Le CICR dénonce les refoulements aveugles vers la Libye et rappelle l’Europe à ses obligations internationales

Dans un communiqué de presse le CICR tire la sonnette d’alarme sur la situation humanitaire en Libye. Pour la première fois, le président du Comité international de la Croix‑Rouge (CICR), Peter Maurer, a fait le déplacement vers ce pays détruit et souffrant. Il a visité les villes de Tripoli, Tobrouk et Benghazi pour évaluer la situation et s’entretenir avec des hauts responsables libyens.

CONTREBANDES, TRAFICS D’ETRES HUMAINS, ENLEVEMENTS

 

Selon l’organisation quelque 1,3 million de personnes ont besoin d’une aide humanitaire. Elle compte plus de 200 000 déplacés internes (soit 3 % de la population) qui ont du fuir les frappes aériennes et les tirs d’artillerie lourde en zone habitée. Lorsqu’ils parviennent à fonctionner, les hôpitaux manquent de matériel médical. A ce jour, 300’000 enfants ne peuvent toujours pas aller à l’école alors que cinq cents établissements scolaires sont détruits. Le CICR confirme aussi une augmentation des activités criminelles comme les kidnappings, la contrebande, le trafic d’êtres humains et les enlèvements contre rançon.

 

IL FAUT RESPECTER LES DROITS HUMAINS DES MIGRANTS

 

Le président du CICR dénonce les refoulements aveugles des migrants vers la Libye ou d’autres pays voisins. Selon lui, le droit des Etats de réglementer la migration doit se faire dans le respect du droit international.

Le CICR est conscient des préoccupations légitimes des États en matière d’économie, de cohésion sociale et de sécurité, et reconnaît qu’ils ont le droit de réglementer la migration. Néanmoins, en vertu du droit international, les migrants ne peuvent pas être retenus contre leur gré ou renvoyés dans un pays potentiellement dangereux pour eux. Les États sont tenus d’examiner les dossiers individuellement avant de refuser l’entrée de migrants sur leur territoire ou de les expulser.

D’ailleurs, le CICR est convaincu que le nombre de migrants disparus durant leur périple reste très sous-estimé. Il appelle les États concernés à coopérer avec le CICR pour que des mesures soient prises afin d’élucider le sort des migrants disparus.

Tardivement mais sûrement, Peter Maurer tape fort. Il est convaincu que le succès des politiques migratoires européennes ne devrait pas se mesurer au nombre de personnes qui ont été arrêtées aux portes de l’Europe.

Il convient plutôt de se demander comment les migrants ont été traités, quelles lois ont été appliquées et si la dignité humaine a été respectée.

 

RECONSTRUIRE LA LIBYE C’EST POSSIBLE 

 

Il faut surtout lever les sanctions en Libye. Les talents et les compétences existent dans ce pays. Il suffit d’un peu de soutien. C’est le message de Peter Maurer à la communauté internationale. Après avoir momentanément gelé les mouvements en juin 2014, après la mort de son délégué suisse, le CICR a maintenu ses opérations sur le terrain. En 2017 l’organisation est venue en aide à des milliers de personnes. Depuis deux semaines, des délégués expatriés ont fait le voyage et il est question d’accroître leur présence sur place. Aurélie Lachant, porte-parole du CICR (pour l’Afrique) précise

Nous sommes encore en train d’évaluer les conditions sur place donc cette présence de personnel expatrié se fait progressivement, avec précaution, en tenant compte des risques sécuritaires. D’ici la fin de l’année, l’objectif est d’avoir une présence permanente de personnel expatrié en Libye et de réduire les effectifs basés à Tunis. Des ajustements pourraient avoir lieu selon la situation sécuritaire évidemment.

Le CICR souhaite en tous les cas renforcer l’aide d’urgence et accélérer les réunions des familles, en particulier celles des migrants détenus. Malheureusement, les risques liés à la guerre civile empêchent de nombreuses personnes de rentrer chez elles, ce qui se traduit par l’un des taux de déplacement par habitant les plus élevés en Afrique.

Photo © CICR

Jasmine Caye

Jasmine Caye

Avec une expérience juridique auprès des requérants d'asile à l'aéroport de Genève, Jasmine Caye aime décrypter l'information sur les réfugiés et les questions de migration. Elle a présidé le Centre suisse pour la défense des droits des migrants (CSDM) et continue d'assister des personnes en procédure d'asile. Les articles sur ce blog paraissent en version courte sur un autre blog ForumAsile.

2 réponses à “Le CICR dénonce les refoulements aveugles vers la Libye et rappelle l’Europe à ses obligations internationales

  1. Grande nouvelle:
    Hier soir, 27 pays africains ont enfin signé le protocole autorisant la libre circulation de leurs citoyens. Tout personne menacée dans son pays d’origine dans l’un quelconque de ces 27 pays a dès lors le choix de s’installer où elle le souhaite dans les 26 autres pays et n’aura plus à risquer sa vie pour venir en Europe. Cette nouvelle est juste géniale !!!

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