L’Eroica, quand le cyclisme redécouvre son histoire

C’est dans un petit village de Toscane, il y a 5 ans, que j’ai redécouvert le cyclisme. Pratiquant assidu depuis une dizaine d’année, roulant plusieurs milliers de kilomètres par an, suivant le Tour de France et les classiques de printemps, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas l’histoire de mon sport. J’aurais pu me plonger dans la littérature cycliste, j’ai préféré enfourcher un vélo en acier des années 70 et parcourir les Strade Bianche de l’Eroica.

209 km sur un vélo d’époque

Tous les premiers dimanche d’octobre, depuis 20 ans, des milliers de passionnés se retrouvent pour cette grande messe du cyclisme vintage. Leur première motivation est de rouler avec leur vélo d’époque sur ces sublimes routes blanches toscanes.

Plusieurs parcours sont proposés, du plus accessible 46 km jusqu’au terrible 209 km et ses 3’200 m de dénivelé (oui, la Toscane n’est pas plate). L’autre raison qui pousse ces participants venant du monde entier, c’est de communier ensemble autour de cette passion pour l’histoire du vélo, objet culte qui fête ses 200 ans.

« Steel is real »

Il n’y a pas que le carbone dans la vie d’un cycliste. Si ces cadres modernes, rigides et légers sont toujours préférés de ceux qui recherchent la performance, on voit de plus en plus réapparaitre des cadres en acier sur les routes.

Metal historique des premiers vélos, remplacé progressivement par l’aluminium puis les alliages, de nombreux cyclistes redécouvrent son confort et son style incomparable. Cette tendance de récupérer des cadres anciens a d’abord été popularisée par le fixie qui y a installé des pignons fixes, donnant un aspect épuré à ces vélos, tout en facilitant leur maintenance.

Mais pourquoi finalement modifier ces vélos et ne pas les redécouvrir dans leur intégralité, dérailleurs et accessoires compris ? C’est ainsi que des passionnés se sont replongés dans l’histoire des cycles pour faire ressortir des anciens vélos des caves.

Ou trouver votre vélo vintage en Suisse ?

La Suisse n’est pas en reste de cette tendance. Elle est d’ailleurs le 4ème pays représenté en nombre de participants à l’Eroica, entre le Royaume Uni et les Etats-Unis. Quand on commence à s’intéresser à ces cycles de collection en Suisse romande, c’est souvent vers Marc-André Elsig et son Musée du Vélo qu’on se tourne.

Ce collectionneur valaisan a rassemblé plus de 400 vélos, de tous les âges. C’est grâce à lui que j’ai pu m’équiper pour mes premiers Eroica, course qu’il a d’ailleurs fait plusieurs fois lui-même. Fred Schultz, fondateur du magasin de vélo The Bike à Pully pourra également vous aider dans votre recherche de la perle rare. Ce puriste qui ne manque aucune édition de la course toscane, propose quelques vélos de collection d’exceptions.

A Genève, Sat de Old Cycles Boutique pourra aussi vous aider à trouver votre vélo retro, restauré par ses soins.

Réapprendre à rouler

Une fois votre vélo trouvé, il faudra réapprendre à rouler. En effet, les braquets installés sur ces cadres vous feront réellement comprendre l’expression « forçat de la route » ! Les développements sont souvent beaucoup plus grands que sur nos vélos contemporains et il faudra de la puissance pour arriver à passer les côtes, surtout celles souvent très sèches de la campagne toscane.

Autre aspect à maîtriser, les fameuses « Strade Bianche », ces routes blanches typiques, recouvertes de graviers blancs, magnifiques mais nécessitant une conduite tout en finesse pour éviter la chute.

Roulez à l’ancienne

Dernier détail à préparer avant l’Eroica, votre tenue. Pas besoin de rappeler que la Toscane est en Italie où l’allure a son importance, même sur un vélo. La plupart des participants jouent le jeux en s’habillant en tenue d’époque ou d’inspiration vintage, comme ce maillot de la marque Rapha rendant hommage à Fausto Coppi.

Pour les retardataires, le marché vintage de Gaiole in Chianti, ouvert l’avant-veille de la course, propose un vaste choix de maillots et cuissards de toutes les époques.

Un pèlerinage à vélo

Le jour de la course se passe comme un pèlerinage. Tout commence très tôt, surtout pour ceux qui partent pour la distance héroïque de 209 km.

Le départ libre est donné entre 05 et 07 h du matin. Il fait encore nuit à ces heures début octobre, transformant les premiers kilomètres en une procession de petites lumières clignotantes. La montée de nuit du chateau de Brolio, sur cette étroite route blanche éclairée à la bougie reste pour beaucoup le souvenir le plus fort de l’Eroica. Presque mystique, tout simplement indescriptible, il faut le vivre pour comprendre.

Puis les premiers rayons du soleil apparaissent derrière les collines, réchauffant l’air qui peut être assez froid à cette période. Les kilomètres s’enchainent et le premier ravitaillement arrive. Là encore l’expérience est unique. Des bénévoles en habits d’époques servent des plats typiques italiens aux cyclistes affamés. Ils proposent même du Chianti et Montepulciano, qu’on conseille plutôt à garder pour le tout dernier ravitaillement !

Une course solidaire

Les côtes toscanes sont difficiles, surtout avec ces vélos. Ce qui m’a le plus frappé c’est le silence qui règne dans ces montées. Tout le monde est dans son effort, respectant les lieux et les autres participants. C’est peut-être dans ces moments difficiles que la similitude avec un pèlerinage est la plus frappante. Les ennuis mécaniques sont évidemment le lot de ces longs parcours avec ces vélos anciens. Mais sur la route de l’Eroica la solidarité est de mise et l’organisation propose des services de réparation répartis tout au long de la route.

Le soleil commence à descendre mais le compteur des kilomètres à parcourir semblent tourner au ralenti. Le doute s’immisce, le moral flanche, on se demande ce qu’on fait là sur ces antiquités. C’est à ce moment qu’il est important d’avoir choisi un bon groupe d’amis pour l’Eroica. C’est effectivement toujours un coéquipier qui m’a remotivé et permis de surpasser les difficultés.

L’Eroica c’est avant tout un moment fort de relations humaines, une passion partagée. C’est ce qui vous permettra de rejoindre la fin du parcours, à la nuit tombante ou dans la nuit noire selon votre vitesse. La boucle est bouclée. La ligne d’arrivée est d’ailleurs la même que celle de départ, que vous franchirez dans l’autre sens, tout un symbole.

Le 1er octobre prochain je retournerai sur les Strade Bianche, revivre cette expérience toujours unique qu’est l’Eroica, même pour ma cinquième participation.

Les courses vintage arrivent en Suisse

L’Eroica s’exporte. Elle a multiplié son concept dans le monde entier, avec des éditions au Japon, en Californie et dans quatre autres pays. Pas encore d’Eroica Switzerland mais on peut néanmoins souligner que les premières courses de vélos vintage seront organisées en Suisse cet été.

Seul problème, il faudra choisir, car les deux événements se passent le même jour, dimanche 27 août. Dans le canton de Vaud, le Cyclophile Morgien organise Legend, une course de 66 km au pied du Mollendruz. A Gstaadt, se déroulera la Bergkönig, un tour vélo historico-touristique de 102 km et 2400 m de dénivelé dans les Alpes bernoises.

EDIT : le collectionneur Marc-André Elsig organise le 24 septembre, la troisième édition de la Rando Vintage Rhône. Tous les amateurs Suisses de vélos d’époque sont invités à Chippis, dès 09h30, pour une randonnée vintage le long des berges du Rhône, suivie d’un repas et d’une visite de son Musée du Vélo. Information et inscription : marteil.cv@citycable.ch

Jérôme Bailly

Jérôme Bailly

Pour Jérôme Bailly, le cyclisme est un mode de vie. Dans les cols alpins le week-end ou en ville la semaine, le vélo l’accompagne dans son temps libre ou entre ses rendez-vous. Puisque «cycling is the new golf», il a créé le Lavaux Business Cycle Club pour networker en roulant. Sur ce blog, il vous fera découvrir d’autres facettes du cyclisme, mélange de tendances sociales, de technologies et de business.

8 réponses à “L’Eroica, quand le cyclisme redécouvre son histoire

  1. Tout article sur le vélo m’intéresse, Bien sûr l,Etoica est la référence, voir aussi la T retro avec d’anciens coureurs tel Éric Zabel
    Vive le VELO

  2. c’est dimanche, ce sera ma premiere, je ne sais pas du tout quelle distance choisir…rouleur du dimanche (80km à 24de moyenne) et pas tres bon grimpeur du fait de ma corpulence (2m) Sauriez vous me conseillez entre la 75 ou la 135 ?

    1. Bonjour, alors je vous conseille de plutôt partir sur le 135 km. Même si la distance est plus longue, les dénivelés sur ce parcours sont moins marqués que sur le 75. Je vous souhaite beaucoup de plaisir sur les strade bianche !

  3. Bonjour ,
    Très bel article qui donne envie d’y participer 👍….
    J’avais déjà l’idée de la faire avant votre compte rendu mais là je n’ai plus le choix , c’est pour octobre prochain !

    Quelques questions persistent néanmoins , y a t il une pré inscription ?
    Un velo de 1979 est il assez vieux ? Les 135 km sont ils abordables pour un rouleau occasionnel (80km/semaine ) ou faut s’entraîner d’avantage ?
    Merci

    1. Bonjour Bruno, je vous encourage à participer à ce grand moment de cyclisme ! Les préinscriptions ont lieu en janvier et les inscriptions en février. Je vous conseille de vous inscrire à la newsletter pour ne pas les rater car les 7’000 places partent vite ! https://www.eroicagaiole.com/
      Pas de soucis avec un vélo de 1979, la limite est 1987. Voir le détail des règles à respecter : https://www.eroicagaiole.com/regulation
      Les 135 km sont difficiles mais vous mettrez le temps qu’il faut et vous devriez y arriver. La fatigue fait partie intégrante de l’Eroica, comme la maxime le rappelle : “la bellezza della fatica e il gusto dell’impresa” ! Rendez-vous sur les strade bianche le 07 octobre 2018 !

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