Pour l’élection d’un général de l’énergie

A intervalles réguliers, comme une chanson avec refrain, il est de bon ton de plaider pour la poursuite du nucléaire en stigmatisant l’Allemagne qui produit encore 41% de son électricité dans des centrales à charbon. On essaie de la sorte d’enfermer le débat dans un cercle vicieux : le nucléaire ou le réchauffement climatique. C’est bien gênant pour les écologistes de salon coincés entre des impératifs contradictoires.

Qu’en est-il en réalité ? L’Allemagne a réduit ses émissions de CO2 de 27% entre 1990 et 2015, la France de 16%, la Suisse de 25%. La part du renouvelable est de 13,3% en Allemagne, de 9,2% en France et de 14,9% en Suisse. La Suisse est donc un meilleur élève que la France, presque à niveau avec l’Allemagne.

La difficulté vient de la comparaison des inconvénients. La Suisse sortira du nucléaire par suite de Fukushima. Si le cœur de Mühlberg fondait, il faudrait évacuer définitivement Berne, Fribourg, Neuchâtel et Bienne, soit un million d’habitants que l’on ne saurait accueillir, indemniser et reloger dans de bonnes conditions. La leçon est simple : pas de centrale nucléaire dans une zone densément peuplée, à proximité de grandes agglomérations. Mais il est un autre message : quel sera le prix du démantèlement, que faire des déchets ? On n’a pas de réponse pour l’instant. L’Allemagne sera sortie du nucléaire dès 2022, la France ne l’envisage pas, la Suisse trainera les pieds.

La menace du CO2 est plus pressante encore. L’élévation de la température de la planète entrainera certainement toutes sortes de maux : élévation des océans et submersion de Zones côtières, désertification de terres fertiles, importantes migrations de populations privées de leur habitat, que personne ne voudra accueillir. Ce n’est pas la menace d’un accident aléatoire mais une certitude et donc une urgence.

Pour brouiller encore un peu plus les cartes, il y a surproduction d’électricité en Europe au point que les prix sur le marché international se sont effondrés, au point que les barrages suisses ne sont plus rentables. Il n’y a pas pénurie, mais pléthore ! Les Allemands paient leur électricité deux fois plus cher que les Français pour subventionner les éoliennes de la Mer du Nord. La France demande que l’Allemagne ferme ses centrales à charbon et l’Allemagne que la France ferme ses centrales nucléaires. Bref chacun joue en fonction de ses intérêts immédiats, de ses obsessions, de ses fantasmes. Les plaidoyers forcenés dans un sens ou dans l’autre s’accompagnent de chiffres faussés dans une perspective partisane.

Or le problème est global. Il n’y a qu’un seul climat et le nucléaire est une technique avortée. La seule politique sensée consiste à s’équiper en énergies renouvelables le plus vite possible, à privilégier les voitures électriques et les transports en commun, à réduire les transports aériens, à mieux isoler les logements. C’est un problème éminemment politique à résoudre d’abord à l’échelle de l’Europe, puis de la planète.  La lenteur proverbiale de la Suisse, la dissolution du pouvoir en entités superposées, l’isolationnisme traditionnel sont des facteurs défavorables.

Et puis à quoi sert-il de sauver la Suisse par des plans énergies aussi vertueux qu’inappliqués, si la planète vient à périr et si un milliard d’Africains se retrouvent au pied du Gothard. C’est bien joli d’avoir un Conseil fédéral. Ne vaudrait-il pas mieux d’avoir un gouvernement avec un général de l’énergie ? Il doit bien y avoir des individus aujourd’hui qui ont la force de caractère d’un Guisan.

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

3 réponses à “Pour l’élection d’un général de l’énergie

  1. Il faudra bien se passer des énergies fossiles qui sont par définition non renouvelables et donc limitées dans le temps (de quelques décennies à quelques siècles), mais aussi parce qu’elles sont dangereuses et polluantes. La transition énergétique n’est pas le fait d’un simple clic de souris , mais requiert tout un processus à la fois technique, économique et politique que nous devons envisager dans un délai raisonnable .
    Les Français paient leur électricité moins cher parce qu’ils disposent d’un parc nucléaire construit dans les années 70-80, mais qui vieillit ( Fessenheim a 40 ans ) et qu’il faudra remplacer à court-moyen terme.
    Les centrales nucléaires de nouvelle génération (EPR) représentent des investissements colossaux qui vont faire monter le prix du KWH en flèche , sans que les inconvénients de cette filière disparaissent (risques, déchets, démantèlement, …) , tandis que le prix des installations d’énergies renouvelables baisse constamment.
    On vit donc une période charnière où les courbes de rentabilité des deux classes d’énergies vont se croiser et que le renouvelable va se substituer définitivement .
    Mais pour que le renouvelable s’impose, la loi du marché ne suffit pas, les fossiles (charbon) resteront moins chers jusqu’à l’épuisement des ressources tandis que la pollution augmente sans que les coûts de santé ou écologiques ne soient pris en compte. Il faut donc un coup de pouce politique pour donner l’impulsion du changement, ce que font certains pays comme le Danemark , l’Allemagne aussi le Costa Rica, le Portugal , … plus mollement en Suisse.
    D’un autre côté, les installations d’énergies renouvelables (éoliennes, solaires, géothermiques) prennent du temps et le problème de stockage de l’électricité n’est pas complètement résolu.
    Donc, il faut accepter de vivre avec un mixte énergétique pendant encore quelques décennies .
    Quel est donc le moindre risque que nous pouvons accepter pendant cette période critique ?
    Est-on prêt à risquer un Fukushima bis ou vivre sous une pluie de particules fines ?
    La menace du CO2 n’est-elle pas exagérée ? Les 2.2 watts/m2 que le GIEC attribuent au forçage radiatif anthropique représentent moins de 1% de l’énergie radiative émise par la Terre (390 Watts/m2) et l’effet de serre suit une courbe logarithmique , donc cet effet augmente moins vite avec la concentration des G.E.S. La prédiction d’emballement climatique repose uniquement sur des données tronquées des dernières décennies , non sur l’ensemble des paramètres connus ! L’élévation du niveau des mers est mesurée à environ 3 mm par an, ce qui occasionnera environ 25-30 cm de plus à la fin du siècle sans tenir compte des variations naturelles et la réduction de nos émissions de CO2.
    Le problème No 1 reste la pollution (plastiques, pesticides,…) et la réduction des biotopes qui représentent notre espace vital !
    Dans tous les cas, la responsabilité politique est primordiale .

  2. Moi je pense qu’il faudrait avant tout se débarrasser du progrès. Le progrès nous fait toujours nous engouffrer dans des impasses. Rappelons nous les années 60. Le progrès exigeait qu’on floque tout à l’amiante: les écoles, les hôpitaux, les bureaux, les usines, le porte-avions Clemeceau en France. Bien sûr, en Suisse on était accros à l’amiante parce que l’entreprise Éternit appartient à la famille Schmidheiny et la famille Schmidheiny , chose que personne ne sait, sauf moi, et même si personne ne la connaît, ce sont les rois sans couronne de la Suisse, beaucoup plus puissants que les rois de Belges, qui eux ont une couronne. Parce que la dynastie Schmidhiny c’est le radicalisme des affaires et le radicalisme des affaires en Suisse tient tout. D’ailleurs on s’en est aperçu lors du procès Swissair. Là l’establishment suisse protégeait le radicalisme des affaires, donc la dynastie Schmidheiny et ses vassaux, dont Swissair dépendait. Par conséquent je savais que les administrateurs de Swissair seraient protégés. Mais quand leurs intérêts ont été opposés à ceux de la Belgique, à cause de l’affaire Sabena, alors je me suis dit: pour une fois les administrateurs de Swissair vont devoir passer à la caisse parce que dans l’Europe actuelle les intérêts Schmidheiny pèsent quand-même moins qu’un État comme la Belgique. Eh bien non, je m’étais trompé. Les administrateurs de Swissair ont été protégés jusqu’au bout. Donc la dynastie Schmidheiny est plus puissante que la dynastie de Saxe-Cobourg et Gotha qui règne en Belgique. Maintenant c’est prouvé.

    Après cette petite digression, je reprends sur le progrès. Donc l’amiante c’était le progrès, un progrès magnifique qui nous libérerait une fois pour toutes du danger d’incendie, comme le fluor nous protégerait éternellement de la carie dentaire. On mettait du fluor partout, y compris dans l’eau courante de certaines municipalités, et dans le sel des salines de Bex. Récemment j’ai entendu dire que le fluor était très dangereux. Mais au temps de mon enfance c’était le progres. Et contre la carie, ça marchait. La preuve: je n’ai eu ma première carie qu’après la cinquantaine. Sans doute parce qu’on ne mettait plus de fluor dans l’eau. Et l’amiante contre l’incendie aussi ça marchait. Ca bloquait tous les incendies. Malheureusement il y avait d’autres risques pour la santé, mais ça, on n’avait pas le droit d’en parler parce que l’amiante c’était le progrès, en plus d’être une produit de l’empire Schmidheiny. Récemment on a appris que l’amiante c’était très dangereux, alors on n’en met plus nulle part et au contraire on dépense des milliards pour désamianter les bâtiments, y compris les bâtiments navals,comme le porte-avions Clemenceau. Pour la famille Schmidheiny, merci, elle s’en est sortie assez bien. Grâce à un serviteur dévoué appelé Hans-Rudolf Merz, qui a passé toute sa carrière à éteindre le feu, non des incendies, comme le ferait l’amiante, mais celui des procès contre Éternit, en négociant des arrangements, obtenant l’abandon des poursuites, gagnant du temps, attendant la prescription, etc., et ce dans le monde entier. Il a été récompensé de ses bons et loyaux services à la dynastie cachée de notre pays par un poste de conseiller fédéral. A noter qu’il a été élu aussi par la gauche, qui elle aussi fait partie du jeu de rôles, comme les rois du ciment.

    Le nucléaire aussi c’était le progrès dans les années 60 et 70. C’était l’atome. C’était moderne. C’était nouveau et presque sacré. On ne pouvait quand-même pas aller contre le progrès, qui nous libérerait de la dépendance du pétrole. Maintenant monsieur Neirynk nous dit que c’est une technologie avortée. Il nous la baille belle. Les gens de progrès, il y a 30 ans, nous parlaient un autre langage. Alors que croire? Qui croire?

    Il faut se méfier du progrès. C’est un faux ami. Par exemple aujourd’hui on entend dire que certaines personnes ont développé des maladies à force d’avoir en permanence un téléphone portable collé à l’oreille. Mais personne n’ose en parler. Parce que ce serait parler contre le progrès, puisque la téléphonie mobile, aujourd’hui, comme le nucléaire, comme l’amiante, comme le fluor, naguère, c’est le progrès. Et le progrès se définit aussi par le fait que des gros intérêts industriels sont en jeu. Ceux du groupe Holderbank-Schmidheiny pour l’amiante, mais pour la téléphonie c’est Nokia, Ericsson, Motorola, Sony, etc., etc. Donc c’est le progrès. Et tant que ces groupes industriels feront des gros bénéfices, ce sera toujours le progrès. Ce n’est que quand la technologie deviendra obsolète et qu’on ne fera plus de bénéfices qu’on commencera à s’apercevoir des méfaits des téléphones portables. Il y aura bien-sûr des Hans-Rudolf Merz pour retarder l’échéance, mais elle viendra. Et d’ici là les managers continueront à engranger des bénéfices au nom du progrès en se disant: après moi le déluge. Et à la fin tout le monde blâmera un lampiste, comme on a fait avec Mario Corti pour Swissair cette entreprise qui pensait que la “stratégie du chasseur” de MacKinsey, consistant à racheter tous les canards boiteux de l’industrie aéronautique, dont Sabena, c’tait le progrès.

    On pourrait aussi parler de la cigarette. Au temps de Ms grand mère, dans les annees 20, c’était le progrès. Car c’était un signe d’émancipation de la femme au temps du Charleston. Depuis on a changé d’avis sur le tabac. Ce n’est plus le progrès aujourd’hui. Et on persécute les fumeurs. Les temps changent, et les mentalités. Quant à la contraception et à l’avortement, c’est toujours le progrès, comme naguère la fumée des cigarettes, avec le mariage homo et les mères porteuses pour les couples LGBT. Le seul qui s’était inscrit en faux contre la contraception, c’était le pape. Mais ça ce n’est pas étonnant, car par définition le pape est opposé au progrès. L’humanité changera peut-être aussi d’avis un jour sur toutes ces choses pas très catholiques. Qui sait? On a vu tant de retournements au cours de l’histoire et tant de progrès qui après coup ont été déclassifiés en régressions. Alors patience…

    A bas le progrès!

    Vivement qu’on nous débarrasse enfin de la religion du progrès. Ce sera enfin, vraiment un progrès.

    1. Ce commentaire est une variation sur le thème classique : jetez le bébé avec l’eau du bain. La technique évolue sans qu’il y ait de pouvoir organisateur, avec des réussites et des échecs. Abandonner l’idée de progrès reviendrait à fermer les laboratoires et les universités. Or à côté des échecs, il y aussi des réussites : les facultés de médecine et les hôpitaux prolongent continuellement l’espérance de vie.
      Le nucléaire a soulevé beaucoup d’espoirs dans les années 60 et 70. On a découvert par l’expérience qu’il était dangereux. C’est en ce sens qu’il a avorté. Mais il y a eu dès le milieu des années 70 une résistance dans le milieu académique par des spécialistes qui prévoyaient ce qui allait se passer. Ils n’ont pas été écoutés pas plus que l’on n’écoute les climatologues aujourd’hui.
      Ce n’est donc pas le progrès en soi qu’il faut jeter aux orties mais en revanche on ne peut continuer sur la voie actuelle sans mettre en place un organe national et international de régulation, qui ait un véritable pouvoir. En ce sens il faut élire un général pour attaquer le problème de la production d’énergie sans pollution.

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