En un mot, qui résiste avec de faibles forces l’emporte avec de grandes.

Les grands stratèges viennent à bout de leurs objectifs en découvrant tous les artifices de l’ennemi, en faisant avorter tous ses projets, en semant la discorde parmi ses partisans, en les tenant toujours en haleine, en rompant ses alliances et empêchant les secours étrangers qu’il pourrait recevoir ; en lui ôtant toutes les facilités qu’il pourrait avoir de se déterminer à quelque chose d’avantageux pour lui.

C’est pourquoi il est dit qu’il est d’une importance suprême dans la guerre d’attaquer la stratégie de l’ennemi.

Celui qui excelle à résoudre les difficultés le fait avant qu’elles ne surviennent. Celui qui arrache le trophée avant que les craintes de son ennemi ne prennent forme excelle dans la conquête.

Nommer un stratège appartient au domaine réservé du souverain, décider de la bataille à celui du général. Un prince de caractère doit choisir l’homme qui convient, le revêtir de responsabilités et attendre les résultats car le général est le rempart de l’État ; si celui-ci est solide, le pays sera puissant, sinon, il sera vulnérable.

Un général ne peut bien servir l’État que d’une façon, mais il peut lui porter un très grand préjudice de bien des manières différentes.

Il faut beaucoup d’efforts et une conduite que la bravoure et la prudence accompagnent constamment pour pouvoir réussir : il ne faut qu’une faute pour tout perdre; et, parmi les fautes qu’il peut faire, nombreuses sont celles qu’il faut connaître :

S’il lève des troupes hors de saison ; s’il les fait sortir lorsqu’il ne le faut pas ; s’il n’a pas une connaissance exacte des lieux où il doit les conduire ; s’il leur fait faire des campements désavantageux ; s’il les fatigue hors de propos ; s’il les fait revenir sans nécessité ; s’il ignore les besoins de ceux qui composent son armée ; s’il ne sait pas le genre d’occupation auquel chacun d’eux s’exerçait auparavant, afin d’en tirer parti suivant leurs talents ; s’il ne connaît pas le fort et le faible de ses gens ; s’il n’a pas lieu de compter sur leur fidélité ; s’il ne fait pas observer la discipline dans toute la rigueur ; s’il manque du talent de bien gouverner ; s’il est irrésolu et s’il chancelle dans les occasions où il faut prendre tout à coup son parti ; s’il ne fait pas dédommager à propos ses soldats lorsqu’ils auront eu à souffrir ; s’il permet qu’ils soient vexés sans raison par leurs officiers ; s’il ne sait pas empêcher les dissensions qui pourraient naître parmi les chefs.

Un tel général qui tomberait dans ces fautes rendrait l’armée boiteuse et épuiserait d’hommes et de vivres le royaume, et deviendrait lui-même la honteuse victime de son incapacité.

Dans la gouvernance des troupes il y a sept maux principaux :

    • Imposer des ordres pris en cours selon le bon plaisir du prince.
    • Rendre les officiers perplexes en dépêchant des émissaires ignorant les affaires militaires.
    • Mêler les règlements propres à l’ordre civil et à l’ordre militaire.
    • Confondre la rigueur nécessaire au gouvernement de l’État, et la flexibilité que requiert le commandement des troupes.
    • Partager la responsabilité aux armées.
    • Faire naître la suspicion, qui engendre le trouble: une armée confuse conduit à la victoire de l’autre.
    • Attendre les ordres en toute circonstance, c’est comme informer un supérieur que vous voulez éteindre le feu… Avant que l’ordre ne vous parvienne, les cendres sont déjà froides ; pourtant il est dit dans le code que l’on doit en référer à l’inspecteur en ces matières ! Comme si, en bâtissant une maison sur le bord de la route, on prenait conseil de ceux qui passent ; le travail ne serait pas encore achevé !

Un souverain peut être la cause de troubles et de malheurs pour son armée de trois façons :

    • Il entrave les opérations militaires quand il commande par ignorance des manœuvres d’avance et de recul impraticable.
    • Il trouble l’esprit des officiers quand il cherche à intervenir dans l’administration des trois armes alors qu’il en ignore tout.
    • Il sème la défiance chez les hommes en cherchant à s’immiscer dans la distribution des responsabilités alors qu’il ne connaît rien à l’exercice du commandement.

Un pays dont l’armée est désemparée et traverse une crise de confiance sera victime de tentatives de subversion de la part de ses rivaux. C’est là le sens du proverbe : « la confusion et le désordre dans une armée offre la victoire à l’adversaire .»

Il faut savoir qu’il existe cinq conditions permettant de prédire la victoire :

    • Qui sait quand il faut combattre et quand il faut s’en abstenir sera victorieux.
    • Qui sait commander aussi bien à un petit nombre qu’à un grand nombre d’hommes sera victorieux.
    • Celui qui sait harmoniser et unifier par un objectif commun la volonté des inférieurs et des supérieurs aura la victoire.
    • Celui qui, prudent, affronte un ennemi qui n’est ni prudent, ni préparé remportera la victoire.
    • Celui qui dispose d’officiers compétents et n’a pas à pâtir de l’ingérence du souverain remportera la victoire.

C’est dans ces cinq matières que se trouve la voie de la victoire.

C’est pourquoi il est dit :

«  Qui connaît son ennemi et se connaît, en cent combats ne sera point défait ;

qui ne connaît pas son ennemi mais se connaît lui-même, égalise ses chances de victoires à celle de ses défaites.

Qui ne connaît ni son ennemi ni lui-même sera toujours défait. »

 

Fin du chapitre III

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 2 : Le prix de l’engagement

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Ce second chapitre – sur les treize que compte le traité -, fixe les bases du prix : risques et pertes, valeurs et profits – des préparations préliminaires avant un engagement.

Son titre peut aussi être : ‘La conduite de la guerre’, ‘Les opérations’ ou ‘De l’engagement’ selon ses interprètes.

Il est écrit :

  En règle générale, toute campagne exige mille chars rapides ainsi que mille fourgons protégés pour les approvisionnements, cent mille soldats en armure, et des vivres et des munitions en suffisance pour nourrir une armée projetée à mille lieues de ses bases.

A ceci s’ajoutent les dépenses pour financer les efforts de l’arrière et du front, les allocations occasionnées par les conseillers et visiteurs afin de couvrir les intercessions diplomatiques entre royaumes ; les frais nécessaires aux expertises techniques et matérielles pour le maintien, les réparations et le remplacement des chars, armes et armures ; la solde nécessaire à distribuer chaque jour à vos troupes avec la plus rigoureuse exactitude.

Ce n’est alors qu’une fois la disposition de ces fonds garantis que l’on peut envisager de lever une armée.

La victoire est l’objectif principal de la guerre. Quand les armées s’engagent dans des campagnes prolongées, que les opérations traînent en longueur sans apporter de victoire décisive, les armes comme le moral de vos troupes s’émousseront ; en usant leurs nerfs dans des sièges sans fin, le courage et les ardeurs de vos soldats s’évanouiront  ; les provisions se consumeront et les coffres du prince que vous servez s’épuiseront.

Alors peut-être même vous trouverez-vous réduit aux plus fâcheuses extrémités.

Instruits de votre détresse et du pitoyable état où vous serez alors, les principautés rivales et souverains voisins profiteront de l’occasion pour agir. Même vos conseillers les plus avisés ne seront en mesure de dresser des plans adéquats pour l’avenir. Quoique jusqu’à ce jour vous ayez joui d’une grande notoriété, désormais vous aurez porté un grand préjudice à l’état ainsi qu’à votre réputation. En vain dans d’autres occasions aurez-vous donné des marques éclatantes de votre valeur, toute la gloire que vous aurez acquise sera effacée par ce dernier trait.

  S’il y eut des campagnes qui ont péché par précipitation, que l’on en cite une seule victorieuse, qui, habilement conduite, s’éternisa. Car, jamais il n’est arrivé qu’un pays ait pu tirer profit d’une guerre prolongée.

  Ainsi, ceux qui ne comprennent pas les risques inhérents à l’utilisation des troupes ne comprennent pas non plus la façon de s’en servir avec profit.

Ceux qui possèdent les vrais principes de l’art militaire ne s’y prennent pas à deux fois ni ne procède jamais à deux levées consécutives en hommes ou en vivres. Dès la première campagne, tout est fini ; ils ne consomment pas pendant plusieurs années de suite des vivres inutilement, ses ressources propres lui suffisent :

Ils trouvent pour cela le moyen de faire subsister leurs armées aux dépens de l’ennemi, et épargnent à l’État et au peuple les frais immenses qu’il est obligé d’engager lorsqu’il faut produire, collecter et transporter bien loin toutes les provisions.

S’il s’agit de prendre une ville, hâtez-vous d’en faire le siège; ne pensez qu’à cela, dirigez là toutes vos forces ; il faut ici tout brusquer ; si vous y manquez, vos troupes courent le risque de tenir longtemps la campagne, ce qui sera une source de funestes malheurs.

Car rien n’épuise tant un état que les dépenses de cette nature ; que l’armée soit aux frontières, ou qu’elle soit dans les pays éloignés, le peuple en souffre toujours ; toutes les choses nécessaires à la vie deviennent rares et l’inflation fait rage ; ceux même qui, dans les temps ordinaires, sont le plus à leur aise n’ont bientôt plus de quoi les acheter.

Le prince perçoit en hâte le tribut des denrées que chaque famille lui doit; et la misère se répandant du sein des villes jusque dans les campagnes, des dix parties du nécessaire on est obligé d’en retrancher sept.
Ses ressources vitales seront progressivement amputées et alors que la nation perd de son nerf et de sa cohésion, elle se vide de ses richesses, les foyers sont privés de revenus. Le coût de la détérioration des matériels, leur remplacement, leur destruction amputeront les budgets de l’État.

Il n’est pas jusqu’au souverain qui ne ressente sa part des malheurs communs.

C’est pour prévenir tous ces désastres qu’un habile stratège n’oublie rien pour abréger les campagnes, et pour pouvoir vivre aux dépens de l’ennemi, ou tout au moins pour consommer les denrées étrangères, à prix d’argent, s’il le faut. Car une mesure capturée sur lui en épargne vingt acheminées depuis l’arrière.

Ne laissez échapper aucune occasion de l’incommoder, faites-le périr en détail, trouvez les moyens de l’irriter pour le faire tomber dans quelque piège ; diminuez ses forces le plus que vous pourrez, en lui faisant faire des diversions, en lui tuant de temps en temps quelque parti, en lui enlevant de ses convois, de ses équipages, et d’autres choses qui pourront vous être de quelque utilité.

En excitant leur fureur, le général incite ses hommes à commettre des massacres. Préférez l’appât du gain par la promesse de récompenses en les incitant à attaquer l’ennemi pour s’emparer de ses ressources. L’ennemi est ainsi pillé et appauvri par convoitise de ses richesses.

Lorsque vos gens auront pris sur l’ennemi au-delà de dix chars, commencez par récompenser libéralement tant ceux qui auront préparé l’entreprise que ceux qui l’auront exécutée. Employez ces chars aux mêmes usages que vous employez les vôtres en prenant soin de substituer ses propres bannières à celles de l’ennemi.

Traitez bien les prisonniers et prenez en soin. Nourrissez-les comme vos propres soldats ; faites en sorte, s’il se peut, qu’ils se trouvent mieux chez vous qu’ils ne le seraient dans leur propre camp, ou dans le sein même de leur patrie. Ne les laissez jamais oisifs, tirez parti de leurs services avec les défiances convenables. Conduisez-vous à leur égard comme s’ils étaient des troupes qui se fussent enrôlées librement sous vos étendards.

C’est de cette façon qu’on remporte une bataille puis une victoire tout en se renforçant.

Voilà pourquoi une armée doit viser la victoire immédiate et non une guerre d’usure basée sur des opérations prolongées.

  Le stratège qui s’entend dans l’art de la guerre est le ministre du destin du peuple et l’arbitre de la destinée de la nation.

 

Fin du chapitre II

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 1 : Planification

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Ce premier chapitre – sur les treize que compte le traité -, fixe les bases des préparations préliminaires avant un engagement hostile.

Son titre peut aussi être : ‘supputations’, ‘de l’évaluation’ ou ‘estimations’ selon ses auteurs.

Il est écrit :

  La guerre est d’une importance vitale pour l’État,la grande affaire des nations ; elle est le lieu où se décident la vie et la mort ; la conservation ou la perte de l’empire en dépendent, sa survie ou son anéantissement. On ne saurait le traiter à la légère.
Ne pas faire de sérieuses réflexions sur ce qui le concerne, c’est faire preuve d’une coupable indifférence pour la conservation ou pour la perte de ce qu’on a de plus cher, et c’est ce qu’on ne doit pas trouver parmi nous.

Cinq choses principales doivent faire l’objet de nos continuelles méditations et de tous nos soins, comme le font ces grands artistes qui, lorsqu’ils entreprennent quelque chef-d’œuvre, ont toujours présent à l’esprit le but qu’ils se proposent, mettent à profit tout ce qu’ils voient, tout ce qu’ils entendent, ne négligent rien pour acquérir de nouvelles connaissances et tous les secours qui peuvent les conduire heureusement à leur fin.

La guerre est subordonnée à 5 facteurs fondamentaux ; ils doivent être pris en compte dans les calculs afin de déterminer avec exactitude la balance des forces. Si nous voulons que la gloire et les succès accompagnent nos armes, nous ne devons jamais perdre de vue :

  • La doctrine politique – la vertu de l’influence morale
  • Le temps (le ciel) – Le climat (les conditions atmosphériques)
  • L’espace – le terrain (topographie)
  • Le commandement – l’autorité (la gouvernance)
  • L’organisation – la discipline et l’entraînement

  La doctrine – Vertus des valeurs morales

La doctrine politique (idéologie) fait naître l’unité de penser ; L’harmonie est la cohésion des valeurs partagées entre la population et ses dirigeants ; valeurs de référence collective portant sur le partage de valeurs existentielles ; références ontologiques unificatrices d’un peuple solidaire dans son engagement à accompagner son leader – ses dirigeants, ses chefs et ses institutions – sans crainte du danger, à la vie ou à la mort. (patriotisme – nationalisme)

  Le temps (le ciel) – Le climat (les conditions atmosphériques)

Les conditions météorologiques représentent un jeu de forces naturelles, de chaud et de froid, de l’alternance des ombres et des lumières qui, combinées dans les deux grands principes Yin et Yang permettront, suivant les saisons et les heures, la bonne conduite des manœuvres tactiques.

  L’espace – le terrain (topographie)

Le terrain et sa topographie sont aussi essentielles que le temps. Il comprend les distances et la nature propre à chaque territoire, la facilité ou la difficulté de le parcourir, son caractère ouvert et vaste, resserré et étroit, plat ou accidenté, de ce qui demeure et de ce qui est transitoire. Ces espaces peuvent être propices ou néfastes selon notre connaissance du haut et du bas, du loin comme du près.

  Le commandement – l’autorité (la gouvernance)

Il faut entendre par commandement les qualités de sagesse et d’humanité, d’impartialité et de sévérité, de courage et de résolution envers ceux qui nous sont soumis. Vertus essentielles pour l’acquisition desquelles le général et ses commandants ne doivent rien négliger.

  L’organisation – la discipline et l’entraînement

L’art de l’organisation afin de renforcer le corps de discipline : posséder l’art de discipliner et organiser ses hommes ; savoir hiérarchiser et promouvoir les officiers au rang qui convient. Ne négliger aucun maillon de la chaîne et être instruit des devoirs particuliers de chacun, du plus haut jusqu’à sa police logistique d’approvisionnement afin de pouvoir aux besoins essentiels.

Vous donc que le choix du prince a placé à la tête de vos hommes, jetez les fondements de votre science sur ces cinq principes. La victoire suivra partout vos pas : vous n’éprouverez au contraire que les plus honteuses défaites si, par ignorance ou par présomption, vous venez à les omettre ou à les rejeter.

En effet, dans votre évaluation des forces en présence, lorsque vous aurez à tirer des plans et effectuer vos calculs, ces éléments vous permettront une juste évaluation des rapports de force.

  Ces connaissances vous permettront de discerner, parmi les princes qui gouvernent le monde, celui qui a les meilleures institutions :

  • Institutions civiles en matière d’influence morale, de doctrine et de vertus.
  • Institutions militaires -l’armée – au sein de laquelle les règlements et la discipline sont le mieux respectés et les instructions le mieux exécutées.
  • L’armée la plus puissante par la compétence de ses chefs, les hommes les mieux entraînés et les plus aguerris.
  • L’armée qui possède le système de récompenses le plus efficace et sanctionne avec le plus de discernement.
  • L’armée ayant pour elle l’avantage des connaissances des conditions du temps (météorologie) et de l’espace (terrain) les plus favorables pour engager les mouvements et choisir les itinéraires les plus adéquats.

Vous reconnaîtrez alors parmi ceux dont les institutions sont les meilleures et qui, des antagonistes, a le plus de chance de l’emporter ; et si vous devez entrer vous-même en lice, vous pourrez raisonnablement vous flatter de devenir victorieux.

Un commandant qui n’entend pas appliquer ces connaissances sera régulièrement vaincu : il faut s’en défaire !

#art_de_la_guerre #stratégie

Ces connaissances avantageuses une fois adoptée, encore faut-il que le général crée les conditions requises pour leur réalisation ; « conditions » qui permettront le recours à des procédés qui sortent de la règle commune en agissant promptement avec maîtrise et équilibre sur les opportunités du moment pour acquérir une situation avantageuse.

Tout l’art de la guerre repose sur le semblant, la déception et le mensonge.

  • Capable et fort, passez pour faible et incapable.
    Vous feindrez le désordre et quelquefois d’être faible afin que vos ennemis, ouvrant la porte à la présomption et à l’orgueil, viennent ou vous attaquer mal à propos, ou se laissent surprendre eux-mêmes.
  • Prêt au combat, feignez la passivité.
  • Proche, semblez loin ; loin, semblez proche.
    Vous verrez, avec la même pénétration, ce qui sera loin de vous comme ce qui se passera sous vos yeux, et ce qui se passera sous vos yeux comme ce qui en est le plus éloigné.
  • Attaquez là où il ne vous attend pas ; tenez le sur la brèche, surgissez toujours à l’improviste.
  • Dispos, fatiguez-le.

    Plongez l’adversaire dans d’inextricables épreuves et prolongez son épuisement en vous tenant à distance. Veillez à fortifier vos alliances au-dehors, et à affermir vos positions au-dedans par une politique de soldats paysans. Vous tiendrez vos troupes toujours alertes, toujours en mouvement et dans l’occupation, pour empêcher qu’elles ne se laissent amollir par un ‘honteux’ (sic) repos.

  • Attirez l’adversaire avec la promesse d’un avantage.

    Ne manquez jamais d’offrir un appât à l’ennemi pour le leurrer

  • S’il se concentre, défendez-vous ; fort évitez-le.

    Hâtez vos préparatifs lorsque vos adversaires se concentrent; là où ils sont puissants, évitez-les.Si vos ennemis sont plus puissants et plus forts que vous, vous ne les attaquerez point, vous éviterez avec un grand soin ce qui peut conduire à un engagement général; vous cacherez toujours avec une extrême attention l’état où vous vous trouverez. Il y aura des occasions où vous vous abaisserez, et d’autres où vous affecterez d’avoir peur.

  • Coléreux, provoquez-le ; méprisant, excitez son arrogance.

    Sachez attiser son courroux pour mieux le plonger dans la confusion : sa convoitise le lancera sur vous pour s’y briser.

  • Uni, divisez-le et semez la discorde.

“Vous profiterez de la dissension qui surgit chez vos ennemis pour attirer les mécontents dans votre parti en ne leur ménageant ni les promesses, ni les dons, ni les récompenses. Tantôt enfoncez un coin entre un souverain et ses ministres, tantôt détachez de lui ses alliés. Faîtes naître en eux des soupçons pour créer la mésentente. Vous pourrez alors comploter contre eux.” (commentaire additionnel de Chang Yu)

  • Soyez imprévisible jusque dans vos rangs : gardez-vous bien d’agir là où on vous attend ; de divulguer par avance vos intentions par des mouvements précipités ; de risquer les fuites d’informations.

Telles sont les clefs stratégiques de la victoire dont l’utilisation ne peut cependant pas être anticipée sans une évaluation précise des circonstances changeantes et des facteurs aléatoires. Prenez garde de ne point les engager par avance ou de tout risquer en une unique bataille.

Lors des préparations avant l’ouverture des hostilités, les calculs et supputations laissent présager une victoire quand les avantages sont réunis ; dans le cas contraire, la défaite est envisageable. En se livrant à de nombreux calculs, on peut ainsi réduire ses marges d’erreur et consolider ses chances de victoire.

Qui les néglige, s’engage en terrain inconnu et réduit ses chances d‘autant.

C’est par ces considérations qu’il faut examiner la situation, et l’issue apparaîtra clairement.

C’est pourquoi il est dit que les conditions du succès étant élaborées en amont de chaque bataille : les armées victorieuses gagnent avant d’aller au combat, alors que les armées défaites s’engagent à la guerre avant de gagner.

Fin du chapitre I

#art_de_la_guerre #stratégie

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Sun Tzu 2020 – Maîtres et Dirigeants : Les forces de la raison – Introduction

 

Notes liminaires aux 13 chapitres

Voici dans sa version ‘blog’, pour le journal LE TEMPS,  les 13 chapitres de l’œuvre de Sun Tzu – L’Art de la guerre -, publiés sous la forme la plus complète possible et dans leur intégralité sur la base des meilleures traductions et interprétations mondiales sur le sujet en conformité avec les lois internationales sur le Copyright mais surtout, dans le respect intégral des précédentes versions et de leurs auteurs.

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

孫子兵法

Rappels historiques : Principes intemporels et universels

 

Sun Tzu - Les forces de la raison - Introduction
Copie originale de l’Art de la guerre – Sun Tzu – lamelles de bambous (courtoisie de l’université Riverside (Californie – USA)

  Le monde chinois dit ‘antique’ ou ‘classique’, établi à partir du 5° siècle avant notre ère connaît à cette époque une transition progressive passant d’une société dite ‘archaïque’ – ritualisée et composée par de nombreuses petites principautés -, à un état centralisé sous la gouvernance d’un seul souverain ‘céleste’ (Un sous le ciel).

  Pendant trois siècles, six états majeurs ne cesseront de s’affronter afin d’établir une première dynastie qui sera celle des Qin en 206 avant notre ère. Cette époque, appelée celle des Royaumes combattants est similaire aux guerres féodales qui ont ensanglanté l’Europe durant le Moyen Âge. Avec la transformation des sociétés nobles et la professionnalisation des milices villageoises en hommes de guerre ‘soldés’ (soldats), la guerre devient indépendante de ceux qui la décident ; extension du domaine politique de domination, mais aussi pièce de ‘force’ dans la balance diplomatique entre états.

  Les croyances ancestrales, les forces mystiques et les présages emprunts d’un ésotérisme aléatoire vont peu à peu laisser la place à une rationalité crue et comptabilisable. Les prières et les augures ne suffisent plus à la victoire. Le monde féodal basculera naturellement d’un état élémentaire de chefferies locales autoproclamées à la construction graduelle de micro-états conquérants et avides.

 

Les ‘forces’ et la raison : de l’émergence de la pensée stratégique

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants

  La nature ‘décisive’ de chaque force en jeux sur un échiquier toujours plus vaste par les projections et les conquêtes de domination rendra inévitable l’élaboration de stratégies et de calculs toujours plus complexes.
En devenant plus politique et en cela plus ‘Yin’ (féminin), voire ‘félin’, le pouvoir en place devra dorénavant composer avec des forces rationnelles plus complexes et invisibles : celles de la ruse et de la manipulation sur la vaillance brute, de la diplomatie et du renseignement sur celles des armes.

  La nature des ‘forces’ engagées changent alors inévitablement de nature et forgent une autre raison, celle de l’État stratège. La ‘science’ de la gouvernance à grande échelle doit garantir les victoires et l’expansion des territoires.
Le traité de Sun Tzu repose donc sur ce constat tel un art transversal intégrant un ensemble organisé de composants psychologiques et scientifiques dont le Prince doit apprendre à se servir pour vaincre par domination ‘sans ensanglanter’ la lame ni sacrifier inutilement ses ressources.
Extension du domaine de la préservation et de la domination, la stratégie devient un facteur technique et humain nécessaire à la préparation de toutes politiques d’expansion ambitieuse.

Note éditoriale – Versions et interprétations

  La transcription choisie pour la reproduction et l’interprétation des textes est celle de l’École Française d’Extrême Orient (EFEO) ou la Wade-Giles – Le pinyin, élaboré dans les années 50 en Chine populaire, n’étant pas représentatif des prononciations courantes en occident.
  Les différentes versions de l’art de la guerre de Sun Tzu sont pour la plupart d’entre elles des extractions sommaires de la version d’origine. Ceci s’explique par le fait que le style et le ’phrasé’ des intellectuels chinois à l’ère antique est fréquemment répétitif, voire ‘elliptique’ selon les sinologues ; en y ajoutant qu’aucun lien substantiel n’existe à cette époque avec l’occident et que le le chinois classique ne possède aucune ponctuation.

  Les expressions en partie ‘absconses’ peuvent néanmoins être décryptées de manière pragmatique selon le contexte et le sens général des traités. Si généralement, l’on prête difficilement des idées contemporaines à un texte de plus de deux mille cinq cents ans, alors celles retranscrites par Sun Tzu possèdent une remarquable modernité à l’épreuve du temps. Des annotations d’orientation permettront de mieux s’imprégner de certaines expressions abstraites ou de substantifs prêtant à l’ambiguïté.

Liens actifs pour chaque chapitre

第一章 – Chapitre 1 – 始計 Planification

第二章 – Chapitre 2 – 作戰  Le prix de l’engagement

第三章 – Chapitre 3 – 謀攻  Etat stratège : les politiques de conquête

第四章 – Chapitre 4 – 軍形  Mesures et forces de l’invincibilité

第五章 – Chapitre 5 – 兵勢  Les formes de la force

第六章 – Chapitre 6  - 虛實 L’emploi des intangibles

第七章 – Chapitre 7 – 軍爭 Manœuvres : Les facteurs fondamentaux

第八章 – Chapitre 8 –九變  Les neuf variables d’ajustement

第九章 – Chapitre 9 – 行軍  Règles d’occupation

第十章 – Chapitre 10 – 地形 Espaces tactiques

第十一章 – Chapitre 11 – 九地 Les neuf situations

第十二章 – Chapitre 12 – 火攻  Les cendres de la victoire

第十三章 – Chapitre 13 -用間  Du renseignement : Devins et espions

結論 – Conclusions adaptées – Maîtres et Dirigeants : ‘les forces de la raison’. (prochainement en ligne)

 

En vous remerciant pour vos contributions.

Excellente lecture à tous.

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Arcana Imperii – Opus 3 : Sur les pas du premier stratège – De la Connaissance : Informer et Comprendre

De la Connaissance, du Savoir et de l’Intelligence : Information ou compréhension ?

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Quid de la ‘Connaissance’ : un gouffre sémantique inconscient entre la carte contextuelle et le champ linguistique…

 Connaissance… Le terme est troublant : Connaissance = connaître ? Comprendre ?. La table des synonymes du moteur en ligne de la langue française CNRTL reste pour beaucoup une énigme.

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https://www.cnrtl.fr/

 Les synonymes principaux dans la lexicologie de la langue française énumère les notions les plus proches (proxémiques) de ce substantif pourtant couramment utilisé dans nos quotidiens.

1- Intelligence

2- Savoir

3- Conception …

… Entendement, raison, compréhension.

 Selon les synonymes les plus ‘entendus’ en lexicologie française et  par les analyses proxémiques effectuées par ce puissant moteur de référence [CNRTL], la connaissance est d’abord et de loin, une notion liée à l’intelligence, au savoir ou d’idées liés à la raison (raisonnement)… Mais jamais à l’information !

En Français courant, la connaissance n’est donc pas assimilée à l’information mais à l’intelligence qui ‘sait’.

 Le terme le plus proche à la connaissance chez les Anglo-Saxons est le terme ‘knowledge’. A la différence du premier, les définitions du dictionnaire en ligne Merriam Webster/ Thesaurus (https://www.merriam-webster.com/) placent l’information au centre du ‘savoir’ et de la ‘connaissance’.

Le bon sens anglo-saxon n’aura pas échappé aux praticiens de l’intelligence économique ici… Connaître, c’est avant tout être bien informé.

« La liberté vient avec la connaissance. La connaissance en tant que savoir : des êtres, des choses, du monde, des cultures, des mentalités, des sociétés.»

(Natasha, Kanapé Fontaine – Kuei, je te salue – 2016)

 Notre interprétation linguistique de La connaissance des Hommes ne peut surgir d’un nulle part intellectuel dénué d’observations, de data, de faits (facts). Sans information, il ne peut y avoir d’intelligence, de progrès et donc de civilisations. Une affaire de poule et d’œuf… L’intelligence informée ou l’information intelligente ? Les deux mon Capitaine.

« Je connaissais l’histoire, mais j’ignorais la vérité.»

Carlos Fuentes – Les années avec Laura Diaz – 1999

Connaissance et Humanité : la place de l’Homme stratège

 Les connaissance des premiers Hommes, comme celles des enfants procèdent toujours de l’observation de leur environnement immédiat, puis ensuite de leur capacité à tisser des liens de causalité entre actions et réactions directes et indirectes sur notre environnement matériel. La longue pérégrination de l’homme devant cette inconnue qu’est la Vie devient une quête perpétuelle devant l’insondable voire le ténébreux – pour les plus curieux et intrépides du moins. Répondre au mystère devient une arme multiforme et le Savoir devient vital pour maîtriser, hiérarchiser,… dominer.

« Remarquons que [dans la plupart des religions] le pêché ultime touche à la connaissance : pour les auteurs du mythe, le savoir est réservé à Dieu et à ses prêtres, le peuple devant rester dans l’ignorance des « mystères et se contenter d’obéir. »

Yves Lever – Petite critique de la déraison religieuse – 1998

« La connaissance progresse en intégrant en elle l’incertitude, non en l’exorcisant.»

Edgar Morin – La Méthode, Tome II, la Vie de la vie – 1977

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De la maîtrise du feu ‘sacré embrasant plaines et forêts, à sa création ‘anthropique’ entre deux silex, le processus paraît simple mais il procède des mêmes capacités à s’interroger [sur le phénomène], à se brûler [risquer – souffrir] pour le comprendre et le recréer, à réfléchir pour l’exploiter puis finalement l’utiliser à dessein en y découvrant ses nombreuses vertus. Car la connaissance n’est pas un processus inné.

La connaissance stratège

Le primate stratège n’est pas forcément le plus intelligent, mais il a un plan qui découle d’une ambition. Il se nourrit de l’expérience des autres pour bâtir sa vision ; son imaginaire devient une vision collective qu’il faut fédérer, organiser et façonner à dessein.

Dans le cadre des Opus précédents, il est fréquemment fait mention de l’exploitation des informations – de la connaissance – comme outil et arme de gouvernance. Il est surprenant qu’encore aujourd’hui nous ayons des divergences sémantiques aussi marquées entre la compréhension Anglo-Saxonne du terme ‘Connaissance’ [knowledge] et celle, plus intellectuelle, continentale et d’influence latine, emprunte de nos pairs et mentors gréco-romains. 

Le seul ‘savoir’ ne suffit pas, il est bien question ici de son exploitation. Une connaissance est d’abord une information observée, entendue qui, traitée, devient un savoir. C’est son exploitation qui en fera sa valeur au yeux de l’Humanité.

La connaissance ne peut être autre chose qu’une seule et même entreprise : celle de la curiosité : s’investir pour connaître, savoir, comprendre et agir.

Le dirigeant stratège, lui, comme tout Général en campagne, se doit d’exercer une vigilance permanente sur son entreprise. Ici, la ‘Connaissance’ de son environnement est vitale car le coût de l’ignorance [la non-connaissance] peut lui être fatale. Il en va des technologies, de ses adversaires/ concurrents visibles et invisibles, de ses partenaires et fournisseurs, du chaudron législatif et réglementaire en gestation permanente et c…

« Qui ignore les objectifs stratégiques des autres princes ne peut conclure d’alliance. »

Sun Tzu

Enfin, si la connaissance peut devenir une arme redoutable pour qui sait l’exploiter, elle doit surtout et d’abord rester un moyen de progrès pour tous, une main tendue vers un projet partagé.

« La diffusion des connaissances est le seul gardien de la vraie liberté. »

James Madison – 4° Président des Etats-Unis – Citation

Mais aussi une opportunité pour acquérir une plus grande sagesse…

« La connaissance sans la sagesse, est de l’intelligence artificielle. »

Julian M. Pakelva

#intelligence-économique #stratégie #suisse #gouvernance #affaires

JG

 

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Arcana Imperii – Opus 2 : Sur les pas du premier stratège – De l’invention : L’adaptation par la création

L‘Homme : un primate créatif ?

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«La créativité est à l’espèce humaine ce que le travail est à l’homme aliéné»

R. Vaneigem

L’âme stratège ne progresse que par créativité

 Au cœur de l’Opus 1 ” Sur les pas du premier stratège – De la survie “, un fait notoire était partagé sur les carences scientifiques actuelles en matière historique, anthropologique et ethnologiques sur notre évolution. La plupart des découvertes majeures n’ayant été effectuées qu’à partir du 19° siècle, il est évident que la longue marche humaine animée de son cortège inventif ne pourra jamais être décryptée et séquencée par la seule méthode scientifique ; surtout s’il s’agît de processus cognitifs faisant appel à l’abstraction, la créativité adaptative.

 Si la survie d’une espèce dépend de sa capacité d’adaptation à son environnement, les migrations successives liées au tarissement des ressources, aux adversités tribales ou aux changements#intelligence-économique #stratégie #suisse #gouvernance #affaires climatiques posent la question de sa propre réadaptation hors de sa zone de confort.

« La nécessité est la mère de l’invention. »

Platon

Et Albert Camus de nous le rappeler dans Le Mythe de Sisyphe  : « Créer, c’est aussi donner une forme à son destin. »

Maîtriser les risques et défis nouveaux ne peuvent se faire par la seule force…

« Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et il dépendra de nous. Demain est moins à découvrir qu’à inventer. »

Gaston Berger

Il faut alors se réinventer… en permanence.

 

Une lente progression de disruptions créatives :

création = évolution = révolution

« L’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine. »

Michel Foucault

 Que ces révolutions soient d’ordre économique et industrielle ou sociale et politique, celles-ci procèdent toujours d’une modification d’un équilibre. Quelque soit la nature de “l’intrant” modifiant l’équilibre initial, celui-ci impliquera systématiquement une réaction légitime de l’organisme face à ses caractéristiques singulières. Une nouvelle chimie est alors inévitablement provoquée, modifiant pour un temps ou pour toujours sa composition et son organisation initiale.

 L’intrus étant étranger, il est avant tout une inconnue pour l’organisme qui le rejettera, l’assimilera, le détruira… ou en périra ; Il n’y a aucune autre option.

 Notre condition première est une adaptation permanente à une combinaison d’éléments en permutation incessante. L’éternelle métamorphose compose notre substantielle moelle…

« Rien dans le monde ne subsiste un instant identique à soi-même. Tout change sans cesse, passant d’un contraire à l’autre, et la seule chose qui soit immuable c’est la loi de cette éternelle métamorphose ».

Héraclite d’Éphèse

 Nous sommes alors sans le savoir un champs de bataille perpétuel qui, sans relâche depuis la nuit des temps ne cesse de créer ses propres conditions de survie ou de destruction… créative !

«  Un état de choses parvenu à son point ultime se transforme. »

Wu Qiong Ze Bian (proverbe chinois)

 Pour le stratège, le politicien et le philosophe de l’Art de la guerre, cette constante ‘inconsistance’ ontologique doit être la seule ligne de conduite cartographique face à l’inconnu. C’est dans l’adversité et par l’adversité que nous nous sentons vivre, dans son lot d’échecs illusoires et de succès éphémères.

 

Entreprendre l’inconnu : Stratégie et supputations orientales…

 

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  Sous nos yeux : l’Art de la guerre de Sun Tzu ; Le traité des 36 stratagèmes ; De la Guerre de Carl von Clausewitz ; Stratagèmes politiques de Polyen ; le Yi King…

 Ces ouvrages reposent dans la plupart des cas sur un postulat : que le futur est déjà dans le présent à l’état de germes et qu’outre nos préparations aux risques et à l’adversité, les forces ‘Yang’ recèlent en leur sein le ‘Yin’ et réciproquement.

 La création est mutation… et vice versa – les succès sont avant tout une série d’échecs relatifs. L’inconnu devient alors une ressource d’enrichissement intérieur et de progrès pour les plus entreprenants.

 Encore faut-il oser ! Et toujours nous recréer pour mieux nous adapter.

 

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Arcana Imperii – Opus 1 : Sur les pas du premier stratège – De la survie

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LHomme : un primate stratège ?

Survivre : entre nécessité vitale et curiosité exploratoire

   La pauvreté de nos connaissances en matière historique, anthropologique et ethnologique est un fait. Ces disciplines scientifiques bien trop récentes souffrent d’un manque crucial de preuves et d’éléments factuels indéniables. Il y a d’ailleurs plus de supputations universitaires et de dénis cognitifs déformés à façon dans des théories évolutionnistes que de preuves réalistes et indéniables…

   Pour tout animal, l’exercice disruptif consiste à porter sa curiosité au-delà des étroites limites du confort de son espace vital connu avec une évidence : Les ressources renouvelables se tarissent par cycles discontinus : saisons, aléas climatiques, migrations des espèces, insuffisance et tarissements dus à la croissance des populations et aux excès anthropiques inhérents.

   Les premiers hommes doivent s’aventurer, chercher, comprendre et se préserver.

   Des origines ? Penser le passé en nous plaçant dans une perspective présente n’est pas chose aisée, car nous ne savons rien ou presque rien du passé… Nous avançons toujours avec un miroir dans le dos.

   Éternel débat sans fin sur la rupture entre hommes et grands singes ! Est-il donc un ‘autre’ animal ? Une autre ‘chose’… Probablement…, mais une rupture disruptive et certainement brutale de nos capacités cognitives simiesques est une certitude scientifique indéniable.

   Ce jour là, un animal politique est né. Où, comme l’écrivait avec humour Pierre Dac en 1972 dans ‘les pensées’ : « Le chaînon manquant entre le singe et l’homme, c’est nous. »

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Survivre, préservation, tribu, migration, territoire, organisation… Conquérir les espaces inconnus et gérer l’altérité (les ‘autres’).

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De la survie – Citations

Garantir sa survie : la crainte du néant…

 

«Les hommes qui fuient la mort courent après elle»

(Démocrite)

 

«Telle est l’imprudence des hommes, que dis-je ? telle est leur folie, que parfois la crainte de mourir les pousse vers la mort.»

(Épicure)

 

«Les espèces qui survivent ne sont pas [toujours] les plus fortes ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements.»

(C. Darwin – De l’origine des espèces – 1859)

 

«Nous employons toute notre attention, toute notre activité, à conserver notre vie. Se nourrir est un problème dont la solution exige la journée entière.»

(J. Verne – L’Éternel Adam – 1910)

 

« La réduction de l’être humain à l’Homo œconomicus implique la réduction de la vie à la survie […] La survie est la forme déshumanisée de la vie.»

(Raoul Vaneigem – De la destinée – 2015)

 

« On ne peut survivre sans s’inventer.»

(Mario Claudio – Entrevue sur le site Evene.fr – Octobre 2006)

 

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâches est peut être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse.»

(Albert Camus – Poésie, Discours de Stockholm – 10 décembre 1960)

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   En cela, l’Homo ‘strategicus’ reste dans ses fondements à la fois profondément craintif et fasciné par la mort. Son énergie vitale principale émane avant tout de son instinct de survie.

   C’est probablement devant cette inconnue majeure – cet angoissant crépuscule annonçant le néant -, que se différencieront les Hommes entre eux dans leurs contributions au groupe, à leur civilisation : nier, accepter, critiquer, savoir et comprendre ; défendre, conquérir, gérer, organiser, risquer.

   Chaque individu est un être stratège porté avant tout par son environnement premier : éducation, enseignement, culte, croyances – les valeurs et les nécessités immédiates du groupe.

Il devra grandir en apprenant d’abord à survivre par son groupe, puis, peut être un jour, ‘pour’ son groupe. C’est peut être dans cette différenciation cognitive, ce caractère singulier pour le risque et l’exploration que les pionniers de l’aventure humaine se sont distingués: braver l’inconnu et dépasser les craintes infondées ; confronter l’altérité pour mieux comprendre et progresser ; évoluer pour mieux maîtriser… Dominer.

 

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Arcana Imperii – Genèse – l’Odyssée de l’espèce : Du primate à la suprématie

Du primate à la suprématie

 

Arcana Imperii - Odussée de l'espèce - Les premiers pas

 

Les premiers pas

     L’ouverture de ce long triptyque cinématographique marque encore les esprits.

     

… Derrière des yeux craintifs : l’inconnu.

     La forêt semble primaire, noyée parmi d’immenses étendues de terres arides et sablonneuse ; la scène rappelle les contours d’un territoire d’Afrique subsaharienne.

     Une communauté simiesque des ages immémoriaux survit dans le dénuement et la frayeur des premiers jours. L’angoisse est palpable dans les yeux de ces premiers hominidés. Née en Terra incognita, la tribu parait prostrée dans la peur de l’inconnu ; passive et soumise aux aléas de la prédation féline puis des ‘autres‘ dans un climat imprévisible ou chaque instant est périlleux.

     Cueilleurs passifs, l’existence, la survie et la mort de l’espèce ne sont que les résultats du hasard.

     A ce stade de l’évolution, la vie animale ressemblerait presque à un miracle sur ce bout de croûte terrestre que les éclats d’un soleil abandonne chaque jour par cycles alternatifs à des heures sombres et froides ; ces nuits où le visible et l’invisible se travestissent selon l’imaginaire et l’ignorance, en pères et mères de toutes les appréhensions, croyances et mythologies de l’histoire humaine. Un age des premières peurs, des premières croyances ésotériques : l’aube ténébreuse des mythes fondateurs et symboles protecteurs ; légendes stellaires et forces surnaturelles.

     Aucune autre lumière sinon celle d’un immense cercle de feu inaccessible, suspendu et changeant: un soleil.

     Dans ces âges  premiers, le feu n’est pas encore maîtrisé et la survie dépend de phénomènes imprévisibles ; d’inconnues permanentes.

     Prostrés tel des condamnés, seul l’instinct de survie engage  les tribus ‘premières’ dans un simulacre de lutte pour se préserver et aux mouvements territoriaux pour assurer la continuation de l’espèce.

Se nourrir ;

S’hydrater ;

Se reproduire.

Survivre par le groupe et non ‘pour’ le groupe avec une contrainte : une seule ressource stratégique majeure ;

Arcana Imperii - Genèse - l'odyssée de l'espèce - ressources stratégiques

un seul point d’eau… Sans partage.

     S’engagent alors des luttes tribales avec les “siens” contre ces “‘autres” – concurrents et maintenant ennemis – pour son accession, son utilisation, son exclusivité … 

   La scène qui suit reste l’une des plus énigmatique du Cinéma contemporain. Celle qui a donnée au roman d’Arthur C. Clarke la portée internationale qu’on lui connait. Celle-ci apparait sans transition.

Arcana Imperii - Genèse - l'odyssée de l'espèce - monolithe

     S’ensuit l’affolement de la tribu, ses hurlements. C’est la stupeur et l’effroi (démuni) devant l’incompréhensible, l’impossible, l’inintelligible.

     Devant ce monolithe aux formes géométriques parfaites et impossibles à assimiler, ces hominidés – futurs maîtres du feu -, vont sans le savoir, initier l’Histoire : l’Histoire d’une seule espèce, celle qui deviendra l’Homme.

     L’Homme qui, par essence et selon Aristote, va se transformer progressivement en animal politique (zoon politikon).

Arcana Imperii - Genèse - l'odyssée de l'espèce

La genèse de la suprématie – Les gènes des États

     Le groupe des hominidés ou pré-humain serait apparu il y a 7 millions d’années. Fruit d’une évolution de l’espèce et caractérisé par sa capacité à fabriquer des ‘outils’, la transition du primate à l’Homo habilis s’effectue il y a 2 millions d’années.

     Rien ne le différencie l’homme de certaines espèces animales à ce stade de l’évolution.

     Il faudra attendre 1 millions d’année de plus pour voir apparaître les premières traces de l’Homo erectus parvenu à faire évoluer sa démarche simiesque à celle de nos bipèdes contemporains.

     L’âge de la’ main’ et de notre capacité de préhension va naturellement suivre son cours et parfaire les outils pour bâtir (pierre taillée – estimée à 8000 ans avant J.-C), former la matière et peindre ; puis façonner les armes pour défendre et conquérir.

     Notre ‘préhistoire’ s’arrête à l’ère ‘antique’ avec l’invention de l’écriture estimée à 4000 ans avant J.-C. Ce dernier stade dans l’histoire du monde est celui d’une seule espèce : l’Homo sapiens. Il date d’à peine 200.000 ans et englobe les longs progrès de notre évolution ‘technique’ jusqu’à aujourd’hui.

     Cette ‘disruption génétique’ reste inexpliquée dans notre évolution. Si l’animal est devenu ‘politique’ selon Aristote, les humains ne sont  pas moins restés instinctifs, voire pour les plus ambitieux, rusés et ingénieux dans leurs quêtes de survie et de conquête au sein du groupe.

Arcana Imperii - Genèse - l'odyssée de l'espèce - Tacite

Tacite, Polyen, Sun Tzu … : De la cartographie philosophique à la conquête des territoires politiques 

     L’expression ‘Arcana Imperii’ ou les ‘secrets’ et ‘mystères’ du pouvoir – de l’État -, a été employée pour la première fois au travers de deux essais majeurs des œuvres de Tacite : les Historiae (I, 4) et les Annales ( (Ab excessu diui Augusti -II, 36).  Historien et sénateur romain né en 58 et mort vers 120 ap. J.-C, les thèmes majeurs de l’œuvre de Tacite traitent principalement de la gouvernance de l’état – la Cité – sous la domination Romaine.

     Libre penseur et philosophe d’origine ‘Gauloise’ installé à Rome, il prévient les ‘grands administrateurs’ des risques permanent de dérives tyranniques. Tacite dépeint une analyse du pouvoir crue et réaliste qui porte à croire qu’il serait l’une des influences les plus importantes dans l’élaboration du Prince de Machiavel.

     Ces thèmes principaux sont : la défense libérale de la domination romaine et l’éloge de la sagesse philosophique tempérée par la défiance à l’égard du fanatisme et du dogmatisme dont la tyrannie est le pendant.

     Dans les prochains articles de cette série-blog, nous reprendrons les citations, pensées et aphorismes les plus saillants de notre Humanité.Arcana Imperii - Genèse - l'odyssée de l'espèce -Janus

Des lumières aux ténèbres, si l’Homme reste une énigme sur cette planète,

il n’en est pas moins prévisible aux yeux des plus sages…

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