Éducation au numérique : l’école connectée n’est pas une fin en soi

Le numérique a un peu changé les rôles entre générations. C’est probablement la première fois dans l’histoire que les plus jeunes générations sont les premières utilisatrices d’une technologie. Nous commençons à mieux évaluer les enjeux associés aux technologies numériques. Les politiques et institutions publiques semblent adopter un regard plus critique vis-à-vis du numérique, qui n’est plus perçu que comme innovation. Avoir une école connectée est certes important, car elle permet d’appréhender cette fenêtre sur le monde dans un cadre scolaire, mais ce n’est pas une fin en soi. Toujours plus d’information n’est pas synonyme de meilleur apprentissage.

Le numérique nous demande à la fois de réfléchir aux outils les mieux adaptés pour chaque activité, mais aussi au rôle de l’école à l’ère d’internet. En d’autres termes, nous devons envisager le numérique à la fois comme un ensemble d’outils possibles pour l’enseignement, et comme un nouvel environnement pour l’école.

Utiliser une technologie n’est en effet pas neutre, car celle-ci peut conditionner nos comportements de par les choix du fabriquant en termes de design et de fonctionnalité. Ces choix ne sont pas forcément visibles, mais façonnent quand bien même nos vies de tous les jours. Il est donc essentiel de donner les ressources nécessaires afin que les plus jeunes utilisateurs.rices  développent à la fois des connaissances techniques et un regard critique vis-à-vis des technologies numériques, tout en portant une attention particulière aux parties les plus défavorisées de la population et aux filles. En effet, la fracture numérique est encore bien réelle, et appelle à une meilleure inclusion et diversité au sein de la gouvernance et du développement du numérique.

Certaines applications sont hermétiques aux adultes, et les usages des réseaux sociaux bien différents selon l’âge des utilisateurs.rices. Les enfants et adolescent.e.s sont en première ligne du numérique: ils.elles sont confrontés à du contenu et des techniques qui les incitent à passer davantage de temps dans un monde virtuel qui a peu de contrôle et de limites. Les études sur l’économie de l’attention ont su démontrer à quel point les technologies numériques, et en particulier les smartphones et les réseaux sociaux, ont pour objectif une certaine dépendance des utilisateurs.rices.

Selon leur âge, ils.elles doivent aussi être sensibilisé.e.s aux dangers auxquels le numérique les exposent, et aux conséquences de leurs actes en ligne. Puisque tout est disponible en ligne, ils.elles seront forcément confronté.e.s à des choix et des situations qui vont leur demander une maturité plus grande que les générations précédentes, où le contenu était davantage contrôlé. D’où le besoin de partager des exemples concrets de situations critiques afin de partager les ponts de vue en groupe, réfléchir ensemble aux choix et actions possibles.

L’université de Stanford en Californie (États-Unis) a développé toute une série d’outils pédagogiques pour développer l’esprit critique numérique des enfants et adolescent.e.s. Ce projet s’appelle « Civil Online Reasoning »[1] et fait suite à une étude qui a montré que les plus jeunes générations ont développé des compétences numériques – email, chercher des connaissances sur le web, utilisation des réseaux sociaux, etc. – mais manquent cruellement de compétences d’évaluation du contenu en ligne, de sa véracité, de ses sources, de son objectivité, voire du risque de manipulation. Les outils proposés par cette université peuvent contribuer à développer un esprit critique et une distance nécessaire avec ce que les enfants et adolescent.e.s consultent en ligne.

Dans ce contexte, le rôle de l’école est, me semble-t-il, celui de guide et de mentor, qui va leur donner une autonomie et une maturité numérique qui leur sera bénéfique tout au long de leur vie.  Cependant, même s’il est important de préparer les enfants et adolescent.e.s au numérique, la responsabilité ne peut pas reposer que sur eux ou sur l’école. Le risque de cyberdépendance ne devrait pas être seulement considéré au niveau individuel, mais appelle à une politique de santé publique efficace. La régulation, aussi bien du contenu que des techniques utilisées pour micro-cibler les utilisateurs.rices est nécessaire, même si complexe. En d’autres termes, des normes plus strictes devraient permettre de mieux encadrer le numérique, au même titre que des normes encadrent les médias traditionnels.

[1] https://cor.stanford.edu

Jérôme Duberry

Jérôme Duberry est enseignant-chercheur Post-Doc au Centre de Compétences Dusan Sidjanski en Études Européennes, Global Studies Institute, Université de Genève, et chercheur associé à l’IHEID. Ses activités de recherche s'articulent autour de la convergence entre technologies numériques, politique et développement durable (ODD).

2 réponses à “Éducation au numérique : l’école connectée n’est pas une fin en soi

  1. Une étude a montré que le complotisme affecte plus les jeunes que les “vieux”. Il y a l’effet de l’expérience de vie, mais peut être pas que.
    Nous savons que le cerveau humain d’un ado est en pleine construction avec des effets visibles. Une des caractéristiques, c’est une difficulté à interpréter les émotions des autres, manque d’empathie,….
    Dans cette tempête dû au développement du cerveau, qu’en est-il de la faculté à discerner le vrai du faux ?

    Les adeptes du complotisme se trouvent beaucoup plus chez les moins éduqué. Est-ce une question d’éducation, d’intelligence ?
    En fait l’apprentissage de la critique, ne devrait-il pas se faire en dehors de la période d’adolescence ? Les étudiants dans les hautes écoles, forcément, baignent dans la critique de l’information, mais ceux qui travaillent, pas forcément. Ceci explique cela ?

    En résumé, l’accompagnement du numérique est nécessaire, mais je ne crois pas au miracle.
    L’auto-critique de ses propres convictions est souvent étrangère à la jeunesse, peut-être en partie par la cause d’un cerveau en développement.

  2. Pensez-vous que je pourrai envoyer du bitcoinesque de la Suisse à l’Uruguay?
    Oui, car ça fait deux mois que j’ai envoyé de l’argent et réclamé et réclamé…. Aline pour qu’elle revienne!

    Aujourd’hui, je reçois un chèque daté d’il y a un mois et demie, par poste, d’un institut anonyme US, sans nom, que le BROU, banco Republica del Uruguay ne peut pas encaisser????

    Non, mais on va encore continuer encore longtemps cette farce des banques centrales, de la BRI et de tous ces couillons?

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