L’Eroica, quand le cyclisme redécouvre son histoire

C’est dans un petit village de Toscane, il y a 5 ans, que j’ai redécouvert le cyclisme. Pratiquant assidu depuis une dizaine d’année, roulant plusieurs milliers de kilomètres par an, suivant le Tour de France et les classiques de printemps, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas l’histoire de mon sport. J’aurais pu me plonger dans la littérature cycliste, j’ai préféré enfourcher un vélo en acier des années 70 et parcourir les Strade Bianche de l’Eroica.

209 km sur un vélo d’époque

Tous les premiers dimanche d’octobre, depuis 20 ans, des milliers de passionnés se retrouvent pour cette grande messe du cyclisme vintage. Leur première motivation est de rouler avec leur vélo d’époque sur ces sublimes routes blanches toscanes.

Plusieurs parcours sont proposés, du plus accessible 46 km jusqu’au terrible 209 km et ses 3’200 m de dénivelé (oui, la Toscane n’est pas plate). L’autre raison qui pousse ces participants venant du monde entier, c’est de communier ensemble autour de cette passion pour l’histoire du vélo, objet culte qui fête ses 200 ans.

« Steel is real »

Il n’y a pas que le carbone dans la vie d’un cycliste. Si ces cadres modernes, rigides et légers sont toujours préférés de ceux qui recherchent la performance, on voit de plus en plus réapparaitre des cadres en acier sur les routes.

Metal historique des premiers vélos, remplacé progressivement par l’aluminium puis les alliages, de nombreux cyclistes redécouvrent son confort et son style incomparable. Cette tendance de récupérer des cadres anciens a d’abord été popularisée par le fixie qui y a installé des pignons fixes, donnant un aspect épuré à ces vélos, tout en facilitant leur maintenance.

Mais pourquoi finalement modifier ces vélos et ne pas les redécouvrir dans leur intégralité, dérailleurs et accessoires compris ? C’est ainsi que des passionnés se sont replongés dans l’histoire des cycles pour faire ressortir des anciens vélos des caves.

Ou trouver votre vélo vintage en Suisse ?

La Suisse n’est pas en reste de cette tendance. Elle est d’ailleurs le 4ème pays représenté en nombre de participants à l’Eroica, entre le Royaume Uni et les Etats-Unis. Quand on commence à s’intéresser à ces cycles de collection en Suisse romande, c’est souvent vers Marc-André Elsig et son Musée du Vélo qu’on se tourne.

Ce collectionneur valaisan a rassemblé plus de 400 vélos, de tous les âges. C’est grâce à lui que j’ai pu m’équiper pour mes premiers Eroica, course qu’il a d’ailleurs fait plusieurs fois lui-même. Fred Schultz, fondateur du magasin de vélo The Bike à Pully pourra également vous aider dans votre recherche de la perle rare. Ce puriste qui ne manque aucune édition de la course toscane, propose quelques vélos de collection d’exceptions.

A Genève, Sat de Old Cycles Boutique pourra aussi vous aider à trouver votre vélo retro, restauré par ses soins.

Réapprendre à rouler

Une fois votre vélo trouvé, il faudra réapprendre à rouler. En effet, les braquets installés sur ces cadres vous feront réellement comprendre l’expression « forçat de la route » ! Les développements sont souvent beaucoup plus grands que sur nos vélos contemporains et il faudra de la puissance pour arriver à passer les côtes, surtout celles souvent très sèches de la campagne toscane.

Autre aspect à maîtriser, les fameuses « Strade Bianche », ces routes blanches typiques, recouvertes de graviers blancs, magnifiques mais nécessitant une conduite tout en finesse pour éviter la chute.

Roulez à l’ancienne

Dernier détail à préparer avant l’Eroica, votre tenue. Pas besoin de rappeler que la Toscane est en Italie où l’allure a son importance, même sur un vélo. La plupart des participants jouent le jeux en s’habillant en tenue d’époque ou d’inspiration vintage, comme ce maillot de la marque Rapha rendant hommage à Fausto Coppi.

Pour les retardataires, le marché vintage de Gaiole in Chianti, ouvert l’avant-veille de la course, propose un vaste choix de maillots et cuissards de toutes les époques.

Un pèlerinage à vélo

Le jour de la course se passe comme un pèlerinage. Tout commence très tôt, surtout pour ceux qui partent pour la distance héroïque de 209 km.

Le départ libre est donné entre 05 et 07 h du matin. Il fait encore nuit à ces heures début octobre, transformant les premiers kilomètres en une procession de petites lumières clignotantes. La montée de nuit du chateau de Brolio, sur cette étroite route blanche éclairée à la bougie reste pour beaucoup le souvenir le plus fort de l’Eroica. Presque mystique, tout simplement indescriptible, il faut le vivre pour comprendre.

Puis les premiers rayons du soleil apparaissent derrière les collines, réchauffant l’air qui peut être assez froid à cette période. Les kilomètres s’enchainent et le premier ravitaillement arrive. Là encore l’expérience est unique. Des bénévoles en habits d’époques servent des plats typiques italiens aux cyclistes affamés. Ils proposent même du Chianti et Montepulciano, qu’on conseille plutôt à garder pour le tout dernier ravitaillement !

Une course solidaire

Les côtes toscanes sont difficiles, surtout avec ces vélos. Ce qui m’a le plus frappé c’est le silence qui règne dans ces montées. Tout le monde est dans son effort, respectant les lieux et les autres participants. C’est peut-être dans ces moments difficiles que la similitude avec un pèlerinage est la plus frappante. Les ennuis mécaniques sont évidemment le lot de ces longs parcours avec ces vélos anciens. Mais sur la route de l’Eroica la solidarité est de mise et l’organisation propose des services de réparation répartis tout au long de la route.

Le soleil commence à descendre mais le compteur des kilomètres à parcourir semblent tourner au ralenti. Le doute s’immisce, le moral flanche, on se demande ce qu’on fait là sur ces antiquités. C’est à ce moment qu’il est important d’avoir choisi un bon groupe d’amis pour l’Eroica. C’est effectivement toujours un coéquipier qui m’a remotivé et permis de surpasser les difficultés.

L’Eroica c’est avant tout un moment fort de relations humaines, une passion partagée. C’est ce qui vous permettra de rejoindre la fin du parcours, à la nuit tombante ou dans la nuit noire selon votre vitesse. La boucle est bouclée. La ligne d’arrivée est d’ailleurs la même que celle de départ, que vous franchirez dans l’autre sens, tout un symbole.

Le 1er octobre prochain je retournerai sur les Strade Bianche, revivre cette expérience toujours unique qu’est l’Eroica, même pour ma cinquième participation.

Les courses vintage arrivent en Suisse

L’Eroica s’exporte. Elle a multiplié son concept dans le monde entier, avec des éditions au Japon, en Californie et dans quatre autres pays. Pas encore d’Eroica Switzerland mais on peut néanmoins souligner que les premières courses de vélos vintage seront organisées en Suisse cet été.

Seul problème, il faudra choisir, car les deux événements se passent le même jour, dimanche 27 août. Dans le canton de Vaud, le Cyclophile Morgien organise Legend, une course de 66 km au pied du Mollendruz. A Gstaadt, se déroulera la Bergkönig, un tour vélo historico-touristique de 102 km et 2400 m de dénivelé dans les Alpes bernoises.

EDIT : le collectionneur Marc-André Elsig organise le 24 septembre, la troisième édition de la Rando Vintage Rhône. Tous les amateurs Suisses de vélos d’époque sont invités à Chippis, dès 09h30, pour une randonnée vintage le long des berges du Rhône, suivie d’un repas et d’une visite de son Musée du Vélo. Information et inscription : marteil.cv@citycable.ch

Campagne de prévention «Le Cycliste» : quand la SUVA et la police déraillent

Mise en opposition des usagers de la route, ambiguïté sur les statistiques, erreurs de communication et humour douteux, la dernière vidéo de la SUVA et de diverses polices cantonales rate son objectif de prévention et exacerbe les tensions.

Cyclistes contre automobilistes

Cette vidéo présente le cycliste et l’automobiliste comme des adversaires dans une course urbaine, renforçant d’entrée de jeu les animosités entre ces deux groupes d’usagers de la route. Il n’y a qu’à voir les commentaires virulents et agressifs sur la page Facebook de la police cantonale vaudoise pour se rendre compte qu’au lieu d’apaiser, cette campagne n’a fait qu’exacerber les tensions. Une campagne de prévention efficace se doit de mettre avant le respect et la considération mutuelle comme condition de base de la sécurité routière. A titre d’exemple, rappelons la campagne pédagogique canadienne «Share The Road» ou l’initiative anglaise amusante «Now You See Me», soutenues toutes les deux par des associations d’automobilistes.

Une statistique ambigüe

Autre point important, toute cette campagne repose sur une statistique avancée par la SUVA et la police : «près de 50 % des accidents de vélo sont causés par les cyclistes eux-mêmes». Si ce chiffre est juste, il est néanmoins trompeur. En effet, il tient compte de tous les accidents de vélo, accidents individuels compris lors desquels le cycliste tombe seul et est donc par principe responsable. Si l’on exclut des 50 % l’ensemble de ces accidents individuels, la part des accidents de vélo principalement imputables aux cyclistes passe à 28 % (selon l’Analyse des accidents de vélo par l’Office fédéral des routes OFROU). Baser une campagne de communication sur une statistique ambiguë est trompeur, surtout quand on essaie de faire passer des victimes pour des coupables.

Insulte post mortem

Par ailleurs on peut déplorer un ton particulièrement lourd et un humour douteux. En plus de stigmatiser le cycliste comme un bobo prétentieux, il est insulté post mortem («rouler comme un con») et ridiculisé («il a encore dû crever»). L’agence  de communication mandatée nous avait portant habitué à mieux avec la vidéo de campagne sur l’inattention des piétons causé par le smartphone «Anastase: le tour de magie». On attend maintenant la campagne sur les dangers causés par l’utilisation du téléphone au volant (selon une récente étude américaine, 88% des automobilistes utilisent leur smartphone en roulant, pendant en moyenne 3,5 minutes par heure de conduite – via Bikein’Valais).

Vers un trafic cyclophile

Pour ouvrir le débat, le cycliste a effectivement besoin de prévention mais aussi et surtout de protection. Comme le rappelle l’association Pro Vélo dans son communiqué réagissant à cette campagne, «il est urgent que la gestion du trafic devienne davantage cyclophile : cela inclut le développement constant de l’infrastructure cycliste ou l’adaptation des règles de circulation». Piste cyclables protégées, sas vélo, interdiction de dépasser les cyclistes dans un rond-point, amélioration de points noirs, ouverture aux cycles des rues à sens unique, création de zones mixtes piétons-vélos, construction de vélostations, … La mise en place de ces mesures est une voie privilégiée vers une meilleure coexistence des usagers de la route et une plus grande sécurité routière pour tous.

Strava, le réseau social qui rend les cyclistes accros

Installez-vous un jour de weekend sur la route de la corniche, entre Epesses et Chexbres, vous assisterez à un spectacle étonnant. Des dizaines de cyclistes, la plupart du temps seuls, passeront devant vous en plein effort, la bouche et le maillot grand ouvert, proche de leurs capacités maximales. Pourtant pas de course officielle ce jour-là, ces sportifs sont dans une compétition d’un nouveau genre, virtuelle et mesurée par leur smartphone.


Le vestiaire digital

Pour suivre leurs performances, les cyclistes comme les autres sportifs, utilisent des applications transformant leur téléphone en coach personnel, se servant du GPS pour mémoriser le parcours, la vitesse, l’altitude et de nombreuses autres données. Mais une de ces applications connait un succès particulier dans la communauté du vélo. Strava, crée en 2009 dans la Silicon Valley, s’est démarqué de ses concurrents en créant un réseau social de sportif. Après avoir créé votre compte, vous avez la possibilité de suivre vos amis déjà inscrits et de découvrir d’autres cyclistes de la région. Pour aller plus loin, Strava a créé le concept de « club » réunissant des utilisateurs par affinité comme le Lavaux Business Cycle Club (dont je m’occupe) pour réseauter en roulant ou The Bike (du magasin éponyme) pour faire la course depuis Pully les mercredi soirs.

Le CV du sportif
Le profil Strava est devenu une sorte de CV sportif du cycliste. Distance totale parcourue, nombre d’heures passées sur le vélo, dénivelé positif ou records personnels, vous saurez tout sur le parcours sportifs des utilisateurs que vous suivez. On consulte désormais le profil Strava des personnes avec qui on va rouler, comme on consulte le profil LinkedIn d’un client avant un rendez-vous. Et comme « Cycling is the new golf », vous consulterez aussi le profil Strava de vos clients pour faire des affaires sur le vélo.

Strava_Rapha_RCC

 

Le « KOM » ou le social ranking des cyclistes
Comme pour les autres réseaux sociaux, les utilisateurs de Strava ont rapidement cherché à se comparer et à définir des critères de classement. Le coup de génie de l’équipe derrière Strava a été de trouver la manière de répondre à ce besoin en inventant le concept de « segment ». Ces portions de route présentant un intérêt sportif particulier sont définies par la communauté, on y retrouve des cols ou des montées sélectives. La route de la Corniche, reliant Lutry à Chexbres dans le Lavaux, est par exemple un des segments les plus populaires de Suisse romande. Plus de 1’400 personnes ont utilisé Strava sur cette route pour analyser leurs performances et se comparer aux autres cyclistes, soit plus de 11’000 tentatives enregistrées à ce jour. L’esprit de compétition a rapidement transformé les segments en une course virtuelle. Chacun essayant d’améliorer ses temps, de battre ses amis et pour les meilleurs de concourir pour le « KOM », Graal virtuel récompensant le meilleur temps absolu. Matthieu Muller est par exemple le « King Of the Moutain » sur la Corniche. Il a parcouru ces 7,8km et 225m de dénivelé en 15mn et 50 secondes, soit une vitesse moyenne de 29,7 km/h. Strava nous informe également que pour réaliser cette performance, Matthieu a développé une puissance moyenne estimée à 339 watts, les spécialistes apprécieront. Pour ce cycliste amateur de 35 ans, « Strava et ses segments c’est surtout une bonne façon de s’entraîner en s’amusant ». Et comme c’est encore plus sympa en groupe, Mathieu profite des sorties du mercredi de The Bike dont il l’est l’organisateur pour fixer des challenges.

A l’assaut des segments
« Un soir on s’est lancé à l’assaut d’un segment prenable dans les bois de Belmont. Cet objectif couplé à l’esprit de compétition et à l’émulation du groupe nous a permis de nous dépasser ». Il ne se définit pas pour autant comme un « chasseur de KOMs », ces fanatiques organisant leurs sorties autour des segments, prêt à prendre leur après-midi de congé pour profiter des rafales de vent de sud-ouest, éléments externes pouvant faire toute la différence sur les segments du Lavaux. A la question de savoir comment il réagirait s’il perdait son KOM de la Corniche, Mathieu répond que s’il ne se lancerait pas à sa reconquête le jour même, mais il ne tarderait tout de même pas à revenir tenter une performance. Strava n’a jamais aussi bien porté son nom, ce mot suédois signifiant “s’efforcer, s’acharner à faire quelque chose”.

 

Romain Bardet Strava Tour de France 2016 St Gervais

Se mesurer aux pros
Pour aller encore un cran plus loin, Strava a progressivement signé des accords avec des coureurs professionnels permettant aux fans de les suivre et de se comparer à eux. On trouve déjà plusieurs centaines d’athlètes professionnels listés sur la page des pros de Strava. Les grandes stars du peloton commencent même à s’y mettre, proposant ainsi une autre manière de les suivre durant leurs entraînements et pendant les courses. Sur les 174 coureurs participant au dernier Tour de France, 31 avaient un compte Strava officiel. On y retrouve les deux stars françaises Thibaut Pinot et Romain Bardet, avec respectivement 60’000 et 35’000 abonnés. Côté Suisse, vous pouvez suivre les valaisans Steve Morabito ou Sébastien Reichenbach. Les retraités du peloton peuvent continuer à exister à travers Strava, vous trouverez par exemple Laurent Jalabert, l’ancien numéro un mondial français désormais consultant pour France Télévision. Même la star déchue Lance Armstrong tente d’oublier ses affaires de dopage avec Strava. Sur son profil il s’annonce toujours comme septuple vainqueur du Tour de France, ses 60’000 abonnés lui donnant plus de 2’000 likes pour chacune de ses sorties.
Pour Thibaut Pinot, Strava est une manière de se rapprocher de ses fans : « Je n’ai pas de problème à partager mes entraînements et mes courses sur Strava, ça me permet de connecter avec le public et avec les photos on peut montrer en plus où on roule. ». Mais Julien Pinot, son frère et entraîneur de l’équipe FDJ lui demande de ne pas partager ses sensibles données de puissance par crainte que ses programmes d’entraînement soient surveillés par des adversaires.


Strava_heat_map_Suisse_romande

Le Big Data comme business model
La concurrence est rude dans le marché des applications de tracking, d’autant plus que les géants de l’équipement sportif entrent dans le jeu. Ainsi les 2 concurrents principaux de Strava: Runtastic a été racheté par Adidas en 2015 et Runkeeper par Asics en février. Mais Strava résiste bien en diversifiant ses activités. Ses cofondateurs Michael Horvath et Mark Gainey, qui se sont rencontré dans les vestiaires d’Harvard, ont non seulement inventé le premier réseau social de sportifs, ils ont également été les premiers à monétiser leurs données. Avec 170 millions de sessions téléchargées l’année dernière, Strava a amassé des informations sur plus de 4 milliards de kilomètres. Dans les grandes villes, la moitié de ces activités sont des trajets domicile-travail. C’est sur ce constat que l’offre Strava Metro a vu le jour, partageant une multitude de modèles de trajets avec les urbanistes. Aujourd’hui plus de 70 villes dans le monde utilisent ce service pour prendre les meilleures décisions et rendre les trajets en milieux urbains plus sûrs, plus efficaces et plus agréables. Vous pouvez par exemple avoir un aperçu des rues les plus utilisées à Lausanne par la communauté Strava en consultant la Heatmap de la ville.
Mais Strava en sait encore davantage sur ses dizaines de millions d’utilisateurs. Combien de temps passent-ils sur leur vélo, combien de kilomètres roulent-ils, combien de dénivelés, à quelle vitesse, dans quelles régions, avec qui sont-ils connectés, quelle marque de vélo ont-ils acheté… Peu de doute que ces données ne vont pas tarder à intéresser les marketeurs de tous secteurs.

Jérôme Bailly (suivez-moi sur Strava !)

Bientôt des vélos solaires à Lausanne

Le vélo n’en finit décidément pas de se réinventer ! Après le développement du vélo à assistance électrique, la prochaine évolution sera-t-elle celle du solaire ? C’est le parti pris du rallye de vélos solaires “The Sun Trip”, créé en 2013 et dont une édition régionale fera étape à Lausanne le 17 juillet prochain. Le Sun Trip Tour 2017, qui partira de Clermont Ferrand pour arriver à Lyon, fera sa seule étape Suisse à Lausanne après avoir franchi les pentes du col du Grand Saint Bernard. Cet événement supporté par les Services Industriels de Lausanne sera l’occasion de faire un focus inédit sur le développement du solaire adapté au vélo. Une quarantaine d’engins seront présentés place de la Navigation et un film d’aventure solaire projeté en plein air à la Jetée de la Compagnie.

A l’instar des projets suisses “Solar Impulse” (avion), “Solar Planet” (bateau) ou encore “Solar Stratos” (vol spatial), le Sun Trip veut promouvoir l’utilisation de l’énergie solaire pour les vélos. Le principe est simple : utiliser une énergie renouvelable pour charger les batteries des vélos électriques et ainsi obtenir un engin hybride fonctionnant autant à la force du mollet que des rayons du soleil. Et ça marche !

The Sun Trip

 

Le mouvement a été lancé il y a une dizaine d’année déjà, avec en 2010 un premier grand projet porté par Florian Bailly (mon frère) entre la France et le Japon. Il a parcouru en solitaire ces 10’000 km en 4 mois grâce à un vélo solaire fabriqué “dans son garage” avec l’aide de quelques ingénieurs. A son retour le jeune Français a voulu faire de cette réussite individuelle une vraie dynamique collective, en lançant le rallye solaire The Sun Trip.

La première édition du Sun Trip a réuni 30 participants sur un parcours en liberté de 8’000 km entre la France et Astana, la capitale du Kazakhstan, perdue au milieu des steppes d’Asie centrale. Mixant aventure humaine et défi technologique cette première édition du Sun Trip prouvait, une fois de plus, qu’on peut aller loin et vite avec le solaire. Les premiers participants ont couvert le parcours en moins de 35 jours, avec une moyenne quotidienne de plus de 200 km, sans assistance et en se jouant des pièges de la steppe Kazakh…

The Sun Trip

 

En 2015 le Sun Trip proposait une deuxième édition, avec cette fois un parcours en aller-retour entre Milan et la Cappadoce en Turquie. Une boucle de 7’500 km avalée en 25 jours par le vainqueur à bord de son vélo couché à la toiture solaire de 500W aussi spectaculaire qu’efficace, avec un moteur bridé à 600Wc conçu en lien avec la société Suisse Ezee Bike. Cette fusée solaire permettait à Bernard Cauquil de tenir une moyenne journalière de 280 km et de pousser le record à 380 km sur seule une journée !

Mais au-delà des exploits, les vélos solaires du Sun Trip c’est aussi une dimension sociétale forte, l’assistance électro-solaire permettant de mettre dans l’aventure un public éloigné du sport et de l’esprit de compétition. Ainsi Adalberto, un italien de 75 ans retrouvait les jambes de sa jeunesses sur la route de la Turquie, en réalisant les 7’500 km en solitaire avec des pointes à 240 par jour ! Thomas, un français paraplégique suite à un accident de voiture, qui adaptait son hand-bike et participait aux aventures 2013 et 2015, au même titre que les valides. Béatrice, une française de 55 ans souffrant d’un cancer incurable, qui a vu dans le Sun Trip 2015 une opportunité de vie à saisir. Grâce à l’assistance électro-solaire le rêve d’un grand voyage à vélo était venu, et malgré la maladie (et ses traitements…) Béatrice réalisait la boucle à plus de 140 km par jours de moyenne !

The Sun Trip

 

Car après les destinations lointaines, le Sun Trip veut se développer au niveau régional et utiliser la beauté des Alpes pour prouver que le vélo solaire à toute sa place sur nos routes.

Le “Sun Trip Tour 2017” proposera ainsi une boucle de 1’200 km (et 20’000 m de dénivelés positifs !) en partant du centre de la France (Auvergne) pour visiter quelque uns des plus beaux paysages alpins avant de finir à Lyon. Lausanne sera une des 4 étapes majeures de ce rallye solaire, en accueillant le peloton sur la place de la Riponne le 17 juillet 2017. Un partenariat porté par les SIL de la Ville de Lausanne, faisant suite à l’accueil du rallye de voitures électriques WAVE, en mars dernier, dans une ville où la place du vélo électrique est grandissante. Le passage du Sun Trip Tour en Suisse commencera en beauté avec le passage du col du Grand Saint Bernard, puis se poursuivra en direction des montagnes du Jura.  

Composé d’une quarantaine de vélos solaires en tout genre, le Sun Trip Tour sera une nouvelle démonstration que le vélo assisté séduit un public de plus en plus large, la moyenne d’âge des inscrits dépassant les 45 ans. Si le concept du vélo solaire peut plaire à un étudiant de l’EPFL pour son côté technologique, il peut aussi toucher le public des nouveaux retraités, leur permettant à la fois d’avoir un effort assisté et de promouvoir les nouvelles formes de mobilité.

The Sun Trip

 

Avec le nombre croissant de vélos électriques circulant sur les routes des villes ou en montagne, le vélo solaire a certainement un bel avenir devant lui. Néanmoins, son développement est pour l’heure freiné par le coup de l’engin. Car en plus du prix du vélo électrique, il faut compter quelques milliers de francs supplémentaires pour le système solaire, une production industrielle de ces engins n’existant pas. A noter toutefois que des solutions nouvelles se développent, comme la remorque solaire la Sun Travel, adaptable à un grand nombre de vélo électrique et qui proposera bientôt une formule complète intégrant un moteur dans la roue la remorque.

En attendant les inscriptions au Sun Trip Tour 2017 restent possible, avis aux amateurs de défis novateurs : http://thesuntrip.com/st-tour-2017-fr

 

Cycling is the new golf

Le Tour de France vient de s’élancer pour trois semaines de course. Plus de 10 millions de spectateurs vont assister au passage des coureurs le long des 3 519 km du parcours. Quand on pense Tour de France, on pense à la ferveur qu’il génère avec ses foules frénétiques, ses innombrables camping-cars, sa caravane publicitaire tintamarresque et toute son histoire plus que centenaire qui en font un événement populaire.

Un public branché
Mais au milieu de cette cohue vous pourrez peut-être remarquer un public nouveau au bord des routes du Tour. Vous les repérerez par leur tenue de cycliste stylée, leur vélo ultrasophistiqué (car oui, ils sont venus en vélo et ont sûrement fait l’étape au petit matin avant le peloton), leur smartphone connecté sur les réseaux sociaux d’experts cyclistes. Ils parleront anglais et auront peut-être traversé la moitié de la planète pour vivre le Tour de l’intérieur. Une fois la voiture-balai passée, ils partiront dans leur hôtel où les attend masseur et mécano, services proposés par le tour operator spécialisé qui leur a organisé ces vacances sportives haut-de-gamme.

L’endurance, nouvel eldorado du sport-business
Depuis quelques années, le cyclisme n’est plus seulement synonyme de sport populaire. Il attire désormais des managers et entrepreneurs, urbains, jeunes et connectés. Traditionnellement ces profils auraient choisi le golf, la voile, le tennis ou l’équitation pour allier sport et business. Désormais c’est plutôt vers des sports d’endurance qu’ils se tournent, comme le running, le trail ou le triathlon. L’endurance sportive résonne avec l’endurance professionnelle. La performance, le dépassement de soi, la résilience sont autant de valeurs qui parlent aux managers.
Le cyclisme ajoute d’autres dimensions supplémentaires qui attirent cette nouvelle génération.

Ventoux

 

La mécanique de pointe
Un vélo d’aujourd’hui c’est un cadre en carbone, des dérailleurs électroniques, des freins à disque, des accessoires optimisés pour économiser le moindre gramme. La passion pour ces belles mécaniques remplace celle pour les voitures, que ces jeunes urbains ne possèdent souvent plus.

Embarcadère CGN

 

Quantify Self
Ces vélos sont bardés de capteurs – de vitesse, de puissance, de fréquence de pédalage, de rythme cardiaque, … Ces experts du smart data savent analyser ces données pour optimiser leurs performances et les partager via Strava, l’app de référence du cycliste 2.0.

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L’évasion cycliste, soupape du manager
Le cyclisme est aussi une soupape utilisée pour atténuer la pression professionnelle, se changer les idées et voir du pays. Pendant un after work de deux heures, ils pourront parcourir une cinquantaine de kilomètres explorant leur environnement proche. Ce cycliste nouvelle génération peut aussi très souvent dépasser les frontières avec son vélo. Il organise ses vacances auprès de sociétés spécialisés qui lui feront découvrir un événement comme le Tour de France ou bien une région mythique du cyclisme. Ces séjours pour passionnés sont le plus souvent haut de gamme, en adéquation avec les standards de ces clients au fort pouvoir d’achat. Si ces premières sociétés spécialisées ont été créés dans les pays anglo-saxons comme La Fuga, Rapha Travel, ou In Gamba, on en trouve désormais également en Suisse comme Grand Tours Project, Ride Switzerland ou Brevet.

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Le networking sur selle
Le golf a ses clubs, le cyclisme aussi. Pour partager sa passion avec ses pairs, ces “executive cyclists” se retrouvent dans des réseaux qui commencent à se créer dans la région. Ceux qui privilégient la performance et la compétition se réunissent autour des sorties organisées par The Bike à Pully. Ceux qui visent les Gran Fondo – les courses longues distances – rejoindront plutôt les sorties matinales organisées par Haute Route. Pour networker en roulant, le Lavaux Business Cycle Club réunit déjà un petite centaine de membres et organise des after work rides depuis Lausanne ou Vevey. Des rumeurs annoncent même la création d’un Rapha Cycling Club en Suisse romande, regroupements organisés par Rapha, la prestigieuse marque londonienne de vêtement de cycliste, signe distinctif de cette nouvelle génération.
Pas d’elevator pitch lors de ces sorties en groupe, on parle plutôt de matériel, des dernières courses et de son prochain objectif. La relation de confiance se noue sur le vélo et se développe ensuite dans un bureau.

Si le cyclisme est le nouveau sport de prédilection de ces professionnels, c’est parce que, pour beaucoup d’entre eux, c’est une passion et un mode de vie. Et quoi de mieux qu’une passion partagée pour initier une relation ?