Le souverain éclairé

 

 

Dans notre existence quotidienne, nous ne prenons de décisions qu’en connaissance de cause. A quelle heure part le TGV pour Paris ; va-t-il pleuvoir aujourd’hui ; que pensent les clients de ce restaurant ; ce candidat locataire est-il aux poursuites ? L’expérience nous a appris que nous nous déplaçons dans un environnement, qui possède des règles et qui présente des pièges, au point qu’il soit bon de s’informer avant de s’y aventurer. Dans la mesure des informations disponibles, nous tâchons d’être des consommateurs éclairés, qui font le meilleur usage de leur argent en puisant des informations dans les médias spécialisés. Nous sommes sceptiques devant la publicité. Certains s’en méfient tout à fait.

 

Au Siècle des Lumières, certains rois et reines furent considérés par les historiens comme des despotes éclairés, en ce sens qu’ils s’écartaient du rôle traditionnel de monarque absolu, obsédé par sa gloire, vivant dans la magnificence, pour s’intéresser enfin au sort de leurs peuples. C’est l’effet du vaste bouillonnement philosophique dont Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Hobbes, Locke ont été les précurseurs. Frédéric de Prusse ou Catherine de Russie avaient une autre conception de leur rôle que Louis XIV. L’Allemagne organisa de façon exemplaire l’enseignement primaire, obligatoire et gratuit en Prusse, de même que l’apprentissage à partir de 1717 Cette anticipation de la révolution industrielle, qui requiert qu’un ouvrier soit capable de lire, d’écrire et de calculer, a fait de ce pays le centre de l’Europe. A côté de la consommation éclairée, il y eut donc à partir de cette époque une politique éclairée.

 

La Suisse se distingue de toutes les autres nations par l’institution de la démocratie directe. Plus républicain que la Suisse n’existe pas. Le mode de fonctionnement de la Confédération est unique en son genre. Des décisions ont beau être échafaudées par le Conseil fédéral, débattues et arrêtées par les deux Chambres du Parlement, elles peuvent ou même doivent être soumises au peuple, qui possède le droit de les refuser et qui ne s’en prive pas.

 

Un tel système n’a pas son pareil à l’étranger. Le peuple suisse est « le souverain ». Il n’y a jamais eu de roi en Suisse, puisque le peuple en tient lieu. Cette monarchie collective a ses grandeurs, mais bien entendu ses servitudes. Les plus grands monarques ont aussi commis les plus fatales fautes. Il n’existe pas d’autocratie de droit divin sinon dans l’imagination des monarques. De même le souverain populaire n’est pas davantage d’origine céleste, sauf quand il divague et qu’il prétend l’être. Cela le prend parfois.

 

Bien évidemment, le peuple n’a pas toujours raison. Mais, même alors, il a le dernier mot. Il sait donc qu’il doit assumer tous ses choix politiques et qu’il ne peut jamais se défausser sur une classe dirigeante. En sens inverse, il ne sert à rien qu’un pouvoir, même élu, impose des décisions bénéfiques à un peuple si celui-ci ne les comprend pas, ne les approuve pas et les sabote. C’est ce que ne saisissent pas la plupart des dirigeants du monde. Car même si un gouvernement n’est pas satisfait de son peuple, il ne peut le démissionner. La faute originelle du communisme fut de mépriser le peuple en se réclamant de lui, pour conquérir le pouvoir et ne plus le lui rendre.

 

Demeure le problème : le souverain populaire suisse est-il à l’image de Louis XIV ou de Frédéric de Prusse ? Est-ce un monarque absolu, prenant des décisions, parce que tel est son bon plaisir ? Ou bien s’efforce-t-il d’éclairer ses décisions par une information, une réflexion, un débat de qualité ? Puisque souverain populaire il y a, que faire pour que ce soit un despote éclairé ?

 

Il suffit de poser la question pour se sentir très concerné. Avant une votation, les électeurs disposent certes de la presse, de la radio, de la télévision, mais aussi d’une campagne d’affichage et de distribution de tracts ou même de journaux en toutes boites, qui relèvent de la manipulation la plus grossière et du mensonge avéré. Des millions sont dépensés pour influencer le choix des électeurs.

 

En règle générale, les décisions populaires sont cependant heureuses. Elles reflètent le consensus de l’opinion publique. En matière de formation, de protection sociale, de santé, de sécurité, le peuple suisse se prononce comme un despote éclairé. Mais comme tout despote, il a aussi des lubies. Par exemple, il a décidé d’inscrire dans l’article 72 de la Constitution l’interdiction de construire des minarets, à la double majorité du peuple et des cantons. Cela semble plutôt contradictoire avec l’article 15 garantissant la liberté de croyance. Cela fait tache en comparaison avec les Constitutions d’autres démocraties qui ne se livrent pas à ce genre de prohibition.

 

Le peuple était-il éclairé ? Qu’est ce que cela signifie sur l’image, la représentation, la réputation qu’il se fait de l’Islam ? En revenant sur le passé, certains cantons ont jadis interdit aussi la construction de clochers pour les églises ou les temples, selon leur confession dominante. C’est donc une vieille habitude qui consiste à mêler les apparences de la religion avec la réalité de la politique, à exalter le fanatisme des uns contre la liberté des autres. C’est compromettre Dieu dans des querelles sordides, odieuses et ridicules. On pourrait continuer avec d’autres sujets contestés comme la procréation médicalement assistée, le mariage pour tous, les organismes génétiquement modifiés, la relation avec l’UE, le congé parental. Parfois le souverain populaire se laisse guider par ses passions collectives. La raison des uns ne contrôle pas la malveillance, l’ignorance, le délire des autres.

 

Néanmoins le bilan global des institutions suisses est excellent et dépasse celui de la plupart des pays. Il faut les préserver. Mais en même temps admettre que l’assemblée des despotes populaires est affligée des inévitables défauts de toute réunion d’humains. Elle se trompe donc parfois.  Il est important qu’elle l’apprenne, qu’elle l’intériorise et qu’elle ne s’enorgueillisse pas de ce qu’elle n’est pas, l’expression d’une illumination par le Saint Esprit. L’humilité, la modestie, l’examen de conscience, la modération caractérisent un souverain éclairé. Le repentir et la correction de ses erreurs le grandissent.

 

 

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

16 réponses à “Le souverain éclairé

  1. Merci pour cette belle leçon de philosophie politique d’un homme politique suisse, belge d’origine et autrefois français de nationalité. Un regard extérieur sur notre pays éclaire parfois notre histoire.

  2. Merci pour ce remarquable message de philosophie politique. Du coup, ces acteurs politiques dotés d’une certaine incompétence, doués pour le mensonge, parviennent encore localement et démocratiquement (le comble) à des positions leur permettant d’accéder à un parlement, un gouvernement, voir plus. En Suisse cela n’est heureusement pas possible.
    De nos jours, dans les pays démocratiques d’occident, nos médias libres sont capables de les repérer très rapidement. Tenter de neutraliser leurs actions, parfois potentiellement néfastes pour la communauté, reste toutefois encore problématique.

  3. Il ne faudrait pas oublier que la Suisse moderne est née dans le cerveau de Bonaparte qui a forgé la nouvelle constitution et répartition cantonale au cours de l’acte de médiation de 1803 !
    Bien d’autres interventions internationales politiques ou économiques ont influencé les options reprises par les Suisses !
    Ce serait trop simple de penser que le peuple suisse seul a construit ses institutions qui se sont imposées davantage par des modèles extérieurs .
    Le peuple n’a fait que suivre ce qui lui semblait adéquat , mais parfois contraint par des pressions étrangères !

  4. Le peuple suisse est trop glorifié.

    Il n’est pas souverain.

    Si sa volonté se heurte à une exigence du pouvoir profond euromondialiste, alors ses décisions ne s’appliquent pas.

    Si le peuple suisse était souverain, l’art. 121a de la Constitution fédérale serait appliqué. Cet article, adopté en votation populaire à la double majorité du peuple et des cantons le 9 février 2014, prévoit que “La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers. […] par des plafonds et des contingents annuels […] fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale”. Eh bien cet article a été violé par le parlement et n’est pas appliqué.

    Donc le peuple suisse n’est pas souverain.

    On nous cite l’interdiction des minarets, comme preuve que le peuple Suisse est un peuple courageux qui ose aller contre la bien-pensance. Mais c’est faux. Bien sûr ce vote a irrité certains humanistes républicains universalistes et bien-pensants. Mais si on y regarde de plus près, on constate que la vraie propagande, exprimant la vraie volonté impériale mondiale dominante, va dans le sens d’une guerre contre l’Islam. Il y a donc une contradiction entre certains principes humanistes vagues, chéris de l’intelligentsia, et la propagande impériale mondiale. C’est la deuxième qui prévaut car elle est adossée à la puissance hégémonique américaine (penseur officiel Samuel Huntigton l’auteur du “Clash des civilisations”). Le peuple Suisse, enlevé par le verbe d’Oskar Freysinger, ne s’est donc pas rebellé. Il s’est au contraire soumis à la volonté la plus forte dans le parallélogramme des forces mondial. Il a eu raison, mais il n’a pas voté à contre courant. Il a voté dans le sens du courant dominant, malgré les apparences.

    Ceci est confirmé par le vote récent criminalisant toute critique de la propagande homosexuelle LGBT, à l’instar du négationnisme de la Shoha. On a pu constater là que le peuple suisse a entériné une sorte d’auto castration par renoncement à sa liberté d’expression et soumission à l’idéologie dominante du pouvoir profond post moderne qui veut modifier les fondements anthropologiques de la civilisation. On aurait pu espérer qu’il marque son attachement à son droit de libre expression et à certaines valeurs traditionnelles. Mais non, il s’est soumis.

    Comme le peuple français selon de Gaulle, comme tous les peuples du monde, les Suisses sont des veaux. Pas des souverains.

  5. Dans son article consacré aux apories de la démocratie représentative, “La souveraineté populaire est-elle possible ? La question du populisme” (https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-12-hiver-2017), Pierre Kaifa rappelle que Montesquieu et Rousseau avaient parfaitement vu que dans le processus électoral traditionnel la souveraineté du peuple est escamotée et ne peut aboutir, d’une part, qu’à la mise en place d’une oligarchie élective, et d’autre part à la négation du peuple dans ses composantes et ses contradictions:

    “Le peuple se trouve ainsi doublement escamoté: les représentants sont les seuls dépositaires de la volonté générale et la souveraineté n’est plus celle du peuple mais de la nation.” (Article cité, p. 2). L’auteur relève que cette idée se trouve déjà chez Madison, l’un des pères fondateurs de la Constitution américaine, pour qui les représentants du peuple ne peuvent être qu’une minorité de citoyens qui se distinguent par leurs vertus et leurs mérites: “Le but de toute constitution politique est, ou doit être, d’abord d’avoir pour gouvernement les hommes qui ont le plus de sagesse pour discerner le bien commun de la société”. Il en conclut que non seulement “le corps électoral est restreint (suffrage censitaire), mais les conditions d’éligibilité restreignent encore la couche des élus possibles (sens d’éligibilité).” (Ibid.).

    Toujours selon cet auteur, une telle logique se retrouve pendant la Révolution française, inspirée par la Révolution américaine, en particulier chez Sieyès (“Qu’est-ce que le Tiers Etat?”) pour qui, reprenant sur ce point Hobbes, le peuple n’existe qu’à travers ses représentants, “seuls dépositaires de la volonté générale” (selon Hobbes, le peuple anglais, après avoir élu ses représentants, en devient de fait l’esclave). Mais, dit Kaifa, “Sieyès va encore plus loin, puisqu’il fait disparaître le peuple pour le remplacer par la nation: “La nation existe avant tout, elle est l’origine de tout”. Il cite aussi Alain, “philosophe aujourd’hui un peu oublié, ardent républicain, plutôt de gauche” (Alain n’a pas moins rejoint les pétainistes à la fin de sa vie, mais après tout, au début de sa carrière politique, Mitterand était aussi pétainiste et, d’ailleurs, seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis), pour qui “la fausse idée de la démocratie est que le peuple gouverne.”

    Kaifa cite aussi, plus près de nous, Claude Lefort, pour qui “le pouvoir ne doit pas en tout cas être occupé par le peuple”. Il relève cette phrase sibyilline de Lefort: “En démocratie, le lieu du pouvoir est vide”. Cette idée ne rejoint-elle pas dans une certaine mesure votre propre conception de la Suisse comme “acracie” , que des des théoriciens espagnols assimilaient en 1906 ä l’anarchisme (cf. Philippe Pelletier, “Idées reçues sur l’anarchisme”, 2013)?

    Dans le “Protagoras”, Platon oppose déjà le gouvernement des sages (les philosophes) à celui des élus par consensus de l’opinion, que défend le sophiste athénien Protagoras. Pour Platon et Socrate, le dieu est la mesure de toute chose. Pour le sophiste, vedette “médiatique” de son époque, l’homme est la mesure de toute chose (Théétète, 152a).

    La Cité idéale, la “Callipolis” platonicienne ne peut et ne doit donc être gouvernée que par les membres les plus vertueux de la communauté (le système représentatif n’existe pas à Athènes au Ve siècle avant J. C.), choisis selon leurs mérites, donc par l’aristocratie (du grec “aristos”, le mérite). Platon, qui s’inspire de fait du régime oligarchique de Lacédémone, le premier, déconseille d’ailleurs de confier le pouvoir aux seuls philosophes, car alors, gare aux dégâts (faites ce que je dis, mais pas ce que je fais). On sait ce que sa République idéale a engendré par la suite et jusqu’à nos jours.

    On peut aussi se demander si, avec la crise actuelle de la démocratie, qu’étudie Kaifa, et le retour des populismes et des régimes autoritaires, nous ne sommes pas entrés de plein pied dans la dernière des quatre phases de ce que l’auteur du “Protagoras” et de “La République” décrit dans sa théorie cyclique de la dégradation des régimes politiques, l'”anacyclose” – timocratie (ou timarchie), oligarchie, démocratie et tyrannie (Livre VIII et début du livre IX de “La République”) -, théorie inspirée de celle de Polybe, qui fait basculer la monarchie dans la tyrannie. Selon ces auteurs, par son excès de permissivité, et de corruption, la démocratie ne peut qu’aboutir à cette dernière, “où il ne reste plus qu’à attendre l’homme providentiel qui reconduira à la monarchie” (Polybe, VI, 9).

    La montée des régimes autoritaires et des “hommes providentiels” de tous calibres et gabarits ne rend-elle pas à ces théories anciennes une étonnante et redoutable actualité?

  6. Monsieur Neyrinck,

    Vous devriez pourtant savoir que la liberté de croyance à laquelle vous vous référez a deux composantes et que seule l’une d’elle est garantie. Or, la construction d’un minaret n’entre pas dans la composante garantie. Je trouve donc votre exemple particulièrement mal choisi et ce qui, selon moi, démontre que nos parlementaires ne savent pas tout (et d’ailleurs comment pourrait-on le leur demander) et se trompent parfois.

    D’ailleurs, le cas est monté jusqu’à la CEDH et la Suisse n’a pas été condamnée : https://hudoc.echr.coe.int/app/conversion/pdf?library=ECHR&id=003-3602215-4080717&filename=D%E9cisions%20sur%20la%20recevabilit%E9%20Ouardiri%20c.%20Suisse%20et%20Ligue%20des%20musulmans%20de%20Suisse%20et%20autres%20c.%20Suisse.pdf

    De façon plus générale, au sujet de la liberté religieuse garantie par la Constitution et ses limites :
    http://www.neuchatoi.ch/sites/default/files/Expos%C3%A9_M_Giorgio_Malinverni.pdf (rédigé par Giorgio Malinverni, le spécialiste suisse des garanties et libertés fondamentales, ancien juge à la Cour EDH).

    “Il n’y a jamais eu de roi en Suisse, puisque le peuple en tient lieu.”
    Cette phrase laisse à penser que s’il y a eu des rois dans d’autres nations, c’est parce que leur peuple n’était pas souverain. Ne devrait-on pas plutôt dire que certains peuples ont renoncé à leur souveraineté et ont accepté que des rois soient nommés (ou autoproclamés) ? Ce n’est pas la même chose…

  7. J’apprécie votre idéal dithyrambique sur une Suisse souveraine.
    (latin populaire *superanus, du latin classique super, en dessus)

    Mais à ce qu’on lit, ce même idéal pour trouver un non C au PDC tourne à un sonderbund de rôstigraben!
    Pas si simple, même pour un prof émérite, non?

  8. Pas un mot sur un “peuple souverain” qui n’en exerce pas,car 2 sur trois ne sont pas au rendez vous lors des votations (sauf quand le sujet regarde les inmigré(e)s) et que la mayorité absolue lors des elections appartient à l’ABSTENTION,et le premier parti politique…l’extrême droite populiste.
    Ne serait ce que,depuis un siècle le “souverain” s’est rendu compte que la tricherie de la “FORMULE MAGIQUE” qui donne le dernier mot à l’alliance de l’extrême droite populiste et l’extrême droite économique des lobbys de la farma,de la banque,des matières premières,etc,etc tiendra le gouvernail quoi que ce soit le résultat de sa “SOUVERANITÉ”,et le tout bien adoubé par la COLLÉGIALITE ENTRE LE PARLAMENT,LE POUVOIR JUDICIAIRE,LE CONSEIL FEDERAL ET LES MEDIAS QUI NE SONT QU’UN RELAIS(ET QUE SURVIVENT GRACE À LA MANNE RÉGALIENNE) DES DECISIONS DU 2SOUVERAIN” et qui empechent un vrai débat du SOUVERAIN

    1. Bien d’accord avec votre analyse si on la tempère en relativisant la perte du souverain. A plusieurs reprises le peuple ou du moins les votants ont annulé une décision du parlement. Dans la plupart des pays c’est absolument impossible. Le souverain populaire exerce donc un pouvoir réel même s’il n’est pas absolu.
      L’abstention est une plaie de tous les systèmes et pas seulement de la démocratie directe.

  9. Y-a-t-il un appel “caché” de votre part dans cet article pour nous pousser à voter OUI à l’initiative du 27 septembre? pour empêcher la dissolution de notre pays dans les méandres de cette UE assassine des peuples européens? Je vous recommande la lecture, si vous ne l’avez pas encore fait, du livre de Douglas Murry; The Strange Death of Europe, écrit en 2017. L’idée originale du livre est que certaines populations du tiers monde considèrent leur pays comme étant leur propre pays et l’Europe comme étant un pays de tout le monde ! C’est l’Europe que vous choisissez pour vos descendants? Votez OUI le 27 septembre pour la survie de notre pays, SVP. Pour rassurer les lecteurs qui n’aiment pas l’UDC, c’est un parti gouvernemental et ses milliardaires font tout afin de faire échouer leur initiative.

    1. Mon texte ne dissimule pas des intentions cachées. Mon attitude à l’égard de l’UE ne varie pas. Si nous entretenons des liens étroits avec elle ne serait-ce qu’en matière de commerce, nous avons avantage à posséder un accord international du type des relations bilatérales. C’est un chef d’oeuvre de la diplomatie suisse qui nous assure des avantages certains pour peu d’inconvénients. La votation de septembre représente un risque de perdre ce statut et de devenir une sorte de réserve d’Indiens au milieu du continent. Cessons de nous demander ce que l’UE peut faire ou non pour nous et demandons nous ce que nous pouvons faire pour elle, pour que le continent continue à jouir de la paix. Je n’ai pas envie de revivre des guerres entre France et Allemagne. Cela a précipité la décadence de l’Europe.
      Est-ce qu’un canton aurait avantage à sortir de la Confédération? Gagnerait-il en souveraineté réelle? Ou perdrait-il? La pandémie serait-elle mieux contrôlée si chaque canton faisait à sa guise et fermait sa frontière? La solidarité n’est pas un devoir moral, mais une manifestation de lucidité et d’intelligence.

      1. La Suisse est très européenne et contribue financièrement et fait beaucoup pour l’Europe et ne s’attend pas à ce que l’Europe lui fasse de cadeaux. La France et la Belgique, surtout la Pologne (650 mille nouveaux étrangers en 2018 d’en dehors de l’UE) pour ne pas citer d’autres pays, ont choisi d’importer des populations étrangères et mettre au chômage les plus anciens parmi leurs propres citoyens. Est-ce que la Suisse doit accepter par ricochet de recevoir les européens qui ne trouvent plus de place chez eux pour leur offrir nos places de travail? si vous me donner des arguments puissants et valables pour adhérer à une telle vision, je serais prêt à reconsidérer ma position sur la libre circulation. Le seul argument pour contrer l’initiative est de nous rappeler qu’il faille avoir peur de l’Europe. La peur n’est pas un bon conseil. Nous ne voterons pas sur tous les accords bilatéraux, seulement sur un seul, et la close guillotine coupera plus dans la chair de l’UE que dans la peau de la Suisse.

        1. Aucun gouvernement ne fait le choix d’importer des étrangers pour mettre ses concitoyens au chômage. Le quart de la population suisse est né en dehors du pays et nous avons un taux de chômage parmi les plus bas. En important de la main d’œuvre qualifiée, on ne supprime pas des emplois, on ne transforme pas ses nationaux en chômeurs, on crée des emplois et on abaisse le chômage. Votre raisonnement repose sur l’hypothèse fausse que les emplois sont une réalité statique alors qu’elles dépendent du dynamisme de l’économie, qui dépend de la qualification de la recherche. Sans des dizaines de milliers d’étrangers, formés en dehors de nos frontières aux frais des pays avoisinants, notre système de santé s’effondrerait surtout face à une épidémie.
          En important des jeunes on sauvegarde le système des pensions qui sinon s’effondrerait dans un pays où le bas taux de natalité ne permet plus de maintenir la population.
          Par ailleurs il est clair que la clause guillotine ne nous permettra plus le libre accès au marché européen dont nous avons besoin pour nos exportations. Le tort causé à l’UE ne signifiera pas que le tort causé à nous même soit acceptable.

          1. Beaucoup d’incompréhension de mes propos. Personne ne rêve de vivre dans un vase clos et une économie close et d’empêcher les libertés de circuler et d’entreprendre. Nous avons besoin de main-d’oeuvre étrangères. Laissez-moi vous donner un exemple bref pour illustrer mon propos. A Genève il y a 22 mille emplois bancaires et les banques ont mis au chômage (actuellement) 1’000.- employés pour les remplacer par des étrangers. La banque est une spécialité typiquement genevoise. Est-ce qu’un lillois ou un niçois sait mieux travailler dans la banque qu’un résident suisse “presque né la-dedans”? Sans libre circulation le chômage bancaire de Genève sera résorber en 3 ans maximum 5 ans.

          2. Désolé mais on ne peut pas dire ça. A un certain point il est bien clair qu’un afflux excessif d’étrangers finit par mettre les forces de travail du pays au chômage, tout simplement parce qu’elles coûtent plus cher.

            C’est tellement vrai que le parlement, uniquement dans l’espoir de combattre l’initiative qui demande que la libre circulation soit régulée comme l’a demandé le peuple Suisse et les cantons, a voté en urgence une “rente-pont” pour les employés âgés qui risquent d’être licenciés pour donner leur emploi à des forces de travail plus jeunes et meilleur marché offertes par la libre circulation.

            Cette rente-pont est donc une prime au licenciement, qui décomplexera les employeurs désireux de licencier des quinquagénaires suisses pour engager à leur place des étrangers plus jeunes et moins cher. Est-ce que cette mesure sera populaire? On demande à voir.

            C’est vrai qu’en Suisse nous avons relativement moins de chômage qu’ailleurs, pour le moment. C’est dû au dynamisme de l’économie suisse et au fait que les Suisses ont à coeur de retrouver un emploi s’ils sont au chômage, contrairement à beaucoup d’étrangers que j’ai rencontrés quand j’ai été au chômage et même, pendant un temps, à l’aide sociale. Mais le système atteint sa limite. A la rentrée beaucoup d’entreprises vont devoir licencier à cause de la crise due à la mauvaise gestion du Covid par les autorités. On verra si ça n’a pas d’effet sur le vote des citoyens.

            Il est faux également de dire que la clause “guillotine” (si elle était appliquée ce qui serait une décision purement punitive qui pour l’UE reviendrait à se tirer une balle dans pied) nous n’aurions plus accès au marché européen. C’est faux. Vous savez très bien que la Suisse est protégée par les accords du GATT. Nous aurions donc toujours accès au marché européen. Peut-être un accès moins privilégié que jusqu’ici, mais si cet acces privilégié doit se payer par un asservissement politique et un dumping social insupportable, nous n’en voulons pas.

  10. « Je n’ai pas envie de revivre des guerres entre France et Allemagne. Cela a précipité la décadence de l’Europe. »

    Avec l’émergences de civilisations jeunes, dociles parce que shootées au consumérisme, économiquement dynamiques et peu regardantes sur les droits de l’Homme, je crains que l’Europe n’aie pas besoin d’une guerre pour précipiter sa décadence.

    Si l’on ajoute à ce constat ses populations vieillissantes, des barbares à ses portes, sinon dans ses murs, une guerre entre nations me paraît illusoire.

    Par contre l’apparition de guerres civiles larvées, voire ouvertes, dans certains pays de l’UE me paraît nettement moins improbable …

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