Enseigner ou formater ?

 

Il existe à Genève 105 établissements d’enseignement privé à tous les niveaux. Dans le canton de Vaud, il y a 28 établissements dans le  primaire et secondaire qui scolarisent 7% des élèves vaudois en âge d’obligation. Il existe une Loi vaudoise 400.455 sur l’enseignement privé qui énumère les conditions très strictes imposées à ces établissements. Mais pas question de les subsidier. Il peut en coûter aux parents chaque année de 10 000 à 100 000CHF (en internat). Le système est donc à deux vitesses : le public pour les gens modestes, le privé pour les fortunés. C’est du reste le meilleur moyen de pérenniser les grandes fortunes : privilégier leurs rejetons.

Ce n’est pas le cas au-delà des frontières. Sur les 13 millions d’élèves en France, environ 17 % sont scolarisés dans l’enseignement privé. 97 % de ceux-ci le sont dans des établissements privés subventionnés, et 3 % dans des établissements privés hors contrat. 97 % relèvent de l’enseignement catholique.

La controverse pour ou contre le subventionnement du privé est un des grands classiques du débat politique. Les détracteurs d’un subventionnement du privé n’en citent que les désavantages. Ils oublient les atouts de la liberté d’enseignement. Elle amène une concurrence propre à rehausser la qualité de l’offre d’enseignement, comme l’a constaté le rapport PISA dans les pays du nord de l’Europe. Et elle favorise l’innovation. C’est en Suisse, avec Rousseau, Pestalozzi et Claparède que sont nées les plus belles inventions de la pédagogie moderne. Et c’est le pays où n’existe pas de concurrence à une échelle suffisante.

Dans les faits, il existe un quasi-monopole d’Etat en matière d’éducation. Mis à part dans les cantons du Jura, de Lucerne et de Bâle-Campagne, où certaines écoles privées sont partiellement subventionnées, les parents ne disposent d’aucune aide financière s’ils sortent leurs enfants du public. Toutes les initiatives récentes dans ce sens ont été rejetées, aussi bien au niveau des cantons que du Parlement fédéral. Par idéologie, la gauche n’attaquera pas le système, par consanguinité la droite fera de même.

Ecoles bilingues ou trilingues, établissements internationaux, institutions pour surdoués, écoles confessionnelles, pédagogies alternatives, la palette proposée par le privé est vaste. Elle reconnaît que tous les enfants naissent égaux en droit mais pas identiques. Selon leur famille, l’éducation sera conçue dans un certain cadre : catholiques intégristes, évangélique, écologistes, artistes. Selon l’individu, une pédagogie sera plus adaptée qu’une autre. L’école publique ne peut proposer qu’un menu unique, adapté à la moyenne de la classe. Pas question de privilégier les plus doués qui pourraient progresser plus vite et autrement. Ce sont les sacrifiés du système, qui ne vise pas à enseigner  au mieux mais à  formater un citoyen moyen.

La gestation de l’être helvétique requiert plutôt, selon l’attente du peuple et du politique, de la modestie, de la retenue, de l’austérité, qualités civiques qui excusent l’incompétence résultante. Dès lors, les débâcles de Swissair et de l’UBS, l’incapacité de gérer les pensions et les soins de santé, les mésaventures de l’aviation militaire et de l’informatique publique, le scandale des cars postaux, la gabegie des négociations avec l’UE, la médiocre gestion face à l’épidémie, tous ces échecs politiques constituent des certificats de légitime gouvernance pour des acteurs peu doués et donc excusables. Ils ne sont jamais sortis des frontières, ils ne comprennent pas l’anglais, ils sont totalement incultes, ils commettent gaffe sur gaffe. Mais c’est rassurant : ils sont à hauteur humaine. Ils sont pareils aux citoyens les moins doués qui peuvent s’y identifier. Ces médiocres ont mérité d’être réélus.

Or cette règle subit de temps en temps des exceptions manifestes qui en démontrent l’excès de rigidité. Cesla Amarelle, ministre de l’instruction du canton de Vaud, a évoqué l’opportunité de cours de mathématiques réservés aux filles, pour les encourager à faire des études dans les branches techniques et scientifiques, où elles sont actuellement en minorité. Si l’objectif va de soi, la méthode est ambigüe. Faut-il donner ces cours aux filles  parce qu’elles seraient moins aptes à ces études ?

Non, car il y a déjà plus d’étudiantes que d’étudiants. Le taux de femmes dans les études supérieures a passé de 38% en 1990 à 50,4% en 2015. Dans certains bastions masculins, la part d’étudiantes a fortement progressé, passant notamment pour l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) de 18% en 2000 à 29% en 2014. On est loin de la situation voici un demi-siècle où les étudiantes ingénieurs se comptaient sur les doigts de la main. La transition s’opère spontanément.

Alors que le déséquilibre inverse existe en médecine où les filles sont bien plus nombreuses que les garçons. Or, on ne propose pas de cours de biologie réservés aux mâles pour les attirer en médecine. Pourquoi réclamer un équilibre des sexes dans chaque faculté ? Les filles ont manifestement moins envie de devenir ingénieur que médecin. Ont-elles tort ?

Pour aller au fond du problème, on peut estimer que le désamour des filles pour la technique provient du milieu, de la famille, de l’école obligatoire, de la presse, des réseaux sociaux. C’est dans l’unique mesure où cet environnement a rapidement changé que davantage de filles se sont inscrites à l’EPFL. C’est un problème de civilisation. Plus il y a de femmes dans les exécutifs, dans la direction des entreprises, dans les conseils d’administration, plus leurs filles seront tentées de suivre la même carrière.

Ajoutons-y des crèches à des prix abordables, des congés parentaux, des allocations familiales, une égalité raisonnable des salaires et l’on aura alors fait tout ce qu’il fallait. Plus et mieux qu’un cours supplémentaire de mathématiques réservé aux filles, qui est au fond l’aveu d’un niveau trop faible des gymnases.

Qu’est-ce qui prépare vraiment à réussir sa première année de polytechnique ? Les cours dispensés lors des dernières années d’enseignement secondaire sont inspirés par le ludique, la mode intellectuelle, les fantaisies des différents cantons. Par exemple dans le canton de Vaud on enseigne la cryptographie (?), la détermination des décimales du nombre pi (!), le pavage, mais pas vraiment la trigonométrie. C’est intellectuellement intéressant mais pas immédiatement utile pour un technicien dans l’âme.

Car, en première année de polytechnique, tous les étudiants sont censés disposer du même bagage initial. Ce qui n’est pas le cas. Dès lors le problème n’est pas la tendance des filles à refuser de devenir ingénieures, mais la situation de tous les étudiants sans discrimination de sexe. Les candidats suisses à l’EPFL réussissent moins bien en première année que les étudiants étrangers. Seulement 43% de réussites contre 57% pour les Français et même 61% pour les autres étrangers. Les résidents de la Suisse seraient-ils moins intelligents ?

Bien évidemment non, mais tout titulaire d’une maturité suisse, quelle que soit l’option et quel que soit le résultat, doit selon la loi être accepté à l’EPFL. Le passeport rouge à croix blanche ne garantit pas qu’ils bénéficieront d’une illumination du Saint Esprit, qui leur soufflerait les bonnes réponses aux examens. Au contraire, engager des porteurs de maturité suisse mal préparés en mathématiques et physique est un véritable traquenard. Parce qu’ils ont le droit juridique de s’inscrire, on les trompe en laissant croire que cela garantit leur réussite.

En revanche l’EPFL peut fixer les critères d’admission des étudiants provenant de l’étranger. Pour les Français, il faut un bac scientifique avec une note de 16 en moyenne. Ce barrage a été mis en place pour freiner le flux de candidats étrangers attirés par l’excellente réputation de l’EPFL, probablement avec l’ETHZ la meilleure école d’ingénieurs du continent. La dépense par étudiant dans l’enseignement supérieur est la plus élevée dans quatre pays de l’OCDE, le Luxembourg, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse, au-dessus de 25 000 dollars par an. Nous ne sommes pas les meilleurs parce que nous sommes plus intelligents, mais les plus riches.

Les conséquences sont évidentes. Mieux un étudiant est préparé, plus il a de chances. Dans une école d’ingénieurs de très haut niveau il n’est pas possible de tricher avec sa formation antérieure. Un certain nombre de matières doivent être maîtrisées à fond. On n’a pas le temps de recommencer leur acquisition. Au-delà de la réussite à l’EPFL, cela pose la question d’une unification des exigences au niveau du gymnase. Une trentaine de systèmes disparates d’éducation secondaire ne préparent pas à l’enseignement unifié et exigeant qui suit.

La concurrence internationale pose le véritable défi : c’est en sélectionnant et en encourageant les meilleurs que l’on fournira du travail à tous. C’est en créant un système d’émulation, voire de concurrence, entre les écoles qu’on y atteindra.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

15 réponses à “Enseigner ou formater ?

  1. Quoi?? Vous voulez que les enfants des fonctionnent de gauche se frottent à la diversité? Et puis quoi encore? La fin de la 1re classe des cff ??

    🙂

  2. La théorie du ruissellement et du premier de cordée.

    Vous avez 3 ans de retard.

    Maintenant, la mode est à l’islamo-gauchisme…

  3. Le département mammouth de l’instruction publique à Genève coûte une fortune à force de rajouter des couches de fonctionnaires (je suppose gauchistes) pour épauler leur ministre et orchestrer l’échec forcé de nos enfants pour les empêcher d’évoluer vers des études supérieures. Un élève du cycle, brillant en maths, mais qui n’a que 3/6 en français il est éliminer à Ge alors que le pays a besoin d’ingénieurs. Si Fribourg a le meilleur système scolaire en Romandie, pourquoi les autres ne copient tout simplement pas? au lieu d’inventer des recettes qui ne fonctionnent pas. Je pense que si l’Etat (Ge) subventionnait et aiderait à leurs expansions les écoles privées, à la longue le contribuable sera gagnant !!!

  4. Malheureusement, pas sûr que l’école publique résiste à la concurrence. En Suède, qui a ce modèle intégralement, les “école privées” ne s’établissent que dans les quartiers riches – avec des élèves déjà intégrés, sans problèmes (afin de maintenir leur réputation et rentabilité). Et les écoles publiques restent dans les quartiers pauvres, avec bcp d’immigrés. Dans les quartiers pauvres, il n’y aura jamais assez d’école privée pour que tous puissent y aller. Donc, ils choisissent les meilleurs élèves du quartier pauvre, et le tour est joué. Résultat: la réputation de l’école publique chute, et rien ne s’améliore, car tous les cas d’élèves qui demande plus d’encadrement restent dans l’école publique, qui n’a pas pour autant plus de moyens.
    Donc c’est le quartier d’habitation qui fait le tri – mais au final, cela revient au même.
    C’est la quadrature du cercle. De fait, une famille riche a plus de moyen pour aider un enfant en difficultés (payer des cours d’appui).
    A cela s’ajoute le fait qu’une partie importante de l’instruction se fait à la maison et si les parents sont allophones, ils sont peu à même d’aider leurs enfants à étudier, faire ses devoirs.
    C’est la réalité qui résiste encore et toujours la théorie.

    1. “Je crois à l’absurdité de fait de l’instruction publique […] Car à la vérité ce n’est pas d’enseigner qu’il s’agit, mais de soumettre les esprits au contrôle de l’Etat, voyons donc – n’avez-vous pas honte de vous faire rappeler sans cesse des vérités aussi élémentaires? […] L’école leur a déjà donné [aux élèves] ce qu’il faut pour se résigner à l’état de citoyen bagnard, auquel ils sont promis. Vaste distillerie d’ennui, c’est-à-dire de démoralisation – qu’on se le dise! – puissance de crétinisation lente, standardisation de toutes les mesquineries naturelles, l’école a déjà tué en eux tout ce qui leur donnerait l’envie de se libérer. Après avoir entraîné l’âme moderne dans ses collèges, elle l’y enferme et l’y laisse crever de faim. […] L’école exige donc que les meilleurs ralentissent et que les plus faibles se forcent. Elle ne convient qu’aux médiocres, dont elle assure le triomphe. L’école s’attaque impitoyablement aux natures d’exception, et les réduit avec acharnement à son commun dénominateur. Ce ne sont pas seulement les meilleurs qui sont sacrifiés. Les épaves scolaires, faute d’un traitement pédagogique approprié, tombent dans une apathie intellectuelle qui les conduit souvent à l’imbécillité et au vice. Nos bourgeois assistent sans honte à ce crime quotidien, et se félicitent du régime des lumières, des transports publics, des télécommunications, de l’Airbus et du tunnel sous la Manche, de la sécurité sociale et des compteurs électriques. Mais ils se fâchent tout rouge quand on leur dit que l’école vaudoise est caractérisée, aux yeux de l’étranger impartial, par sa culture intensive et extensive des veaux et des médiocres.” – Denis de Rougemont, “Les Méfaits de l’instruction publique” (1929) aggravés d’une “Suite des Méfaits” (1972)

      “Le 28 mars 1972, un élève du Gymnase de Lausanne monte en chaire à la Cathédrale, au cours d’une cérémonie de promotions, et s’écrie: “Nous voilà au terme de six à sept ans d’efforts inutiles, gratuits souvent. Nous avons accompli cette période dans ce sentiment d’ennui total qui caractérise les écoliers. Nous nous ennuyons continuellement… Qu’est-ce qu’ils ont à vouloir nous abrutir dans cette société basée sur le seul profit de l’argent?” – Cité par D. de Rougement dans l’ouvrage sus-mentionné.

      “…car leur sçavoir n’estoit que besterie et leur sapience n’estoit que moufles, abastardissant les bons et nobles esperitz et corrompant toute fleur de jeunesse.” – Rabelais, Gargantua XV

      “Toutes les écoles sont de parfaits abattoirs où des fournées de gosses vont quotidiennement se faire socialiser, encadrer, régimenter, en un mot éduquer. Ces lugubres endroits, ces temples de la docilité, de l’abdication et de l’esclavage mystifient encore une foule innombrable de gens, d’éducateurs, de parents… Basée sur l’humiliation, la répression, l’égalisation de tous en êtres uniformes, l’Education apparaît comme un des meilleurs piliers de nos sociétés, un des meilleurs garants du Pouvoir… Le Pouvoir enfante l’Enseignant. Les Enseignants enfantent le Pouvoir.”
      – G. Vincent, “Les Lycéens”, cité par D. de Rougemont dans sa “Suite des Méfaits” (1972)

      “L’école est une entreprise de démolition de la personne. Une machine à broyer de l’humain. L’école est le jeu d’échecs par excellence. ” – Benjamin Franklin

      “La médiocrité de nos écoliers n’est pas accidentelle. Elle est même créatrice d’emplois. Plus le mal perdure, plus il faut de monde pour y remédier.” – Ivan Illich, “Une société sans école” (trad. de “Deschooling Society”, 1971)

      Et vous, que pensez-vous de la médiocrité de nos écoliers?

  5. La meilleure université américaine, souvent cité comme la meilleure du monde, Harvard, est privée. De nombreuses universités américaines parmi les mieux classées sont des universités privées.
    Cinq des dix meilleures universités de ce pays sont privées: avec Harvard, le Massachusetts Institute of Technology (MIT), Yale, Columbia, Stanford et le California Institute of Technology (CalTec). En Californie, on pourrait ajouter Standford et l’Université de Californie du Sud.

    S’il est vrai que ces universités sont d’abord financées par les frais de scolarité des étudiants, frais en général plus élevés que ceux des universités publiques, en revanche la plupart de ces institutions offrent des programmes d’aide financière adaptés à la situation économique et sociale des étudiants.

    En Suisse, où l’enseignement dépend de l’Etat (au niveau fédéral et cantonal) – même les écoles privées sont soumises à son régime -, les seules universités privées, comme la Webster University à Genève ou l’American College à Leysin, sont étrangères.

    Pourquoi la Suisse n’a-t-elle aucune université privée?

  6. M. Neirynck pointe du doigt les dysfonctionnements en Suisse sans voir ce qui se passe à Bruxelles à la puissance dix ! Et somme toute n’a strictement rien à voir avec le cursus scolaire !!!
    Les diplômés de l’ENA en France n’ont pas tellement de leçons à nous apprendre ! L’économie française est en pleine déconfiture ! et pas seulement à cause du Covid … on pouvait s’en apercevoir du temps de Giscard quand le chômage est monté à plus de 10% … Ces pauvres français ne savent pas exporter , ils se recroquevillent derrière leur frontière nationale ! Air France n’existerait plus sans les subsides de l’Etat. On a aussi assisté à la débâcle d’Areva reprise par EDF qui accumule des milliards de dette …incapable de mettre en service l’EPR …
    En Allemagne , la mise en route de l’aéroport de Berlin a été retardé d’au moins dix ans , un vrai feuilleton politico-économico-médiatique ! ( https://www.letemps.ch/opinions/surrealiste-linterminable-saga-nouvel-aeroport-berlin-meme-censee-prendre-fin-samedi )
    M. Neirynck devrait se renseigner avant de déballer ses inepties !
    (…)
    Qu’est-ce qu’on attend d’une formation ? D’abord de donner les instruments aux futurs adultes pour devenir autonomes dans la vie et non de rester des assistés toute sa vie . L’autre aspect relève de la culture générale et dont le but est de pouvoir penser par soi-même et non d’après des mots d’ordres de partis politiques ou autres gourous de tous poils …
    L’enseignement public ou privé n’est donc pas le bon critère , je doute qu’une école privée catholique puisse donner un enseignement objectif et permettant l’émancipation de l’esprit !
    Au USA , des parents riches se sont laissés aller à tricher en payant pour de faux certificats ou les réponses aux examens !!! Les écoles privées ne présentent donc aucune garantie de succès …
    Ce qui compte est la qualité de l’enseignement et des profs ! les privés peuvent plus facilement innover sans le carcan administratif et donc titiller le public dans le bon sens …
    Un sujet sans fin …

    1. Le sujet du blog est la qualité de l’enseignement en Suisse, le refus de subventionner le privé et les lacunes en mathématiques. Ce sont des faits. En quoi ceux-ci seraient-ils des “inepties”?
      Je ne comprend pas que ce qui se passe en Belgique, en France et en Allemagne ait une quelconque relation avec le sujet du blog, surtout s’il s’agit de l’aéroport de Berlin. Vous semblez croire que des lacunes ici sont excusables parce qu’il en existe ailleurs et qu’il ne faut donc rien faire.

    2. “…je doute qu’une école privée catholique puisse donner un enseignement objectif et permettant l’émancipation de l’esprit !”

      Bien que non catholique, j’ai fréquenté pendant quatre ans le collège de Saint-Maurice à une époque (fin des années cinquante et début des années soixante) où il n’était encore ouvert qu’aux garçons. La discipline y était quasi militaire, de l’aveu même d’un de mes anciens professeurs, par ailleurs capitaine-aumônier à l’armée. Eh bien, voyez-vous je ne peux que remercier Dieu, s’Il existe, et mes parents de m’y avoir mis.

      Je n’ai jamais oublié un seul de mes professeurs, alors que ceux de l’instruction publique sont passés depuis longtemps aux oubliettes dans ma mémoire. Que voulez-vous, l’instruction n’est pas qu’une affaire de formation, ni de diplômes et de brevets, mais d’abord de personnalité.

      Quant à votre remarque au sujet des faux titres acquis monnaie sonnante par des riches parents américains, elle dénote surtout votre affligeante méconnaissance du système éducatif américain. S’il est vrai que ces cas existent, et pas seulement aux Etats-Unis, pour avoir terminé ma scolarité secondaire et suivi mes deux premières années d’université dans ce pays, elles ne m’ont pas coûté un sou. Bien mieux, elles m’ont laissé assez de temps pour combiner mes études avec un stage pratique et rémunérateur dans la branche de mon choix. Une de mes proches parentes a même pu y faire, dans les mêmes conditions, deux masters, le premier dans la plus prestigieuse université privée de Californie du Sud et l’autre à UCLA, grâce aux bourses qui lui ont été renouvelées tout au long de ses études sur la seule base de ses résultats. Que voulez-vous, l’argent n’achète pas toujours le diplôme.

  7. L’enseignement public secondaire est à Genève mauvais, favorise la médiocrité et vise surtout, et sans guère de succès, à sauver les cancres. L’enseignement universitaire tend de nos jours à admettre un nombre excessif d’étudiant en certains domaines, en droit par exemple, ce qui est de l’argent jeter par les fenêtres, et à se scolariser.

    J’ai échappé au premier (grâce au CERN) et largement au second pour avoir pu assez tôt traverser l’atlantique grâce au soutient d’un professeur genevois, aujourd’hui décédé, et d’une affirmative action alors nichée dans le système public californien : je payais plein pot. Par la suite, la baie traversée, mon séjour en milieu privé fut largement subventionné et j’y ai passé dans le plus grand bonheur des nuits d’insomnie intellectuellement exhaltantes. Un génial effet d’entrainement vers le haut. Tout le contraire de la culture éducative genevoise. Pour tout dire, j’irai bien faire un tour du côté de la baie (et un peu du côté de chez Swann par la même occasion).

    Cela étant les mathématiques à Genève sont aujourd’hui d’un niveau très respectable malgré des locaux miteux et EPFL et ETHZ, sans locaux miteux, sont aussi des hautes écoles fort attrayantes. Le système mis en oeuvre en première année à l’EPFL me semble fort ingénieux au vu des malheureuses lacunes que le Professeur Neyrinck a mis en exergue.

  8. Bonjour,
    Rappelons qu’en Suisse, 1 jeune sur 5 obtient une maturité gymnasiale. La maturité gymnasiale constitue ainsi un parcours d’excellence en Suisse.
    En Suisse, 4 jeunes sur 5 suivent une formation professionnelle de type CFC fondée sur la répétition “mécanique” d’un “algorithme pratique” sans se poser la moindre question “théorique” ou “philosophique” sur celui-ci. Ces jeunes répètent simplement “l’algorithme pratique” appris, avec des compétences très limitées pour le faire évoluer.
    Pour une grande majorité de Suisses, les compétences réellement “théoriques” s’arrêtent au niveau primaire…

  9. Les «charter schools» ou écoles privées sous contrat des États-Unis illustrent la problématique d’un enseignement performant et de qualité, qui fait ressortir quelques défaillances de l’école publique.
    Thomas Sowell, économiste et écrivain, utilise des résultats scolaires comparatifs, des statistiques et des analyses de compétences qui détermineront le type d’avenir dont les élèves disposeront dans leur vie d’adultes afin d’être autonomes. L’auteur démontre, en conséquence, la nécessité d’une réforme de l’éducation de l’école traditionnelle, les «écoles à charte» obtenant de meilleurs résultats pour les élèves qui les fréquentent. Ces écoles doivent rendre des comptes à ceux qui contrôlent le financement, les incitant à rechercher l’excellence. Ce n’est pas le cas des écoles publiques qui voient même les fonds publics augmenter en cas d’échec.
    Quelques paradoxes:
    1. En termes d’écart de réussite, les élèves blancs réussissent souvent mieux que les élèves afro-américains ou hispaniques dans les écoles publiques; au contraire, de nombreuses «écoles à charte» voient des élèves, certes très motivés, issus d’un milieu social modeste, produire des résultats aux tests plus élevés que certaines écoles plus riches.
    2. Les salaires des enseignants des «écoles à charte» sont modestes. Et l’auteur de relever «les emplois à vie pour les enseignants, des milliards de dollars de cotisations syndicales pour les syndicats d’enseignants, très puissants, le monopole d’une bureaucratie de l’éducation, un marché garanti pour les enseignants diplômés d’université ou un public captif pour la «sensibilisation hors-cadre», souvent très orientée «woke» ou «cancel culture», aux problèmes de société». L’école publique ne gaspille-t-elle pas sans vergogne des sommes énormes de forces, de temps, d’argent au détriment du bonheur des enfants et du souci des parents?
    «Penser c’est comparer» disent les Allemands; le contraire de «Comparaison n’est pas raison». Certes, l’enseignement et toutes les institutions liées à l’éducation sont en retard sur leur temps. Certes le sens et la fonction de la pédagogie, c’est de rationaliser l’éducation, mais on oublie que les doctrines des grands pédagogues sont des produits de l’intuition; elles ne sont donc pas une science. Certes la méthode est relativement indifférente, comparée à l’influence formatrice de la personnalité de l’enseignant ou de l’enseignante. Enfermés dans le processus de Bologne, ne devrions-nous pas prendre en considération les raisons de la réussite des écoles asiatiques – qui ont aussi leurs revers – et qui privilégient la culture de l’effort et de la rigueur. Peut-être aurions-nous plus de femmes dans les secteurs de haute technologie et dans les sciences «dures»? Une ouverture à des fonctions que l’écriture inclusive ne leur permet pas d’acquérir!

    1. Merci pour cet excellent et salutaire rappel à propos des “charter schools”. Leur nombre ne fait en effet qu’augmenter, tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde. Seule la Suisse, qui se targue pourtant d’être la patrie des pédagogues, n’en a encore aucune. D’où, sans surprise, cet article paru dans “Romanvie.ch” le 20 novembre 2019, intitulé: “Et si on créait des charter schools en Suisse?” (https://www.romanvie.ch/editorial-et-si-on-creait-des-charter-schools-en-suisse/). Il donne un aperçu intéressant de ce type d’école et de son fonctionnement.

      Malgré leur relative autonomie, les “charter schools” ne restent pas moins assujetties aux prescriptions de l’Etat dans des domaines essentiels, tels que le type de diplômes décernés, les programmes d’études et le financement. Ainsi, en Californie et dans d’autres Etats, une école privée ne peut se convertir en “charter school”.

      L’Etat garde donc la mainmise sur ce type d’établissement scolaire aussi – ce qui faisait d’ailleurs dire au directeur d’une école privée genevoise que son principal concurrent, ce n’est pas l’école privée du coin, mais l’Etat.

      Pourtant, les enseignant(e)s des écoles privées ont les mêmes titres et le même parcours universitaire que leurs collègues de l’enseignement public (il est loin le temps où il suffisait d’avoir fait deux semestres de théologie pour pouvoir enseigner dans le privé). La différence majeure entre ces deux régimes réside dans la formation des maîtres, obligatoire pour être nommé dans l’enseignement public. Or on sait quelles polémiques ont suscité et suscitent encore les centres de formation pédagogique, tant en Suisse qu’à l’étranger, depuis plus de quarante ans.

      Mais une année de pandémie semble avoir quelque peu fissuré ce monolithe qu’on croyait jusqu’ici inamovible: la formation. En effet, avec le recours au télé-enseignement imposé par les circonstances, l’école publique est bien obligée d’admettre aujourd’hui qu’elle n’a, de fait, plus le monopole du savoir. On est loin du temps où les premiers adeptes du “home-schooling” aux Etats-Unis voyaient s’afficher sur leur écran ce message de la National Security Agency (NSA), la CIA intérieure des Américains: “You are being brain-washed” (on vous lave le cerveau). Et même si les résultats des élèves qui ont recours au télé-enseignement sont encore inférieurs, comme les statistiques le montrent, en particulier en mathématiques et en langues, à ceux de leurs camarades qui suivent les cours en présentiel, rien n’empêche d’envisager leur amélioration à l’usage.

      N’est-ce d’ailleurs pas la voie choisie par les “cyber charter schools”, ces écoles en réseau dont Ivan Illich avait prédit l’avènement avec un demi-siècle d’avance, et que la technologie rend aujourd’hui possible?

  10. Actuellement les meilleures élèves sont dans le système public en Suisse. Encourager financièrement les plus aisés à mettre leurs enfants dans le privé, c’est prendre le risque qu’à terme il ne subsiste à l’école publique que les enfants dont les parents n’ont pas les moyens de mettre les enfants dans le privé. Et comme on sait que malheureusement les meilleurs élèves proviennent la plupart du temps des milieux aisés, c’est prendre le risque de voir le niveau du système public baisser du fait d’une proportion moindre de bons élèves.

    1. Votre raisonnement est incohérent
      Si les élèves les meilleurs sortent des familles aisées et que celles-ci les envoient dans les écoles privées, ils ne sont pas dans l’enseignement public.
      Réciproquement si l’enseignement privé est subsidié et ne demande plus aux parents de payer, les enfants des classes défavorisées pourront y accéder.
      Le but d’un concurrence entre public et privé est de stimuler l’excellence des deux.

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