L’obscurantisme de gauche rejoint celui de la droite

 

Charles Péguy avait coutume de dire qu’en face des « curés » de droite, enfermés dans leurs certitudes rancies, il y avait aussi les « curés » de gauche et qu’à l’obscurantisme classique des conservateurs répondait un nouvel obscurantisme de soi-disant socialistes, bloqués dans une pensée unique. De part et d’autre, on se barricade dans ce qui devient rapidement une idéologie, renfermée dans une sorte de catéchisme qui dicte la conduite et empêche de réfléchir. Cela devient une compétition d’âneries.

On vient d’en avoir une spectaculaire illustration avec la campagne du parti socialiste vaudois en faveur de la candidature de Rebecca Ruiz au Conseil d’Etat. La candidate est aussi sympathique que compétente. On aurait pu lui prédire et souhaiter une élection dans un fauteuil, n’était la présence d’un compétiteur de l’UDC, un vrai Vaudois opposé à une « hispanique ». Toujours est-il que le PS va dépenser 240 000 CHF dans cette campagne, trois fois plus que l’UDC, à rebours d’usages bien enracinés où la droite dépense à tout va et la gauche est à la portion congrue.

Devant cette prodigalité inattendue du parti des travailleurs, Jessica Jaccoud, présidente du PS vaudois, a précisé lors de la présentation de la campagne aux médias : « Nous nous réserverons la possibilité de refuser des dons s’ils viennent de personnes dont l’activité contrevient aux valeurs que nous prônons ». Cela va de soi, si l’on entend qu’un parti quelconque refusera évidemment de l’argent venu de l’étranger ou encore de criminels avérés, style trafiquants de drogues ou souteneurs de prostituées. Fallait-il même énoncer cette lapalissade ? Qui en doute ?

Eh bien oui, car les valeurs prônées par le PS sont plus exigeantes que celle de la loi ou de l’éthique ordinaire. « Le règlement n’autorisera que les dons de particuliers et interdira ceux des entreprises ou des personnes morales. » Les donateurs bénéficieront de l’anonymat jusqu’à une somme de 5000 francs une fois par an, mais pas au-delà. Et enfin, cerise sur le gâteau : « Il n’y aura pas de don de M. Paulsen pour cette campagne ». On se souviendra que cet industriel avait, à titre privé, encouragé la campagne de Géraldine Savary, blâmée de ce fait par le parti et exclue de la prochaine candidature à son siège au Conseil des Etats.

« Les valeurs que nous prônons » comportent donc la condamnation des entreprises en tant que telles, en tant qu’associations de quasi-malfaiteurs. Les dirigeants de ces entreprises sont privés par le PS de droits politiques, soupçonnés à juste titre de magouilles obscures et de corruptions d’élus. Or, M. Paulsen est un honnête résident du canton de Vaud, homme d’affaires suédois, président du conseil d’administration de Ferring Pharmaceuticals, dont l’usine est sise à St. Prex. On ne lui connait pas de passé de délinquant, il est au contraire un généreux mécène qui distribue des subsides bien au-delà que ce que seraient ses impôts.

Si l’on analyse la pudique rigueur de la gauche, cela signifie que, pour elle, l’économie idéale ne comporte pas d’entreprises privées et donc qu’elle est entièrement nationalisée. Les usines de cette économie marxiste sont dirigées par des Soviets d’ouvriers, en fait par des apparatchiks du parti.

On se moque naturellement ! On déduit les conséquences aberrantes de déclarations insensées. Il reste que cette prise de position politique est inquiétante. Certes les dirigeants du PS ne croient pas un instant que le seul contact avec un social-démocrate suédois richissime puisse corrompre leur parti ou leurs élus. Mais ils croient que leurs électeurs le croient, ils les méprisent à ce point. Ils estiment que le membre de base du parti est par définition une sorte d’illuminé de gauche, abhorrant l’économie libérale et jaloux des riches. Est-ce bien compatible avec le consensus helvétique ? N’est-ce pas courir après l’extrême-gauche ? Est-ce servir la candidature de Rebecca Ruiz que de la compromettre dans ce genre de sottises ?

Dès lors que la campagne s’oriente vers une polarisation des extrêmes, il reste à mentionner qu’il y a tout de même un candidat du centre et qu’il mérite une attention certaine.

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

Une réponse à “L’obscurantisme de gauche rejoint celui de la droite

  1. Peu importe le parti, pourvu qu’on ait l’ivresse des votants.
    Au moins, dans le cas que vous citez, il semble y avoir transparence, même s’il faudra en venir à des règles annuelles pour tous partis.

    Le plus inquiétant serait “obscurantisme”, “gilets jaunes=sans culotte”, revenir à la bougie dans un nouveau siècle des lumières.
    En bref dans ce siècle d’intelligence 4.0 artificielle (ou factice) vive les racines du passé, parfois ça aide à retrouver un peu de racine, qu’elles soient de gingembre, de tofu ou encore au crottin de Chavignol.

Les commentaires sont clos.