Pour le droit de vote à 16 ans

Voilà 50 ans les femmes finissaient par obtenir le droit de vote. Selon le principe « j’y vis, j’y vote », d’autres droits de vote sont à conquérir: celui des étrangers (la plupart des cantonaux ne connaissent pas le droit de vote communal des étrangers) et le droit de vote à 16 ans.

Discernement

À quel âge a-t-on suffisamment de discernement pour se prononcer pour ou contre le mariage pour tou·te·s, pour ou contre les pesticides? En permettant aux élèves de développer un esprit critique, de débattre, l’école leur donne les outils pour être en mesure de se forger une opinion. À 16 ans et jusqu’à preuve du contraire, un jeune a suffisamment de discernement pour se faire sa propre opinion sur un sujet de société. Dès qu’il suit ses cours de citoyenneté, on ne devrait pas faire attendre un jeune avant de lui donner son droit de vote. À 16 ans, le temps paraît plus long. Pour donner le goût de la chose publique, il faut pouvoir passer rapidement de la théorie à la pratique.

Droit de vote médian à 57 ans

En Suisse, l’âge de droit de vote médian (celui pour lequel il y a le même nombre de votants d’un âge inférieur et supérieur) s’établit à 57 ans. Il n’a cessé d’augmenter au cours de ces dernières décennies. En comparaison, l’âge médian en Suisse est de 42 ans. L’ « électeur moyen » a donc près de 20 ans de plus que la moyenne d’âge actuelle. Parallèlement, 2/3 des moins de 30 ans ont tendance à s’abstenir. Persévérer sur cette voie du vieillissement de l’électorat a quelque chose de préoccupant. Naturellement, une génération n’est pas homogène. Il n’en reste pas moins qu’elle partage des préoccupations communes, qui peut détourner son attention de nouveaux enjeux. Il y a donc un intérêt à promouvoir des mesures qui permettent de rajeunir l’âge des électeurs·trices. Le droit de vote à 16 ans est l’une d’entre elles. Elle doit s’accompagner d’un renforcement des cours de citoyenneté dans toutes les filières de formation (école obligatoire, formation professionnelle; lire mon post du 13.08.2019: Jeunes et politique: Un rendez-vous manqué?).

Le peuple décidera

Si en Suisse, seul le canton de Glaris connaît depuis 2007, le droit de vote à 16 ans, les lignes bougent. Longtemps considéré comme un gadget, le 02.02.2020, la Commission des institutions politiques du Conseil des Etats, imitant le Conseil national, se prononçait à 7 contre 6 en faveur de l’initiative de Sibel Arslan (Verts/BS) pour le droit de vote (et non d’éligibilité) à 16 ans, un vote encouragé par le Conseil suisse des activités de jeunesse (CSAJ). Dans le canton de Vaud, la Commission des institutions et des droits politiques du Grand Conseil s’est prononcée à 7 contre 5 (et 3 abstentions) en faveur de la motion de l’écologiste Léonore Porchet pour le droit de vote à 16 ans (mon rapport de majorité et rapport de minorité de Grégory Devaud, PLR). Au plan fédéral, si le Parlement soutient le droit de vote dès 16 ans en vote final, le peuple et les cantons décideront. Dans le canton de Vaud aussi une votation populaire est nécessaire, puisque la Constitution devra être retouchée. Or cette étape sera sans doute la plus difficile. Le 09.02.2020, le canton de Neuchâtel rejetait en votation populaire une initiative pour le droit de vote à 16 ans à 58% de non, un score auquel l’âge relativement élevé des électeurs n’est sans doute pas étranger.

One wo·man, one vote

Selon le principe « One wo·man, one vote », nous n’avons rien à craindre d’un élargissement du droit de vote à 16 ans. Les Etats qui comme l’Argentine, l’Autriche, le Brésil ou encore l’Ecosse ont introduit le droit de vote à 16 ans n’ont pas fait marche arrière. Au contraire, le droit de vote dès 16 ans renforcera le principe d’égalité au coeur du suffrage universel. Elle incitera aussi les élu·e·s à intégrer les préoccupations des jeunes sur le réchauffement climatique ou, plus proche de nous, sur l’attention portée à leur santé mentale en période de distanciation sociale (pandémie oblige).

Jean Tschopp

Jean Tschopp

Juriste de formation, Jean Tschopp est l’auteur d’un livre sur l’accès aux ressources et aux matières premières (Statut et droits collectifs des peuples autochtones, Stämpfli, 2013). Titulaire d’un doctorat en droit international de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), il est depuis 2012, député socialiste au Grand conseil vaudois et vice-président de Groupe depuis 2016. Parallèlement, Jean Tschopp exerce comme juriste au syndicat Unia Vaud et représente les employés dans plusieurs caisses de pensions.

9 réponses à “Pour le droit de vote à 16 ans

  1. Juste pour vous faire remarquer qu’à Genève mes enfants ont fait toute leur scolarité jusqu’à la maturité sans avoir eu un seul cours d’instruction civique. L’histoire suisse a aussi été très négligée. Par contre deux ans de suite l’Egypte était au programme. Enseigner la politique suisse n’était pas à la mode, pas utile. J’ose espérer que ceci a depuis été corrigé. Il n’est donc pas du tout étonnant que la génération des trentenaires vote si peu. Le problème principal est là ! Le vote à 16 ans sans instruction civique sérieuse ne changera rien.

  2. Oui c’est une bonne idée.
    Il faut commencer la pratique démocratique après les cours civique.
    C’est important que les générations qui arrivent prennent en mains la “chose publique”.
    Aujourd’hui tout semble trop facile. Tout est accessible presque en clic.
    On en oublie presque de veiller à ce que le système continue de fonctionner correctement et on ne vote plus ….

  3. Encore une fois d’accord avec vous, droit de vote à 16 ans, aux étrangers depuis dix ans en Suisse, aux handicapés physiques.

    En revanche, je suis de ceux qui pensent que le droit de vote devrait être supprimé, disons, dix années après l’âge de la retraite.

    Ce n’est pas politiquement correct, mais à soixante-quinze ans, on n’a plus une vision claire pour les jeunes, sinon pour son propre confort et ses propres angoisses.

    D’ailleurs, combien de ces personnes demandent à leurs enfants, de remplir leur bulletin de vote!

    1. Proposition totalement déplacée! J’ai 75 ans, et je vous assure que: 1/ j’ai encore toute ma tête (c’est plutôt à moi que certaines personnes de mon entourage, plus jeunes, demanderaient comment voter 🙂 ! ); 2/ je me préoccupe énormément du sort des plus jeunes générations, dont mes enfants font partie, et ne vote certainement pas égoïstement en fonction de ce qui serait “mon propre confort et mes propres angoisses”, mais en pensant toujours aux leurs et à leur futur même si ce n’est pas dans mon strict intérêt; ne généralisez pas abusivement!
      Et puis, si on met une limite, où la placer? 70 ans? 75 ans? 80 ans? Voire 90 ans ou plus? Totalement arbitraire! Ou faudrait-il faire passer périodiquement un “examen d’aptitude aux droits civiques” (et ,de nouveau, à partir de quel âge? je connais des jeunes de 20-30 ans à qui on retirerait leur droit dans ce cas !) ?! Et si on retire ce droit, faut-il alors aussi dispenser ces “vieux” du paiement de l’impôt par exemple 🙂 ?! Tout cela est absurde et d’un total arbitraire!

      1. La politique est ainsi faite qu’elle ne convainc jamais la majorité, même pas en Chine.
        Je comprends votre résistance à ma proposition fallacieuse!

        Vous êtes néanmoins un chic type avec le droit de mordre, cher Pierre- André 🙂

        Merci de votre comment

  4. “Et si on retire ce droit, faut-il alors aussi dispenser ces “vieux” du paiement de l’impôt par exemple”

    Les pauvres vieux avec uniquement l’AVS, non.
    Les vieux cons jouant à la boursicote, doubler la taxe 🙂

    D’ailleurs, vous verrez, un jour… révolution 4.0, même des vieux à qui l’on aura grillé leur retraite!

  5. Très étonnant que mon commentaire n’ait pas été publié. Je me demande bien pour quelle raison. J’affirme que dans les écoles de mon canton, l’instruction civique est souvent négligée. Donc si l’on veut un vote à 16 ans, il faut commencer par mettre de l’ordre dans notre enseignement historique et civique. Merci de ne pas me censurer sans le justifier.

  6. Ainsi, en privant des jeunes entre 16 et 18 ans on prive des résidents suisses de leur droit de vote (one man, one vote). Soit. Ce serait sans doute plus difficile, mais tellement plus efficace : si l’on souhaitait véritablement révolutionner et moraliser la société en Suisse, au lieu de descendre vers les 16 ans, il vaudrait mieux, puisqu’on s’accommode de priver de leur droit de vote de jeunes résidents, de priver plutôt de droit de vote tous ceux qui payent l’impôt car pour la plupart, ce sont des privilégiés. De plus et de toutes façons ils sont bientôt la minorité. Évidemment, d’un autre côté, en rajoutant une cohorte de jeunes qui à coup sûr ne payent pas d’impôts, l’objectif de la majorité absolue serait plus vite atteint. Car une bonne démocratie, nous le savons bien, c’est un système où la majorité vit aux dépens de la minorité. Nous pourrions ainsi viser la suppression de l’inutile droit de vote individuel au profit d’une société plus juste où la recherche, par une élite éclairée, du Bien Commun augurerait de jours meilleurs.

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