Déconnexion : un droit à conquérir

Vous vous apprêtez peut-être à partir ou à rentrer de vacances. Vous êtes-vous senti.e obligé.e de relever vos courriels professionnels provoquant une soudaine montée de stress, alors que vous étiez tranquillement assis à siroter un café glacé sur une terrasse ombragée ? Avez-vous répondu au téléphone de votre chef.fe qui avait oublié que vous étiez en vacances ? Le temps de vacances est protégé par la loi. Il a pour but de se reposer, d’occuper son temps différemment afin de reprendre le travail.

Contre la semaine de 67 heures

Seulement voilà à l’ère de l’ultra-connexion, nous sommes passés d’une période où nous allions surinternet à une période où nous sommes dansinternet. La frontière entre vie professionnelle et vie privée s’estompe, d’où l’importance de protéger notre temps libre. Les tentatives d’affaiblir la loi sur le travail sont déjà bien avancées. En Suisse, la durée maximale du travail est déjà l’une des plus élevées en Europe, pouvant aller jusqu’à 45 heures, voire 50 heures/semaine. Tout récemment,pourtant,deux initiatives des partis bourgeois ont obtenu une nette majorité au sein de la Commission de l’économie et des redevances du Conseil des Etats. La première consiste à introduire l’annualisation du temps de travail, permettant d’augmenter le temps de travail jusqu’à 67 heures/semaine, en réduisant le temps de repos entre deux journées de travail de 11 heures à 9 heures plusieurs fois/semaine (terminer lundi à 22 heures, pour reprendre mardi matin à 7 heures). La seconde veut supprimer l’enregistrement du temps de travail, qui a précisément pour objectif d’éviter le cumul d’heures supplémentaires. Ces régressions affecteraient les travailleurs exerçant une fonction de supérieur.e.s ou les spécialistes disposant d’un pouvoir de décision important dans leur domaine, soit jusqu’à 38% des employé.e.s.Ces velléités de dérèglementation rendent d’autant plus nécessaire la reconnaissance d’un droit à la déconnexion garantissant à tout.e employé.e le droit de ne pas lire ses courriels professionnels ou de répondre au téléphone pendant ses vacances et son temps libre. Un droit qui souffre naturellement quelques exceptions pour certaines fonctions dirigeantes élevées, vu leur niveau de responsabilités.

Solutions techniques

Le droit à la déconnexion a été reconnu dans plusieurs pays. En Allemagne, à la demande du syndicat IG-Metall, certaines entreprises, comme Mercedes ou VW font en sorte que les courriels reçus en dehors des heures de travail ne soient pas déviés sur le portable de leurs employé.e.s. Un procédé utile pour éviter une concurrence malsaine orchestrée par des employeurs pas toujours bien intentionnés, visant à tester la réactivité des salarié.e.s jusque sur leur temps libre.

En attendant

En Suisse, malgré quelques tentatives, nos autorités ne souhaitent pas inscrire ce droit dans la loi. En attendant la conquête de cedroit, prenez bien soin d’activer vos notifications d’absence à votre départ en vacances, en précisant bien que vos courriels ne seront lus qu’à votre retour au travail et en orientant vos destinataires vers votre secrétariat ou vers un collègue disponible en votre absence.

-Pour en savoir plus, consultez le post publié le 28.07.2019 sur mon site internet « Droit à la déconnexion : pourquoi et comment »

-Voir aussi, le débat RTS Forum du 27.06.2019 – Déconnexion : faut-il une loi ?

Avec Jean Tschopp, candidat PS au Conseil national, député et juriste chez Unia,

Claudine Amstein, directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie,

Pierre Imhof, chef du Service du développement territorial du canton de Vaud, et

Catherine Vasey, psychologue du travail

Jean Tschopp

Jean Tschopp

Juriste de formation, Jean Tschopp est l’auteur d’un livre sur l’accès aux ressources et aux matières premières (Statut et droits collectifs des peuples autochtones, Stämpfli, 2013). Titulaire d’un doctorat en droit international de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), il est depuis 2012, député socialiste au Grand conseil vaudois et vice-président de Groupe depuis 2016. Parallèlement, Jean Tschopp exerce comme juriste au syndicat Unia Vaud et représente les employés dans plusieurs caisses de pensions.

8 réponses à “Déconnexion : un droit à conquérir

  1. “représente les employés dans plusieurs caisses de pensions.”

    Comment cela se passe? Vous reversez votre rémunération à Unia? Y renoncez? Je me suis toujours demandé comment les syndicalistes gagnaient leur vie (leur salaire de syndicaliste ou salaire + une multiplication de revenus accessoires?)

    Là, toute rémunérations comprises, vous donnez les informations sur votre revenu aux seuls impots (comme Trump) ou de manière transparente à tous (comme Schwaab)?

  2. Le problème des heures supplémentaires, payées ou non, ne concerne pas que les personnes à fonction supérieure, mais également les moyennes qui ont la chance de ne pas être connectées pendant les vacances… Je donne trois témoignages des déclarations qui m’ont été faites : La première d’un directeur d’une importante fondation, la seconde d’un propriétaire et directeur d’entreprise, et la troisième d’un responsable de service qui se nommait « Directeur ». Le domaine de travail était le même dans les trois situations.

    La première déclaration :
    « Je vous payerai toujours vos heures supplémentaires sans aucune hésitation, ce que vous apportez volontairement est un plus qui est très favorable à notre image ».

    La seconde :
    « Vous n’êtes pas assez rapide. Ce sont les autres qui doivent faire une partie de votre travail à votre place. Cette solidarité est bien sympathique, mais c’est moi qui paye avec mon argent ! » Il ne me payait pas mes heures supplémentaires.

    La troisième :
    « Les heures supplémentaires sont interdites ». Mais il me les payait, en complément à mon salaire fixe à temps partiel. Au début, fixe 50 %, hrs sup. moyenne 30 %. Puis fixe 75 %, hrs sup. moyenne 25 %…

    Aujourd’hui je suis retraité, en vacances pour toujours, et plus connecté que jamais, pour enfin mieux profiter de mon temps qui m’appartient ! Ma boîte aux lettres est dans mon ordinateur, je ne fais plus la file au guichet pour payer mes factures, il n’y a que la déclaration d’impôts qui m’épuise rien qu’en y pensant, tant que je ne la fais pas mon ordinateur portable semble peser un kilo de plus !

    (À l’auteur : Si vous estimez que ce commentaire se détache trop du sujet, vous être libre de ne pas le publier)

  3. Le graal visé par les entreprises est de passer d’une relation salariale à une relation commerciale avec leurs collaborateurs. Cette disponibilité permanente plus ou moins acceptée, voire imposée, constitue un pas important vers cette redoutable transformation. Les acquis sociaux (quelle horreur !) du siècle passé ont du souci à se faire.

  4. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont devenues omniprésentes dans le monde professionnel entrainant de profondes modifications des conditions de travail et d’organisation dans les entreprises. Ces nouveaux outils présentent des risques pour le nombre grandissant de cadres qui les utilisent intensivementLes risques psychologiques sont à prendre en compte : surcharge informationnelle, perte des limites entre vie professionnelle et privée, disponibilité et interactivité permanentes, nomadisme professionnel, affaiblissement des relations interpersonnelles.pour plus d’infos : La prévention des risques professionnels des technologies de l’information et de la communication : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=483

    1. Effectivement, des risques tangibles à prendre en considération. Merci pour ce lien utile pour la prévention de ce type de risque professionnel

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