FIFDH 2017: les films, débats, expositions sur la situation grave des migrants et des réfugiés dans le monde

Aujourd’hui, la vérité sur l’état des droits humains est plus importante que jamais. Pour ses quinze ans, le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) présente, du 10 au 19 mars 2017, une programmation exceptionnelle de films, de débats et d’expositions qui vous donneront envie d’agir en faveur des enfants, des femmes et des hommes vulnérables qui partout dans le monde sont encore victimes des pires abus. Alors que la trente-quatrième session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU vient de s’ouvrir à Genève, le FIFDH propose 134 événements à travers 45 lieux à Genève mais aussi à Lausanne, Orbe, Bienne et dans la Vallée de Joux.  Certaines projections auront lieux dans les foyers pour requérants d’asile et dans les prisons.

De la désobéissance civile

Concernant la condition des migrants et des réfugiés en Suisse et dans le monde, le festival présentera plusieurs films et documentaires courageux et intelligents qui posent la question de la désobéissance civile impérative lorsque les institutions étatiques ont cessé de respecter les conventions internationales et violent les droits fondamentaux de personnes souvent invisibles aux yeux de la société car éloignés, isolés et enfermés.


Il y a tout d’abord Chasing Asylum un documentaire australien exceptionnel réalisé par une jeune cinéaste engagée et talentueuse Eva Orner qui a filmé en cachette les conditions inhumaines et cruelles dans lesquelles les autorités australiennes détiennent, sur les îles lointaines de  Nauru et Manus, les requérants d’asile arrivés par mer. Le film dénonce la politique de détention “offshore” du gouvernement australien qui viole la Convention des réfugiés et les principes fondamentaux des droits humains. Des conditions qui ont été dénoncées par des organisations non-gouvernementales, des journalistes, des politiciens et par le UNHCR à de multiples reprises. Je vous invite à consulter le site du film où vous trouverez beaucoup d’information sur les motivations de la réalisatrice.

Film et discussion en présence de la réalisatrice le dimanche 19 mars à 15h15, Espace Pitoëff. Bande-Annonce du film.

Autres jours de projections et achats de billets

Le film bulgare The Good Postmann de Tonislav Hristov nous emmène dans un petit village bulgare, à la frontière turque, où un postier espère être élu sur un programme ambitieux: repeupler le village en accueillant les réfugiés syriens qui y transitent. Ce film est une réflexion sur le destin d’une communauté en voie d’extinction et sur la fragilité du vieil âge. Tonislav Hristov joue avec les perspectives régionales, locales et personnelles pour créer un portrait complexe de la vie et des défis d’une communauté. Le village de 40 habitants est une toile de fond pour un débat pertinent sur la politique mondiale en matière de migration.

Forum “Migration, le temps de la désobéissance” (film, sujet, débat) le dimanche 19 mars à 19 heures, Espace Pitoëff

Moins d’ hypocrisie!

La prostitution forcée ça se passe juste à côté de chez nous. Avec Impasse, un documentaire suisse Elise Shubs nous montre la réalité dure des femmes migrantes forcées de se prostituer en Suisse pour joindre les deux bouts. Le film est le résultat d’une année d’immersion dans le “quartier orgiaque” de Sévelin à Lausanne, où les femmes ont peur de leur travail. Selon Elise Shubs, la société part trop “volontiers du point de vue que chaque femme qui se prostitue le fait de manière volontaire” mais son documentaire montre que les femmes qui choisissent librement de se prostituer sont une petite minorité, beaucoup sont exploitées dans leur travail et forcées de se prostituer. Elise Shubs est elle-même une spécialiste des questions d’asile. Elle travaille actuellement au sein l’Entraide protestante suisse (EPER). Parce que ça se passe juste à côté de chez nous, allez voir le film.

Bande-annonce du film

Jours de projection et achat de billets

Résister à travers l’Exil: film et exposition

 

Dans Exil Rithy Panh présente un nouveau documentaire sur les crimes et exactions des Khmers rouges. Il y explore les effets psychologiques et physiques de la guerre civile au Cambodge. Ce documentaire sensationnel et beau mêle les images d’archives au récit et restitue un peu l’expérience des personnes déplacées par les troupes de Pol Pot. Rithy Panh est lui-même un rescapé des camps de travail Khmers rouges où il perdit ses parents et une partie des membres de sa famille. Le film traite de la nostalgie du passé, de la souffrance de l’exil et c’est aussi une réflexion sur la liberté et sur le totalitarisme.

En résidence au festival, le réalisateur présentera aussi une installation tirée de son film. Le cinéaste a été à la recherche de photos, objets et documents qui racontent l’exil : photos de famille avant et après le départ, photos souvenirs, portraits de personnes exilées ou de leurs proches, fiches de passage, documents administratifs, et tout objet relatif au voyage d’exil.

Exposition du 10 au 19 mars au centre du Festival, Espace Pitoëff, 52 rue de Carouge, à Genève. Vernissage à la suite de la présentation d’Exil le samedi 11 mars à 19 heures (autour de 20h30). Talking HEADS / Rencontre avec Rithy Panh , lundi 13 mars à 18h30, Espace Pitoëff

Bande-annonce du film

Jours de projections et achats de billets

Le FIFDH c’est aussi aller à la rencontre des personnes migrantes 

 

Durant cette semaine, le FIFDH vous offre la possibilité de voir des projections, de rencontrer des requérants d’asile et de visiter les foyers où elles habitent dans des conditions souvent difficiles. 
Trois centres d’hébergement collectif de l’Hospice général (Presinge, Saconnex et Tattes) vous ouvriront chaleureusement leurs portes pour voir des films, écouter de la musique, cuisiner et partager un repas avec les résidents des centres. Venez faire connaissance!

Tout le programme des projections dans les foyers

Parce qu’il faut savoir résister au vent

 

Au festival de Cannes en mai 2016, Rithy Panh disait que les démocraties engendrent des choses étranges et que nous devions tous veiller à la poursuite de la bonne démocratie (…) car le nazisme est arrivé par la démocratie, l’apartheid aussi, “il faut éviter que la démocratie nous endorme”, déclarait-il.

Or, cette année plus que jamais, le FIFDH vous donnera l’occasion de mieux comprendre pour mieux vous indigner. Il vous apportera des solutions vivifiantes et le courage de faire et de penser pour les droits humains de tous et des personnes migrantes en particulier.

Je partage avec vous la remarque très juste de Philippe Mottaz, responsable éditorial du FIFDH qui répondait brillamment à un journaliste angoissé par l’actualité:

Ca peut vous paraître étrange mais quand vous regardez ces films, ce sont des films optimistes car le courage est inspirant. Tous ces films, de la décision de les faire d’abord et de prendre les risques de les faire et de voir ceux qui témoignent dans ces films, moi justement c’est ce qui me permet de défaire mes angoisses, c’est ce qui me permet d’être complètement inspiré, (…) ces films sont extraordinairement optimistes, courageux et inspirant.

Pour terminer je vous invite à lire le message d’ Isabelle Gattiker, Directrice générale du FIFDH qui a tellement raison quand elle dit qu’en participant au festival vous vous joignez à tous ceux qui questionnent et qui ne cèdent pas dans la défenses des valeurs fondamentales. Plus tard vous pourrez vous dire…

Nous sommes restés droits, nous avons résisté au vent. Et nous avons eu raison.

Jasmine Caye

Avec une expérience juridique auprès des requérants d’asile à l’aéroport de Genève, Jasmine Caye aime décrypter l’information sur les réfugiés et les questions de migration. Elle préside le Centre suisse pour la défense des droits des migrants (CSDM). Les articles sur ce blog paraissent en version courte sur un autre blog ForumAsile.

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