{"id":1393,"date":"2021-01-16T19:10:07","date_gmt":"2021-01-16T18:10:07","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.letemps.ch\/jacques-neirynck\/?p=1393"},"modified":"2021-01-17T00:01:42","modified_gmt":"2021-01-16T23:01:42","slug":"la-leccon-des-mutants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.letemps.ch\/jacques-neirynck\/2021\/01\/16\/la-leccon-des-mutants\/","title":{"rendered":"La le\u00e7on des mutants"},"content":{"rendered":"
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Le virus Covid mute. Stup\u00e9faction parmi les chefs. Bien qu\u2019ils aient investi des milliards pour fabriquer une multitude de vaccins en un temps record, le virus s\u2019y adapte, au lieu de respecter l\u2019\u00e9minente dignit\u00e9 des investisseurs, qui sont les v\u00e9ritables ma\u00eetres du monde.\u00a0 En faisant la nique au pouvoir, une mutation engendr\u00e9e au hasard parmi beaucoup d\u2019autres rend le mutant plus contagieux, moins sensible au vaccin, voire carr\u00e9ment immunis\u00e9 contre celui-ci. D\u2019ailleurs, c\u2019est ce qui se passe chaque ann\u00e9e avec l\u2019influenza, la grippe saisonni\u00e8re, contre laquelle il faut revacciner chaque ann\u00e9e. Cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant.<\/p>\n
Comme le Covid tue plus que la grippe, ce n\u2019est pas convenable. Du fait qu\u2019il tue, ce virus aurait pu s\u2019en satisfaire et se complaire dans sa configuration initiale. Mais le virus se r\u00e9v\u00e8le plus intelligent que la moyenne des gouvernants. Il poursuit une logique implacable, celle de tout existant : survivre. Alors qu\u2019 il ne vit m\u00eame pas. Il n\u2019est qu\u2019un parasite des vivants. Il les infecte pour se multiplier en envahissant leurs cellules. A quoi sert-il donc ? S\u2019il existe, c\u2019est qu\u2019il a un sens.<\/p>\n
On comprend le loup qui mange la brebis, le requin agresseur de surfeurs, la vip\u00e8re mordant au hasard, la gu\u00eape insupportable l\u2019\u00e9t\u00e9. Leur logique est d\u00e9chiffrable. Mais celle d\u2019un virus invisible nous heurte. Il n\u2019est que le dard de la vie. Dans une population, il fauche aveugl\u00e9ment ceux dont le syst\u00e8me immunitaire est trop faible pour lui r\u00e9sister, surtout les plus vieux. Il h\u00e2te le d\u00e9c\u00e8s des fragiles. Et donc il s\u00e9lectionne\u00a0 les plus aptes \u00e0 la survie, ceux qui m\u00e9ritent de continuer \u00e0 vivre, encore un peu. C\u2019est une logique brutale mais coh\u00e9rente. Il est le ma\u00eetre de l’\u00e9volution.<\/p>\n
De m\u00eame que Fran\u00e7ois d\u2019Assise c\u00e9l\u00e9brait sa s\u0153ur la Mort, ainsi devrions nous avoir quelque indulgence pour le virus. Il nous forcera \u00e0 nous adapter, il nous perfectionnera. Si nous sommes assez intelligents pour y arriver. Sinon, un jour un super virus remportera la partie.<\/p>\n
Nous n\u2019avons aucune raison de nous plaindre de son fonctionnement, car nous en agissons de m\u00eame avec les esp\u00e8ces qui nous g\u00eanent. Cela a m\u00eame engendr\u00e9 un d\u00e9fi paradoxal. Nous avons d\u00fb inventer le concept de diversit\u00e9 biologique pour arr\u00eater une course folle au terme de laquelle il n\u2019y aurait plus eu de lions, de baleines et d\u2019okapis. Nous cultivons maintenant les esp\u00e8ces menac\u00e9es. Et donc en inventant des vaccins, nous nous cultivons nous-m\u00eame comme une esp\u00e8ce menac\u00e9e.<\/p>\n
Mais au fond nous sentons vaguement que le vaccin tout seul ne suffira pas et qu\u2019il constitue un dernier recours. Il faut que nous mutions, non pas dans notre ADN, mais dans nos habitudes. On commence \u00e0 nous l\u2019imposer par le port du masque, le confinement, le couvre-feu, la fermeture des restaurants et des th\u00e9\u00e2tres. Vouloir ou non, nous avons suivi le conseil de \u00a0Blaise Pascal : \u00ab tout le malheur de l\u2019homme vient de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre \u00bb.<\/p>\n
Et une fois renferm\u00e9s sur nous-m\u00eames, nous avons \u00e9t\u00e9 envahis par toutes ces id\u00e9es que nous repoussions auparavant. A savoir que nous sommes mortels, que notre esp\u00e8ce elle-m\u00eame est mortelle comme toutes les autres, que du point de vue du virus elle ne sert qu\u2019\u00e0 servir d\u2019h\u00f4te, que nous croyons \u00eatre les chefs de la Nature alors que nous ne sommes que les valets. Une esp\u00e8ce a tent\u00e9 depuis longtemps de nous l\u2019expliquer gentiment\u00a0: alors que les chiens ont des ma\u00eetres, les chats ont des domestiques\u00a0!<\/p>\n
Pour survivre, notre esp\u00e8ce doit donc respecter l\u2019ordre de la Nature. C\u2019est-\u00e0-dire se p\u00e9n\u00e9trer de ce que Darwin a compris voici deux si\u00e8cles : tout le vivant n\u2019arr\u00eate pas de muter au hasard et seule la n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e9cide ce qui sera sauvegard\u00e9. \u00a0En 2020, nous avons subitement \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 la dimension sacr\u00e9e de la Nature, dont nous ne sommes qu\u2019un avatar parmi d\u2019autres. Si la Chine s\u2019en sort mieux que l\u2019Europe, si elle est plus adapt\u00e9e, si elle produit ce dont nous avons besoin, si elle devient le pays dominant de la plan\u00e8te \u00e0 la place des Etats-Unis, elle imposera son ordre plan\u00e9taire, que cela nous plaise ou non.<\/p>\n
Tout d\u2019abord, l\u2019\u00e9vidence impose de construire un syst\u00e8me de r\u00e9sistance et d\u2019extinction pour lutter contre les prochaines \u00e9pid\u00e9mies. O\u00f9 en est notre provision de vaccin, antivariolique par exemple, notre stock de masques, nos services d\u2019urgence dans les h\u00f4pitaux, une cellule de crise munie de tous les pouvoirs\u00a0? Puis la protection contre les autres dangers majeurs\u00a0: le terrorisme, les p\u00e9nuries alimentaires, les agressions informatiques. Nous vivons dans un monde dangereux contre lequel il faut se pr\u00e9munir, quoi qu\u2019il en coute.<\/p>\n
Car le danger auquel nous n\u2019\u00e9chapperons certainement pas est la transition climatique, due \u00e0 notre propre insouciance et au d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9 des pouvoirs. De la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, il faudra muter volontairement vers une soci\u00e9t\u00e9 de temp\u00e9rance : moins de d\u00e9placements, moins de gaspillage, moins de futilit\u00e9s, un r\u00e9gime alimentaire pond\u00e9r\u00e9, un pouvoir ancr\u00e9 dans la rationalit\u00e9 \u00e9cologique. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 en route vers cette autre soci\u00e9t\u00e9, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie nous y pousse, nous y habitue, nous y conforme. Et si le virus avait eu raison ? Pour le concevoir, est recommand\u00e9e la r\u00e9citation de l\u2019excellente \u00ab Pri\u00e8re pour demander \u00e0 Dieu le bon usage des maladies \u00bb de Blaise Pascal.<\/p>\n
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