Beau temps, bonne nouvelle

Aujourd’hui, le temps est radieux, les montagnes sont magnifiques et l’actualité nous surprend avec une joyeuse nouvelle.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) de l’OCDE est fort connue depuis 1974 pour son rapport annuel qui fait le point sur l’état de l’énergie dans le monde ainsi que sur les perspectives financières, économiques et techniques du domaine. Créée à l’occasion d’un choc pétrolier, et s’affirmant dans un monde où le carbone d’origine fossile représente 80% de l’ensemble de la production, on ne s’attend guère à ce que l’AIE soit un haut lieu de la pensée durable.

Il s’agit d’une feuille de route pour sortir des énergies fossiles d’ici 2050 avec tout ce qu’il faut pour y arriver. Pour commencer, dès maintenant (c’est-à-dire, cette année), ne plus mettre un sou dans la recherche de nouvelles sources ni lancer quelque projet que ce soit de centrale au charbon. Pour la suite, il s’agit vraiment de se mettre au travail. Par exemple, par comparaison avec le rapport de l’an passé celui de cette année demande que la production d’énergie renouvelable soit quadruplée d’ici 2030. Oui, vraiment, c’est une révolution à l’AIE.

Cette nouvelle est-elle vraiment importante ? Il est impossible de prévoir l’avenir; il est même diablement difficile d’évaluer le présent, mais j’ai le sentiment que le monde est dans un était qui ressemble celui de l’eau lorsqu’elle approche 100°C; tout circule, tout frémit et, très bientôt, ce sera le bouillonnement général.

Ne dites pas que mon optimisme est naïf. Laissez-moi ne pas bouder mon plaisir. Les occasions ne sont pas si fréquentes et la montagne est belle.

Et pourtant, j’imagine le ridicule mondial si la loi sur le CO2 n’est pas acceptée le 13 juin. Aïe, celle-ci, il ne faut pas la louper. Votons !

Jacques Dubochet

Jacques Dubochet, professeur honoraire à l'UNIL. Il a développé, dans les années 80, les fondements de la cryo-microscopie électronique qui lui ont valu un prix Nobel de chimie en 2017. Citoyen actif, il est préoccupé par l’impact de la science sur la société. Il croit que c'est la jeunesse qui surmontera la crise du climat et de la vie.

12 réponses à “Beau temps, bonne nouvelle

  1. L’AIE n’est pas contre les énergies fossiles. L’AIE a été créé pour défendre les intérêts géopolitiques des pays occidentaux pour disposer toujours d’énergie en suffisance – notamment pour réagir à la politique de l’OPEP dès les années 1960.
    Si vous croyez que c’est avec l’AIE que ce créera une société durable, vous n’êtes pas naïf, mais aveugle. Le but de l’AIE est, entre autres, de préserver la domination du monde occidental élargi d’un point de vue technologique et énergétique. C’est une vision géopolitique, qui ne se souciera jamais d’écologie – sauf d’un point de vue opportuniste et sans aucune vision durable.
    C’est vraiment dommage que vous ne perceviez pas à quel point une société durable ne peut pas se bâtir sur des bases si peu équitables.

    1. La Chine communiste a récemment construit une centrale électrique au charbon toutes les 2 semaines. En 2020, la part mondiale du solaire dans l’énergie vient de dépasser le 3% et est maintenant la source d’énergie la moins chère ! Mettons-nous au travail pour décarboner notre énergie et préserver notre biodiversité (22 mai : journée mondiale de la biodiversité, car NOUS sommes la solution).

      1. Encore ua solution n’est pas docrinale, mais de revenir aux fondamentaux:
        Quels sont nos besoins?
        Qu’est-ce qui pollue?
        Qu’est-ce qui est durable?
        Qu’est ce qui permet de vivre ensemble dans une économie solide et solidaire?
        Donc, désolé, mais ces prochaines années on se rendra vite compte que le problème n’est pas le carbone, ni le CO2 – mais la surconsommation (également d’Internet).
        Pour le reste, les panneaux solaires peuvent être durables.

    2. Une question à Samy pour son commentaire du 20/05/2021 à 18h57.
      Je ne comprend pas votre remarque. Avez-vous lu mon texte ?

      1. @Jacques Dubochet
        Oui, j’ai bien sûr lu votre texte!
        Ma remarque est simple – l’AIE ne représentera jamais une réponse durable. Si vous voulez construire une société durable, il faut commencer par réunir les acteurs qui souhaitent VRAIMENT une société durable, pas ceux qui souhaitent maintenir leur hégémonie économique coûte que coûte (ce qui n’est pas une pensée durable, mais plutôt de la guerre économique).
        L’AIE, cela n’est que de la géopolitique occidentale de l’énergie. Il n’y a aucune révolution, juste une adaptation de la doctrine pour tenter de conserver la suprématie occidentale sur le reste du monde – dans un monde où le pétrole facilement accessible diminue.
        Quant à la société durable, elle pourra se développer – quand nous prendrons conscience que la surconsommation et la spéculation sont la source de tous nos problèmes. Pas le CO2.
        Donc, si vous voulez taxer, taxez ceux qui produisent des biens volontairement obsolètes. Favoriser les productions locales et durables. Taxez les transactions financières (qui nécessitent aussi bcp d’énergie).
        Ce seraient des bases bcp plus durables que de suivre l’AIE en espérant que l’AIE soit devenue vertueuse. l’AIE est un reste du colonialisme européen. Elle ne sera JAMAIS durable dans son esprit.

  2. «Laissez-moi ne pas bouder mon plaisir. Les occasions ne sont pas si fréquentes et la montagne est belle.»

    Vous avez raison : merci pour cette superbe vue des dents de Veisivi avec le pigne d’Arolla en arrière-plan (vraisemblablement prise depuis Villaz).

    Je vous recommande une bonne entrecôte avec un os à moelle au restaurant du Col de Torrent, une croûte au fromage du chef aux Collines ou une tomme des Haudères de l’épicerie de la Sage.

    Mais je suppose que vous connaissez déjà tout ça …

    1. C’est sans doute un régime de gauche. Et combien de calories dans “tout ça”?

  3. J’ai commencé à lire le dernier rapport de l’IEA. Oh, à dose homéopathique et quand j’ai cinq minutes à perdre. Bigre, 224 pages à se farcir, et ce n’est pas du Stieg Larsson. Au début, je suis dans ma zone de confort. Des dizaines de publications du même acabit ont déjà dit plus ou moins la même chose: le GIEC, les COP, Bill Gates, BP et les compagnies pétrolière, l’OFEN, UBS et les banques, Avenir Suisse, Voellmy & Zürcher, …Sans surprise, le rapport IEA part du postulat: ΔT < 1.5° C implique net zéro carbone en 2050 (NZE pour les initiés). Postulat: “Proposition que l'on demande d'admettre avant un raisonnement, que l'on ne peut démontrer et qui ne saurait être mise en doute.”
    Ça se présente pas très bien. Je jette néanmoins un coup d’œil à la suite. Je suis d’abord surpris en bien. Plein de beaux dessins en couleur qui me font penser aux albums de coloriage de mes petits enfants. Des courbes qui vont dans tous les sens, des tableaux, des diagrammes, des camemberts, des thermomètres partout. Mais, simultanément, je panique un peu, en me rendant compte que si je veux comprendre quelque-chose, je vais devoir apprendre ce que sont les modélisations numériques WEM et ETP, couplées aux modélisations GAINS et GLOBIOM ! … (p. 49, no comment!).
    Là, je me dis que je vais sans doute renoncer à aller plus loin, ne serait-ce que pour utiliser mon crédit carbone à de meilleures fins. Je demande donc par anticipation l’indulgence de mes concitoyens si je ne parviens pas à lire intégralement la bible avant de voter le 13 juin.
    Les apôtres du climat ont bien besoin d’une nouvelle effusion du Saint-Esprit.

    1. Quand on a rien à dire sur le fond… on critique la forme…
      Comme Monsieur Dubochet l’avait joliment dit dans un précédent ticket “Beaucoup le savent, peu y croient, personne n’en tire les coséquences”

    1. Bonjour Tambora II, merci pour votre excellent commentaire. Il m’inspire deux remarques.
      Comme l’explique très bien l’article de Wikipedia que vous mentionnez, l’histoire montre qu’une grosse éruption volcanique peut avoir un effet substantiel sur le climat. L’éruption du Tambora a eu lieu en 1815; l’année 1816 fut « l’année sans été ». Le livre de W. Behringer l’explique en 400 pages. (Behringer, W. (2015). Tambora und das Jahr ohne Sommer. München: C.H.Beck.)
      On sait par exemple qu’une des conséquences de ce refroidissement fut que Mary Shelley, s’ennuyant dans le mauvais temps à Genève en profita pour écrire son roman Frankenstein.
      Les montagnes furent aussi touchées. Un habitant du haut val d’Hérens (voir l’image en tête de chapitre) m’a récemment fait savoir que, durant l’été de 1816, la neige n’a pas fondu en dessus de 2000m. L’hiver suivant, la nouvelle neige s’accumula sur l’ancienne. Vinrent ensuite l’été 1817, la grande fonte et de terribles inondations lorsque la température fut redevenue normale. Pour des raisons que je ne connais pas, mais que j’espère encore comprendre, la haute vallée d’Hérens résista mieux que le bas à ces deux années terribles. L’évêque de Sion aida les uns à aider les autres et c’est ainsi que, des ménages d’en haut reçurent des vignes d’en bas en compensation. Jusqu’il y a peu, ces propriétés viticoles faisaient partie du patrimoine de certaines familles hérensardes.
      Je reviens à votre question. Ne pourrait-on pas profiter d’un tel phénomène pour lutter contre le terrible échauffement climatique qui met notre civilisation en danger ?
      Bon ! Disons d’abord que l’on ne va pas attendre la prochaine grande éruption pour nous sauver. On n’a pas le temps.
      Par contre, sous d’autres formes, beaucoup y pensent. La méthode s’appelle géoingénierie. Elle attire beaucoup de recherches et beaucoup d’investissements – très mal coordonnés. Imaginez, par exemple, de lancer dans l’espace de grandes voiles qui retiendraient les radiations du soleil ; ou bien, comme un volcan, de lancer artificiellement des particules fines dans la haute atmosphère ; ou encore, pourquoi pas, d’ennuager le ciel par des traînées d’avions, bien plus nombreuses encore qu’au meilleur temps précovid. Je plaisante (mais ce n’est pas drôle). Le fait est qu’il y a pléthore d’idée. Peut-être qu’une fois, certaines pourront servir, mais ce ne sera pas avant très longtemps et elles demanderont des moyens gigantesques. Et puis, il y a un problème supplémentaire qu’il ne faut surtout pas négliger. Imaginez que mon pays se dessèche ; imaginez encore que je trouve le moyen d’attirer chez moi le peu de pluie restant dans l’air ; que vont dire mes voisins ? L’échauffement climatique est un problème mondial. Il ne pourra se résoudre que globalement. Non seulement il faudra inventer la méthode, il faudra aussi apprendre à l’utiliser pour le bien collectif, sinon, ce sera le chaos. En attendant, la voie pour sauver notre climat est claire : il faut sortir de la civilisation du carbone fossile.
      Ce que j’ai écrit au § précédent n’est pas tout à fait correct. Il existe une méthode de fixation du CO2 atmosphérique qui fonctionne magnifiquement bien. Il s’agit de faire pousser la végétation pour que le CO2 ainsi fixé reste au sol. C’est ce que sait faire l’agriculture durable, mais ce n’est pas ce que fait l’agriculture intensive de notre temps moderne.
      Encore une raison de voter pour l’agriculture naturelle le 13 juin !

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