Digital detox et méditation à vélo

Digital detox et méditation à vélo

Poursuivi partout par les écrans, j’ai testé de rouler sans GPS sur mon vélo. En levant le nez du guidon, j’ai redécouvert un cyclisme tourné vers les sensations et propice à développer la pleine conscience en mouvement.

 

Comme beaucoup de cyclistes, j’étais accro à Strava, ce réseau social pour sportif qui permet de tracker ses performances et de les comparer avec celles de la communauté. Je peux même dire que j’étais tombé dans une sorte de « Stravanoia », obsédé par l’analyse de mes rides et de ceux des cyclistes de mon réseau. Cette application m’occupait avant et après mes sorties, pour les préparer mais surtout pour analyser toutes les données disponibles. Le succès de Strava est surtout venu de son concept de « segment », portion de route sur lequel sont classées les performances de tous les utilisateurs l’empruntant. Cette course virtuelle a changé ma manière de rouler, j’ai commencé à regarder de plus en plus souvent mon compteur, justement pour optimiser mes temps sur mes segments préférés. Vitesse, cadence de pédalage, fréquence cardiaque, dénivelé, moyenne,… je roulais le nez rivé sur le petit écran de mon GPS, un écran de trop dans une journée déjà très digitale.

Strava
© Strava

Lever le nez du guidon

Et puis j’ai eu mon accident qui m’a éloigné du vélo plusieurs mois et j’ai pris du recul par rapport à cette application et ses données. Cela faisait même déjà quelques mois avant l’accident que je voulais modifier mon rapport au vélo, laisser mon GPS loin des yeux dans ma poche arrière, mais je ne l’ai pas fait, comme intoxiqué par cet écran. Grand ou petit, un écran a un potentiel énorme de capter l’attention et de se rendre indispensable. Mais finalement ce n’est pas moi qui ai pris la décision de changer mon comportement, c’est mon GPS qui l’a décidé pour moi. Lors du premier jour de ma reprise du vélo après l’accident, mon GPS est tombé en panne, tout seul, comme une coïncidence riche de sens. J’ai décidé de ne pas le réparer ni de le remplacer et de partir rouler sans rien lors de ma sortie suivante. Impression étrange de ne plus le voir trôner au milieu de mon guidon, sensation d’avoir oublié quelque chose, perte de repères,… puis petit à petit je lève le nez du guidon, mon regard n’étant plus accaparé par les données qui défilent sur l’écran, je regarde plus loin, à droite, à gauche. Je prends une meilleure conscience de mon environnement, je réalise à quel point j’ai de la chance de rouler dans un environnement magnifique comme le Lavaux.


Oublier l’écran pour se concentrer sur ses sensations

Mon attention n’étant plus capté principalement par mon regard rivé sur l’écran, je commence à me concentrer sur mes autres sens. Je ressens mieux l’air qui glisse sur moi, le vent qui me pousse ou me freine, me permettant de jouer avec et même d’optimiser mon parcours en fonction. J’entends aussi plus précisément les bruits autour de moi, particulièrement ceux des véhicules derrière moi, m’offrant comme un sixième sens pour détecter le danger qui arrive dans mon dos. Mais le plus important est que je suis beaucoup plus à l’écoute de mon corps et de mes sensations pendant l’effort. J’ai l’impression de vivre de manière encore plus précise les difficultés, de faire comme un scan de chaque muscle mis en tension par la route qui s’élève ou la vitesse qui augmente.  Dès la première sortie, le changement est évident. Rouler sans GPS, sans l’omnipresence de l’écran et des ses données me permet de laisser plus de place à tous mes sens.

© moracchiniphotography.com

La pleine conscience à vélo

Ma manière de rouler est transformée et je découvre la pleine conscience à vélo. Certain jour je peux même faire un parallèle avec ce que je ressens en roulant et l’état dans lequel la méditation peut me mettre. Loin d’être un expert, je m’y suis mis il y a plusieurs années, notamment avec l’application Headspace. Mais est-ce que le cyclisme ne serait pas une autre forme de méditation, en mouvement ? Le parallèle m’est venu quand j’ai focalisé mon attention spécifiquement sur ma respiration lors d’une montée difficile. J’ai senti le rythme accélérer progressivement, le volume de chaque inspiration augmenter. Le fait de se concentrer sur sa respiration est justement la base de la méditation. Autre exemple, lors d’une descente rapide, tous les sens sont en éveil pour anticiper les dangers, une sorte d’hyper conscience du moment présent, état que la méditation cherche aussi à atteindre. Lors de certains rides, n’avez-vous jamais eu un déclic, vous donnant l’impression d’être dans le « flow », un état maximal de concentration, de plein engagement et de satisfaction (Wikipedia). Chez moi, une des conséquences de cet état mental provoqué par le vélo est que je gagne en clarté ce qui me permet de développer ma créativité. Les idées me viennent ainsi plus facilement à vélo, mais le challenge est de ne pas les oublier une fois descendu de selle.

 

Cela fait maintenant presque un an que je roule sans GPS, sans écran, sans données. Vous me trouverez toujours sur Strava mais j’enregistre mes sorties uniquement pour garder un historique annuel. J’utilise l’application sur mon téléphone qui est caché dans ma poche arrière, loin de mon regard, me permettant d’être pleinement conscient du moment présent et encore plus heureux sur mon vélo.

 


Crédit photo de couverture : moracchiniphotography.com

Jérôme Bailly

Jérôme Bailly

Pour Jérôme Bailly, le cyclisme est un mode de vie. Dans les cols alpins le week-end ou en ville la semaine, le vélo l'accompagne dans son temps libre ou entre ses rendez-vous. Puisque «cycling is the new golf», il a créé le Lavaux Business Cycle Club pour networker en roulant. Sur ce blog, il vous fera découvrir d'autres facettes du cyclisme, mélange de tendances sociales, de technologies et de business.

7 réponses à “Digital detox et méditation à vélo

  1. Merci pour cet article.
    Un peu le même choix pour ma part : pas de GPS, pas de caméra, pas de compteur. Le digital detox fait du bien, et je souhaitais aussi fuir l’obsolescence programmé (beaucoup de GPS ou compteur ont des batteries difficilement changeables, donc une durée de vie assez courte), et diminuer ma génération de déchets électroniques. Je ne mets jamais de trace GPS en ligne pour éviter de charger des serveurs inutilement (conso énergétique 24/24).
    Autres avantages, on s’oblige à mémoriser les parcours et on améliore peut-être un peu son sens de l’orientation.

  2. oui, tous les sens sont en éveil. Les odeurs… les odeurs de toutes sortes, les tilleuls avant les vacances et ce matin c’était les pêches…
    un régal pour le corps, l’esprit et l’âme.

  3. Merci Jérôme

    Super photos de la “corniche”.

    Ton article me rappelle le personnage de Burt Reynolds dans le film “Deliverance” – “Parfois, vous devez vous perdre avant de pouvoir trouver quelque chose”.

  4. Salut Jérome
    Je partage complètement ta démarche, dans le sens ou j’ai un nokia sans connexion internet. Je roule donc sans GPs, sans compteur et sans écouteur… Le w-k dernier Fribourg- Bern par les petis cols du sud des deux cantons et le lendemain Berne- Lausanne par la Broye et le Gros de Vaud… Les sensations, les images, les odeurs . J’ai seulement galéré par moment pour trouver les petits routes et demander à des habitants qui pour la plupart regardaient sur Google !…
    Je persiste à rouler vintage !

  5. Bravo pour cet article Jérôme!!
    Cela me touche et répond totalement a mes questionnement posés lors de notre entretien!
    Bienvenue dans la réalité 🙂
    Au plaisir,
    Julia

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