Ma vie sans voiture

A bientôt 40 ans, je fais partie de cette génération qui a passé son permis de conduire dès les premiers jours de sa 18ème année, qui a économisé très tôt pour s’acheter sa première voiture et l’a renouvelé ensuite tous les 4 ans pour poursuivre la magie.

La voiture faisait partie de moi, signe ultime de liberté, omnipotente, empêchant la possibilité même d’envisager une alternative. Puis après plusieurs centaines de milliers de kilomètres, la question taboue s’est finalement posée : « et si je vivais sans voiture ? ». J’ai passé le pas. Voici mon bilan de ces 12 premiers mois.

 

La voiture toute puissante

La Suisse est un pays où la voiture a une place particulièrement importante. Il suffit de regarder sur les routes pour se rendre compte que le parc automobile Suisse est un des plus haut de gamme d’Europe. A la télévision, dans les journaux, sur les affiches, partout les marques automobiles – parmi les plus gros annonceurs du pays – vous vantent leurs derniers modèles. Le TCS est le plus grand club de Suisse avec plus de 1,5 million de membres. La voiture est un marqueur de statut social, un attribut masculin, un signe extérieur de richesse. Sa toute puissance empêche même toute éventualité de penser à ne pas en posséder une.

 

La liberté de la mobilité multimodale

La voiture est perçue comme le moyen de transport ultime, alliant confort, efficacité et liberté. Quand on pense à ne pas en avoir une, viennent tout de suite à l’esprit les contraintes induites ; c’est finalement l’inverse qu’on expérimente. Ne pas avoir de voiture laisse la liberté de choisir le mode de transport le plus adapté à chaque situation.

Pour un urbain comme moi, une multitude de possibilité s’offre en matière de déplacement. Etant cycliste, le vélo est évidemment mon moyen de transport principal en ville. Quand il faut transporter ma fille, j’opte pour le vélo électrique. Uber est une alternative intéressante pour les déplacements à plusieurs ou quand les conditions météo sont difficiles. Je n’utilise que très peu les transports en communs, les TL lausannois ne proposant pas une offre efficace pour moi et n’acceptant pas le passeport vélo CFF (il faut payer un billet pour son vélo, pour chaque trajet). Puis finalement, la marche à pied fait le lien entre tous ces moyens de transports urbains.

Pour les déplacements en dehors de la ville, en Suisse, les très nombreuses liaisons CFF permettent de voyager très facilement en train, pour tout le reste, Mobility et son concept de car sharing propose une offre de mobilité très intéressante. Pour les voyages à l’étranger, l’avion et le train couvrent la quasi totalité des destinations. A quel moment aurais-je eu besoin d’avoir ma propre voiture ? Pour transporter achats et courses ? Aujourd’hui la quasi totalité de magasins proposent un site e-commerce ou au moins un service de livraison.

 

Moins cher, moins polluant et meilleur pour la santé

En plus d’une plus grande liberté, les autres avantages à ne pas avoir de voiture sont nombreux. Côté budget, pas de doute, abandonner la voiture m’aura permis de diviser par deux les coûts liés à mes déplacements. Privilégier la mobilité durable a évidemment également un impact sur notre environnement urbain. Moins de voiture c’est moins de pollution, moins de bruit et moins de risques. Passer à la mobilité douce a eu également une conséquence importante sur la forme physique de toute la famille. Sans surprise, faire du vélo ou marcher a permis à chacun d’être plus actif. Même si ces déplacements ne sont que de quelques kilomètres, voire quelques centaines de mètres, ils nous permettent d’atteindre et de dépasser facilement les recommandations en matière d’activité physique quotidienne.

J’ai bien conscience que mon cas ne s’applique pas à tout le monde. Une famille rurale travaillant en ville aura plus de mal à se séparer de sa voiture. Mais pour les urbains ne quittant pas ou rarement la ville pendant la semaine, c’est non seulement possible, mais beaucoup plus facile qu’on le pense et très avantageux. J’espère que mon témoignage pourra convaincre certaines personnes à passer le pas et à contribuer à faire de la ville un lieu de vie plus agréable.

Jérôme Bailly

Jérôme Bailly

Pour Jérôme Bailly, le cyclisme est un mode de vie. Dans les cols alpins le week-end ou en ville la semaine, le vélo l'accompagne dans son temps libre ou entre ses rendez-vous. Puisque «cycling is the new golf», il a créé le Lavaux Business Cycle Club pour networker en roulant. Sur ce blog, il vous fera découvrir d'autres facettes du cyclisme, mélange de tendances sociales, de technologies et de business.

16 réponses à “Ma vie sans voiture

  1. C’est très bien et je vous encourage à poursuivre en ce sens, à convertir le maximum de monde.

    Là où je ne cautionne plus, c’est quand les adeptes du vélo se mettent à imposer leur choix aux autres, au nom d’une nouvelle “majorité”. Malheureusement, inévitablement, par égoïsme, on finit par le faire, par procuration, en élisant des gens (la gauche, les verts, bcp de PDC) dont l’attitude liberticide et étatiste, y inclus via la confiscation de la possibilité de se déplacer avec un moyen privé et motorisé, est un dogme central. C’est ce qui arrive à Genève.

    1. Il est vrai que tenter d’imposer ses idées n’est jamais un bon moyen et ne résout aucun conflit.

      Pourtant, en tant que cycliste et citoyen du monde, il m’arrive souvent de dire aux gens qui m’entourent que la voiture n’est pas nécessaire et que les motos et scooters sont inutilement pollueurs et bruyants. Si de plus je viens de me faire bousculer par des conducteurs de deux-roues motorisés qui foncent sur la piste cyclable, je peux devenir même agressif sur le sujet. Alors bien sûr que les véhicules motorisés ne sont pas à interdire, mais rendre à nos villes le côté agréable en encourageant la mobilité douce (pour que moins de gens choisissent la voiture) est important.
      Déjà pour les 40% des trajets en voiture qui sont de moins de 3km soient réduits et que la fluidité et sécurité puissent revenir sur nos routes.

      1. Bonjour idée intéressante mais en final ce qui est précisé dans l article ne résoud que très partiellement la question la personne se décharge sur les autres via uber livraison etc. Alors oui perso j’utilise les livraison à domicile autant que possible. Je fais du vélo des que possible. Mais ma voiture ne fait quasi aucun déplacement de moins de 6 kms et surtout avec 38 000 kms par ans la voiture pour moi c’est important et non j’arrive pas à faire moins. Et ce même si je travaille à la maison. Par contre l’état d’accès des villes pour un semi rural comme moi c’est la mort. Et je pense que c’est le problème de beaucoup de gens et peut être même d’une majorité d’ailleurs tant en Suisse que partout en Europe. La ville se referme peu à peu sur ses habitants au détriment des extérieurs qui doivent finalement se rabattre sur le reste. Et pour info la personne à une grosse chance pour les transport c est de vivre sur une ville centralisée. Il suffit de vivre sur les villes périphérique pour découvrir que les transports sont nul. Faites un yverdon Monthey par exemple c’est 2h00 tout compris aller simple et 1 changement. À moins que les CFF ai fini par changer ça

    2. Comme si le dogme de l’automobile n’était pas précisément celui qui a fait de la circulation en ville de Genève l’enfer qu’elle est aujourd’hui pour tous les non motorisés…
      Il est temps que la mobilité douce l’emporte sur la brutale.

    3. C’est bien. Grande unanimité bien pensante, “consciente” et qui se voit en phase avec un prétendu sens objectif de l’Histoire, à savoir la fin de la mobilité individuelle motorisée. Rassurant cependant de savoir que seuls les bobos (je dois en faire partie) lisent ces blogs et s’y prononcent…je peux vous dire que le immigrés de 1e et 2e génération n’ont aucunement l’intention d’abandonner leur BMW.
      Heureusement aussi que les frontières ne sont pas fermées et qu’on pourra partir le jour où l’atmosphère liberticide, dirigiste, moralisatrice sera devenue irrespirable ici. On est en bonne voie, à lire les réponses sur ce blog, et surtout qui est élu, et continuera à être élu dans les villes suisses, à savoir la gauche. Gauche qui a abandonné la lutte contre le Capital et se rabat sur le harcèlement de ceux qui ne pensent et ne vivent pas comme elle. No problem. Tant pis pour la Suisse, qui ne s’est pas faite comme ça.

  2. Oui, c’est sûr qu’il faut être citadin et pas trop loin d’un parc Mobility…
    Je teste le “sans voiture” depuis 20 ans et franchement, revenir à la voiture serait une vraie charge mentale pour moi : services chez le garagiste, changements de pneus, place de parc, stationnement, nettoyage, assurances, éventuelles casses ou pannes sur la voiture… A tout cela je n’y pense jamais!! La marche, mon vélo, le bus, le métro et le train avec demi tarif et je pense que j’ai économisé des milliers de francs, en me sentant si légère…

  3. Je me rends très fréquemment à Lausanne et je trouve que les TL sont bien adaptés à la ville. Entre les métro et les bus je ne vois pas la nécessité d’emprunter un autre moyen de transport que le train, ses pieds ou éventuellement un velo électrique.
    Je vous conseil un vélo pliable genre Brompton pour lequel vous n’avez rien à payer dans les transports publics.

    Pour les personnes qui habitent à la campagne il y a les Park and Ride très pratiques où avec le prix du transport public on se voit offrir le coût de la place de parking. On y trouve toujours de la place et les liaisons des bus ou mieux des trolleybus sont très fréquentes.

  4. Cela fait 20 ans que je n’ai plus de voiture et je respire car je n’ai plus de stress de parkage, de souci de panne et l’exercice quotidien me tient en forme ainsi que le reste de la famille. C’est super. Par contre à Lazsanne c’est dangereux de rouler à vélo car la circulation est principalement pensée pour les voitures. Je suis pour qu’on partage l’espace en arrêtant de privilégier la voiture en ville qui avec ses nombreuses voies, dénaturent nos quartiers et les rends de plus en plus pollués par les pots d’échappement
    mais aussi par le bruit. Il faut savoir que Lausanne est la ville la plus bruyante de suisse et que beaucoup de quartiers sont en zone rouge ce qui veut dire en clair , dangereuse pour la santé des riverains. Donc il est urgent que les choses évoluent. Merci.

    1. Heureusement, Lausanne a entamé sa mutation. Une mutation lente, mais une mutation quand même. La plupart des axes rénovés sont mieux adaptés aux vélos, avec bandes cyclables et sas aux feux.

  5. Il y a plus de dix ans que je n’ai plus de voiture et en suis ravie !
    Je ne l’ai jamais regretté.
    La seule chose à respecter lorsque l’on se déplace, ce sont les horaires … et certains je les connais par cœur !
    Merci pour cet article très sympa.
    Bon dimanche

  6. J’ai fait le pas depuis 30 ans pour me rendre au travail, malgré un domicile à 11, puis 7,5 km. Mais vivre sans voiture pour approvisionner le garde-manger quant on vit loin de tout magasin, je n’ai pas encore fait le pas.

  7. Bravo ! J’ai une voiture que j’utilise en moyenne une fois par semaine pour partir en week-end. Elle me coûte certainement plus cher à l’année que de louer juste pour des besoins précis. Il est peu probable si je continue à vivre en ville que je la renouvelle.

  8. Trajet de 17Km peri-lac avec passage obligé par le pont du mont Blanc. Vitesse moyennes constatées sur 4 ans.
    Avec les TPG 13 a 15 Kmh selon le sens , 17 Kmh en velo (muscle), 19 Kmh en velo electrique bridé 25Kmh. 22Kmh en vélo électrique 40Kmh , 23Kmh en voiture. A noter que la voiture au cours des années (2000- aujourdhui) est passée de 29 a 23 Kmh suite a l’introduction de 6 feux rouge suplémentaires, de goulets d’étranglements délibérés (voie bus et tram additionelles) et de pistes cyclables kamikazes utilisant les vélos pour ralentir le flux automobile. Mon choix: Vélo muscle quand il fait jour entre 08h00 et 19h00 et pas de pluie sinon la voiture. Mais Geneve gagnerait beaucoup a améliorer les autoroutes urbaines que sont les quais en fluidifiant le transit qui n’aura pas d’autre chemin pour les 20 ans a venir!

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