Des affrontements dans le nord de l’Ethiopie provoquent un afflux de réfugiés au Soudan

Depuis plus d’une semaine des affrontements importants dans la province du Tigré au nord de l’Ethiopie ont provoqué le déplacement de milliers de réfugiés vers le Soudan, un pays déjà fragilisé sur le plan humanitaire. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime que 27’000 réfugiés éthiopiens ont traversé la frontière soudanaise en sept jours. Une crise majeure pour l’agence de l’ONU qui fait un appel aux dons sur la base d’une projection de 200’000 réfugiés et personnes déplacées. La Commission soudanaise d’aide aux réfugiés coordonne l’installation d’un nouveau camp de réfugiés avec l’aide du UNHCR dans la région de Tanidiba (Province d’Al-Qadarif). 

 

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Une crise humanitaire pour l’Ethiopie

 

Actuellement l’Éthiopie accueille environ 800’000 réfugiés sur son territoire dont près de 180’000 sont des réfugiés érythréens. La moitié se trouve dans la région autonome du Tigré, principalement dans quatre camps. Les réfugiés érythréens en dehors du Tigré, vivent principalement dans la région voisine d’Afar (environ 54 000) et dans la capitale Addis-Abeba (environ 28 000). Le HCR précise qu’avant le début du conflit, le Tigré comptait déjà 100’000 personnes déplacées. 

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Pour suivre la situation humanitaire des réfugiés, voir les rapports du UNHCR accessibles ici: Portail des données du UNHCR – Ethiopie.

Une crise humanitaire pour le Soudan

 

Pour le Soudan, l’arrivée de milliers de réfugiés représente un immense fardeau. Le pays accueille déjà 990’000 réfugiés et doit gérer 1’890’000 déplacés internes. Les réfugiés proviennent du Sud Soudan, d’Erythrée, de la République centrafricaine, de Syrie, du Yémen et d’Ethiopie.

Dans ce pays, le CICR s’inquiète déjà pour les 10 millions de soudanais dépendant de l’aide humanitaire pour survivre. En effet, à l’ouest de la province d’Al-Qadarif qui doit gérer ce nouvel afflux, les communautés des provinces du Nil Bleu, du Sud-Kordofan et du Darfour sont, après avoir survécu à des années de guerre, confrontées à des violences sporadiques, au changement climatique, à l’effondrement économique et au COVID-19. Des millions de personnes dans ces provinces ont besoin d’aide humanitaire. 

 

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Vers une déstabilisation régionale ?

 

Les combats font suite à une année de tensions entre le gouvernement fédéral et les autorités du Tigré. Le 4 novembre 2020, le gouvernement éthiopien a lancé des opérations militaires dans le Tigré en réponse à une autre attaque qui aurait été perpétrée par le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) contre une base militaire fédérale (2). Les risques de voir ces affrontements sanglants se transformer en conflit régional ont augmenté samedi 14 novembre 2020 après des tirs de roquettes sur l’aéroport d’Asmara en Érythrée. Cette attaque a été revendiquée par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) selon lequel l’aéroport était utilisé comme base aérienne pour les forces éthiopiennes. D’après l’International Crisis Group, des segments importants de l’armée éthiopienne stationnée au Tigré se rangent maintenant du côté du TPLF ce qui pourrait prolonger la confrontation.

 

 

 

Revenir à la paix et protéger les civils

 

Il y a peu d’informations sur la situation humanitaire actuelle dans les zones de combats. Les réseaux de communication sont en panne, les services bancaires sont interrompus et le blocage de nombreuses routes provoque des pénuries importantes, indique le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Le représentant en chef de l’ONU en Ethiopie a appelé le gouvernement à rouvrir immédiatement l’accès humanitaire à 2 millions de civils dans la région du Tigray, dont 180’000 réfugiés érythréens et 100’000 personnes déplacées. Ces personnes dépendent depuis longtemps des agences d’aide humanitaire. 

 

L’accès aux civils par les organisations humanitaires est d’autant plus important qu’un récent massacre a été confirmé par Amnesty International. Il aurait été perpétré à Mai-Kadra, dans l’ouest du Tigré et tout porte à croire que les auteurs du crime sont affiliés au Front de libération des peuples du Tigré (TPLF). Le rapport parle de centaines de victimes tuées probablement à la machette. 

 

Un Prix Nobel part en guerre, ne le jugeons pas trop vite

 

Un Prix Nobel de la Paix part en guerre. Abiy Ahmed, Premier ministre éthiopien depuis 2018 est critiqué de toute part. Certains médias insinuent qu’il est le principal responsable du déclenchement des affrontements. Cela ne coïncide pas avec son parcours et ses succès politiques fondés sur la paix et la justice. Rappelons qu’il a réussi à conclure la paix avec l’Erythrée et purgé son administration de fonctionnaires corrompus et auteurs de violations des droits humains dont des membres ou sympathisants du puissant Front de Libération des peuples du Tigré (TPLF). 

 Lire aussi:

 

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  1. La Corne de l’Afrique inclut l’Ethiopie, l’Erythrée, la Somalie, le Soudan et le Soudan du Sud. 
  2. Les frictions durent depuis des mois. Le TPLF était l’une des factions les plus influentes de l’ancienne coalition politique à la tête de l’Éthiopie durant trois décennies avant que Abiy Ahmed ne prenne ses fonctions en avril 2018. La situation s’est aggravée après la reconfiguration  de la coalition au pouvoir en un seul parti (Le Parti de la prospérité) et le report des élections nationales à cause des risques sanitaires liés au Covid-19. Plusieurs partis d’opposition ont condamné cette décision, y compris le TPLF, qui a maintenu ses propres élections régionales en septembre. 

 

Jasmine Caye

Jasmine Caye

Avec une expérience juridique auprès des requérants d'asile à l'aéroport de Genève, Jasmine Caye aime décrypter l'information sur les réfugiés et les questions de migration. Elle a présidé le Centre suisse pour la défense des droits des migrants (CSDM) et continue d'assister des personnes en procédure d'asile. Les articles sur ce blog paraissent en version courte sur un autre blog ForumAsile.

2 réponses à “Des affrontements dans le nord de l’Ethiopie provoquent un afflux de réfugiés au Soudan

  1. Et dire que ce sont en particulier les transferts de fonds de la diaspora en Suisse qui financent ce génocide à venir !

    J’ai tellement honte que l’on accueille si peu des personnes fuyant des dictatures et qu’on laisse de surcroît ces dictatures racketter leur diaspora pour financer massacres et guerres !

    Et si l’on interdit les transferts de fonds, les miettes que les gouvernements là-bas laissent aux familles sur place disparaîtront…

    Que faire ?
    Je pense sincèrement que pour arrêter ce génocide à venir, c’est malheureusement le prix à payer, il faut un embargo sur tous les transferts de fonds. Et encourager une émancipation démocratique…

    Pourtant, l’Ethiopie semblait aller sur le bon chemin… 🙁

  2. Le déploiement militaire a débuté…

    Il ne reste plus qu’à espérer que Abiy Ahmed mérite son prix Nobel et qu’il a réellement été contraint d’user de la force pour pacifier la région….

    Je m’ose à espérer que la paix ressortira et que la région, Erythrée incluse, se tournera vers la démocratie et la paix. Car ils ont les richesses et les moyens de faire comme l’Asie et nous surclasser, pourtant qu’on intervienne pas.

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