Credit: Marijan Murat/dpa

A Genève, beaucoup de requérants d’asile n’ont pas d’accès internet dans leur foyer

A Genève, plusieurs foyers ne sont pas encore dotés d’accès internet. C’est pourtant un service de première nécessité pour les réfugiés durant leurs parcours migratoire et au moment de leur arrivée en Suisse.

A l’heure où les Transports public genevois (TPG) offrent, dans plusieurs véhicules,  l’accès wifi gratuit à leurs passagers, à l’heure où Genève ambitionne de devenir une cybercapitale mondiale, la lenteur de l’Hospice général dans ce dossier et la mauvaise communication défensive et imprécise de son personnel à ce sujet n’est pas à la hauteur de ce que l’on pourrait attendre d’une institution qui dit souvent faire le maximum avec les moyens du bord.

Installations achevées et en cours

 

Selon les listes fournies par le service de communication de l’Hospice général, seulement huit lieux d’hébergement sur seize actuellement occupés (1) sont entièrement équipés dont Appia, Bois-de-Bay, Etoile, Frank-Thomas, William-Rappard, Coudriers, Poussy, Malagnou. Ce sont donc 1’579 personnes sur 2’271 personnes en hébergement collectif, soit 60% des résidents, qui n’ont pas accès à internet et doivent compter sur des abonnements wifi mobile. Ceux qui ne peuvent le faire dépendent de l’ouverture de grands magasins comme IKEA à Vernier ou de cafés internet pour se faire envoyer des documents importants à soumettre aux autorités suisses, maintenir autant que possible le contact avec des enfants mineurs restés dans les pays d’origine voir bloqués dans les pays de transit, ou simplement informer leurs familles de leur situation en Suisse.

 

Toujours selon l’Hospice général, le centre d’Anières (227 résidents) et le centre des Tattes à Vernier (558 résidents) seront entièrement équipés d’ici la fin de l’année. Dans le premier centre, l’existence d’un cybercafé ouvert tous les jours de 18 heures à 22 heures n’est pas connu de tous. Plusieurs résidents n’ont pas été informés de son existence alors qu’ils comprennent le français. Ils ont donc opté pour un abonnement mobile qui donne accès à internet mais qui est relativement coûteux.

 

L’Hospice général précise que “l’extension de la wifi se poursuit à un rythme soutenu. Les difficultés qui peuvent se présenter sont davantage d’ordre technique que budgétaire (…) L’installation est assez compliquée au centre des Tattes car il y a 12 bâtiments pour lesquels il faut tirer des lignes en fibre optique.”

 

En effet les coûts d’installation ne sont pas astronomiques selon les informations recueillies auprès du service de construction de Swisscom et d’une entreprise d’installation spécialisée. Ils varient entre 800 et 5’000.- selon qu’une ligne d’accès (ADSL / fibre optique)  existe déjà ou non. Pourtant ni Swisscom, ni les Services industriels de Genève (SIG) n’ont reçu de demande d’installation de lignes pour le centre des Tattes à Verniers. Ce centre ne sera donc certainement pas équipé à la fin de l’année contrairement à ce qu’affirme l’Hospice général.

 

L’accès internet est un droit fondamental reconnu par l’ONU

 

Depuis 2012, l’accès internet est un droit fondamental reconnu par l’ONU au même titre que d’autres droits de l’homme. C’est le Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui en a décidé ainsi. Ses 47 membres ont signé à l’unanimité la résolution qui établit que chaque individu a le droit de se connecter et de s’exprimer librement sur internet. En 2016, ses membres ont adopté une autre résolution pour «la promotion, la protection et l’exercice des droits de l’homme sur internet» et condamnait les restrictions de l’accès à l’information sur internet.

 

Si ce droit est reconnu à tous, il est impératif que les réfugiés et les migrants puissent en bénéficier. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les Croix-Rouges nationales, le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) et l’Organisation internationales des migrations (OIM) le constatent tous les jours, l’accès internet est primordial pour ces personnes. En 2016 l’installation du programme “Trace the Face” par plusieurs Sociétés nationales de la Croix-Rouge en Europe a été mis sur pied pour réunir les membres de familles dispersées. Ce programme ne fonctionnerait pas sans un accès wifi.

 

Point sur la communication de l’Hospice Général

 

Par courriel, l’Hospice général déclare que “l’accès à Internet via la WiFi dans les centres d’hébergement collectif répond à un besoin des résidents ainsi qu’au souhait de l’Hospice général de favoriser leur autonomie. Ils peuvent ainsi maintenir les liens avec leur proches dans le respect de leur intimité.” Officiellement il reconnaît donc l’importance de l’installation de ce service. Cependant la communication a été inutilement défensive et vague. Un réceptionniste du centre des Tattes a eu des propos dénigrants à l’égard des requérants d’asile et de leurs besoins. Ces messages n’ont eu qu’un seul effet: semer le doute quant aux intentions de l’institution sur ce dossier.

 

  1. Le centre du Lagnon à Bernex est en travaux  de rénovation jusqu’en avril 2018. Il sera entièrement équipé. Le centre d’Appia qui est équipé d’un accès internet fermera en mai 2018.

 

 

Tableau de la répartition des requérants d’asile et réfugiés logés dans des centres d’hébergement collectif et abris de protection civile (PCi) au 31 octobre 2017

En foncé les lieux entièrement équipés, et en italique ceux qui le seront d’ici la fin de l’année.

Lieux d’hébergement collectif Type de population Nb de pers.
centre d’Anières familles et personnes seules 227
centre William-Rappard (Bellevue) familles et personnes seules 36
centre du Lagnon (Bernex)  – Fermé pour rénovation  – réouverture  en avril 2018 hommes

primo-arrivants

0
centre av. de la Praille (Carouge) familles et personnes seules 92
centre rue Alexandre-Gavard (Carouge) hommes à l’aide d’urgence et primo-arrivants 46
centre de l’Etoile (Carouge) RMNA et ex-RMNA 184
centre de Frank-Thomas (Genève) personnes seules 127
centre de Saconnex (Genève) population mixte 327
abri PCi des Coudriers (Genève) hommes à l’aide d’urgence et primo-arrivants 20
centre des Tilleuls (Gd-Saconnex) familles et personnes seules 143
centre de Feuillasse familles et personnes seules 175
centre d’Appia – Fermeture en mai 2018 hommes primo-arrivants 125
centre de Presinge familles 57
centre des Tattes (Vernier) familles et personnes seules 558
centre de Poussy (Vernier) familles et personnes seules 34
centre de Malagnou (Thônex) femmes primo-arrivantes 21
Centre du Bois-de-Bay (Stigny) familles 99

 

Photo © Marijan Murat/dpa

Jasmine Caye

Avec une expérience juridique auprès des requérants d’asile à l’aéroport de Genève, Jasmine Caye aime décrypter l’information sur les réfugiés et les questions de migration. Elle préside le Centre suisse pour la défense des droits des migrants (CSDM). Les articles sur ce blog paraissent en version courte sur un autre blog ForumAsile.

6 réponses à “A Genève, beaucoup de requérants d’asile n’ont pas d’accès internet dans leur foyer

  1. Se connecter à Internet est primordial pour les réfugiés. Pour se renseigner, se repérer dans leur nouvel environnement et communiquer avec leurs familles restées dans leur pays. Pourvu que cet article fasse bouger les choses.

  2. On espère qu’ils reçoivent au moins le petit-déjeuner au lit! Sinon, vraiment, quel scandale! Ca nous rappellerait les heures les plus sombres de notre histoire…

  3. Chère Madame Caye,

    Le centre d’hébergement collectif d’Anières sera bien équipé de la WiFi avant Noël 2017 (soit dans les 15 jours) et le centre des Tattes avant la fin janvier 2018 – donnant ainsi accès au WiFi à plus de 785 personnes supplémentaires, ramenant le total de migrants hébergés en centres d’hébergement collectifs de l’Hospice général sans accès WiFi à 794, soit 35% des personnes hébergées.

    Ceci sans tenir compte du fait que le centre d’hébergement collectif de Saconnex (327 résidents) dispose déjà d’un WiFi partiel (dans les espaces communs et plusieurs lieux privatifs).

    Les travaux d’installations se poursuivent dans les autres centres existants et seront tous terminés au mois de septembre 2018. Pour les constructions à venir, ainsi que pour les restaurations, le Wifi fait partie intégrante des cahiers des charges et sera donc disponible dès les emménagements.

    Permettez-moi enfin de trouver vos conclusions hâtives et vos méthodes de recoupement particulières: avant d’affirmer que l’Hospice général ne fait ou ne fera pas ce qu’il dit, je vous saurai gré d’attendre que les faits parlent d’eux-mêmes plutôt que de vous baser sur les dires d’entreprises tierces.

    Avec mes meilleurs messages,
    Christophe Girod

    1. Monsieur,
      Merci pour votre commentaire qui figure à présent sur le blog. Vous confirmez en effet ce que je disais. Les travaux au centre des Tattes ne seront pas terminés d’ici la fin de l’année. Ceci dit je suis très heureuse que vous preniez cette affaire d’installation wifi au sérieux. Je pense aussi que cela pourrait faciliter grandement les contacts entre les assistants sociaux et les requérants d’asile, améliorer leurs conditions de travail et faciliter les échanges. A méditer.
      Meilleurs messages, Jasmine Caye

  4. Madame,
    je me vois contraint de vous exprimer mon plus vif regret de constater que mon commentaire n’est pas publié sur votre blog – regrettable au vu du contenu de votre article. Il ne semble donc n’y avoir qu’une vérité : la vôtre.
    Christophe Girod

  5. Seule petite possibilité pour un requérant qui a 18 ans ou plus : s’inscrire à la bibliothèque publique, où il y a un nombre limité d’ordinateurs à la disposition des membres avec une carte. Les habitants majeurs de l’Etoile sont les bienvenus à la bibliothèque de Carouge, blvd des Promenades 2 bis, où les ordis sont à disposition 2 heures par jour. J’accompagne volontiers quelqu’un qui voudrait y s’inscrire.

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