Il y a cent ans naissait le parti fasciste en Italie

Il y a bientôt  un siècle, le 21 novembre 1921, Benito Mussolini créa le Parti National Fasciste (PNF). Cette date marque le funeste anniversaire de la fondation d’un parti officiellement dissous le 2 août 1943, peu après la destitution du Duce par le roi Victor-Emmanuel III, le 25 juillet de la même année. Cette décision provoqua l’invasion allemande de l’Italie qui devint le théâtre d’une sanglante campagne de reconquête par les Alliés et d’une guerre civile entre fascistes et forces de la résistance.

Suite à la création de ses milices fascistes (les faisceaux italiens de combat) en 1919, Mussolini décida de transformer son mouvement en parti politique. Il organisa sa prise de pouvoir peu après, en octobre 1922, après avoir fait marcher ses chemises noires sur Rome et contraint le roi à le nommer président du conseil.

 

“Mussolini est un homme courageux. […] Il mérite l’admiration du monde.”

 

Malgré l’instauration d’un régime dictatorial, Mussolini suscita initialement une certaine admiration auprès des démocraties  pour avoir éradiqué les contestations ouvrières. Le Washington Post du 1er novembre 1926 écrivait: “Le fascisme est une institution inspirant une dévotion fanatique tout comme une fanatique opposition, mais malgré ses tendances répressives il transforme l’Italie en une nation productive et prospère […] Mussolini est un homme courageux. […] Il mérite l’admiration du monde.”

Après avoir toléré et couvert des assassinats politiques, aboli toute forme d’opposition, toute liberté de presse et tous les partis, après avoir instauré les tribunaux spéciaux et la peine de bannissement, après avoir réintroduit la peine de mort, le Duce sombrera par la suite dans ses délires de grandeur impériale en se lançant dans une politique de conquêtes coloniales et en liant le destin de son pays à celui de l’Allemagne nazie. Il finira par se voir en nouvel empereur Auguste à la tête d’un vaste empire méditerranéen. Grisé par ses succès initiaux, poussé par une mégalomanie sans limites, ne se fiant plus qu’à ses instincts après avoir épuré son entourage de toute voix dissidente, le dictateur se considérera comme infaillible. Il édictera les ignobles lois raciales et fera entrer son pays dans la guerre aux côtés des Nazis. Il persistera dans l’erreur jusqu’au bout de l’enfer.

 

Le fascisme est resté au pouvoir  pendant près  de 22 ans, soit 10 ans de plus que le nazisme

 

Le peuple italien a rapidement succombé à sa rhétorique revancharde et triomphante. Il ne fut pas le seul, mais il fut le premier. Le fascisme est resté au pouvoir pendant près de 22 ans, soit 10 ans de plus que le nazisme. Quand un obscur agitateur autrichien écrivait encore Mein Kampf dans une prison bavaroise, Mussolini était au pouvoir depuis deux ans. En 1923, il n’avait même pas daigné accéder à la demande de ce trublion qui lui demandait une photo dédicacée. L’idéologie fasciste a inspiré Hitler qui admirait profondément le Duce. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 1933, Mussolini dirigeait l’Italie depuis une décennie. Cette admiration personnelle du Führer pour le Duce persista malgré les piteuses performances militaires italiennes durant le conflit mondial. Quelques heures après l’attentat raté de Hitler en juillet 1944, ce dernier reçut le Duce qu’il qualifia de son meilleur ami, probablement le seul au monde. Difficile de lui donner tort !

 

Dans son utopie maléfique de créer un Italien nouveau, Mussolini ne reculera devant aucun sacrifice

Bien évidemment, le fascisme d’il y a un siècle dérive de circonstances bien particulières, propres à cette époque tourmentée qui suivit la révolution bolchevique en 1917 et la fin de la Première guerre mondiale en 1918, conjuguant désenchantement, marasme économique, menace rouge, insurrections paysannes et ouvrières dans un climat nationaliste effréné. Toutefois, même si le PNF n’existe plus depuis des décennies, certains attributs du fascisme comme l’attrait pour l’homme fort, le mépris du multilatéralisme et de la démocratie, l’intolérance envers les personnes qui ne partagent les mêmes valeurs, la violence rhétorique refont surface, amplifiés par les réseaux sociaux. Ce centenaire devrait être l’occasion d’une bonne piqûre de rappel sur les désastres provoqués par Benito Mussolini, l’homme qui par son verbe avait l’Italie à ses pieds et qui, par son narcissisme et sa mégalomanie, l’a mise à genoux. Dans son utopie maléfique de créer un Italien nouveau, Mussolini ne reculera devant aucun sacrifice. Plus d’un demi-million d’Italiens ont péri, sans compter les victimes encore plus nombreuses des guerres de conquêtes fascistes en Libye, Éthiopie, Albanie, Grèce et Yougoslavie.

Il faut démystifier l’image du brave dictateur qui n’éprouve que de l’amour pour son bon peuple. Son cynisme se reflète dans quelques réflexions confiées à son beau-fils Galeazzo Ciano (qu’il fera par ailleurs exécuter en janvier 1944…) que ce dernier a rapporté dans son journal: 24 décembre 1940 : le Duce regarde dehors. Il est content qu’il neige. Il dit : cette neige et ce froid tombent bien. Ainsi mourront les demi-portions et cette médiocre race italienne s’améliorera. Une des raisons pour lesquelles j’ai voulu le reboisement des Apennins était celle de rendre l’Italie plus froide et neigeuse.

Jean-Noël Wetterwald

Quelques-unes de ces réflexions sont tirées de mon dernier livre : Témoin d’une déchéance, roman épistolaire d’une jeune Tessinoise en Italie 1935-1945 paru aux éditions Mon Village.

Jean-Noël Wetterwald

Jean-Noël Wetterwald a travaillé 34 années pour le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés. Il a servi au Vietnam, au Cambodge, à Hong Kong, au Chili, au Guatemala, en Colombie, en Bosnie et plus récemment en Ukraine. Il a publié trois livres: d'exils, d'espoirs et d'aventures en 2014,le Nouveau roi de Naples en 2017 et tout récemment : témoin d'une déchéance. Contributions occasionnelles à la page d'opinions du «Temps». Il est aussi débriefeur à Canal 9.

20 réponses à “Il y a cent ans naissait le parti fasciste en Italie

  1. Et les fascistes aujourd’hui brûlent des livres, déboulonnent des statuts, attaquent la police et les autres forces démocratiques et se servent du péril climatique pour imposer leurs idées.

    Ne jamais oublier, ne jamais céder.
    Ils sont là, minoritaires, mais toujours dangereux.

  2. Juste un détail..Le parti fut DISSOUS, pas dissolu…
    A part cette peccadille, article fort intéressant et à-propos !

  3. C’était un socialiste d’extrême gauche, proche de Lénine. Ensuite, comme dirigeant du journal socialiste Il Popolo d’Italia, il accepta de l’argent de l’ambassade de France et fît campagne pour l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés des alliés, ce qui était contraire aux intérêts de l’Italie et du peuple italien. Après la guerre, il y avait comme partout ailleurs un malaise social du à la misère et des grèves. Il a accepté, lui le socialiste, de se mettre du côté des squadristes qui réprimaient les mouvements sociaux. C’était très bien de s’opposer au bolchevisme, mais un peu curieux venant d’un ancien compagnon de Lénine. Avec l’assentiment de la bourgeoisie, du roi et de Giolitti, il prît le pouvoir sans coup férir après la marche sur Rome, avec un entourage composé de mazziniens risorgimentistes et francs-maçons. Il aurait été très facile de l’en empêcher mais le système lui a ouvert les portes. A partir de là, il a fait une politique assez raisonnable et favorable à l’économie italienne. Des excités de son parti ont tué un député socialiste, Matteotti, ce qui aurait pu l’obliger à démissioner dans le cadre d’un régime parlementaire normal, ce qui était encore le cas de l’Italie. Mais il a décidé de s’accrocher et a fait comprendre qu’à partir de ce moment il se foutrait des régles parlementaires. Il a donc fait passer les lois fascistissimes qui instituaient une dictature. Les autres partis politiques se sont retirés sur l’Aventin et tout le monde a applaudi, car les gens ne demandaient que ça. Dès ce moment là, le régime est devenu de plus en plus autoritaire, mais il a aussi réussi, grâce à cette poigne de fer, des réalisations valables comme l’assèchement des marais pontins qui lui ont valu une grande popularité. Il a eu l’intelligence politique de faire un traité avec la pape: les accords du Latran, ce qui réglait un problème grave qui avait empoisonné la vie politique italienne depuis 1870. Avec tout ça le régime avait beaucoup de succès et beaucoup de gens, y compris Churchill, qui l’a dit clairement, pensaient ou disaient que si Mussolini n’existait pas il faudrait l’inventer. Il faut dire aussi que le régime a créé des institutions économiques qui ont bien fonctionné comme l’Istituto per la Riconstruzione Industriale IRI, qui ont plus tard permis le miracle italien après la guerre. Le fascisme a aussi permis au cinéma de propsérer à Cinecitta. L’Italie avait un grand prestige. Bref tout allait bien. Ca a commencé à se gâter à cause de la mesquinerie des Anglais et des Français, qui n’ont jamais voulu donner à l’Italie les compensations territoriales et coloniales qui lui avaient été promises comme prix de son engagement dans la guerre. Mussolini a voulu alors conquérir l’Abissynie et laver ainsi l’humiliation de la bataille d’Adoua en 1896, ou les Italiens avaient été la seule nation européenne à être humiliée par un peuple africain et son souverain : Ménélik. Très brutalement, et avec l’utilisation de gaz de combat et autres méthodes modernes, l’Italie a réussi à conquérir sa première grande colonie ce qui a été ressenti par le peuple italien comme une revanche. L’Italie a aussi envahi l’actuelle Libye, avec pour conséquence qu’un certain colonel Kadhafi, plus tard, imitera le style et les mouvements de menton de Mussolini. Les démocraties ont eu le tort de prendre des sanctions contre l’Italie à cause de cette guerre d’Ethiopie, ce qui a poussé Mussolini dans les bras d’Hitler. Mussolini aurait aussi pu tenter de ne pas s’allier à l’Allemagne, mais c’était politiquement presque impossible étant donné l’état de l’opinion publique italienne qui ne supportait pas d’être humiliée par ces gens qui ne voualient par tenir leurs promesses envers l’Italei. C’est avec beaucoup d’hésitation que Mussolini s’est résolu à cet acte, car au fond de lui, il avait toujours souhaité rester ami des Anglais et des Français. Il avait d’ailleurs gardé soigneusement des papiers prouvant que l’Angleterre l’avait toujours soutenu du début à la fin, et à la fin de la guerre quand la défaite de l’Axe était évidente, Mussolini avait tenté de passer en Suisse avec un carton contenant ces preuves. C’est pourquoi, sur ordre de Churchill il a été kidnappé par des partisans qui se sont saisis des papiers compromettant pour la réputation de Churchill. Après quoi, il a été pendu par les pieds avec un croc de boucher, ce qui ressemble au sort que Sarkozy a fait subir à Kadhafi après avoir accepté son argent. Pour ceux que cela intéresse, il existe une excellente émission de la Télévision Suisse Italienne sur ce sujet qui est un document historique de première importance et démontre que Churchill a veillé personnellement à l’élimination de Mussolini et surtout à la récupération des documents compromettants pour lui personnellement. C’est dommage pour Mussolini qu’il ait été poussé dans les bras d’Hitler par les Français et les Anglais, sinon il serait mort dans son lit en 1970 environ, encore au pouvoir, entouré du respect universel, et il y aurait eu un télégramme de condoléances ému du président des Etats Unis.

    1. Je vous remercie pour votre contribution. Permettez-moi de ne pas entièrement partager votre analyse sur les motivations du Duce à forger une alliance avec Hitler. Les deux ne cachaient pas leur mépris envers les démocraties et leur volonté de dynamiter les accords de Versailles.Il y avait donc un intérêt convergent à redessiner les frontières européennes: Hitler vers l’est et Mussolini en Méditerranée. Il est vrai que le Duce a utilisé les sanctions de la SDN pour rallier le peuple italien derrière lui, mais elle furent finalement rapidement levées.Mussolini a fait rentrer l’Italie en guerre par pur opportunisme, pariant sur une victoire rapide de l’Allemagne qui lui aurait permis de s’asseoir à la table de négociations en vainqueur et annexer certains territoires qu’il estimait revenir à l’Italie.
      Il a finalement mené son peuple à la ruine sur la base de décisions hasardeuses prises dans la solitude du pouvoir dans lequel il s’était lui-même enfermé.

      1. C’est assez juste ce que vous dites là. Mussolini était sans doute un homme vaniteux et opportuniste. Il a peut-être voulu faire monter les enchères pour obtenir plus de la part des Anglais et des Français. Et pour leur faire peur, il a flirté spectaculairement avec Hitler alors qu’il n’avait vraiment aucune envie de s’allier avec lui. Puis, quand il a vu qu’il n’obtenait rien, dépité, il a fini par s’allier quand-même avec Hitler parce qu’il avait commencé à croire à la possibilité d’une victoire rapide. Ça, c’était typique de ses retournements opportunistes, comme par exemple quand il avait accepté de l’argent pour se rallier à l’intervention italienne dans la 1ère guerre mondiale, alors que les socialistes étaient contre. C’était un vilain petit jeu, très dangereux. Mais nous avons vu ce même genre de chantage pratiqué ces derniers temps, par d’autres opportunistes rusés comme Lukashenko et Erdogan.

        Je suis quand-même convaincu que les Français et les Anglais auraient pu garder Mussolini de leur côté s’ils avaient été moins arrogants et avaient fait quelques concessions, aussi désagréable qu’ait pu être le personnage.

        1. Je vous suis sur toute la ligne ! C’est la faiblesse des autocrates. Ils se croient infaillibles, ne supportent plus la contradiction et connaissent généralement une fin peu heureuse !

  4. Dans son article sur l'”Ur-fascisme”, publié par le New York Times en 1995, le philosophe et linguiste italien Umberto Eco écrit qu’en 1942, à l’âge de dix ans, il avait obtenu le premier prix littéraire des Ludi Juveniles, l’équivalent fasciste des Jeunesse hitlériennes, pour avoir disserté avec brio sur le thème “Faut-il mourir pour Mussolini et le destin immortel de l’Italie?” “J’ai répondu par l’affirmative. J’étais un garçon intelligent”, précise-t-il avant d’ajouter:

    “J’ai passé deux de mes jeunes années parmi SS, fascistes, républicains et partisans se tirant dessus, et j’ai appris à éviter les balles. C’était un bon exercice. En avril 1945, les partisans ont pris Milan. Deux jours après, ils sont arrivés dans la petite ville où j’habitais. C’était un moment de joie. La foule rassemblée sur la grande place, chantant et brandissant des drapeaux, appelait de vive voix Mimo, le chef des partisans pour cette région. Il est apparu au balcon de la Municipalité, pâle, appuyé sur sa béquille, et d’une main il a essayé de calmer la foule.

    J’attendais son discours, parce que toute ma jeunesse avait été marquée par les grands discours historiques de Mussolini, dont nous apprenions par coeur à l’école les passages les plus marquants. Silence. Mimo a parlé d’une voix rauque, à peine audible. Il a dit: “Citoyens, amis. Après tant de sacrifices douloureux… nous sommes là. Gloire à ceux qui sont tombés pour la liberté.” Et c’était tout. Il est retourné à l’intérieur. La foule a crié, les partisans ont levé leurs armes et ont tiré des volées festives. Nous, les enfants, nous nous sommes dépêchés de ramasser les douilles, objets précieux, mais j’avais
    aussi appris que la liberté d’expression signifie signifie l’absence de rhétorique.”

    (On peut lire l’article entier du NYT à cette adresse: http://www.nybooks.com/articles/1995/06/22/ur-fascism/)

    Au début des années 2000, je comptais assister à une conférence que l’auteur du “Nom de la Rose” et du “Pendule de Foucault” devait donner à l’Université de Milan. Munie de tout son barda de cameras, de trépieds et de perches porte-micros, la grande presse de la capitale lombarde et celle de Rome emplissait la salle déjà comble dans laquelle le célèbre universitaire devait parler. Le temps passait, journalistes et public, dont une bonne part debout, faute de places encore libres, attendaient. En vain.

    Au bout d’une heure, pressé par un besoin naturel, je suis sorti à la recherche des toilettes. Dans le couloir désert, quelques dizaines de mètres plus loin, par la porte ouverte d’une salle de cours vide, j’ai vu ses deux seuls occupants, le professeur Eco vêtu d’une blouse de travail, assis avec un assistant devant un ordinateur, absorbés dans leur travail et comme indifférents à toute autre réalité. Fidèle à lui-même, l’auteur de “La Structure absente” manifestait ainsi son détachement de la rhétorique, en particulier celle de la presse.

    De retour à la salle de conférence, je me suis retenu de dire au public et aux journalistes: “Inutile d’attendre plus longtemps. Le Maître a déjà donné son discours.”

    Nous devons rester en alerte, pour que le sens de ces mots ne soit pas à
    nouveau oubliés. L’Ur-fascisme est toujours parmi nous, parfois sous des
    déguisements. Ce serait si simple, pour nous, s’ils apparaissaient sur la
    scène mondiale en proclamant ‘Je vais rouvrir Auschwitz, je veux voir les
    Chemises noires parader de nouveau sur les places italiennes’. La vie
    n’est pas si simple. L’Ur-fascisme peut revenir sous les atours les plus
    innocents. Notre devoir est de le démasquer et de pointer du doigt
    chacune de ses nouvelles expressions, tous les jours et partout dans le
    monde

    1. Merci pour votre contribution. J’aurais bien voulu rencontrer Umberto Eco…
      Je ne saurais être plus d’accord avec vous. Au travers de mon livre, j’ai cherché à rappeler ce que fut le fascisme d’une façon accessible et sans prétentions dans l’espoir que la jeune génération n’oublie pas… J’appartiens à cette génération qui n’a pas vécu la guerre, mais qui a encore recueuilli des témoignages de celles et ceux qui l’ont vécue.Je suis préoccupé par la banalisation des années sombres qui amène certains à porter une étoile jaune pour dénoncer une prétendue dictature sanitaire.

      1. Merci à vous pour votre réponse. Par une manipulation maladroite de mon clavier, j’ai effacé la référence au dernier paragraphe de mon commentaire. Il s’agit bien de la conclusion d’Umberto Eco à son article sur l'”Ur fascisme”, terme par lequel il désignait ce qu’il considérait comme le fascisme éternel, primitif. La banalisation des Années Sombres par certains, qui arborent une étoile jaune pour dénoncer une prétendue dictature sanitaire, ne rend-elle pas ses propos on ne peut plus actuels?

        J’ai lu avec un vif intérêt votre livre, qui est passionnant et m’a beaucoup appris. Vous confirmez à tous égards ce que mon père, étudiant à l’Université de Bologne sous le fascisme, racontait dans ses propres souvenirs de cette époque. Comme votre mère, et comme j’ai déjà pu vous en faire part à l’occasion de votre précédent blog, il a connu cette Italie encore en plein marasme, livrée aux crises, à l’inflation et au chômage, plus de dix ans après la fin de la guerre. Avec pour conséquence la montée du fascisme. Comme vous, ses souvenirs et ceux de sa génération m’ont marqués et ont contribué à nourrir mon imaginaire d’enfant et d’adolescent.

        Je vous souhaite plein succès pour votre livre et attends avec intérêt de lire vos prochains blogs.

  5. Il y a un aspect central que vous passez sous silence: la mission du fascisme est d’abord de faire triompher l’ordre social ancien, face aux revendications d’une classe ouvrière de plus en plus agitée, par des moyens terroristes et avec la bienveillance complice de l’Etat.
    Cela est aussi mis en relief lors de la tuerie de Genève.

    1. Merci pour votre commentaire. J’ai fait une référence à la répression anti-ouvrière en indiquant que “Mussolini suscita initialement une certaine admiration auprès des démocraties occidentales pour avoir éradiqué les contestations ouvrières”. Mais vous avez raison, j’aurais pu élaborer un peu plus sur cet aspect en particulier.
      S’il est vrai que Mussolini est arrivé au pouvoir grâce au soutien des classes bourgeoises et industrielles, il ressentait un grand mépris envers elles.Le fascisme devait créer l’Italien nouveau, plus belliqueux, capable de reconquérir un nouvel empire. Je ne pense donc pas qu’il désirait faire triompher l’ordre social ancien, mais bien en créer un nouveau.

  6. C’est tout de même surprenant que de tous ces articles, il n’y a personne qui explique les compromissions de la Suisse avec le régime de MUSSOLINI. Même l’université de Lausanne lui décerna le titre de docteur honoris causa en toute connaissance de cause dans les années trente! Pourquoi la Suisse passe sous silence ce chapitre de l’histoire peu reluisante ? En parlez vous dans votre analyse ?

    1. Je n’en parle pas dans mon blog mais dans mon livre : Témoin d’une déchéance, paru aux éditions Mon Village. En effet en mars 1937, l’université de Lausanne décerna au Duce le titre de Docteur Honoris Causa es sciences sociales comme ancien étudiant de la faculté de droit “pour avoir conçu et réalisé dans sa patrie une organisation sociale qui a enrichi la science sociologique et qui laissera dans l’histoire une trace profonde”.
      J’ai également consacré un bref annexe II à Mussolini et la Suisse.

    2. Les tribulations de Mussolini en Suisse sont bien connues. Par exemple, on peut lire à ce sujet “Le périple suisse de Benito Mussolini” de Marco Marcacci (traduction d’Olivier Pauchard), Swissinfno.ch, 1/10/2004, qui relate les deux années que Mussolini a passées en Suisse entre le 9 juillet 1902, date de son arrivée, et 1904 pour chercher du travail et fuir le service militaire. Pendant son séjour, il s’est déplacé entre Yverdon, Orbe, Lausanne, Berne, Bellinzone et Genève.

      Selon cet article, “Les biographes de Mussolini ont insisté sur ces deux années passées en Suisse pour sa formation politique. C’est en effet en Suisse qu’il se familiarise avec la propagande et l’agitation révolutionnaire. Il y expérimente aussi la dure condition de l’émigrant.”

      Mussolini accomplit d’autres séjours en Suisse entre 1908 et 1910. A Lugano, il travaille par exemple comme maçon sur les chantiers routiers et ferroviaires. Mais cette occupation de maçon est contestée par certains. L’anarchiste Luigi Bertoni qui a rencontré plusieurs fois le futur Duce en 1903 et en 1904, écrit dans l’édition du 25 juillet 1931de son journal genevois, “Le Réveil anarchiste” (http://data.rero.ch/01-0472856): “Répétons-le une fois encore, Mussolini n’a jamais été maçon. On peut s’improviser ministre de n’importe quel ministère, mais le métier de maçon, comme tout autre métier honnête, demande un apprentissage. Mussolini a été durant quelques semaines manœuvre du bâtiment et membre du Fingerverein, la Société du doigt. En d’autres termes, il avait appris à simuler des accidents de travail en se blessant volontairement à un doigt.”

      L’art de simulation faisait d’ailleurs partie de l’ADN du personnage. Mussolini, qui prêchait l’athéisme, aurait dit devant une assemblée réunie à la Maison du Peuple, Place Chauderon, à Lausanne pendant un orage, après avoir posé son revolver sur la table: “Si Dieu existe, je lui donne une minute pour me foudroyer.” Montre en main, il a laissé la minute passer puis:

      – Vous voyez, rien ne s’est passé. Donc, Dieu n’existe pas.

      L’historien Claude Cantini suit pas à pas le futur dictateur pendant son séjour en Suisse romande de 1902 à 1904 dans son article “Les tribulations de Mussolini en Suisse” , paru en mars 2015 dans le magazine “Passé-simple” (http://www.passesimple.ch/Extrait3.php). L’auteur relate les différentes professions exercées par Mussolini durant son séjour en Suisse :

      “Pendant son séjour helvétique, Mussolini a aussi travaillé comme manœuvre à Orbe, Renens et Berne. Il a été magasinier, commis et garçon de course chez un marchand de vin, un épicier et un boucher. Il a été “bacounis” au port d’Ouchy. Il a également donné quelques leçons d’italien et de français. Si on en croit la tradition orale, citée par Eric Müller, Mussolini a également pratiqué la profession de son père: “C’était l’époque de la construction de la ligne Vevey-Chexbres à laquelle travailla Mussolini en qualité de forgeron préposé à l’entretien des pelles et des pioches.” Si cette tradition est vraie, Mussolini a sans doute participé à la grève qui a marqué ce chantier du 10 au 14 juillet 1904. A Annemasse, le futur dictateur aurait travaillé comme charretier dans une carrière de sable.”

      Comment un transfuge fuyant la pauvreté et le service militaire dans son pays, surveillé par le Ministère public de la Confédération qui tient cet “anarchiste” à l’oeil, par la police bernoise qui le soupçonne d’inciter les ouvriers à la grève et à la révolte, et arrêté par la police lausannoise pour vagabondage le matin du 24 juillet 1902 sous les arches du Grand-Pont où il a passé la nuit – dans ses poches: son passeport, son diplôme de l’Ecole normale et… 15 centimes! – a-t-il obtenu un doctorat honoris causa de l’Université de Lausanne en 1937? La réponse est (presque trop) simple: entre-temps, le SDF est devenu Duce.

      Mussolini n’a pourtant fréquenté la future UNIL que quelques mois, en sciences sociales où il a suivi les cours de Vifredo Pareto, qui lui auraient ouvert la voie vers l’activisme socialiste (à ce propos, question à M. Wetterwald: d’autres sources indiquent qu’il était inscrit en sciences politiques, et vous citez pour votre part le droit; il semble qu’il n’y ait pas consensus à ce sujet).

      On trouve d’autres informations dans l’article de Peter Martig, “Mussolini und die Schweiz” (http://doi.org/10.5169/seals-246260) , paru en 1983 dans le “Berner Zeitschrift für Geschichte und Heimatkunde”. et cité dans l’entrée “Mussolini, Benito” du “Dictionnaire historique de la Suisse” (DHS) http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F27903.php a

      Si ces quelques indications pouvaient vous être utiles, vous m’en verriez ravi. Mais rien ne saurait remplacer le témoignage direct de celles et ceux qui ont vécu cette période, à mon sens.

      1. Je vous remercie pour votre inestimable contribution qui sera lue, je l’espère, par les lecteurs de mon blog.

  7. Merci pour ces précisions ! Je recherche quelques informations qui auraient été publièes par nos autorités mais je n’en trouve presqu’aucune. A croire que cette partie de l’histoire dérange encore maintenant.

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