Blockchain : une solution contre les fausses nouvelles ?

Le monde est à la portée d’un clic. L’information est aujourd’hui en grande partie gratuite et abondante. Les réseaux sociaux sont devenus un incontournable intermédiaire entre les fournisseurs et les consommateurs d’information. Selon une étude du Pew Research Center, deux tiers des citoyens américains adultes en 2018 avaient un compte Facebook et les trois quarts d’entre eux le consultaient chaque jour. Face à ce déluge d’informations, la question n’est plus de savoir comment accéder à l’information, mais plutôt qui la sélectionne et dans quel but.

Nous avons souvent tendance à consulter un nombre restreint de sources, soit par habitude, soit de par la confiance qu’elles nous inspirent. Parmi celles-ci, les plateformes de réseaux sociaux occupent une place proéminente du fait de la coexistence entre deux mondes : les communications personnelles et intimes d’une part, et la diffusion de nouvelles et de messages promotionnels d’autre part. Sur les réseaux sociaux, la stratégie marketing d’une marque partage le même espace que les messages de nos proches, mélangeant les sphères privées et publiques, et dans une certaine mesure notre relation aux informations reçues. Nous accueillons différemment – avec plus ou moins de confiance – les informations selon le contexte dans lequel elles sont publiées.

Sur les réseaux sociaux, les informations sont sélectionnées par des algorithmes conçus pour fournir aux utilisateurs des informations faciles à digérer, afin de les maintenir en ligne le plus longtemps possible, et générer un sentiment de confiance. Cette dernière est renforcée par le biais cognitif « biais de vérité », qui décrit notre tendance à croire « en principe » les informations que nous recevons (Hancock, 2016). Pour découvrir qu’une information est fausse, il faut souvent l’intervention d’une tierce source ou des preuves irréfutables. Dans notre paysage numérique contemporain, il nous est de plus en plus difficile de vérifier les l’informations que nous recevons, de par leur quantité, mais aussi de par la difficulté à retrouver la source première. Il faudrait en effet du temps, des ressources et les bonnes compétences pour effectuer une analyse approfondie de chaque information reçue, ce qui est plus improbable lorsque le flux d’informations ne cesse jamais.

Afin de répondre à ce défi, un nombre croissant d’initiatives envisagent l’utilisation de la technologie blockchain pour lutter contre les fausses nouvelles: Trive, Primas, Publiq et Civil, pour n’en nommer que quelques-unes. Blockchain est reconnue pour être une technologie permettant d’enregistrer des données de manière permanente, classées par ordre chronologique et de manière transparente. Ces fonctionnalités permettent à blockchain d’assurer la transparence et la sécurité des données sans centralisation. La Blockchain empêche ainsi tout type de suppression, modification et correction, ce qui signifie que toute information enregistrée sur une blockchain a une identification d’origine accessible à tous et pour toujours.

Un certain nombre de développeurs de blockchain sont convaincus que les solutions technologiques peuvent réellement aider à sécuriser l’intégrité de l’information disponible en ligne.

D’une part, la blockchain peut monétiser la diffusion de vraies informations et ainsi inciter les auteurs à publier des nouvelles exactes et participer à soutenir l’effort de vérification des informations. À titre d’exemple, Trive est une initiative qui crée un vaste écosystème de vérificateurs de nouvelles qui sont récompensées par des tokens. Leur rémunération (tokens) étant liée à leur réputation, ils sont d’autant plus motivés pour ne laisser passer aucune fausse information. À terme, Trive prévoit que de nombreux utilisateurs gagnent leur vie en travaillant uniquement grâce à leur réputation, indique le site Web cette initiative.

D’autre part, la blockchain peut devenir un nouvel outil de sélection des nouvelles. Dans ce sens, elle peut offrir une vraie alternative aux algorithmes des plates-formes de réseaux sociaux et autres moteurs de recherche. En garantissant la validité de la source d’informations grâce à des mécanismes de vérification et de certification décentralisés et autonomes, cette technologie peut aider non seulement à lutter contre les fausses informations, mais également aux problèmes de plagiat et de piratage.

À titre d’exemple, Publiq reprend le concept de stockage distribué de la blockchain pour fournir à des journalistes indépendants un espace décentralisé et inviolable pour publier leur contenu, et récompense les utilisateurs qui mettent à disposition une partie de leur espace de stockage gratuitement.

Ainsi, blockchain est une des technologies possibles pour nous aider à mieux combattre les campagnes de fausses informations et permettre au citoyen d’être bien informé. D’autres technologies existent comme l’intelligence artificielle, qui est de plus en plus utilisée aider les utilisateurs à mieux détecter les fausses informations et en particulier celles provenant de robots. Mais pas seulement: Publiq envisage par exemple d’utiliser l’intelligence artificielle pour créer des liens vers des articles proposant des opinions alternatives, afin de soutenir la pluralité d’opinions en ligne. Cependant, malgré les promesses de ces technologies, rien ne remplacera l’éducation et l’esprit critique de chacun. Il est donc essentiel de se former à une utilisation critique des moteurs de recherche et des plateformes des réseaux sociaux.

Références:

Civil: https://civil.co

Primas: https://primas.io

Publiq: https://publiq.network

Trive: https://trive.news

Smith, A., Anderson, M. (2018). Social Media Use in 2018. Pew Internet Research. Retrieved from: http://www.pewinternet.org/2018/03/01/social-media-use-in-2018/

Hancock, J. T. (2016). Psychological Principles for Public Diplomacy in an Evolving Information Ecosystem. In: S., Powers, M. Kounalakis, ed. Can public diplomacy survive the internet? bots, echo chambers, and disinformation, Washingon, DC:US Advisory Commission on Public Diplomacy.

Jérôme Duberry

Jérôme Duberry

Jérôme Duberry est enseignant-chercheur Post-Doc au Centre de Compétences Dusan Sidjanski en Études Européennes, Global Studies Institute, Université de Genève, et chercheur associé à l’IHEID. Ses activités de recherche s'articulent autour de la convergence entre technologies numériques, politique et développement durable (ODD).

Une réponse à “Blockchain : une solution contre les fausses nouvelles ?

  1. L’hydre de la “communication” (inclus, médias, réseaux (dits) sociaux, publicité, blockchain ) va se noyer toute seule, blockchain ou toute autre nouvelle technologie AI-trendy.

    Et ce ne sera pas l’homme qui va y remédier, homme qui, se prenant pour Dieu, crée la maladie et par extension, son remède, mais la planète qui est en train de cracher son indigestion.

    La “croissance” est le graal de tout bon politique, car personne n’a le courage d’avouer que nos ressources sont limitées.

    On ne voit pas bien comment on pourrait éviter à l’hydre de se noyer toute seule, même si, et comme c’est bien connu, on peut lui couper autant de têtes et autant de fois que l’on veut.

    Dans ce sens, je crois que les blockchains ne sont pas autre chose que des bébés hydres????

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