Le cercle vicieux des loyers abordables

Nous voterons le 9 février sur l’initiative « Davantage de logements abordables ». Elle a des chances de réussir puisque la Suisse est, très curieusement, un pays de locataires alors que dans des pays voisins, la majorité – ou une large proportion-  de ménages sont propriétaires de leur domicile. C’est la sanction d’une économie stable où le taux d’inflation fut historiquement faible. Ailleurs, la seule façon de mettre les économies d’un ménage en sécurité consistait à l’investir dans un logement. La modestie des revenus engendre des réflexes de survie ; la richesse relative de la Suisse, plus ou moins bien partagées, suscite le réflexe inverse. Ce qui n’est pas investi dans la brique l’est dans le dernier équipement de ski, des sauts de puce à Barcelone et un chalet à la montagne. On peut vivre sur un grand pied si on n’est pas strictement obligé d’économiser à tout prix, faute de quoi on se retrouve à la rue avec une pension médiocre.

De quoi s’agit-il ? De garantir que 10% des logements construits soient d’utilité publique. Dans tout le pays. Premier inconvénient. La crise des loyers abordables concerne Genève ou Lausanne, beaucoup moins à d’autres endroits. En d’autres mots la Confédération imposera une règle rigide qui fait fi de la subsidiarité cantonale. Un problème local devrait être résolu au plus proche du terrain.

Pour allumer un contrefeu, le Parlement propose 250 millions de prêts aux coopératives sur dix ans. Cette mesure est dérisoire car elle ne fournirait qu’un million par an et par canton. Si l’initiative passe, c’est 120 millions par an qu’il faudra débourser. Qui paiera ? Pas une source mystérieuse où des billets de banque seraient imprimés à gogo. Les finances publiques, c’est-à-dire l’argent des prélèvements obligatoires, taxes et impôts. En d’autres mots, l’argent payé par les locataires ne sera pas seulement le loyer, qu’ils voient, mais les taxes qu’ils ne distinguent pas. C’est une façon moins douloureuse de financer ce qui doit l’être de toute façon.

Car il n’y a pas de miracle. Construire un logement coûte un certain prix déterminé par la surface et les prestations. Se loger correctement coûte donc un certain montant qu’il faut bien payer aux entreprises du secteur. Cet investissement, privé ou public, suppose une rémunération du capital, qui sinon se tourne vers des placements plus rentables. Si ce capital n’est pas privé, il faut qu’il soit public. On en arrive de la sorte à un concept étrange, le service public du logement.

C’était la règle dans le régime communiste. L’Etat possédant tout proposait des logements étriqués et inconfortables, « gratuitement » ou à des loyers tout à fait abordables. La question soulevée par la votation du 9 février est donc insidieuse, imperceptible, dissimulée : voulons-nous d’un service public du logement puisque le marché ne réussit pas à satisfaire la demande dans les grandes agglomérations, là où dès le départ le terrain coûte déjà trop cher ?

Qu’il faille un service public pour les transports, la santé, la formation, la nécessité a fait loi. Et le résultat est en général excellent avec des déficiences locales et partielles. Jusqu’où irons-nous dans l’étatisation de l’économie ? Aussi loin que nécessaire et pour autant que cela fonctionne ? Il est clair que le loyer sur le marché est insupportable pour la classe moyenne prise en tenaille entre l’assurance-maladie, les impôts et le logement. D’où cela vient-il?

Peut-on formuler la question sous une forme qui n’est pas politiquement correcte et qui fera hurler certains : s’il y a tant de locataires et si peu de logements, ne serait-ce pas parce que la loi est trop favorable aux locataires et trop peu pour les propriétaires ? Une fois que la majorité des électeurs sont des locataires, ils influencèrent la législation en leur faveur au point que le rendement de l’immobilier chuta en dessous du niveau où cela est intéressant d’y investir. Il n’y a plus dès lors d’autre ressource que de ponctionner tous les contribuables en accroissant la charge, déjà insupportable, des prélèvements obligatoires. Cela s’appelle un cercle vicieux. Vous paierez mais sans que vous vous en rendiez compte. C’est cela que l’on appelle la politique : mentir en ayant l’air de dire la vérité.

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

33 réponses à “Le cercle vicieux des loyers abordables

  1. Hm, petite remarque : pour pouvoir se payer “son” logement en Suisse, il faut débourser pas loin du million de francs – à moins de 500’000, pas moyen de faire vivre une famille dans le bien acquis.
    De plus, pour avoir accès à la propriété, il faut 20% de fonds propres – et seuls 10% peuvent provenir du 2e pilier.

    Qui est capable, dans la classe moyenne, de sortir des sommes pareilles, alors qu’entre les impôts et les assurances maladie, c’est souvent l’équivalent de 3 voire 4 salaires mensuels qui disparaissent?

    La Suisse est un pays riche, mais la répartition est très loin d’être bonne – la classe moyenne, mise sous pression de toutes parts, n’a tout simplement plus les moyens de faire quoi que ce soit d’autre que payer un loyer exorbitant. Et ce ne sont pas les nouvelles taxes vertes annoncées qui vont aider…

    Quant à la “faveur” des lois pour les locataires : on en parle, des retraités jetés à la rue ? Des batailles pour éviter de voir son loyer augmenter à la moindre action des propriétaires|gérances pour l’entretien normal des logements ? Des batailles pour obtenir une baisse légitime ? De l’indexation fantaisiste des loyers sur le milieu, dans le mode “bah le voisin fait payer tant, on ajuste un peu au-dessus, personne ne va rien dire” ?

    Ce sont les mêmes arguments qui sont brandis à chaque fois contre les réformes profondes de la LAMAL et de la gestion d’une caisse publique – “stop à l’étatisation”, “communiste!” et autres.
    Sauf que dans les faits, la gestion par des privés ne sert que les intérêts financiers d’une poignée de gens, au lieu de l’intérêt général. On le subit chaque mois depuis 1994 avec la LAMAL, et les loyers suivent le même chemin depuis trop longtemps, ce malgré les annonces rassurantes paraissant dans les médias, “Les loyers devraient baisser”…

    Le logement, tout comme la santé ou l’accès à l’eau potable, sont des droits de base, et ne devraient pas ruiner les gens.

    1. Pour enfoncer un peu le clou : après calculs, je viens de réaliser que mon couple sans enfant (un seul salaire, Madame ne travaille plus) “perd” plus de 3 salaires à l’année dans les impôts et assurances maladies.
      Ajoutons le loyer, on plus de la moitié du salaire annuel disparaît. Il faut encore manger, s’habiller, se déplacer (encore que dans mon cas, ça ne compte pas : télétravail), payer l’électricité, le crédit (qui n’en a pas ?), etc.
      Et encore, on n’a pas d’enfant – on ne saurait pas où le caser dans un 3.5 pièces de 64m² dont une pièce est dédiée pour le bureau… Et financièrement, ce ne serait pas possible, dans les conditions actuelles, à moins de demander de l’aide (ce qui augmenterait les charges de la collectivité, et donc des autres personnes déjà bien assez sous pression).

      Et donc on est censé pouvoir économiser les sommes astronomiques demandées pour devenir propriétaire ? On ne vit pas dans le même monde, vraiment. Un immense OUI à des logements à prix abordable, la situation actuelle n’a que trop duré. Voir nos retraités jetés à la rue n’est pas acceptable dans un pays se targuant d’être parmi les plus riches.

  2. Les lois “sociales” sont toujours contre-productives, l’histoire le montre depuis Staline et consorts. Mais l’initiative soumise à l’aveuglement populaire remportera hélas le succès que vous prévoyez; ce sera comme la Lamal, où les gogos, en 1994 sauf erreur, ont voté pour une obligation, ce qui était la première raison de voter non. Il faut donc, comme toujours, s’attendre au pire.

  3. Si ma résidence est un appartement dont le coût a été financé par mes fonds propres (minimum 20%) et le solde par un emprunt auprès d’un institut bancaire helvétique, cela implique le paiement d’un intérêt (taux faible actuellement) tous les 3 mois et pour une durée définie (1, 3, 5, 10 ans) et renouvelable. En principe sans obligation de rembourser le capital emprunté, à moins d’en décider autrement lors de la signature ou lors du renouvellement à l’échéance du contrat.
    Dans ces conditions particulières à la Suisse, je suis donc à la fois un propriétaire et un locataire, à la seule différence des autres locataires (majoritaires en Suisse), que je peux déduire fiscalement mes loyers, car ils sont considérés comme une dette. Ce système rentable profite bien évidemment aux banques suisses, qui restent ainsi largement un des plus gros propriétaire immobilier, sauf erreur de ma part.
    Dans le système proposé par l’initiative, c’est donc l’état fédéral qui prendra une part de ce gâteau ? S’il y a en Suisse un déficit de logements abordables, c’est que des promoteurs immobiliers ont donnés la priorité au rendement de leurs investissement (souvent aussi avec l’aide des banques). La recherche du point d’équilibre n’est donc pas simple.
    Hors de Suisse, vous achetez votre bien immobilier avec un apport personnel faible, le remboursez en 5-30 ans selon votre revenu, puis vous êtes propriétaire à 100%. Votre charge logement se réduit alors à une taxe annuelle foncière et/ou habitation (comme en France ou UK par exemple) auquel il faudra ajouter l’entretien.
    Ne faudrait il pas mieux, en Suisse, viser la propriété que la location ?

  4. Que voilà une problématique clairement et intelligemment exposée ! Mais il se trouvera toujours des chantres de “l’égalité” pour espérer que le voisin (plus riche) paiera à sa place ! Par exemple, en Valais actuellement, l’offre de logements vacants est pléthorique !!! Au rayon des dispositions pénalisant le propriétaire, la célèbre valeur locative qui n’est pas près de disparaître, hélas. Pas sûr pourtant que cette initiative de la gauche trouvera une majorité le 9 février, les sondages donnant systématiquement en début de campagne une tendance différente du résultat final.

  5. En 2013 déjà, un détenu coûtait entre 240 et 390 francs par jour au contribuable, selon la RTS qui précisait alors qu'”en 2010, Confédération, cantons et communes ont consacré environ 9 milliards à la sécurité publique, tribunaux et services du feu y compris.” (‘https://www.rts.ch/info/suisse/5042409-les-detenus-coutent-a-la-suisse-entre-234-et-390-francs-par-jour.html’).

    En même temps, la Confédération coupe dans les subsides à la formation et à la recherche. Qui a dit que le crime ne paie pas?

  6. Les “loyers abordables” sont l’équivalent des hlm français

    Or les hlm sont au cœur du problème politique français: les dirigeants politique ont vite compris que c’était une grosse source de revenus réels mais inapparents aux yeux des français… Et ils les ont vite multiplié encore et encore (quitte à importer des locataires par l’immigration) pour gagner encore plus..

    Ceux qui sont qui à l’initiative de la votation y ont certainement pensé !

    Pour que l’immobilier soit moins cher en Suisse 2 vecteurs VERTUEUX sont à privilégier:
    – libérer du foncier en rendant des terrains constructibles
    – supprimer l’imposition de la valeur locative ( pour y échapper on reste endetté et ne paye que les intérêts, ceux qui est faible et soutient les prix d’achat car on peut acheter cher pour pas cher tous les mois)

  7. Votre point de vue est justifiable mais celle des initiant l’est encore plus et davantage. En 2000 nous étions 7’200’000.- et en 2019 plus que 8’500’000.-
    Le logement n’est pas une politique indépendante de la politique générale. Il faut qu’on sache ce qu’on veut. La vie en Suisse est plus chère qu’ailleurs notamment à cause du logement, et ce n’est pas normal de mettre en concurrence déloyale et insupportable des populations de 2 côtés d’une frontière en favorisant les étrangers.
    Au risque de vous surprendre je vais voter à gauche cette fois et je reproche d’ailleurs aux initiant de ne pas avoir mis la barre à 15 ou à 20%

      1. Vous m’aviez probablement mal-compris. Les étrangers chez eux qui sont en Italie, en France et en Allemagne payent moins pour se loger et viennent encaisser des salaires élevés chez nous – pour mettre notre la population suisse résidente au chômage. A Genève 11,3% de chômage!

        1. “Par cantons, la “hiérarchie” ne réserve pas de surprise, avec la palme de l’occupation à Obwald (0,6% de chômage) et Nidwald (0,7%), et, à l’autre bout de l’échelle, un taux de 3,8% pour Genève. Le Jura, Vaud et Neuchâtel sont à 3,3%, le Valais à 2,1%, Fribourg à 2,3% et le Tessin à 2,5%.”
          D’où sortez-vous ce chiffre de 11,3%%

          1. Il se trompe ou il nous trompe. J’ai davantage confiance dans notre institut de statistique. Cela ressemble à un fake news qui ne serait pas innocent du tout.

          2. La différence provient des modes de calculs.
            Selon l’OFS, le chômage est effectivement “bas”.
            Selon le BIT (Bureau International du Travail), il est de 2 à 3 fois plus élevé.

            Les deux méthodes de calcule sont “valides”, mais, honnêtement, je pense que celle du BIT est plus correcte, car elle tient compte d’une plus grande catégorie de personnes (fin de droits, sans emplois mais pas enregistrés au chômage, etc). Le résultat “le plus juste” serait peut-être entre deux.

          3. Bien d’accord. Les statistiques permettent cependant des comparaisons valides dans le cadre de leur définition. Genève est donc, tout de même, l’exception qui confirme la règle selon laquelle le taux de chômage en Suisse est faible en comparaison internationale, malgré ou à cause de l’afflux de travailleurs immigrants. Chaque travailleur crée des places de travail par le fait de sa consommation.

          4. “Chaque travailleur crée des places de travail par le fait de sa consommation.”

            ça devient de moins en moins vrai, avec le tourisme d’achat : les prix en Suisse étant majoritairement démesurés, les consommateurs se rabattent sur les magasins au-delà de nos frontières. Ce qui met une “certaine” pression sur une partie des travailleurs et travailleuses, en particulier dans le commerce de détail (alimentaire ou non).
            Mais on s’écarte du sujet de base des logements abordables ;).

            À ce sujet, après un rapide calcul: entre les impôts, les assurances maladie et le loyer, ce sont plus de 45’000 francs annuels qui disparaissent. Cela représente plus de la moitié de mon salaire, pourtant considéré comme “bon”…
            Si j’arrive à mettre 400 par mois de côté, je suis content.

            Comment envisagez-vous l’accès à la propriété dans ces conditions ?

            Sérieusement, la classe moyenne, dont je fais partie, n’en peut plus. On voit partout “telle entité a plusieurs milliards de bénéfices” (privé ou public, peu importe) – mais au final, on n’a pas l’impression que ça serve les collectivités. On voit nos impôts augmenter, les loyers stagner voire augmenter alors qu’on nous parle de baisse dans les médias, les charges du ménage augmentent chaque année alors que les salaires ne suivent pas…
            Le “panier de la ménagère” ne tient même pas compte des assurances, parce que c’est considéré comme “une charge qui aura un retour” (en gros, soyez malades pour rentabiliser) – et deux entités ne sont pas fichues de se mettre d’accord pour faire des statistiques sur les chômeurs (voir, entre autres : https://www.bilan.ch/economie/les-mythes-du-taux-de-chomage-suisse)

            Bref… Les stats, c’est magique, on peut leur faire dire n’importe quoi, y compris que “tout va bien en Suisse, c’est un des pays les plus riches au monde” sans tenir compte des 600’000 personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté, sans tenir compte des retraités expulsés de chez eux, sans tenir compte de la classe moyenne qui s’effondre chaque année un peu plus, sans tenir compte des charges pesant sur les personnes…
            Le déséquilibre et la schizophrénie de ce pays commence à se voir, cependant. Même si l’image du “bon suisse riche à millions” persiste, elle commence à laisser voir la réalité des choses : une population majoritairement au bord de la faillite, avec l’État qui se lave les mains et fait des courbettes aux entreprises en reportant leur charge fiscale sur la population (cadeaux fiscaux, etc).
            Le meilleur exemple restera sans doute les pharma et leur politique de prix en Suisse…

          5. Obwald: 0 université(s), 0,6% de chômage.
            Genève: 1 université, 58e dans le ranking des académies mondiales en 2019; 9,6% de diplômé(e)s au chômage (record absolu des universitaires suisses au chômage en fin d’études, selon les chiffres de l’OFS pour 2018).

            Le rapport études-emploi ne serait-il pas à revoir? Bien sûr, on peut toujours se nourrir du prestige des hautes écoles, mais suffit-il à payer loyer, assurance-maladie et impôts?

            Si le chômage est la première porte ouverte en récompense des années d’études consenties, alors Chateaubriand a raison quand il affirme que “le sot cherche les emplois et finit le plus souvent par les trouver”.

          6. Il existe des formations universitaires qui sont autant d’impasses. Très intéressantes et attirantes, elles forment l’esprit nais pas à un métier bien déterminé. Du côté de l’EPFL, on n’a pas à se plaindre des possibilités d’emploi des diplômés. Mais ce ne sont pas des études faciles. Tout comme celles de médecin. Les étudiants proposent et le marché dispose. Il y a aussi des personnes qui n’ont pas vraiment envie de travailler et qui deviennent des étudiants perpétuels en bricolant des mandats de chercheurs successifs.

          7. “Il existe des formations universitaires qui sont autant d’impasses. Très intéressantes et attirantes, elles forment l’esprit nais pas à un métier bien déterminé”, écrivez-vous.

            Tibère Adler, ancien directeur d’Avenir Suisse, semble vous donner raison :

            « […] il n’est pas absurde que la Suisse affecte une part croissante de ses dépenses universitaires pour former des informaticiens ou des médecins, plutôt que des linguistes ou des égyptologues.»
            (Tibère Adler, « Le Temps » du 9 octobre 2015 – ‘https://www.letemps.ch/opinions/un-monde-ouvert-connecte-sciences-humaines-peuvent-se-transmettre-differemment’)

            Exemple de formation universitaire très intéressante et attirante, mais conduisant sans rémission à l’impasse :

            « Les Académies suisses des sciences ont un nouveau président. Antonio Loprieno, professeur pour l’histoire des institutions et ancien recteur de l’Université de Bâle, succède à Maurice Campagna. s […] Le nouveau président  a par ailleurs été nommé à la présidence des All European Academies (ALLEA) pour la période 2018-2021.

            Antonio Loprieno a étudié l’égyptologie, la linguistique et les langues et littératures sémitiques à Turin.[…] Il a été professeur d’égyptologie à l’Université de Californie à Los Angeles de 1989 à 2000, puis professeur (2000-2006) et ensuite recteur de l’Université de Bâle. Il a de plus présidé la Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS) de 2008 à 2015.[…] L’impact de la digitalisation sur la société mondiale est également une préoccupation qui lui tient très à cœur. » (« Sciences naturelles Suisse », 2 mai 2018 – ‘https://sciencesnaturelles.ch/service/news/101519-antonio-loprieno-est-le-nouveau-president-des-academies-suisses-des-sciences).

            Autre exemple de formation réputée vaine: la philosophie. Dans les années huitante, la Faculté des Lettres de l’Université de Genève mettait en garde les étudiants qui choisissaient cette voie sur le fait qu’ils devaient s’attendre à de sérieuses difficultés dans leurs futures recherches d’emploi.

            Aujourd’hui , le Département de philosophie de la même université l’affirme : « Notre département est parmi les quarante meilleurs au monde et premier en Suisse», il « est 35ème mondial, 9ème sur le continent (ex UK) et 1er en Suisse selon le QS University Ranking». Il «a fait preuve d’une capacité exceptionnelle à obtenir des sources tierces de financement. Depuis 2000, le Département de philosophie a levé plus de 30 millions de francs pour ses projets de recherche.Toujours en quête de nouveaux projets, le dynamisme du département en fait un des fleurons de la recherche philosophique en Europe. »

            Des filières menant à l’impasse, on en connaît des pires, non?

            Enfin, du côté de l’EPFL, on n’a pas à se plaindre des possibilités d’emploi des diplômés, dites-vous encore. Sans doute, les deux EPF ont-elles le taux le plus bas de diplômé(e)s au chômage. Celui-ci n’est pas moins de 4’8 %, soit bien au-dessus de la moyenne suisse (3’8 % selon l’OFS).

            Enfin, former à un métier particulier n’est-il pas d’abord l’affaire des Ecoles d’Art et Métiers ? Ou alors, Victor Hugo avait raison :

            « La noblesse se conquiert par l’épée et se perpétue par l’oisiveté. Ne rien faire est noble, avoir un métier déchoit » (Victor Hugo, « La Légende des Siècles »)

  8. Il n’y a pas que les statistiques relatives au chômage. L’aide sociale ne tombe pas du ciel, elle est la conséquence du chômage. 30’000.- personnes résidentes à Genève cherchent du travail et ne trouvent pas. le CF socialite parle de 600’000 pauvres en Suisse, certains disent qu’il y aurait un million. Un copain m’a corrigé le chiffre il s’agit de 11,85%, insupportable !

    1. “Statistiques détaillées du chômage à Genève en décembre 2019
      Avec 9698 personnes au chômage fin décembre (y compris les chômeurs en fin de droit), soit une augmentation de 464 chômeurs en un mois (+5,0%), le taux de chômage s’établit à 3,9% (+0,2 point) [1]. Au plan national, le nombre de chômeurs est en hausse (+10,3%) et le taux de chômage augmente et s’établit à 2,5% (+0,2 point).

      En comparaison annuelle (décembre 2018 – décembre 2019), l’effectif des chômeurs diminue de 5,0% à Genève (diminution de 2,0% au plan suisse) et celui des demandeurs d’emploi [2] recule de 2,9% (diminution de 2,5% au plan suisse).”
      Citation du communiqué du canton de Genève. C’est de là que sort le chiffre invraisemblable de 10,3% de chômeurs. Il s’agit du taux d’augmentation et non du taux de chômage. Et en fait, à Genève ce taux diminue.

  9. C’est assez amusant: Le 14 janvier vous sortez un papier pour critiquer le fait que trop de gens choisissent la location à la place de l’achat d’un logement, et 2 jour plus tard “The Economist” sort un papier titré “The horrible housing blunder” dans lequel ils se lamentent des politiques de l’Ouest (monde occidental) qui poussent à l’achat de son logement! (https://www.economist.com/leaders/2020/01/16/the-wests-biggest-economic-policy-mistake?cid1=cust/ednew/n/bl/n/2020/01/16n/owned/n/n/nwl/n/n/e/381012/n)

    J’ai lu rapidement les échanges sur votre blog et il me semble que le problème de la mobilité des travailleurs n’a pas été évoqué. Avec des taxes d’accès à la propriété de 4.7% dans le meilleur des cas qui veut prendre le risque d’un achat, si l’on pense à la probabilité de changer d’emploi dans les prochaine années. A coup de 50’000fr à chaque déménagement, il faut avoir les reins solides!
    Et pour le faire depuis des années je puis vous dire que les longs trajets pour se rendre au travail sont très usants.

    1. Peut-être vous avez raison à long terme, pour plusieurs pays occidentaux. En Suisse, les statistiques montrent que ceux qui partent à l’étranger sont souvent des retraités qui cherchent à vivre bien et moins cher qu’ici. Relativement peu de familles bien établies changent de projets de vie pour partir vivre ailleurs. L’investissement dans la pierre a fait ses preuves partout dans le monde et il est assez naturel que le personnel politique pousse les habitants à l’acquisition du logement. The Economist veut naturellement dissuader le peuple ordinaire d’acheter afin de laisser toute la place aux investisseurs institutionnels pour dominer le marché.

  10. Je serais intéressé par un avis sur cet article, aussi paru sur les Blogs du Temps:
    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2020/01/20/le-bilan-apres-5-annees-de-taux-negatifs/

    Bizarrement, un directeur de chaire économique parle de hausse constante des loyers (liée au taux négatif) et d’une potentielle crise immobilière (comparable en pire à celle des années 80 que je n’ai, heureusement, pas connue en direct)…
    Des commentaires ? Toujours aucun besoin de renforcer les loyers abordables ?

    1. Il va de soi que l’accès au logement doive être possible sans obérer le budget d’une famille. Mais le subventionnement par la confédération des coopératives entraine forcément une dépense sur son budget. Ce que le locataire ne paie pas avec son loyer abordable, il le paie avec ses impôts et taxes qui ne sont pas abordables. C’est donc une solution imaginaire. Parmi les solutions réalistes, il y a celle de l’encouragement à la propriété. Cette politique est appliquée avec succès dans de nombreux pays. Avec la taxe sur la valeur locative du logement occupé par son propriétaire, on décourage au contraire l’accès à la propriété. Avec une législation qui protège les locataires, on décourage l’investissement immobilier.

      1. Mouais… comme dit, encourager la propriété en Suisse, vu les prix et les prérequis (20% de la valeur, dont 10 en fonds propres) ne font rien pour aider. Et vu la taille du territoire, ce n’est pas près de s’améliorer, au final, avec les lois de protection de l’environnement et contre le “mitage du paysage” (qui ont tout leur sens, pour moi).

        Répartir la charge du loyer abordable sur le plus grand nombre n’est pas si artificiel – les impôts sont, contrairement à d’autres obligations (coucou LAMAL, Seraph et tant d’autres), en proportion du revenu et donc, par là-même, “sociaux et solidaires”. Qu’une partie aide les plus défavorisés me semble tout à fait normal, et même souhaitable, au vu des coûts engendrés par le simple fait d’avoir un toit sur la tête.

        Que dites-vous aux retraités expulsés, d’ailleurs ? “Fallait devenir propriétaire” ? Est-ce là votre vision des choses, votre manière de les remercier pour une vie passée à trimer ?

        1. La législation actuelle est effectivement décourageante pour l’accès à la propriété. Celui-ci serait cependant possible si la loi était modifiée dans le sens de pays voisins où plus de la moitié des habitants sont propriétaires de leur logement. Comme la Suisse est plus riche que les autres nations, ce qui est possible ailleurs le serait ici, si on n’avait pas pris la décision politique de faire une nation de locataires.

          1. Être propriétaire est une chose. Entretenir correctement ses murs, par contre, c’est autre chose. Entre l’hypothèque et les charges, ça reste quelque chose de pas réellement attirant, si ?

            Honnêtement, je ne suis pas certain de vouloir me retrouver dans la situation française, au hasard – avec des bâtiments mal fichus (pas tous, mais quand même), des défauts de fabrication et autres, pour raison de baisse des coûts.
            Et, accessoirement, faut pouvoir construire, pour être propriétaire… Et en Suisse, la construction, ce n’est plus une possibilité, à moins de démonter l’existant, ce qui cause d’autres problèmes.

            Et-heuuu donc….. nos retraités, vous avez décidé de les ignorer ? 🙂

          2. Comme j’en suis un de retraité, je ne vais certainement pas les ignorer. J’essaie d’expliquer que des loyers situés en dessous du seuil de rentabilité pour un investisseur privé sont forcément subsidiés par de l’argent public. Or les retraités dépensent pratiquement toute leur pension. Il paient dès lors en TVA, ce qu’il ne paient pas en loyer. C’est un marché de dupes.
            Si vous exigez une construction de qualité suisse, forcément elle coûtera plus cher et forcément quelqu’un le paiera, c’est-à-dire le locataire directement ou indirectement.

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