Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 8 : Les neuf variables d’ajustement

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Ce huitième chapitre – sur les treize que compte le traité -, rappel certains principes généraux abordés dans les précédents chapitres ; s’ajoutent à ces variables, les facteurs psychologiques et postures comportementales d’un Commandant.

Son titre peut aussi être : ‘Des neuf changements’ ; ‘Les neuf variables’ ou ‘Les neuf retournements’ selon ses interprètes.

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Il est écrit :

  Ordinairement l’emploi des armées et la mobilisation générale relève du commandant en chef soumis au mandat du souverain. Le rassemblement des forces sera inévitablement soumis à des prérequis géographiques et topographiques.

  Il y a cinq configurations de terrains parmi les neuf types d’adaptations (neuf ‘changements‘ ou neuf ‘circonstances principales‘) :

  • Si vous êtes dans des lieux marécageux, dans les lieux où il y a à craindre les inondations, dans les lieux couverts d’épaisses forêts ou de montagnes escarpées, dans des lieux déserts et arides, dans des lieux où il n’y a que des rivières et des ruisseaux, dans des lieux enfin d’où vous ne puissiez aisément tirer du secours, et où vous ne seriez appuyé d’aucune façon, tâchez d’en sortir le plus promptement qu’il vous sera possible. Allez chercher quelque endroit spacieux et vaste où vos troupes puissent s’étendre, d’où elles puissent sortir aisément, et où vos alliés puissent sans peine vous porter les secours dont vous pourriez avoir besoin.

 

  • Évitez les lieux isolés ou si la nécessité vous y force, n’y restez qu’autant de temps qu’il en faut pour en sortir. Prenez sur-le-champ des mesures efficaces pour le faire en sûreté et en bon ordre.
  • Si vous vous trouvez dans des lieux éloignés des sources, des ruisseaux et des puits, où vous ne trouviez pas aisément des vivres et du fourrage, ne tardez pas de vous en tirer. Avant que de décamper, voyez si le lieu que vous choisissez est à l’abri par quelque montagne au moyen de laquelle vous soyez à couvert des surprises de l’ennemi, si vous pouvez en sortir aisément, et si vous y avez les commodités nécessaires pour vous procurer les vivres et les autres provisions; s’il est tel, n’hésitez point à vous en emparer.
  • Si vous êtes dans un lieu de mort, cherchez l’occasion de combattre. On appelle lieu de mort ces sortes d’endroits où l’on a aucune ressource, où l’on dépérit insensiblement par l’intempérie de l’air, où les provisions se consument peu à peu sans espérance d’en pouvoir faire de nouvelles; où les maladies, commençant à se mettre dans l’armée, semblent devoir y faire bientôt de grands ravages. Si vous vous trouvez dans de telles circonstances, hâtez-vous de livrer quelque combat. Je vous réponds que vos troupes n’oublieront rien pour bien se battre. Mourir de la main des ennemis leur paraîtra quelque chose de bien doux au prix de tous les maux qu’ils voient prêts à fondre sur eux et à les accabler.
  • Si, par hasard ou par votre faute, votre armée se rencontrait dans des lieux plein de défilés, où l’on pourrait aisément vous tendre des embûches, d’où il ne serait pas aisé de vous sauver en cas de poursuite, où l’on pourrait vous couper les vivres et les chemins, gardez-vous bien d’y attaquer l’ennemi; mais si l’ennemi vous y attaque, combattez jusqu’à la mort. Ne vous contentez pas de quelque petit avantage ou d’une demi victoire; ce pourrait être une amorce pour vous défaire entièrement. Soyez même sur vos gardes, après que vous aurez eu toutes les apparences d’une victoire complète.

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  • Quand vous saurez qu’une ville, quelque petite qu’elle soit, est bien fortifiée et abondamment pourvue de munitions de guerre et de bouche, gardez-vous bien d’en aller faire le siège; et si vous n’êtes instruit de l’état où elle se trouve qu’après que le siège en aura été ouvert, ne vous obstinez pas à vouloir le continuer, vous courrez le risque de voir toutes vos forces échouer contre cette place, que vous serez enfin contraint d’abandonner honteusement.
  • Ne négligez pas de courir après un petit avantage lorsque vous pourrez vous le procurer sûrement et sans aucune perte de votre part. Plusieurs de ces petits avantages qu’on pourrait acquérir et qu’on néglige occasionnent souvent de grandes pertes et des dommages irréparables.
  • Avant de songer à vous procurer quelque avantage, comparez-le avec le travail, la peine, les dépenses et les pertes d’hommes et de munitions qu’il pourra vous occasionner. Sachez à peu près si vous pourrez le conserver aisément; après cela, vous vous déterminerez à le prendre ou à le laisser suivant les lois d’une saine prudence.
  • Dans les occasions où il faudra prendre promptement son parti, n’allez pas vouloir attendre les ordres du prince. S’il est des cas où il faille agir contre des ordres reçus, n’hésitez pas, agissez sans crainte. La première et principale intention de celui qui vous met à la tête de ses troupes est que vous soyez vainqueur des ennemis. S’il avait prévu la circonstance où vous vous trouvez, il vous aurait dicté lui-même la conduite que vous voulez tenir.

  Voilà ce qu’on appelle les neuf changements ou les neuf circonstances principales qui doivent vous engager à adapter la contenance et la position de votre armée, à changer de situation et de lieux, à attaquer ou à vous défendre, à agir ou à vous garder de tout mouvement.

  Jamais un général ne doit agir avec dogme et déterminisme, aucun système empirique ni principe ne tient devant les variables d’ajustement liées aux circonstances changeantes. Si les principes peuvent être importants en eux-mêmes, leurs applications peuvent les rendre mauvais.

  Un grand général doit savoir l’art des changements. S’il s’en tient à une connaissance vague de certains principes ; à une application routinière des règles de l’art et une certaine connaissance de la topographie ; si ses méthodes de commandement sont dépourvues de souplesse, s’il examine les situations conformément à quelques schémas, s’il prend ses résolutions d’une manière mécanique, il ne mérite pas de commander.

  Un fin stratège prend toujours en compte dans ses supputations, chaque avantage et inconvénient d’une option. En tenant compte des facteurs favorables, il assure la viabilité de ses plans. En tenant compte des facteurs défavorables, il écartera ou résoudra les difficultés.

On contraint les princes par la menace, on les enrôle par des projets, on les fait accourir par des promesses.

  Le stratège sait employer à propos certains artifices pour tromper l’ennemi, tout en sachant se tenir sans cesse sur ses gardes pour n’être pas trompé lui-même. Il ne doit ignorer aucun des pièges qu’on peut lui tendre, il doit pénétrer tous les artifices de l’ennemi, de quelque nature qu’ils puissent être, mais il ne doit pas pour cela vouloir deviner. Sans cela, dupé à votre tour vous prenez le risque d’être la victime de conjectures précipitées.

  Tenez-vous sur vos gardes, voyez-le venir, éclairez ses démarches et toute sa conduite, et concluez. En matière militaire et stratégique, il est un principe de ne pas supposer que l’ennemi s’abstiendra de venir, mais de se préparer à lui faire face, mieux, faire en sorte qu’il ne puisse attaquer.

  Travaillez sans cesse à susciter des peines à l’ennemi. Vous pourrez le faire de plus d’une façon, mais voici ce qu’il y a d’essentiel en ce genre.

  N’oubliez rien pour lui débaucher ce qu’il y aura de mieux dans son parti: offres, présents, avantages et promesses.

  Poussez les gens d’honneur au service de votre adversaire à des pratiques ou attitudes honteuses et indignes de leur réputation, à des actions dont ils aient lieu de rougir quand elles seront sues, et ne manquez pas de les faire divulguer. Entretenez des liaisons secrètes avec ce qu’il y a de plus vicieux chez les ennemis; servez-vous-en pour aller à vos fins, en leur joignant d’autres vicieux.

  Divisez leur gouvernement, semez la dissension parmi leurs chefs et créer une rupture de confiance entre chefs et subalternes en leur fournissant des sujets de colère ou des promesses contradictoires.

Les cinq plus grands défauts d’un commandant sont :

  • Témérité exagérée – Surexposition aux risques

Le premier est une trop grande ardeur à affronter la mort; ardeur téméraire qu’on honore souvent des beaux noms de courage, d’intrépidité et de valeur procède le plus souvent d’un manque de discernement et d’un instinct suicidaire.

  • Sous-exposition – lâcheté – Porter une trop grande attention à conserver ses jours

On se croit nécessaire à l’armée entière; on n’aurait garde de s’exposer; on n’oserait pour cette raison se pourvoir de vivres chez l’ennemi; tout fait ombrage, tout fait peur; on est toujours en suspens, on ne se détermine à rien, on attend une occasion plus favorable, on perd celle qui se présente, on ne fait aucun mouvement; mais l’ennemi, qui est toujours attentif, profite de tout, et fait bientôt perdre toute espérance à un général ainsi prudent. Il l’enveloppera, il lui coupera les vivres et le fera périr par le trop grand amour qu’il avait de conserver sa vie.

  • Éruption spontanée – Emportement et agir sous la colère

Le troisième est une colère précipitée. Un général qui ne sait pas se modérer, qui n’est pas maître de lui-même, et qui se laisse aller aux premiers mouvements d’indignation ou de colère, ne saurait manquer d’être la dupe des ennemis. Ils le provoqueront, ils lui tendront mille pièges que sa fureur l’empêchera de reconnaître, et dans lesquels il donnera infailliblement.

  • L’honneur – fatuité – Orgueil déplacé

La calomnie facile : un sens de l’honneur qui frise la susceptibilité est facile à provoquer. Un habile stratège ne doit pas se piquer mal à propos, ni hors de raison. A vouloir réparer un honneur légèrement blessé, on en perd quelquefois toutes ses ressources.

S’il croit que son honneur est blessé, et qu’il veuille le réparer, que ce soit en suivant les règles de la sagesse, et non pas les caprices d’une mauvaise honte.

  • Compatissant à outrance – Empathie n’est pas Sympathie

Ce cinquième point concerne une trop grande complaisance ou une compassion trop tendre pour ses soldats. Un chef qui n’ose punir, qui ferme les yeux sur le désordre, qui craint que les siens ne soient toujours accablés sous le poids du travail, et qui n’oserait pour cette raison leur en imposer, est un chef propre à tout perdre. Il faut toujours avoir quelque occupation à donner et faire en sorte qu’ils ne soient jamais oisifs. Savoir punir avec sévérité, mais sans trop de rigueur en procurant des peines et du travail, mais jusqu’à un certain point.

  En conclusion, un général doit se prémunir contre tous ces dangers. Sans trop chercher à vivre ou à mourir, il doit se conduire avec valeur et avec prudence, suivant que les circonstances l’exigent.

En matière de gouvernance, si ces derniers cinq traits de caractère sont de graves défauts, leurs conséquences peuvent aussi entraîner la perdition d’une armée et l’anéantissement d’un état.

Fin du chapitre VIII

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Jérôme Gabriel

Jérôme Gabriel

Fondateur d’Arcana Strategia Conseil et des éditions stratégiques Maîtres et Dirigeants, Jérôme Gabriel est avant tout passionné par l’intelligence et les cultures stratégiques asiatiques (Chine-Japon). Expert d’état en intelligence économique et protection des entreprises (INHESJ), l’auteur a vécu et travaillé plusieurs années entre la Chine, le Japon, la Thaïlande et le Vietnam – il possède aussi un Master 2 spécialisé en Communication et Coopération Interculturelle en milieu asiatique. Activement engagé dans la protection, l’appui commercial et stratégique des entreprises, il est l’auteur de plusieurs publications et ouvrages dont "Décryptage de la pensée stratégique Sun Tzu " publié en septembre 2020. Ancien directeur d’un service d’intelligence stratégique et de gestion des risques, il intervient aujourd’hui en tant que formateur et conseiller auprès de PME-PMI.

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