{"id":298,"date":"2017-01-11T15:59:00","date_gmt":"2017-01-11T14:59:00","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.letemps.ch\/jasmine-caye\/?p=298"},"modified":"2017-02-22T21:52:16","modified_gmt":"2017-02-22T20:52:16","slug":"myanmar-pourquoi-les-grandes-puissances-nont-pas-interet-a-ameliorer-le-sort-des-rohingyas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.letemps.ch\/jasmine-caye\/2017\/01\/11\/myanmar-pourquoi-les-grandes-puissances-nont-pas-interet-a-ameliorer-le-sort-des-rohingyas\/","title":{"rendered":"Myanmar: Pourquoi les grandes puissances n\u2019ont pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 am\u00e9liorer le sort des Rohingyas"},"content":{"rendered":"
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On dit des Rohingyas qu’ils sont les\u00a0plus pers\u00e9cut\u00e9s au monde. C\u2019est en tous cas le titre que donne <\/span>The Economist<\/span><\/a> \u00e0 son article dat\u00e9 du 13 juin 2015. C’est vrai,\u00a0cette population musulmane minoritaire est d\u00e9test\u00e9e, pers\u00e9cut\u00e9e, discrimin\u00e9e, amput\u00e9e de ses droits politiques et fondamentaux depuis des d\u00e9cennies. Lorsqu\u2019ils fuient leur pays, ils sont <\/span>enferm\u00e9s<\/span><\/a> dans des centre de d\u00e9tention administrative, <\/span>refoul\u00e9s<\/span><\/a> ou <\/span>d\u00e9port\u00e9s<\/span><\/a> vers le Myanmar quand ils ne sont pas remis \u00e0 des <\/span>trafiquants<\/span><\/a>. <\/span><\/p>\n

Les autorit\u00e9s birmanes ont longtemps op\u00e9r\u00e9 en cachette alors que le pays \u00e9tait isol\u00e9 durant les ann\u00e9es de la junte militaire, entre 1962 et 2015. Malgr\u00e9 l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de la Ligue nationale pour la d\u00e9mocratie repr\u00e9sent\u00e9e par Aung San Suu Kyi, les exactions commises \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette communaut\u00e9 depuis trois mois, n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 si graves. Les organisations comme Human Rights Watch, Amnesty international ou m\u00eame le Haut-commissariat des r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 parler de <\/span>nettoyage ethnique<\/span><\/a> et les Rohingyas d\u00e9noncent un g\u00e9nocide \u00e0 ciel ouvert alors que l\u2019impunit\u00e9 r\u00e8gne. Ce sont des viols en bandes, des disparitions forc\u00e9es, des interrogatoires sous tortures et des destruction de villages entiers incendi\u00e9s contre des civils qui sont interdits de retour.<\/span><\/p>\n

Un peuple d\u00e9truit, sans terres ni droits<\/strong><\/p>\n

La population Rohingya<\/span> est un groupe ethnique de langue indo-europ\u00e9enne et de religion musulmane vivant principalement dans le nord de l’<\/span>\u00c9tat de Rakhine<\/span>. \u00a0Elle se distingue des autres habitants de cet Etat qui parlent birman et qui sont bouddhistes.<\/span><\/p>\n

Au moment de <\/span>l\u2019ind\u00e9pendance<\/span><\/a> en 1948, les Rohingyas sont reconnus en tant que minorit\u00e9 nationale mais la politique de \u201cbirmanisation\u201d de la junte militaire m\u00e8ne \u00e0 la destitution de leur citoyennet\u00e9 en 1982. <\/span>La loi birmane sur la nationalit\u00e9 de 1982 sp\u00e9cifie que seuls les groupes ethniques pouvant faire la preuve de leur pr\u00e9sence sur le territoire avant 1823 (avant la premi\u00e8re guerre anglo-birmane qui a men\u00e9 \u00e0 la colonisation) peuvent obtenir la nationalit\u00e9 birmane. <\/span>Exclus des 135 ethnies officiellement reconnues, les Rohingyas voient leurs droits fondamentaux compl\u00e8tement ni\u00e9s: l\u2019acc\u00e8s aux soins de base, aux \u00e9coles et aux march\u00e9 du travail leur sont d\u00e9fendus et leur libert\u00e9 de mouvement restreinte et contr\u00f4l\u00e9e.<\/span><\/p>\n

Aujourd\u2019hui les Rohingyas sont appel\u00e9s \u201cBengali\u201d et la plupart des birmans les consid\u00e8rent comme des immigrants ill\u00e9gaux venus du Bangladesh ou install\u00e9s par les colons anglais. <\/span><\/p>\n

Les confrontations avec les militaires en 1978 et 1991 provoque l\u2019exil de <\/span>centaines de milliers<\/span><\/a> de personnes au <\/span>Bangladesh<\/span><\/a> surtout mais aussi en Thailande, en Malaysie, et en Indon\u00e9sie. Or aucun de ces pays n\u2019a ratifi\u00e9 la Convention des r\u00e9fugi\u00e9s de 1951 ni son Protocole de 1967 et l\u2019absence de cadre juridique r\u00e9gional de protection des r\u00e9fugi\u00e9s a rendu leur situation humanitaire des plus critique.<\/span><\/p>\n

Depuis des d\u00e9cennies les d\u00e9plac\u00e9s internes et les r\u00e9fugi\u00e9s Rohingyas sont entass\u00e9s dans des <\/span>camps ferm\u00e9s<\/span><\/a> ou, lorsqu\u2019ils parviennent \u00e0 rejoindre les pays voisins, dans des centres de d\u00e9tention administrative (\u201cImmigration Dentention Centre\u201d) destin\u00e9s aux migrants ill\u00e9gaux. Comme ils ne peuvent pas prouver leur identit\u00e9 ou leur lieu d\u2019origine ils sont souvent d\u00e9port\u00e9s vers des de pays ou des r\u00e9gions inconnues. Dans les ann\u00e9es 90 beaucoup de Rohingyas d\u00e9tenus \u00e0 Bangkok au Centre de d\u00e9tention administrative de Suan Plu sont d\u00e9port\u00e9s vers des contr\u00e9es ethniques inconnues (Etat Karen au Myanmar) et m\u00eame vers le Cambodge. Les plus chanceux ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du <\/span>programme de r\u00e9installation du HCR<\/span><\/a>, notamment depuis le Bangladesh ou la Malaysie mais c\u2019est une minorit\u00e9.<\/span><\/p>\n

Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents<\/strong><\/p>\n


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\"\"<\/a>Depuis 2011, les discours haineux \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Rohingyas sont prof\u00e9r\u00e9s par un moine puissant – Ashin Wirathu – que l\u2019on sait soutenu, depuis sa lib\u00e9ration de prison en 2011, par <\/span>d\u2019anciens dirigeants politiques<\/span><\/a>. En 2012, les violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Rohingyas ont <\/span>explos\u00e9<\/span><\/a> suite au viol d\u2019une femme perp\u00e9tr\u00e9 par plusieurs Rohingyas qui a caus\u00e9 sa mort. D\u2019une violence inou\u00efe, les confrontations ont provoqu\u00e9 le d\u00e9placement de\u00a0<\/span>milliers<\/span><\/a> de civils. De 2013 \u00e0 2015, \u00a0<\/span>120\u2019000 Rohingyas<\/span><\/a> ont pris la mer pour trouver refuge en Tha\u00eflande en Malaysie et en Indon\u00e9sie.<\/span><\/p>\n

En mars 2016, le gouvernement birman annonce la fin de l\u2019Etat d\u2019urgence mais les violences reprennent en octobre 2016 suite \u00e0 l\u2019attaque d\u2019un poste de police par des <\/span>hommes non identifi\u00e9s mais d\u00e9sign\u00e9s par les autorit\u00e9s comme \u00e9tant des Rohingyas radicalis\u00e9s du groupe <\/span>\u201c<\/span>Aqa Mul Mujahidin<\/span><\/a>\u201d.<\/span><\/p>\n

Cette attaque a provoqu\u00e9 des repr\u00e9sailles violentes contre la \u00a0minorit\u00e9 musulmane. Quelque<\/span>\u00a0<\/span>43\u2019000<\/span><\/a> personnes ont d\u00fb fuir leurs villages et<\/span>\u00a01\u2019200<\/a> habitations ont \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement br\u00fbl\u00e9es dans le\u00a0district de Maungdaw en octobre et novembre 2016. Des <\/span>repr\u00e9sailles<\/span><\/a> qui prennent aussi la forme de <\/span>viols collectifs<\/span><\/a>, de disparitions forc\u00e9es et de tortures. En janvier la <\/span>vid\u00e9o<\/span><\/a> montrant la brutalit\u00e9 de soldats birmans a provoqu\u00e9 l\u2019indignation internationale. Trois militaires viennent d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9s. \u00a0<\/span><\/p>\n

Des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques derri\u00e8re le nettoyage ethnique<\/strong><\/p>\n

L\u2019<\/span>apatridie<\/span><\/a> des Rohingyas emp\u00eache les victimes des crimes de d\u00e9fendre leurs droits devant les tribunaux birmans. La solution imm\u00e9diate est dans la modification de <\/span>la loi de 1982. <\/span>D\u2019ailleurs la citoyennet\u00e9 des Rohingyas leur est reconnue dans deux documents diplomatiques datant de <\/span>1978<\/span><\/a> et 1992 comme l\u2019explique <\/span>Anders Corr<\/span><\/a> dans un article r\u00e9cent.<\/span><\/p>\n

Mais les habitants bouddhistes ont eux-m\u00eame \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de leurs terres et c\u2019est probablement aussi l\u2019une des explications aux confrontations accrues entre les communaut\u00e9s depuis 2012. Selon <\/span>Saskia Sassen<\/span><\/a>, professeure de sociologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Columbia, les hostilit\u00e9s r\u00e9centes sont dues \u00e0 l’avidit\u00e9 \u00e9conomique des dirigeants et des investisseurs internationaux.\u00a0<\/span>Durant les ann\u00e9es 90, les militaires au pouvoir ont confisqu\u00e9 d\u2019\u00e9normes territoires appartenant \u00e0 des petits propri\u00e9taires terriens afin d’exploiter des mines, des for\u00eats et des fermes. Ces expropriations ont beaucoup augment\u00e9 en\u00a02012 alors que plusieurs lois ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es notamment\u00a0la loi fonci\u00e8re, la loi sur les investissements \u00e9trangers et la loi de 1963 sur les paysans. M\u00eame si le secteur agricole est encore prot\u00e9g\u00e9 des investissements \u00e9trangers, des montages juridiques permettent de les contourner. <\/span><\/p>\n

L\u2019Etat de Rakhine est le plus pauvre de Birmanie mais bien situ\u00e9 pour accueillir les investisseurs \u00e9trangers. Les groupes p\u00e9trochimiques chinois y sont d\u00e9j\u00e0 bien plac\u00e9s avec la pr\u00e9sence de <\/span>China National Offshore Oil Corporation (<\/span>CNOOC<\/span><\/a>), <\/span>PetroChina<\/span><\/a> et China National Petroleum Corporation (CNPC). Il ne faut pas esp\u00e9rer de pression de la part des dirigeants chinois qui craignent l\u2019ing\u00e9rence dans leurs affaires tib\u00e9taines et ou\u00efgours. Mais il n\u2019y a pas que la Chine bien qu\u2019elle soit tr\u00e8s en avance. Les Etats-unis et l\u2019<\/span>Union europ\u00e9enne<\/span><\/a> ont aussi beaucoup <\/span>investi<\/span><\/a> au Myanmar et ne souhaitent pas s\u2019ali\u00e9ner les dirigeants birmans au b\u00e9n\u00e9fice de la Chine. Du c\u00f4t\u00e9 des \u00a0puissances r\u00e9gionales de l\u2019ASEAN il n\u2019y a pas non plus d\u2019espoir malgr\u00e9 <\/span>l\u2019indignation r\u00e9cente du premier ministre malaisien, <\/span>Najib Razak<\/span><\/a> \u00e0 l\u2019\u00e9gard du \u201cg\u00e9nocide Rohinghya\u201d. <\/span><\/p>\n

Les espoirs viennent de l\u2019int\u00e9rieur. En r\u00e9action aux nombreuses critiques internationales, une\u00a0<\/span>Commission nationale<\/span><\/a> (de conseil) pr\u00e9sid\u00e9e par <\/span>Kofi Annan<\/span><\/a>\u00a0a \u00e9t\u00e9 mise sur pieds mais elle\u00a0tarde \u00e0 produire des recommandations. M\u00eame la marge de manoeuvre d\u2019Aung San Suu Kyi est <\/span>limit\u00e9e<\/span><\/a>\u00a0par le pouvoir encore importants des militaires. Cependant, une nouvelle militarisation de l\u2019Etat de Rakhine refroidira les investisseurs. Aussi, sans amendement de\u00a0la loi sur la citoyennet\u00e9, les Rohingyas ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 poursuivre la r\u00e9sistance et intensifier leurs attaques.<\/span><\/p>\n

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