Pas de mariage pour tous?

Parmi les derniers pays d’Europe occidentale à ne pas autoriser le mariage pour tous, la Suisse pourrait rattraper son retard. Le parlement fédéral a accepté d’ouvrir l’institution à tous les couples. La loi inclut le don de sperme pour les couples de lesbiennes, la naturalisation facilitée du partenaire et l’adoption conjointe.

Cette loi votée en décembre 2020 par le parlement devra passer l’épreuve des urnes. Trois comités référendaires sont engagés dans la bataille. Le principal, emmené par l’UDF et des personnalités UDC, combat le principe du mariage homosexuel. Il a récolté plus de 50’000 signatures. Environ 10’000 supplémentaires proviendraient d’un comité de droite, qui s’oppose au projet parce qu’il ouvre la voie à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes. Enfin, la Fondation pour la famille, basée à Grimisuat (VS), apporterait encore quelque 5000 paraphes.

Telle est donc l’ultime bataille en Suisse pour donner pleinement droit de cité à l’homosexualité, qui fit si longtemps l’objet de persécutions et demeure contestée. Même aujourd’hui, en Iran, au Soudan, en Arabie saoudite et au Yemen, l’homosexualité est passible de la peine de mort.

Cette votation donnera lieu à des débats passionnels qui n’auront pas un rapport direct avec la loi, mais avec les préjugés, les traditions, les inconscients de la fraction la plus conservatrice de la population. Il n’est pas exclu que la loi puisse être refusée par le peuple. Pourquoi ?

L’argument majeur et unique des initiants est une pétition de principe : le mariage unit un homme et une femme. Si l’on accepte cette prémisse il n’y a plus rien à dire. Mais de quel mariage s’agit-il exactement ?

Pendant longtemps, il fut exclusivement religieux. Si les époux avaient du bien ou des espérances, un notaire consignait les conventions financières. Dans maints pays, c’est toujours le cas. L’instauration du mariage civil vient d’une loi de 1792. C’est une invention de la révolution française pour annihiler la religion. Cette cérémonie laïque n’est en soi que fort peu de chose : elle a le seul mérite d’avoir des conséquences juridiques en matière de propriété, de fisc, de succession.

Dans de nombreux pays, le mariage civil se déroule en même temps que la cérémonie du mariage religieux, même si les deux sont théoriquement distincts. Ainsi, dans la plupart des Etats américains, mais aussi au Royaume Uni, en Irlande, en Israël et en Pologne, le mariage est célébré par  toute  autorité religieuse qui officie également comme un agent public. Ce n’est que dans certains pays, comme l’Argentine, la Belgique, la France, la Russie, la Suisse ou la Turquie, que le mariage civil doive être célébré avant que ne se déroule la cérémonie religieuse. Comme si la première cérémonie possédait une supériorité sur la seconde.

On peut dès lors se demander si le refus du mariage pour tous n’est pas le signe de l’adhésion inconsciente au mariage religieux. Ce serait le cas pour certains initiants qui craignent que la contagion se propage, du mariage civil au mariage religieux, jusqu’à la religion elle-même. En empêchant les homosexuels d’accéder à une cérémonie civile, ils estiment défendre la foi elle-même. Ils se trompent.

Car le pape François lui-même s’inscrit en faux contre ce préjugé : « Les personnes homosexuelles ont le droit d’être en famille. Ce sont des enfants de Dieu, elles ont le droit à une famille. Ce qu’il faut c’est une loi d’union civile, elles ont le droit à être couvertes légalement »

L’évêque de Fribourg a confirmé ce point de vue en déclarant que l’homosexualité n’était ni un crime, ni un péché. Seule la barbarie des temps passés a pu faire croire l’inverse. Les homosexuels ont droit au respect de leur dignité et à la protection particulière que la loi accorde à toutes les minorités. La Nature crée les hommes et les femmes différents les uns des autres. Cette diversité n’est pas une faiblesse pour une société mais une force. Le formatage d’individus sur un modèle unique attente à ce que la Nature (ou Dieu pour les croyants) a voulu.

Un autre type d’opposition à la loi vise un point particulier : l’accès au don de sperme. Ce dernier n’est aujourd’hui possible en Suisse que pour les couples hétérosexuels infertiles. Comme un couple lesbien n’est pas dans ce cas, il doit se rendre à l’étranger, ce qui met cette possibilité à la seule portée des milieux favorisés. Avec la loi, les couples de lesbiennes pourraient y avoir accès en Suisse. Selon les opposants cela « entraînerait des problèmes d’identité pour les enfants puisque le projet entérine juridiquement l’absence de père ». Cette position repose sur une autre pétition de principe : un enfant a absolument besoin d’un père et d’une mère pour se structurer.  Si on accepte cet impératif, il n’y a de nouveau plus rien à dire. Or, un mariage (civil) sur deux se termine par un divorce, les familles monoparentales ne sont pas exceptionnelles et les enfants n’y sont pas particulièrement malheureux.

La votation sur le mariage pour tous, même si elle ne tourne pas au refus, stigmatise une fois de plus une minorité. Il semble que pour une large fraction de la population, il faille pour être vraiment citoyen se conformer à une norme aussi bien en sexualité qu’en religion. Si d’aucuns s’en écartent, ils sont suspects et méritent d’être privés de certains droits : pas de mariage, pas d’enfant, comme pas de burqa, ni de minarets. Cette mise en déshérence réjouit les gens qui se croient  normaux, ils se sentent meilleurs, ils sont confortés dans le mépris qu’ils portent à ceux qui ne sont pas comme eux. Leur liberté n’est pleine que si celle d’autres est bornée.  Leur bonheur n’est entier que s’il est interdit à autrui.

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

23 réponses à “Pas de mariage pour tous?

  1. Donner comme argument que les enfants de couples homosexuels ne se développeraient pas moins bien qu’avec des parents hétérosexuels, parce que ceux-ci divorcent une fois sur deux sans conséquences trop négatives pour leur enfant, est un raisonnement qui ne démontre rien. Ce genre de comparaison se base sur de fausses analogies, il ne s’agit pas de chimie mais de psychologie qui heureusement n’est pas (encore) une science.

    L’explication du bonheur qui ne pourrait être entier pour certains que s’il est interdit à d’autres qui ne leur ressemblent pas, laisse sous-entendre que les couples homosexuels avec enfant adopté ont une vision plus large leur permettant d’accéder au bonheur en famille. Il serait peut-être plus sérieux d’avoir le courage de se pencher sur les relations affectives des couples homosexuels qui ne sont en grande moyenne pas du tout harmonieuses, mais cela supposerait évidemment d’oser gravement bousculer la fraîche et solide théorie selon laquelle l’homosexualité est sans lien avec les rapports affectifs parents-enfants.

    Les intentions d’apporter la paix, en étant guidé par de bons sentiments et le désir de justice, permettent certainement d’offrir un bien meilleur terrain que celui de la guerre, mais ne constituent aucunement une solution aux problèmes, à moins de prétendre qu’ils sont créés par des gens bornés qui se sentent meilleurs, confortés dans leur mépris pour les homosexuels… C’est déplacer le sujet du véritable problème qu’il est maintenant indécent de vouloir aborder.

    Les sondages dans une population d’échantillonnages divers révèlent que la majorité souhaite des droits égaux pour les homosexuels, mais ne considèrent pas l’adoption comme étant un droit relevant de la liberté fondamentale. Est-ce qu’il faut en déduire que l’hétérosexualité rend borné, faible dans les approches psychologiques, méprisant et de mauvaise foi ? Il faut cesser de déplacer le sujet des capacités d’élever un enfant sur celui de la sexualité, celle-ci dans sa forme se manifeste en conséquence du développement psychologique de la personne, passée à côté du parcours pour devenir un adulte psychiquement homme ou femme, et par conséquent un père ou une mère. Dans les couples homosexuels, l’enfant « arrive » et les belles déclarations aussi : « Je suis père ! » Ah oui ? Félicitations… Vous devrez parvenir à l’être plus que deux ou trois jours… Il serait très inconvenant de donner ces réponses en plein heureux événement, et pourtant c’est bien de la réalité que l’on parle. Quand les couples homosexuels mariés publieront la joyeuse nouvelle de l’enfant qui est apparu dans le vestibule, que pourra-t-on alors leur répondre pour ne pas jeter un froid ? « Bravo ! »

    Bravo aussi à M. Neirynck pour l’exposé empli d’honorables espoirs guidés par la raison, dont il faut espérer qu’ils seront confirmés par l’expérimentation.

  2. Bonjour,
    En décembre 2018, le parlement a enteriné ” l’extension de la norme antiraciste aux discriminations fondées sur l’ORIENTATION sexuelle”. Le projet actuel ne vise plus la protection d’une minorité mais la reconnaissance pour une minorité de droits équivalents à la majorité. Or ces droits sont contestables pour deux raisons au moins:
    1. du point de vue religieux, la notion de mariage inclut celle de procréation; il s’agit dans ce projet de reconnaître une union entre personnes de même sexe qui, par définition, ne peuvent pas procréer. Il s’agit donc d’une autre notion de mariage que la notion religieuse. Or, comme vous le rappelez, la définition actuelle du mariage dans la loi repose encore sur cette notion religieuse, puisqu’il interdit de se marier religieusement sans le consentement de l’Etat, c’est-à-dire sans un mariage civil préalable. Cette règle doit d’abord être abolie. Ensuite, toujours au sujet de la religion, le pape a fait un pas gigantesque en avant dans la reconnaissance du respect dû à la minorité homosexuelle, mais il a explicitement indiqué une limite: il s’agit de reconnaître une union, non pas un mariage. Ce qui revient à dire que la loi doit mieux distinguer l’union civile et le mariage.
    2. du point de vue éthique (mais l’éthique a-t-elle encore son mot à dire en politique ?), il y a une différence entre l’orientation sexuelle et les pratiques sexuelles. L’idée de mariage, encore une fois, cautionne, garantit, encourage une certaine pratique sexuelle, mais pas n’importe laquelle. Signer cette loi revient à légitimer une certaine pratique sexuelle, ce que le projet de loi sous-entend d’une certaine manière quand il autorise la PMA pour les femmes mais non pour les hommes. Il est légitime, pour le dire clairement, de trouver détestable la sodomie et d’avoir le droit de critiquer ce type de comportement, sans pour autant être taxé d’homophobie. Par contre, je ne vois pas de problème à encourager par la loi l’union et donc les pratiques sexuelles entre deux femmes.

    Pour ces deux raisons, je ne suis pas d’accord avec le projet de loi actuel, mais comme toujours en politique, il vaut parfois mieux avancer de travers que de ne pas avancer du tout.

  3. Excellent blog – très bonne présentation de la situation et des enjeux. Merci !

  4. L’institution du mariage n’a pas commencé avec l’Eglise, elle existait bien avant sous différentes formes , mais elle ne se préoccupait d’abord que de la reconnaissance des enfants . Un couple hétérosexuel se suffit à lui-même pour sa descendance dans la plupart des cas , alors que celui composé d’homosexuels doit compter sur un troisième partenaire . Dès lors faudrait-il imaginer un mariage à trois ?
    Dans le futur, après une fécondation in vitro, on pourra imaginer un foetus se développant dans un utérus artificiel et le mariage aura complètement perdu son sens …
    Cette manie de vouloir tout réglementer , de tout normaliser se termine en une situation ubuesque …
    Un document a-t-il la vertu d’apporter le bonheur ou la stabilité ? Dans la nature , on trouve des espèces formant des couples plus durables ( les albatros vivent ensemble jusqu’à la mort d’un des partenaires ) et peuvent se montrer plus dignes que les êtres humains …
    Le mariage pour tous est loin de signifier le bonheur pour tous …

    1. Le blog rappelle les faits et, après mûre réflexion, s’engage pour la cause des homosexuels qui est celle de toutes les minorités. Ce n’est pas être de gauche que de promouvoir l’égalité de tous. Sion la droite serait-elle la cause des privilégiés?

  5. Vous aviez posé cette question dans l’un de vos précédents messages: le mariage a-t-il encore un sens?
    Sans doute ceux qui se marient savent pourquoi ils le font tout comme ceux qui choisissent de ne pas se marier. Pour ceux qui, à cet instant précis, échange une alliance et un baiser, la réponse est probablement oui. C’est officialisation d’un pacte émotionnel par lequel ils s’appartiennent dans la chaire l’un à l’autre. A ce niveau, il s’agit aussi bien d’une promesse que d’un contrat qui ne devrait être dissous que par la mort.
    Que des couples adultes toutes tendances confondues veuillent officialiser un tel pacte, cela les honorent. Mais il se trouve que la loi ne le reconnait pas comme tel ce qui la rend grotesque.
    Reste la question de l’adoption et de la procréation assistée. Qu’un couple homosexuel décide d’adopter un orphelin, qui peut douter qu’il s’agisse d’une action louable?
    Par contre, de manière générale le recourt à la médecine, non pas pour corriger une infirmité mais pour fabriquer un enfant selon un désire égoïste… cela manque de sens. N’y a-t-il pas assez d’enfants malheureux sur cette terre?

  6. L’homosexualité ou le savoureux paradoxe…
    L’homosexualité ou le droit à la différence, la fameuse différence, ce mantra des temps nouveaux.
    L’homosexualité ou le rejet de l’autre sexe, donc de la… différence ! J’adore ce paradoxe.
    Quel intérêt peut-on avoir à explorer un corps pareil au sien, cela m’échappe. Narcissisme ou peur de l’autre ?
    Pour qui a fréquenté des homos, une chose frappe: alors qu’ils ne montrent aucune attirance pour la femme, ils recourent de manière récurrente à des appellations féminisées et je ne parle pas que des “grandes folles”. Il “faudrait savoir”…! Il y a là une incohérence qui laisse, disons sceptique.
    Et même des mecs, bien virils et mâles, que rien ne distingue dans le quotidien, montrent dans le privé des facettes de leur caractère typiquement gay, même hors de tout contexte sexuel. Comment une préférence sexuelle peut-elle influencer à ce point tout le comportement ? Que je sache on ne devine pas un zoophile ou un pédophile, hélas, par une fréquentation un peu soutenue. Un homo, oui !?! Quid ?
    https://www.youtube.com/watch?v=Ad5Lxf_kKRU Voici une vidéo exemplaire qui me semble clore le débat avec la mise en évidence de ce “pic de testostérone intra-utérin”.
    Donc, non l’homosexualité n’est pas une perversion car elle est naturelle et on ne peut en “guérir”. Elle n’est donc pas amorale et il faut ficher la paix aux homosexuel.le.s.
    Par contre ce pic est un dysfonctionnement du développement de l’embryon et en ce sens, je ne pense pas qu’on puisse prétendre que l’homosexualité soit… normale ! – Je sais, je sais, je vais rôtir en enfer pour un tel outrage à la “bien-pensance” contemporaine – D’ailleurs, si elle était la norme, sans sexualité reproductive, le “sapiens sapiens” n’aurai pas fait de vieux os !
    Passons au sperme !
    La Nature, que vous louez au paragraphe précédent, fait que les couple de lesbiennes sont stériles. C’est ballot mais qu’à cela ne tienne, l’artificiel pourvoira. Un simulacre de fertilité conjugale…
    Tout cela ne me dérange pas moralement, c’est la lente dérive vers l’indifférenciation qui me laisse perplexe. Vous savez, le passage de l’infirme à l’handicapé puis au “différemment capable”. D’ailleurs les cons sont devenus des ” différemment comprenants”, si, si !
    Et si je me moque bien que les homos puisent se marier, je comprends que pour certains un malaise existe vu leurs valeurs, sans pour autant que que leur bonheur ne se construise que sur le malheur des minorités. Votre volonté de culpabiliser toute réaction au “progrès” est simpliste et si facile. Vous critiquez les traditionnalistes, soit, mais vous aussi vous êtes dans un “camp du bien” – simple, facile et si confortable.
    Votre convocation de la Nature – le Mother Nature des ricains – illustre bien votre vision : La Nature crée la différence et c’est une force, point c’est tout. Je ne crois pas que les débiles profonds, par exemple, fussent jamais une “force pour la société” ? Votre vision ne manquerait-elle pas de nuances ?
    Je crois que je vais demander que ma plus belle croûte soit exposée dorénavant au Louvre et à côté de la Joconde, en merveilleuse expression de la force de la différence, en inclusion vertueuse de la minorité que je représente, celle des peintres médiocres honteusement stigmatisés. Amen.

  7. Pour cette fois je ne suis pas d’accord avec l’avis développé dans cette rubrique pour des raisons sémantiques, sociales et éthiques :
    Sémantique : On peut bien appeler un pigeon une colombe, le pigeon restera pigeon. Par définition le mariage est l’union légitime d’un homme et d’une femme. (Petit Robert) On peut être d’accord avec le souci du pape de donner des droits aux homosexuels, et à introduire une loi d’union civile pour ces personnes afin qu’elles soient couvertes légalement ; mais ne l’appelons pas mariage !
    Sociales : L’urgence aujourd’hui est de favoriser la structure familiale, le lien social et une certaine survie de la société. Monsieur Neirynck remplace une pétition de principe par une autre : Il constate qu’un mariage sur deux se termine par un divorce et en conclut que Les enfants ne seraient pas particulièrement malheureux dans les familles monoparentales. C’est faire fi de l’effondrement constaté de la famille, avec pour corollaire les problèmes scolaires sans cesse grandissants, qui imposent aux instituteurs non seulement d’instruire, leur fonction initiale, mais aussi d’éduquer, ce pourquoi ils ne sont pas faits. Certes, la crise de la famille n’explique pas tout, mais nier les problèmes d’identité d’enfants sans père ou sans mère c’est ignorer les résultats de la psychologie moderne. Enfin il est pour le moins paradoxal que toutes les sexualités déviantes qui sont actuellement à la mode réclament leur différence mais refusent de l’assumer.
    Éthiques : Notre société vit une lente désocialisation des individus sous prétexte que « chacun a le droit de faire ce qu’il veut. » Toute référence à des normes et des valeurs supérieures est devenue suspecte. Bibliquement l’homosexualité est un péché ; même s’elles ne sont pas souvent mentionnées, les mises en garde sont sévères. Il convient évidemment de les mettre en perspective et de ne pas développer une éthique monothématique. L’éthique chrétienne n’est pas dominée par le péché mais par la grâce. Ceci dit, il est évident que l’éthique chrétienne n’est plus une référence dans notre société moderne. L’éthique laïque saura-t-elle mettre des garde-fous au comportement social des individus ou la seule loi reconnue sera-t-elle le désir de chacun ? c’est la question qui nous est posée.

  8. Concernant la liberté, la burqa, je ne mets pas au même niveau que la religion ou le mariage homosexuel.
    La burqa, ce n’est pas l’islam, mais un fascisme, de plus antisémite, rare sont celles qui la portent au nom de l’amour de Dieu et des autres. Autant porter la croix gammée.
    Pour le mariage pour tous, rien à redire, il s’agit de droits entre 2 personnes qui se lient avec un contrat. Et concernant le religieux, c’est une affaire de religions.

    Concernant le don du sperme, je me mets au niveau étique. La médecine doit guérir, réparer, pas contourner la Nature. Dans le cas où l’on veut la contourner, il faut montrer que c’est une utilité pour l’espèce humaine. Le don de sperme est dans une zone grise, mais est acceptable.

    Indirectement, un des sujets de cette votation, sera la liberté contre l’éthique. Au nom de la liberté on ne peut pas tout faire, surtout lorsque l’impact ne s’arrête pas à soi, mais à d’autres (enfants, ….).
    L’éthique ce n’est pas la morale qui peut découler d’une religion ou d’une culture, mais la limite acceptée de la transgression contre la Nature.

    La procréation sous toutes ses formes, l’humain augmenté, demande à poser des limites.

  9. , les familles monoparentales ne sont pas “mono” dans le temps comme vous dites, les enfants ont une figure maternelle et paternelle ne vous en deplaise ! A l’exception des parents ayant des problèmes où un juge aura retiré la garde à l’un ou l’autre.

    Il faut arrêter de banaliser cela, comme si ça n’avait aucun impact ! Un enfant est conçu par un homme et une femme il a donc besoin des deux éléments et ce depuis toujours et ca restera le cas.

    Il y a certainement beaucoup d’amour à donner dans les couples homosexuels et il vaut mieux être élevés dans un couple qui n’a pas de problèmes (violence, psychologie,…) et ce peut importe l’appartenance je vous l’accorde mais tout l’amour du monde ne saurait remplacer néanmoins la génétique ni la représentation des genres.

  10. Dans le “Nom de la Rose”, d’Umberto eco, des bien-pensants reprochent au Frère Guillaume de Baskerville de ne pas avoir eu d’enfants. “Mais non, leur répond le moine, comme enseignant j’en ai eu des centaines.”

    A Panurge venu l’interroger sur le grave question de savoir s’il doit se marier ou non, Frère Jean des Entommeures répond: “Tout homme désire mariage. Cocuage est inévitable.” (Rabelais, Gargantua).

    Le mariage a été décrit par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss comme le socle pratiquement universel de la famille : “La famille, fondée sur l’union plus ou moins durable, mais socialement approuvée, de deux individus de sexes différents qui fondent un ménage, procréent et élèvent des enfants, apparaît comme un phénomène pratiquement universel, présent dans tous les types de société” (Le regard éloigné”, 1967, cité dans CLS et l’anthropologie structurale, de Marcel Hénaff p. 539). Les époux “sont des individus de sexes différents et […] la relation entre les sexes n’est jamais symétrique” (Claude Lévi-Strauss, “Les Structures élémentaires de la Parenté”, 1948, p. 133).

    Mais Claude Lévi-Strauss lui-même cite des cas très particuliers, dans des sociétés à maison, de mariages entre femmes chez certains peuples du Sahel, ou entre hommes chez les Kwakiutl d’Amérique du Nord (C. Lévi-Strauss, “Histoire et ethnologie”, Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 38, no 6,‎ 1983, p. 1217–1231).

    Érasme critique en 1516 le sacrement du mariage, le célibat des prêtres, et l’indissolubilité. Sur la question du célibat des prêtres, il explique par l’histoire de La Chasse aux Bénéfices “- Pamphage : Je suis pour le bonheur durable. Qui prend femme est heureux l’espace d’un mois ; qui a obtenu un bénéfice de bon rapport (une prébende) est heureux jusqu’au terme de sa vie.”

    Érasme se réjouit de sa vie de célibat.

    Le célibat n’offre-t-il en effet pas tous les avantages du mariage sans devoir en subir les inconvénients?

    Pour Fourier, “le mariage n’est qu’un viol par procuration, dit-il. On ne sait pas ce qui est pire: la solitude d’avant ou celle d’après”.

    En Inde, les animaux étant des montures des Dieux et Déesses dans l’hindouisme, s’unir symboliquement à un animal est vu comme une action très favorable. Chez les Hindous, il existe une pratique de se marier, par exemple, avec un chien errant et d’en prendre soin – afin de repousser un mauvais sort ou la malchance ; il n’y a pas nécessité de divorcer avec l’animal si le ou la mariée souhaite épouser par la suite un être humain (“A tail of love! Indian teen marries stray dog”, Chris Perez, New York Post, 3 septembre 2014).

    A quand l’inscription du droit d’épouser son chinchilla ou son épagneul dans la Constitution?

  11. Si la Suisse n’a pas de “mariage” pour des gens qui ne peuvent pas se marier, car le mariage par définition concerne deux personnes de sexe opposé, c’est la Suisse qui est en avance et les autres pays qui se fourvoient dans une impasse. Dans cette affaire il ne s’agit aucunement de reconnaître les droits des personnes homsexuelles, il s’agit de changer la définition d’un mot, qui désigne le fondement essentiel de toute civilisation, quelle qu’elle soit. Dans toute civilisation, sans exception, le concept de mariage, qui est au centre de l’institution familiale, est défini par le fait qu’il unit un homme biologique à une femme biologique dans le but de perétuer l’espèce de manière biologique. Par extension, les unions de couples composés d’un homme et d’une femme, mais pas en état de procréer, par exemple s’ils sont trop âgés, sont aussi appelées mariages parce qu’on ne va pas prendre un autre mot. L’union de deux personnes du même sexe biologique, donc dans l’impossibilité biologique de procréer, peut être légalement reconnue et jouir de droits patrimoniaux et civils analogues à ceux des personnes mariées, mais elle ne saurait être appelée “mariage” que par abus de langage. Les poissons sont dotées de branchies qui leur permettent de vivre sous l’eau. Les oiseaux ont des ailes qui leur permettent de voler. La définition d’un poisson et d’un oiseau est donc claire. De même qu’un couple homosexuel ne peut pas procréer , un poisson ne peut pas voler, et un oiseau ne peut pas vivre sous l’eau. C’est ainsi, c’est la nature. Si l’on estime que l’impossibilité pour un poisson de voler et pour un oiseau de vivre sous l’eau constitue une injustice et une discrimination insupportable, on pourra bien dire que les poissons sont des oiseaux et les oiseaux des poissons, ou inventer un nouveau mot pour les deux. Ainsi on pensera faire cesser une insupportable inégalité et discrimination. Pas du tout! On aura juste inventé une aberration, une imposture, on aura sombré dans le ridicule, et de fait les poissons resteront des poissons et les oiseaux des oiseaux. On pourra bien appeler mariage ce qui n’en pas un, c’est égal. Ce sera juste une aberration signalant la décadence profonde de notre civilisation. Cela n’apportera aucun avantage aux personnes homosexuelles qui désirent simplement vivre leur vie sans toutes ces folies et pour qui le partenariat enregistré tel qu’il existe en Suisse apporte tout ce qu’ils peuvent désirer pour la vie quotidienne. En définitive, on aura simplement changé le sens du mot mariage, car ces personnes même si c’est écrit dans les registres d’état civil, ne seront jamais mariées.

    1. Dans toutes les langues, le sens des mots ne cesse de varier et Mariage ne peut faire exception. Il est chargé de symbole et c’est pour cela que les homosexuels le revendiquent. Sinon, du fait de leur nature, dont ils ne sont pas responsables, ils sont privés d’un droit qui appartient à tous les autres. Ils constituent une minorité qui veut cesser de l’être. Le désir d’enfant n’est pas soumis seulement à la biologie, c’est une aspiration beaucoup plus large, vitale, instinctive. Le partenariat enregistré n’est qu’une échappatoire.
      Je crois profondément que notre civilisation n’est pas décadente parce qu’elle progresse dans le reconnaissance de la dignité de tous les êtres humains, sans distinction de sexe, d’origine, de passeport, d’orientation sexuelle.

  12. Cher Monsieur Neirynck,

    Malheureusement, comme pour plusieurs autres blogs, dont deux des auteurs au moins l’ont déjà fait savoir en ligne, je n’arrive pas à lire les commentaires postés sur le vôtre en réponse à votre article du 10 avril dernier. Seriez-vous aussi victime d’un “black-out” – nul doute involontaire – qui semble affecter ces jours-ci un certain nombre de blogs?

  13. Je n’ai absolument rien contre l’homosexualité, mais je suis contre le mariage pour tous à cause des enfants. C’est un crime de priver un enfant de son père ou de sa mère biologique. Il est grand temps de se référer à la nature, afin que tous les enfants aient droit à avoir une vraie mère et un vrai père et qu’ils puissent plus tard accepter la société dans laquelle ils sont nés.

    1. Le vari père et la vraie mère sont ceux qui l’élèvent dans l’amour. Si on vous suit l’adoption devrait être refusée.

      1. « L’amour » se déclare souvent dans le désir d’avoir avec soi et pour soi la personne choisie, et la réciprocité constitue l’heureux tableau d’une possible vie heureuse ensemble. Possible sans en être certain, mais sans le rêve qui donne des ailes les vraies belles histoires n’existeraient pas. Tout l’amour est contenu dans la déclaration « je t’aime », puis dans la vie cet amour durera un temps, longtemps, parfois même toujours : c’est une histoire d’adultes…

        L’amour est aussi celui que des parents, biologiques ou non, donnent à leur enfant. Il se déclare à sa manière : « Je t’ai voulu, tu es mon fils, ma fille ». Enfant naturel ou adopté, qu’importe d’où il vienne, lui en tout cas ignore comment les parents sont arrivés, il les adopte, rien de plus naturel : c’est une histoire d’enfant, elle durera au moins vingt ans.

        Le vrai père et la vraie mère sont effectivement ceux qui l’élèvent dans l’amour qu’ils sauront (ou non ?) lui donner. Plus solide que l’amour entre adultes ? Rien à voir, me direz-vous. Mais de quel amour parlez-vous ? Le grand, certainement, contenu dans une seule déclaration : « Je t’aime ». Et en voix off : « J’ai le droit d’être ton père ou ta mère, donc de te donner du bonheur et j’y crois ».

        Je ne suis pas Gay et n’y crois pas, pour eux… Je n’ai que l’expérience de mon développement entre un père et une mère qui n’étaient pas prêts à assurer leur rôle, mais ils avaient le droit de l’exercer… avec amour ! La nature n’a pas été parfaite pour notre famille « bien normale ». Saura-t-elle faire mieux pour les homosexuels qu’elle a créés ? Ne voyez pas d’ironie dans ce propos, ce ne sont que des doutes parce que le rêve contenu dans « je t’aime » n’a pas encore rejoint la réalité. Que ce rêve s’envole, peut-être ne perdra-t-il pas ses ailes, il est si fort :

        1. De même que quand on dit “je crois en Dieu” on entend “je crois en moi”, ainsi quand on dit “je t’aime” on entend “je veux coucher avec toi”.

          “L’amour : un peu de morve crachée dans un boyau et accompagnée d’un certain spasme.” (Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même).

          Personne n’a demandé à venir au monde. Chateaubriand maudissait le jour de sa naissance (en revanche, il n’a pas raté sa sortie).

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