Pas d’urgence ?

Covid-19 et crise du climat

Souvenez-vous ! Le 13 mars de l’an passé, il y avait en Suisse 1000 personnes malades de la covid-19. En soi, ce nombre n’était pas bien impressionnant ; à l’échelle de ma petite ville, cela représentait peut-être une ou deux personnes – que je ne connaissais pas d’ailleurs. Le problème était autre : le nombre de malades doublait en moins de 3 jours ; il se multipliait par dix en 10 jours. À ce rythme, le système de santé aurait été débordé avant la fin du mois ; on voyait venir le chaos médical, peut-être le chaos national. Il y avait urgence. Le Conseil fédéral a pris ses responsabilités. Il nous a tous enfermés. Seize mois plus tard, l’épidémie n’est, certes, pas terminée, mais, chez nous, elle semble sous contrôle. (Touchons du bois et espérons que nos dirigeants seront courageux.) La vie, presque normale, reprend. Bravo le Conseil fédéral.

Malheureusement, il existe une autre histoire qui, elle, n’est pas sur la voie d’être résolue. La Terre est malade de notre civilisation. Elle a déjà pris un gros degré, en 2050 la fièvre aura plus que doublé, à la fin du siècle la Terre sera morte… morte en tout cas dans l’état ou nous l’aimons. Mais la majorité d’entre nous s’en fiche, trouve de trop les quelques centaines de francs que leur demandait la loi CO2 alors qu’une cour du Tribunal fédéral constatait : « il n’y a pas d’urgence ».

Comment comprendre ?

 

Un futur impensable.

Est-ce l’échelle du temps qui nous dépasse ? La catastrophe du virus, annoncée comme imminente à mi-mars de l’an passé, était un coup de massue qui exigeait une réplique immédiate. Avec le climat, l’échelle temporelle n’est pas marquée au rythme de la semaine ou du mois. Elle l’est par les années qui nous restent jusqu’à 2050 et notre promesse d’avoir alors réglé le problème. Elle l’est semblablement par les 30 ans du temps de doublement de l’anomalie de température.

Trente ans, c’est long ! Dans ma vie, j’ai souvent pensé aux dix prochaines années, mais jamais je ne me suis sérieusement imaginé mon avenir trois décennies plus tard.  Il est facile de vivre au présent, se projeter le temps d’une génération semble impossible. Notre intellect est brillamment capable d’échafauder n’importe quel futur, mais, au-delà du futur immédiat, les sentiments, les émotions et le cœur ne suivent pas. Voilà peut-être pourquoi une majorité de Suisses préfèrent en rester au présent – qui ne va pas si mal – plutôt que de se projeter dans un futur lointain et inquiétant.

 

Un passé inacceptable.

Au manque de réactivité de la majorité de la population suisse il y a peut-être une autre explication, plus difficile à admettre. Nous, adultes d’aujourd’hui, avons été ceux des 30 glorieuses et de leur suite qui ne le semblait guère moins. Mais voilà que cette gloire se décompose. Nous découvrons que, sans en avoir eu conscience, nous avons fait tout faux. Nous commençons à nous en rendre compte. Greta Thunberg l’exprimait ainsi à la COP 24, le 18 décembre 2018 à Katowice : « Vous ne parlez que de continuer cette mauvaise idée qui nous a mis dans le pétrin. Vous n’êtes pas assez mûr pour dire les choses comme elles sont. Même ce fardeau, vous le laissez à nous, les enfants ». Dur, dur ! Mais elle a raison.

À en rester là, il y aurait de quoi désespérer.

 

Un présent assumé.

Désespéré ? Non, l’erreur est humaine. J’en ai fait plein dans ma vie. Le désir de contribuer à les corriger est motif d’action et, souvent, source de satisfaction. Les tâches ne manquent pas.  Je continue ! Merci d’en faire autant.

Jacques Dubochet

Jacques Dubochet, professeur honoraire à l'UNIL. Il a développé, dans les années 80, les fondements de la cryo-microscopie électronique qui lui ont valu un prix Nobel de chimie en 2017. Citoyen actif, il est préoccupé par l’impact de la science sur la société. Il croit que c'est la jeunesse qui surmontera la crise du climat et de la vie.

31 réponses à “Pas d’urgence ?

  1. Parmi le gros degré que la Terre a pris depuis un siècle, il faut tenir compte des variations naturelles que les alarmistes ne voient pas même en leur mettant les chiffres sous le nez !
    Apparemment, vous ne savez toujours pas convertir un forçage radiatif anthropique de 3 watts/m2 selon les rapports du GIEC en degré selon la loi de Stefan-Bolzmann . …
    De plus, vous ne lisez pas les rapports concernant l’augmentation de température mesurée dans les océans grâce au nouveau système ARGO qui récolte les information jusqu’à 3900 mètres de profondeur et qui a indiqué une différence de + 0.07°C en 15 ans .
    Océans représentant 70% de la surface terrestre et qui de ce fait domine le climat mondial ( un peu plus que le Léman au bord de Morges) …
    consultez le site http://www.climate4you.com, il est suffisamment exhaustif …
    ou aussi http://www.drroyspencer.com
    (…)
    un peu plus sérieux que sainte Greta , la nouvelle pythie climatique.
    Je ne savais pas que les prix Nobel consultaient les oracles !!!

    1. Monsieur Giot,
      Sous de pseudos découpages scientifiques et saucissonnages, vous faîtes croire en la véracité de votre bulle Facebook. Ce n’est pas parce que vous n’appréciez pas Greta et M. Dubochet que vous pouvez inventer n’importe quel argument et sortir totalement du cadre de cet article.

      Factuellement, la grande partie des émissions de méthane et de CO2 provient de l’utilisation du pétrole, du gaz naturel et du charbon.
      Alors essayez de partir sur cette base et voyons, de manière factuelle, ce que vous pouvez détruire.

      1. Les faits ne collent pas toujours à la théorie…
        ttps://woodfortrees.org/plot/hadcrut4gl/from:1990/to:2022/plot/esrl-co2/from:1990/to:2022/scale:0.02/offset:-7.4
        Donc, commençons par établir les faits, ce qui nous menace concrètement, et on trouvera les réponses appropriées. Mais si le diagnostic est erroné, alors tout le dispositif est construit sur du vent. Et l’on se battra contre les moulins, comme Don Quichotte
        La question que devraient se poser les scientifiques, c’est pourquoi tout le gratin financier mondial est subitement devenu écologiste.
        Croyez-vous vraiment que le WEF soit le lieu de la pensée durable?

    2. Donner l’absence de variation de température des océans au dessous du thermocline comme preuve de l’absence de réchauffement est un niveau de désinformation très habile.

      Slow Clap.

    3. C’est au moins 4W/m2. En dehors de cette formule, il y a d’autres réactions du système terrestre, surtout la fonte des glaces sur les mers polaires. La fonte de cette glace augmente l’absorption des rayons du soleil et le réchauffement. Après, maintenant, les forêts entrent en sécheresse ou brûlent et émettent du CO2, d’ailleurs la déforestation continue. Après le sol lui-même se désertifie et émet du CO2, etc, etc.

  2. “alors qu’une cour du Tribunal fédéral constatait : « il n’y a pas d’urgence ».”

    Vous devriez peut-être vous entretenir avec des juristes… ou alors est-ce une tentative de désinformation de votre part? La cour n’a jamais dit cela. La cour applique le droit, tout simplement. En l’état les conditions n’étaient pas réunies pour retenir l’état de nécessité (art. 17 et 18 du code pénal). À savoir que le danger doit être imminent et impossible à détourner autrement.
    Le danger n’est pas imminent – la terre ne va pas exploser dans les prochaines heures – tout comme ces jeunes n’ont pas pu prouver qu’envahir une banque est de nature à arrêter le réchauffement climatique.

  3. Je vous soumets une hypothèse:
    – l’économie mondiale reprend brusquement après plusieurs mois de confinement. N’est-ce pas le motif unique du dérèglement climatique actuel ?

    Ne seriez-vous pas en train d’oublier d’observer, comme un scientifique le ferait, pour simplement regarder les télé d’infos…

  4. La componction de M. Dubochet, qui se sent visé par les admonestations de Greta, est tout à fait touchante. Libre à lui de proposer quelque chose. Mais quoi?
    Aucun mot sur le rejet de la loi CO2, exceptée une remarque de café du commerce sur les 100 balles à ma mettre sur la table. Le camp du oui n’a évidemment commis aucune erreur. Pathétique!
    Ce n’est pas en ressassant l’existence une “loi” supputée de doublement de l’anomalie de température que nous nous dirigerons vers des solutions. L’éveil des populations aux risques réels ou fantasmés du changement climatique est un épisode clos.

  5. Chers Monsieur Giot,

    0.07°C en15 ans, mais pour être le résultat d’un pondération tenant compte de l’évolution des températures jusqu’au fin fond de la fosse des Mariannes… au vu du coefficient d’inertie thermique de l’eau… Êtes-vous sûrs que pour démolir M. Dubochet, ce sont bien les résultats du système ARGOS que vous vouliez prendre ???

    Cher Monsieur Samy,

    Si le diagnostique est erroné, que nenni, on aura pas bâtit sur du vent, on aura au moins participé à transformer un monde basé sur l’approvisionnement en une seule source d’énergie principales (carburants) en un monde basé sur une multitude de source d’énergie. Une meilleure diversité d’approvisionnement, qui nous fera dans tous les cas également moins dépendants des régimes totalitaires et fanatiques qui menacent notre sécurité et notre niveau de vie. Que le diagnostique soit erroné ou pas, il n’y a aucune raison de ne pas vouloir changer la donne urgemment !

    Monsieur Hugo M,

    Il me semble que M. Dubochet se sert juste de quelques images actuelles afin d’illusrtere le manque de reconnaissance du problème environnemental par les autorités. A ce titre il ne mentionne nulle part que le Tribunal fédéral aurait dû interpréter quoique ce soit différemment. Il mentionne uniquement un résultat de jugement (ie. le résultat de l’interprétation des règles de droit analysées par le TF), ce qui illustre bien à quel point les lois actuelles tiennent peu compte du caractère urgent de l’action (immédiate) à mener contre ce type de risque (colossal). Bien entendu,ce risque est différé, il n’est demeure pas moins que nos lois ne tiennent pas compte de l’appréciation de sa dangerosité à l’heure actuelle…

    Monsieur Rafik,

    Pourquoi sommes-nous tous là à nous tirer des boulets les uns sur les autres, plutôt que d’échanger les meilleures idées que nous pourrions trouver au niveau personnel, afin d’essayer d’améliorer la situation climatique ? …peut-être qu’il est plus facile de réagir à un évènement que de prévoir comment gérer une situation à-venir… Si ce caractère-là est ancré profondément en l’humain, nous ne sommes certes pas tirés d’affaire.., j’en suis le premier désolé.

    M. Pierre Jacquot,

    A commencer par moi-même, nous aurions tous ici à gagner à s’échanger nos meilleurs recettes d’amélioration en matière d’émissions, plutôt qu’à se tirer dans les pattes. Que les anti-loi CO2 expliquent quelles sont leurs propres propositions en terme de système de réduction des émissions; que les pros-loi C02 expliquent comment ils pourraient encore améliorer cette dernière, pour une prochaine fois.

    Il n’y a sinon là-dedans que peu d’action, et beaucoup de vent je crois

    1. @ Charles
      Diversifier en passant au tout électrique? Désolé, mais je ne crois pas que cela s’appelle une diversification. Vous voulez utiliser moins d’énergie, alors militez pour l’amélioration de l’isolation des bâtiment, pour les produits locaux, contre la surconsommation, etc.
      Et désolé, mais je crois que c’est une très mauvaise idée géopolitique que de couper les vivres aux pays producteurs de pétrole ou de gaz. Au pire, vous allez créer une catastrophe économique complète dans ces pays (et des mouvements de population incontrôlables). Au mieux, ils vendront leur énergie aux autres continents (Asie en tête, comme on le voit pour l’Iran).
      Alors même si je ne soutiens pas particulièrement ces pays, je crois que c’est une très mauvaise idée de créer de telles tensions géopolitiques.
      La durabilité n’existe pas sans une vision sociale qui permet aux différentes régions du monde de se développer équitablement. Or le projet anti-CO2 est un projet occidental en son essence. C’est le dernier projet colonial de l’Occident. Et je crois que c’est un projet voué à l’échec.
      Le vrai projet durable, c’est la baisse de la consommation des énergies et des biens, et le démontage des multinationales prédatrices. Mais l’Occident veut préserver ses multinationales et relancer la consommation avec le projet anti-CO2. Cela ne fonctionnera pas. C’est voué à l’échec.
      En plus, si les bases sont mensongères, c’est un projet qui ne fera pas long feu, même en Occident, car la population n’acceptera pas de se serrer la ceinture à long terme sans des raisons valables et équitables.

      1. Donc on reste dépendants d’un seul vecteur énergétique (le pétrole) dont les revenus maintiennent en places des régimes peu recommandables ?

        D’un point de vue sécuritaire, je ne vois pas ou se trouve l’avantage de se mettre dans une relation de dépendance alors que nous avons les moyens et la technologie de produire l’énergie nécessaire à notre chauffage et à nos transports domestiquement et donc augmenter notre souveraineté. Sans compter que vu notre large dotation au niveau hydroélectrique, nous avons le moyen de stoker une quantité considérable d’énergie pour lisser la demande si on utilise du pompage-turbinage.

        Même si les équipements sont produits à l’étranger, leur durée de vie est telle que cela nous met en bien meilleure position d’absorber les chocs futurs. Quand on ne consomme plus de pétrole, l’économie se retrouve dotée d’un sérieux coussin contre les prix du baril.

        Et ça c’est sans entrer dans le sujet du climat et des coût énormes liées au maintient du “business as usual”.

        Au final, les seuls qui retirent un intérêt à notre dépendance pétrolière au niveau domestique (50% de notre énergie primaire) c’est Swissoil & Cie.

        1. Nous tirons tous profit de notre accès au pétrole et gaz, directement ou indirectement. Coupez le gaz et le pétrole et nos sociétés feront un formidable bond en arrière. La réalité, c’est que les pays producteurs ont beaucoup moins tiré profit de cette énergie pour se développer que les pays consommateurs, qui ont fait des bonds en avant extraordinaires avec le pétrole et le gaz.
          Alors, je vous laisse à vos illusions que vous serez gagnants. Cela n’est absolument pas le cas. Sans les transports à moteur thermique, il sera difficile de fonctionner, les grandes villes seront difficiles à approvisionner. Et sans machines, je vous laisse imaginer comment fonctionneront les chantiers, l’agriculture, etc.
          La question n’est donc pas la dépendance aux carburants, mais le bon usage de chaque énergie et la lutte contre le gaspillage. Il est clair que nous pourrions économiser bcp d’énergie. Et que nous devrons le faire sans tarder, faute de quoi un choc nous mettrait à terre.
          Mais il faut d’abord éliminer la surconsommation et les absurdités des délocalisations des productions loin des consommateurs, et non pas viser les pays producteurs, qui nous vendent de l’énergie très bon marché (avec peu de profit au final pour leur développement intrinsèque). Quant au fait que ce soient des régimes politiques peu recommandables, c’est triste à dire, mais cela a toujours fait nos affaires, indirectement.
          Si nous devons économiser le pétrole, c’est parce que le pétrole est précieux – que nous en avons besoin. Réellement.
          Enfin sur les pollutions, elles sont multiples – et le CO2 n’est pas une pollution en soi. Contrairement aux particules fines, aux émissions électromagnétiques, aux médicaments dans l’eau, aux pesticides, à la pollution lumineuse, au nucléaire, au recyclage des batteries, à toutes les nanotechnologies que nous dispersons dans nos environnement, etc.
          Bref, je trouve la lutte contre le CO2 une grave myopie. Elle ne résout pas grand’ chose et cache de vrais problèmes sous le tapis, ce qui empêche de repenser en profondeur nos sociétés. Et il faudrait vraiment repenser de nombreuses choses. Je ne suis absolument pas pour le statu quo.

      2. Diversifiant en diversifiant. Puisque nous en sommes encore presque au Tout Hydrocarbures, qui nous mène dans le mur; ne convient-il pas de se dépêcher d’aller vers le Tout électrique ? …En effet, en tenant compte de l’inertie, après 10 annés de Tout électrique, on sera encore à peine à mi-chemin entre le Tout hydrocarbures et le Tout électrique. … Et alors on pourra toujours réduire la voilure de ce changement si, avec du recul, on souhaite en rester lé. Mais ou moins, nous aurons atteint une “mixité 50/50”, (…pour vulgariser)

      3. …Bon, cela ne leur coupera pas les vivres, et ce n’est pas l’intention. …D’ailleurs comment leur couper les vivres avec toutes les richesses qu’ils ont (gaz, soleil, minerais…) ???? La manne des pétrodollars est aussi bien plus concentrée que ne le sont les rayons du soleil. Enfin ce sont les déséquilibres qui génèrent les guérillas, bien moins que la meilleures répartition des richesses. Et puis je vois mal sur quelle base pourrait-on encore imaginer que la situation actuelle dans les principales régions productrices de pétrole et à leurs voisinage, serait à assimiler à un équilibre d’harmonie subtile à ne surtout pas déranger ??? ..C’est un peu le comble..

      4. Bien évidemment, la meilleure solution restera le moindre gaspillage. Bien évidemment, les multinationales participent sans doute (du moins selon moi) davantage du problème que de la solution (notamment du fait qu’elles accaparent non seulement les richesses, mais surtout les processus mondiaux de prise de décision). En même temps, seconde après seconde, pas après pas, il faut avancer dans la collaboration et on ne pourra pas changer cet état des chose du jour au lendemain. Les nouvelles technologies électrique seront peut-être bientôt à même de remplacer une partie de ce qui est actuellement accaparé par quelques multinationales des hydrocarbures (et autre prestataires qui leurs sont liés). Ce changement, même s’il restera en grande partie piloté par les mêmes réseaux et acteurs financiers, permet cependant, comme tout changement, à quelques nouveaux acteurs (lesquels adhèrent aussi à de nouveaux réseaux et à de nouveaux systèmes) de s’implanter. Il ne pourra qu’en découler une meilleure diversité économique. Mais bien entendu, tant que le système financier actuel restera en place, tout changement du “microbiote” économique continuera à terme à converger vers un renforcement des multinationales existantes et/ou vers l’émergence de nouvelles multinationales, se comptant encore et toujours sur les doigts de la main. Bien sûr , on héritera jamais que d’un système financier à la hauteur de notre (molle) implication politique et notre (toujours plus faible) engagement social, ce qui est très déprimant. Mais au final avec tout ça, préférerons-nous vivre dans un futur socio-économique déprimant et sur une injuste planète remplie d’épidémies et ne parvenant plus à nous nourir, ce en tant que seule espèce survivant dans des grottes asceptisées et à l’abris ? Ou bien préférons-nous vivre dans un futur socio-économique déprimant et sur une injuste planète, mais où dans la chaleur de l’été il existe encore au pied des arbres de l’ombre pour se rafraîchir et de l’air au-dehors pour respirer ?

  6. Je suis un peu étonné du contenu de ce blog.
    Prétendre que la majorité d’entre nous s’en fiche car ils ont voté NON à la loi CO2.
    Effectivement ces “inconscients” ne voulaient pas dépenser quelques centaines de francs.
    Le problème c’est que pour beaucoup de personnes quelques billets de 100 francs sont une urgence pour finir le mois.
    Concernant le cas de cette pauvre jeune fille Greta Thunberg, elle a pris le rôle d’une pythie de malheur répondant aux angoisses de bobos bienpensants. Il est étonnant que les services sociaux suédois ne soient pas déjà intervenus pour maltraitance et exploitation d’enfant.
    Mais il est vrai que grâce à ses « prémonitions » les gouvernements de tout bord peuvent enfin tout taxer avec la bénédiction de sainte Greta. Les bobos et fils à papa qui occupent la banque de Papa et maman pourront eux, payer. Ainsi ils s’achèterons une bonne conscience quant ils prendront l’avion pour leur petit week-end à Barcelone
    L’urgence climatique devient un merveilleux prétexte pour inventer de nouvelles taxes avec votre bénédiction. Hé oui ! on peut parfois avoir le rôle de l’idiot utile sans le savoir.
    Quand aux autres ; les gilets jaunes, les salauds de pauvres la question urgente ça reste la fin du mois et….. quelques billets de 10 francs.

    1. Votre commentaire est pénible.
      G Thunberg est atteinte du syndome d’Asperger qui est plutôt un signe d’une intelligence supérieure à la moyenne. Mais cela n’aide pas pour participer à la fête des vignerons.
      GT peut être comparée à Cassandre. Je vous rappelle que Cassandre prédisaient bien des malheurs et QUE CEUX CI SE REALISAIENT.
      Enfin la définition de taxe est :la contrepartie monétaire d’un service rendu par une personne publique et n’est jamais punitive au contraire de l’amende.

      1. Cher Robert,
        En quoi mon commentaire est pénible ? Est-ce parce qu’il est dérangeant ! Effectivement Greta Thunberg est atteinte du syndrome d’Asperger. Cela affecte la manière dont les personnes communiquent et interagissent avec les autres. Ces personnes décodent difficilement les situations de la vie quotidienne. Ces personnes ont besoin d’être aidées en permanence. Je maintiens donc ce que j’ai dis et je trouve honteux que son entourage exploite et utilise au profit d’une cause (aussi noble soit-elle) les troubles mentaux d’une enfant. Pour info cette maladie n’est pas un signe d’intelligence supérieur à la moyenne mais un signe de trouble et d’angoisse obsessionnel ce qui est malheureusement bien reflété par son comportement immature.
        Quant à votre définition de la taxe vous avez raison, mais je ne crois pas que cette dernière va beaucoup aider les personnes ne pouvant pas à la fin du mois remplir leur sac à la Migros ou la Coop.
        Enfin mon cher Robert faites partie de ces gentils bobos qui veulent payer leurs taxes pour soulager leur conscience ??. Dans le fonds rien ne change ; dans le temps on faisait des dons à l’église pour soulager sa conscience.
        Payez et vous serez pardonné! Allez en Paix mon Cher Robert

  7. Merci à tous ceux qui se donnent la peine de faire des commentaires.
    Merci en particulier à Charles pour son utile contribution.
    Je reste toutefois étonné du ton utilisé par beaucoup. Pour exemple, je cite les trois premiers intervenants à mon texte « Pas d’urgence ? » du 14 juillet :
    « Je ne savais pas que les prix Nobel consultaient les oracles !!! »
    « Vous devriez peut-être vous entretenir avec des juristes… »
    « Ne seriez-vous pas en train d’oublier d’observer, comme un scientifique le ferait, pour simplement regarder les télé d’infos… »
    Et bien non ! J’ai la chance d’apprendre beaucoup des juristes, très peu des oracles, et nous n’avons pas la télévision. Que répondre alors ?
    Autre étonnement. Le sujet du texte « Pas d’urgence ? » concerne le fait que beaucoup de mes contemporains ou des personnes d’âge mûr ne semblent pas avoir pris conscience de l’urgence climatique. Pourquoi ? Peut-être est-ce parce qu’il est bien difficile à ceux qui ont vécu les « Trente glorieuses » de se rendre compte qu’ils ont fait fausse route. J’espérais un échange autour de cette hypothèse. Jusqu’à présent, personne n’y a répondu.
    Le blog peut-il être un lieu de dialogue ?

    1. Effectivement. Si seulement les boomers n’avaient pas écouté les anti-nucléaires et maintenu les investissements et le renouvellement des centrales nucléaires.

      Le dérèglement climatique est la conséquence directe de ces enfants gâtés… on ne veut pas des centrales de charbon ou des éoliennes, mais des centrales nucléaires de nouvelle génération. La technologie est notre avenir, pas l’idéologie de la peur.

    2. Cher Jacques,
      Pour que ce blog soit un lieu de dialogue, il faudrait nuancer les affirmations apocalyptiques – sans possibilité de dialogue. Et se concentrer sur ce qui est central à vos propres yeux. Que voulez-vous? Que proposez-vous?
      Ce qui est central à mes yeux, c’est de retrouver du sens à la vie et de construire une société qui soit plus juste, en évitant les conflits entre les populations et cultures.
      C’est la base sur laquelle on peut construire des changements durables et sains.
      Mais si votre but, c’est uniquement de baisser le CO2, je ne vois aucun projet durable. C’est une abstraction.
      La guerre est un risque bien plus grand que le CO2 pour notre planète.
      Et donc, il faut bien prendre en compte les populations dans leur diversité et – ne pas considérer les petites gens comme des enfants gâtés qui doivent être châtiés par le maître d’école. Cela n’est pas vrai.
      A titre personnel, je n’ai pas connu les trente glorieuses – que vous avez connues. Mais diviser les gens, n’est pas une bonne stratégie.

  8. Waouw, tellement mieux les blogs du Temps, que les messages horribles sur Facebook !

    _et puis je viens même d’être cité par : Jacques Dubochet, Trop la classe 🙂

    (c’était sympa, on se revoit à l’occase; …avec Monsieur Giot, Jean-Pierre, J. Howard, Dorota R., Hugo M, Rafik, Pierre J. , Redel, Robert, Jea-Lou, et surtout Samy )

    Longue vie à tous ! 🙂

  9. Merci Monsieur Dubochet pour votre engagement pour notre pauvre planète.
    Je suis consternée par la réponse de nombreuses personnes exprimant clairement un refus de voir la réalité climatique et ses conséquences en face. Si on prend le courage de regarder cette réalité, cela peut être effectivement très dérangeant et faire peur. Puis, si on veut être en cohérence avec nos actions cela implique forcément un changement de nos habitudes. J’imagine, malheureusement, que pour beaucoup de personne c’est plus rassurant et confortable de mettre toute son énergie à nier le problème que de l’affronter. Personnellement c’est ce qui me déprime le plus, cette résistance à regarder la réalité en face.

  10. Chère Anja,

    Je l’ai déjà écrit, vu qu’on doit se justifier …

    Je n’ai aucun petit confort.
    Je n’ai pas de famille (inconciliable avec mon horaire de travail, mes contraintes professionnelles et le rejet de celles et ceux qui portent l’uniforme…), pas de voiture privée, pas de régime alimentaire carné, je n’ai pas vu mes parents depuis 7 ans car je ne prends pas l’avion… j’ai des heures supplémentaires non payées à gogo. Mes dernières vacances remontent à 2004, j’avais pris le tgv… J’ai pris le covid deux fois, une première non certaine en février 20, et en septembre de manière certaine (test pcr). Je suis doublement vacciné. Et je règle mon chauffage à 19°C, hiver compris.

    Mon empreinte carbone est donc quasiment nulle. Je ne suis pas une cause du réchauffement.

    Et vous? Vous souhaiteriez vivre les conditions de ma vie? et écouter p. ex. des gamins de retour de Barcelone vous traiter de *** ? ou lire M. Dubochet, quelqu’un d’éminemment respectable, considérer que l’intégrité de celles et ceux qui portent l’uniforme est sacrifiable sur l’autel du péril climatique?

    Le souci n’est pas l’existence du péril climatique, personne ne le nie (suffit de voir les images en Allemagne), mais la volonté de certains de dépasser l’idéal démocratique au nom de ce péril pour imposer des mesures autoritaires et faire comme s’il n’y aura pas de résistance.

    Vous écrivez “cette résistance à regarder cette réalité en face”. Et vous? quel prix êtes-vous prête à assumer pour imposer votre conception de l’urgence climatique aux rénitents? Macron a assumé des éborgnés, des blessés graves pour quelques centimes sur le prix du litre d’essence (avant de faire marche arrière). Et vous ? Quand il y aura des émeutes de la faim, non à cause du dôme de chaleur en Californie p. ex., mais des mesures que vous aurez imposées au nom du péril climatique sur les cultures et les transports. Vous ordonnerez de tirer à balles réelles sur les manifestants ? Pour une décision que vous aurez soutenue sur la base d’hypothèses?

    M. Dubochet me semble amha avoir intériorisé quelque part que le péril climatique causera des milliards de morts et il accepte de vivre avec l’idée que les mesures nécessaires auront un coût humain (qu’il espère le moins élevé que possible). Mais vous ? Vous prendrez ma place si je refuse ce coût et que j’entamerai une désobéissance civile pour ne pas imposer une force illégitime au nom du péril climatique sur notre population ? Vous tirerez alors à balles réelles sur un orphelin qui a faim ? Ou pensez-vous que la décroissance permettra de nourrir tout le monde?, alors que l’agriculture intensive n’y arrive pas…

    Imposer l’abandon de notre civilisation basée sur le carbone pour 2025 n’est pas soutenu par la population et a un coût terrible. Acceptez-vous de le porter ? Ou pensez-vous que la décroissance sera acceptée par 100% de la population ? L’idée est juste et belle, mais les conséquences de sa mise en œuvre … Et nous ne parlons pas de “confort” mais de survie…

    Très sincèrement, les images du film Mad Max ont marqué mon enfance. Et à chaque fois que je vous entends tous, de manière générale, plaider pour la fin du pétrole, comme si c’était un jeu, je revois les scènes de ce film…

    https://m.youtube.com/watch?v=m5hyLg7yZtI

    Oui, il faut décarboner notre civilisation, ne serait-ce déjà parce que le pétrole est une ressource limitée. Mais de manière démocratique et en offrant aux plus vulnérables de notre société le temps de s’y adapter. Cela nous obligera à vivre avec des catastrophes climatiques mais l’alternative est tout simplement tyrannique amha.

    1. Cher R,
      Oui je suis prête à payer le prix nécessaire pour changer radicalement la manière de vivre de notre société. En terme financier je suis prête à payer le litre d’essence 20-, et même plus si nécessaire. ( j’ai un salaire de 5000-) Je pense sincèrement que c’est rien par rapport à ce qui nous attends. Regardez en Allemagne, ça va coûter des milliards pour tout construire, et si ça recommence dans 3 ans……Sinon je ne prends plus l’avion depuis 10 ans, je me déplace essentiellement en train, j’achète le plus possible local, je consomme très peu, les vacances je les passe en Suisse ou en France….

      Je ne comprends pas le lien que vous faites entre le fait de regarder la réalité en face et si je serai prête à tirer sur un orphelin….? Évidemment que je ne suis pas prête à tirer sur en orphelin et en plus affamé mais malheureusement si nous n’agissons pas rapidement il risque effectivement d’avoir des orphelins affamés. Ce ne sont pas les mesures de décroissances qui vont créer des orphelins mais le fait de ne pas prendre de mesures. Que vous le vouliez ou non il y aura des changements mieux vaut qu’on s’y prépare afin que le choc soit moins violent.

      La grande majorité des gens en Suisse ont de quoi payer pour mettre ces changements en place. Sauf que je pense que la plupart des personnes ne veulent pas faire cet effort financier. C’est un choix, nous devons tous prendre le temps et réfléchir pour savoir quelles sont nos priorités .

      1. Et en dehors de la Suisse?
        Car la Suisse n’est pas la norme! Et elle n’est pas une île au milieu de l’océan
        5000frs, cela vous parait peu, mais à l’échelle des salaires en Europe, c’est énorme. 10x le salaire d’une personne en Europe de l’Est. 100x le salaire d’une personne en Afrique.
        Le niveau de vie en Suisse est juste un des plus élevés au monde.
        Alors, certes, nous pouvons nous payer un litre d’essence à 20frs. Mais si le chaos est dans le reste du monde, ne croyez pas que vous serez épargnée.
        Il faut des réformes justes, qui permettent aux gens plus pauvres de s’adapter sans entrer dans des cycles de violence.
        Ainsi, ce matin, j’entendais à la radio que bcp de petits paysans se mettent à la vente directe. Et c’est très bien. Mais pour faire la transition, il ne faut pas appauvrir les plus petits d’un coup, sinon on va droit dans le mur et vers la violence et la dépendance.
        On ne peut plus contineur à exploiter les pauvres ainsi. C’est inhumain. Aucun changement profond ne sera possible sans une redistribution des richesses et un changement de gouvernance. Il faut que nous en prenions conscience, car la Suisse est le siège de bien des multinationales et organisations internationales.
        Alors, certes, nous pouvons nous donner bonne consciences, mais cela ne sera absolument pas durable si les règles du jeu ne deviennent pas plus équitables.
        Le centre du combat, c’est les mutlinationales et les ressources naturelles qui sont accaparées par un tout petit nombre de personnes et d’états qui fixent les règles du jeu.

  11. “…beaucoup de mes contemporains ou des personnes d’âge mûr ne semblent pas avoir pris conscience de l’urgence climatique. Pourquoi ? Peut-être est-ce parce qu’il est bien difficile à ceux qui ont vécu les « Trente glorieuses » de se rendre compte qu’ils ont fait fausse route. J’espérais un échange autour de cette hypothèse. Jusqu’à présent, personne n’y a répondu.”

    Cher Monsieur Dubochet,

    Si personne n’a répondu à vos propos, ne serait-ce pas parce que vous les avez formulés en termes pour le moins ambigus? En effet, qui sont ces contemporains d’âge mûr qui n’auraient pas pris conscience de l’urgence climatique? Et qu’entendez-vous par ceux qui ont vécu les “Trente Glorieuses” sans s’être rendu compte qu’ils ont fait fausse route? De quelle route parlez-vous?

    Avec retard, permettez donc à l’un de ces “baby boomers”, enfants gâtés des Trente Glorieuses responsables aux yeux des jeunes générations, ou du moins d’une partie d’entre elles, de tous les maux de la planète – du réchauffement climatique, de la surconsommation, de la pollution, de la malbouffe et (pourquoi pas?) de la fonte de la banquise, du trou dans la couche d’ozone, du sida et même des marées et des vents solaires – de réagir à vos propos.

    Mais avant d’entrer en matière, par l’article de Wikipedia qui vous est consacré, j’apprends que vous êtes né en 1942 à Aigle. Moi, en 1946, à Genève, mais élevé à Leysin, que votre grand-père paternel a sans doute bien connu au temps de la station climatérique pour avoir été (toujours selon Wikipedia) l’un des directeurs du chemin de fer Aigle-Leysin. Veuillez donc accepter au préalable les salutations du Leysenoud à l’Aiglon.

    Venons-en maintenant à votre propos. N’est-ce pas dans les années soixante, soit au faîte des Trente Glorieuses (qui n’ont jamais eu de glorieux que le nom, vous en conviendrez) et même avant, que les René Dumont, André Gorz, Ivan Illich et Denis de Rougemont, père de l’écologie suisse, ont les premiers tiré la sonnette d’alarme sur les dangers du changement climatique, soit bien avant le rapport du GIEC de 1990? Comme d’autres personnalités marquantes de cette époque – les frères Kennedy, Martin Luther King, Dom Elder Camara et le pape Jean XXIII -, ils ont été pour beaucoup de ceux de ma génération d’inconscients enfants gâtés qui ont fait fausse route nos maîtres à penser, nos guides et nos phares. Or, dans le tintamarre odieux-visuel actuel, je n’en vois aucun équivalent.

    Vous êtes l’un des rares hommes de science et citoyen à prendre position au sujet de la question climatique en public. On ne peut que vous en féliciter. Mais à crier à l’urgence pour résoudre un problème connu depuis déjà près de trois-quarts de siècle, n’est-ce pas comme voir venir le beau temps après la pluie (sans allusions climatiques)? Ne pourrait-on pas, avec votre expérience et votre renommée, vous soupçonner de faire de la récupération de la jeunesse, voire de la démagogie?

    En janvier 1967, alors que j’étais étudiant et journaliste stagiaire en Californie, j’ai entendu Timothy Leary, ancien professeur de psychologie à Harvard, lancer devant quelques trente mille hippies réunis au Golden Gate Park de San Francisco lors du “Human Be-In” marquant le début du “Summer of Love” son slogan “turn on, tune in, drop out” (je m’abstiens de le traduire, car les traductions françaises sont toutes mauvaises à mon gré) qui allait devenir le mot d’ordre de la contre-culture. En bref, il incitait les jeunes à se révolter contre la société de consommation, à laisser tomber leurs études et la sacro-sainte triade Travail, Famille, Patrie et à se lancer dans leur propre quête sur les chemins de Katmandu (et autres pèlerinages hallucinogènes – Leary leur prescrivait en effet la drogue, et en particulier le LSD, invention d’un chimiste bâlois, comme réponse à leurs problèmes existentiels du moment).

    La suite, on la connaît: toute une génération, qui avait d’abord cru aux prophéties de leur guru du jour qui, lui, s’était bien gardé de renoncer à ses diplômes, a été récupérée par le système. Les révoltés de 1967 et, avant eux, ceux de 1964 sont retournés à leurs études et ont passé leurs examens. Les mandarins, qu’ils croyaient avoir déboulonné de leur piédestal, se sont empressés de s’engouffrer dans la brèche qu’ils avaient ainsi ouverte et se sont incrustés à leurs postes plus que jamais.

    Bien sûr, vous n’avez ni conseillé à vos étudiants et à vos suiveurs de renoncer à leurs études, ni ne leur avez prescrit la consommation de drogues en réponse à leurs interrogations. Pourtant, jusqu’à ce que la pandémie ne leur inflige un brutal coup d’arrêt, qui a usé et abusé de la consommation à gogo, d’EasyJet, de la bagnole, du smartphone et des réseaux sociaux? Dans les années soixante nous n’avions ni ordinateurs personnels, ni Internet, ni smartphones. Mes collègues journalistes et moi allions chercher nos informations sur le terrain par nos propres moyens, avec nos calepins et stylos pour seuls accessoires. Aujourd’hui, à l’heure où la connaissance est devenue accessible à tous et consommable dans l’immédiat, n’importe qui muni d’un smartphone peut se tenir au courant dans l’instant de tout ce qui se passe à travers le monde et même se transformer en “journaliste-citoyen”.

    Quant aux Trente Glorieuses, comme vous le savez très bien, cette appellation est trompeuse. Le destin de Leysin pourrait en fournir un exemple parlant. Quand l’ancienne station climatérique, qui avait acquis une renommée mondiale pour son traitement de la tuberculose, maladie encore incurable jusqu’à la découverte des anti-biotiques au milieu des années cinquante, a dû se convertir presque du jour au lendemain au tourisme de masse pour survivre, ce passage ne s’est pas fait sans douleurs. Je pourrais en parler en connaissance de cause, car mes parents dirigeaient une clinique privée qu’ils ont dû convertir en hôtel, eux aussi. Il a fallu convaincre une clientèle aux revenus souvent modestes – retraités ou personnes de toutes professions fournis aux nouveaux hôtels en contingents entiers par les grandes agences de voyage (Cook & Sons, Touropa et surtout le Club Mediterranée, qui avait racheté plusieurs anciens sanatoriums) – de dormir dans des lits occupés encore la veille par des tuberculeux. Les prix pratiqués alors défiaient toute concurrence: onze francs par jour pour une pension complète avec trois repas par jour, taxe de séjour comprise.

    Comme la plupart des habitants de la station, nous n’avions ni voiture, ni télévision, ni possibilités (ou alors très modestes) de nous offrir des vacances ou des voyages à l’étranger. Aujourd’hui, n’importe quel(le) employé(e) de bureau ou assistant(e) médical(e) peut s’offrir une escapade en Chine ou des vacances aux Maldives ou aux Galapagos. Dans certaines familles de ma connaissance, chacun a sa propre voiture.

    Nous nous rendions à l’école à pied. A Leysin, pour les gamins des hauts de la station, ceci se traduisait souvent par pas loin de deux heures de marche par jour. Aujourd’hui, il est devenu fréquent que les parents conduisent leur progéniture en voiture à leur école, souvent distante de quelques pâtés de maison de leur domicile.

    Les jeunes révoltés d’aujourd’hui me rappellent ceux notre temps, quand j’accompagnais les manifestants dénonçant la guerre du Vietnam dans les rues de San Francisco et de Los Angeles ou encore ce jour de mai 68, à Paris, quand, passant par hasard devant l’Odéon occupé, je me suis vu entraîné à l’intérieur par la foule que la police chargeait à coups de matraques et de gaz lacrymogène. Dans un amphithéâtre bondé, aux murs couverts de graffitis et de banderoles aux slogans léninistes-trotskystes-maoïstes, j’ai entendu la iitanie débitée non-stop sur le podium, avec la régularité d’un plan quinquennal, par les quatre évangélistes de l’heure – Krivine, Geismard, Sauvageot et Cohn-Bendit. J’ai dû lutter pour ne pas m’assoupir à leur “flumen aureum”, version petit livre rouge, tant il sonnait à mes oreilles comme une redite mécanique, psalmodiée par réflexe de psittacisme pavlovien, de ce que j’avais déjà entendu quatre ans plus tôt aux Etats-Unis.

    Mais je m’arrête là sur mes réminiscences, car je m’en voudrais d’abuser de l’hospitalité que vous offrez à vos lecteurs sur votre blog. Si mes quelques remarques ont pu contribuer à alimenter ce débat. comme vous le souhaitiez, vous m’en verriez ravi.

    Avec mes cordiales salutations chablaisiennes,

    A. Ldn

    1. Je suis heureux de voir la vivacité de la discussion suscitée par mon texte du 14 juillet. Merci aux contributeurs. Merci en particulier à A. Ldn qui, jusqu’à présent, me semble le seul à en venir à la question que je soulevais. Il propose la réponse suivante: “Si personne n’a répondu à vos propos, ne serait-ce pas parce que vous les avez formulés en termes pour le moins ambigus?”
      Il me semble que non. Je crois en particulier que vous avez fort bien compris mon propos. Mais justement, vous faites partie de cette majorité qui pense que, en ce qui concerne la crise du climat et de la vie, il n’y a pas urgence.
      Comme vous, je connais ce dont vous parlez. Je suis d’accord avec presque tout.
      Presque… avec une différence notable.
      Je fais partie de ceux qui sont bouleversés par la crise de la vie et du climat. Je la ressens comme un péril mortel pour mes enfants (en avez-vous ? ), pour tous les jeunes d’aujourd’hui, pour ceux des générations futures. J’ai peur pour notre civilisation.
      Pourtant, je suis aussi convaincu que la solution est dans nos mains.
      Alors j’y travaille, comme je peux, mais pour en parler, je ne suis pas bon.
      Puis-je vous prier de prendre connaissance de l’article de Julia Steinberger du 19 juillet dans Le Temps
      https://www.letemps.ch/opinions/climat-cauchemar-temps-reve.
      Elle dit ce que j’aurais aimé dire, en beaucoup mieux.
      Bonne lecture !

      1. Pour poursuivre, le débat: en quoi concrètement êtes-vous bouleversés?
        Je perçois votre peur de l’avenir, mais je trouve qu’elle n’est pas basée sur des éléments concrets.

      2. Merci à vous pour votre réponse, cher Monsieur Dubochet. J’ai lu avec attention l’article de Julia Steinberger, dont je suis avec intérêt, depuis déjà un certain temps, le projet « Living Well Within Limits – LiLi » (https://lili.leeds.ac.uk/). Parmi les nombreux thèmes qu’elle y aborde, je retiens celui-ci, qui me semble assez représentatif de sa pensée :

        « Energy is never consumed directly for its own sake, but for the sake of the services (warmth, light, mobility, energy embodied in products, including food) that it delivers. Energy services may thus hold the key to connecting energy use with social outcomes, as various combinations of energy services are likely to satisfy different dimensions of human well-being. »

        Il ne m’appartient ni de juger, ni de critiquer ses prises de position. Comment sa conception d’un monde fermé, collectiviste et interconnecté – car c’est bien ce modèle qu’elle propose – ne rappellerait-il pourtant pas plus d’une utopie passée, de l’avenir radieux des lendemains qui chantent au meilleur des mondes orwelliens? Ou encore ces villes sous cloche construites sur Mars, dont rêvent les nouveaux conquistadors de l’espace, les Elon Musk et Jeff Bezos ?

        En été 1974, au cours d’une traversée de l’ex-URSS, à Khabarovsk, dernière grande ville de l’extrême-orient russe, qu’y ai-je rencontré ? Des gens qui, frustrés par l’austérité de plus d’un demi-siècle de totalitarisme, ne rêvaient que de confort à l’occidentale, d’une maison ou d’un appartement à eux, autre que celui des logements sociaux, de voiture, de télévision, d’habits et de voyages à l’étranger. Bref, de consommation. Et qui envoyaient aux gémonies les autorités de Moscou, qu’elles jugeaient incapables de gérer leurs problèmes à huit fuseaux-horaires de distance.

        Or, je ne vois pas d’autre modèle dans celui que propose Julia Steinberger que celui contre lequel se révoltaient alors celles et ceux qui étaient sensés en être les premiers bénéficiaires. Dans son discours, il n’est en effet question que d’économie, devenue une fin en soi. Pas une seule fois je n’y ai lu le mot culture. Pourtant, les précurseurs de l’écologie actuelle, que j’ai cités dans mon premier commentaire, ne donnaient-ils pas la priorité à celle-ci, et non aux moyens et modes de production? On pense bien sûr d’abord à un Denis de Rougemont, fondateur du Centre Européen de la Culture et à l’origine du CERN. Mais on pourrait citer aussi Gottlieb Duttweiler. Que dirait le révolutionnaire fondateur de la coopérative Migros si, aujourd’hui, il apprenait que la bière est en vente libre dans ses succursales ?

        Même Lénine, qui avait d’abord promis la mort aux chefs d’entreprise, a fini par se rendre compte qu’il ne pourrait se passer d’eux, car si les usines étaient confiées aux seuls ouvriers, pensait-il, ils n’auraient tout simplement pas les compétences pour les gérer.

        Avec mes cordiales salutations dans l’attente de temps meilleurs, plutôt que de lendemains qui… sentent (comme dirait Alexandre Zinoviev).

        A. Ldn

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