Congé-paternité : OUI au contre-projet !

Chère Jessica,

Le 20 juin 2019, le Conseil des Etats a approuvé un contre-projet à l’initiative “Pour un congé de paternité raisonnable − en faveur de toute la famille” sous la forme d’un congé-paternité de deux semaines financé par le régime des APG. Au début du mois de juillet 2019, la Commission des finances du Conseil national a suivi notre Chambre haute. Puisse la Chambre basse en faire de même lorsqu’elle sera saisie de cet objet en plénière !

Un congé-paternité de deux semaines, ce n’est pas seulement améliorer les possibilités pour les parents de concilier leur vie de famille avec leur vie professionnelle. C’est également revaloriser le rôle des jeunes pères, tout en permettant à ces derniers de soutenir les jeunes mères dans les premiers jours qui suivent la naissance de leur enfant, ce qui renforce l’égalité des chances entre femmes et hommes sur le marché du travail.

En 2015, une étude de l’Université d’Oslo a même démontré que le congé-paternité favorisait une implication précoce du père sur le plan éducatif, ce qui a un effet positif sur les capacités d’apprentissage des enfants et leurs performances à l’école, en particulier celles des filles.

Je te lis d’ores et déjà m’écrire que ce contre-projet, ce n’est pas grand chose, voire que c’est la moindre des choses. Que beaucoup de grandes entreprises offrent déjà un congé-paternité de deux semaines ou plus à leurs employés. Qu’il serait préférable d’envisager un congé parental plus long, dont tout ou partie pourrait être pris d’un commun accord entre les parents. Sans doute.

Je te lis également me dire que, dans les pays nordiques, les congés parentaux octroyés sont beaucoup plus longs. Certes.

Néanmoins, nous ne connaissons pas − fort heureusement, d’ailleurs − une fiscalité comparable à celle de ces Etats.

De plus, notre économie, qui est constituée dans son immense majorité de petites et moyennes entreprises, souffrirait d’une introduction subite d’un congé parental aussi long et aussi coûteux que dans ces pays-là.

En Suisse, c’est grâce au Parti libéral-radical que les grandes avancées sociales ont été rendues possibles. L’AVS et le congé-maternité en sont de bons exemples. Le congé-paternité en sera un troisième, j’en ai la conviction.

On en reparle autour d’un café ?

Murat Julian Alder

Murat Julian Alder

Murat Julian Alder est né en 1981 à Bâle, a grandi aux quatre coins du monde et vit à Genève depuis 1999. Avocat au Barreau de Genève, il est député libéral-radical au Grand Conseil genevois depuis 2013. Il a été vice-président du PLR genevois entre 2011 et 2015.

5 réponses à “Congé-paternité : OUI au contre-projet !

  1. Cher Murat,

    Je lis avec beaucoup de plaisir votre premier post et suis surprise très agréablement de cette idée d’échange entre partis au lu de tous et qui ne peut être que très bénéfique pour notre canton. Un énorme bravo à vous deux en espérant pouvoir vous lire souvent et longtemps.

    Concernant le sujet du jour, me voici, comme très souvent, entièrement d’accord avec les positions de votre parti mais néanmoins inquiète pour les PME.

    Supporter un congé-maternité qui est parfois pour ne pas dire souvent précédé d’un congé-maladie partiel ou total plus ou moins long pour leurs employées devant mères et en plus voir s’ajouter à cela deux semaines pour les employés devenant pères, me semble exagéré et dangereux pour certains employeurs. Bien entendu que le congé parental est financé par les assurances, il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus mais les coûts de cette absence sont considérables financièrement et moralement pour l’employeur ou pour les collègues de ces “nouveaux parents”.

    Etant devenue mère par deux fois, j’ai pu me rendre compte de la charge invisible infligée à mon employeur de l’époque et à mes collègues qui ont dû prendre en charge mon travail. Pour les employeurs qui décident d’engager une personne en mission temporaire, il faut bien entendu perdre un peu de temps à la former, etc.

    Ceci-dit, maintenant ce congé maternité de 16 semaines est intégré par nos entreprises et assumé ainsi. Ne serait-il pas possible d’en étendre une partie au choix des parents à pouvoir se partager ce congé, il deviendrait alors un congé “Parental” ? il y a un certain nombre de semaines de congé (8 si je ne me trompe pas), où la mère ne peut pas reprendre le travail, mais il en reste au-moins 8 qui pourraient être partagées entre les parents, d’un commun accord.

    Cela me semble plus juste pour les entreprises et surtout pourrait voir l’égalité des salaires entre hommes et femme devenir une réalité. Cela permettrait aux pères de se voir donner toute l’importance qu’ils méritent et leur donnerait une certaine légitimité “officielle” à s’occuper de leur enfant et à être nécessaires dans leur soin et développement.

    Cette idée viendrait conforter la nouvelle direction que souhaite prendre la loi dans le droit de la famille lorsqu’elle oeuvre pour que la garde partagée soit la règle et que l’autorité parentale conjointe soit actuellement la norme. L’enfant est le fait de ses deux parents, il convient à nos autorités d’en avoir un message clair qui ne laisse pas le doute à l’interprétation. Père et mère sont nécessaires dans le développement de l’enfant et de facto, l’enfant a le DROIT d’avoir la chance de voir ses deux parents égaux face à la loi et ayant les mêmes droits et considération, …

    A réfléchir peut-être, … et autour d’un café avec plaisir 😉
    Nati

    1. Chère Nati,
      Un grand merci de votre intérêt pour notre blog et pour vos réflexions de ce jour !
      Plusieurs voix s’élèvent, notamment au PLR, pour accorder aux parents un congé parental de l’ordre de 16 semaines ou plus, qui pourraient être librement réparties entre le père et la mère, en réservant un minimum de 8 semaines à cette dernière conformément aux recommandations internationales en la matière. Pourquoi pas !
      Cela étant dit, je peux également comprendre le discours de celles et ceux qui voient les 14 semaines actuelles comme un acquis des mères sur lequel il n’y a pas lieu de revenir.
      On en parlera volontiers autour d’un prochain café !
      Murat

  2. Bien, mais cette « 3ème avancée sociale » est d’une timidité discrète. Vous vous référez à cette étude d’Oslo, mais oubliez de préciser qu’en Norvège le congé parental est de 36 semaines partagé non simultanément par le couple, que les crèches acceptent tous les enfants dès 11 mois, ce qui n’a rien à voir avec ce qui se passe en Suisse. Vous justifiez votre recommandation du contre projet, qu’il respecte les petites entreprises et qu’il ne va pas augmenter les impôts. Dans les pays du nord, Norvège aussi, les impôts sont certes plus importants, on est d’accord, mais le retour social est important et les citoyens ne s’en plaignent pas, bien au contraire. En Suisse c’est presque idem, mais c’est le citoyen qui en assume personnellement le coût financier (crèche, assurance maladie, etc.).
    Je suis d’esprit libéral et j’y tiens fermement, mais à l’opposé de l’UDC que le PLR imite trop souvent, car je suis aussi pour un soutien social beaucoup plus conséquent, car c’est un important facteur de cohésion d’une société, contrairement à cet esprit néolibéral tellement dévastateur sur le plan humain et de plus en plus inadéquat. Une augmentation d’impôt ne me gène pas si en contre partie l’effort social collectif est proportionnel et respecté à tous les niveaux.
    Le facteur climatique (air, eau, terre) risque dans un avenir proche, de prendre de plus en plus d’importance. Dans cette hypothèse vraisemblable, le collectif va logiquement largement supplanter l’individualisme actuel. Le politique suisse ne semble pas l’avoir imaginé ou envisagé.
    Cela dit le fonctionnement démocratique suisse a joué son rôle, les partis et leurs dogmes rigides se sont affrontés, en dépit des changements de la société qui ont une fois de plus été mal compris, et je pense qu’elle aurait pu mieux faire. On verra le résultat de la votation.
    Ce nouveau blog est pertinent et va vous permettre, vous politiciens, de mieux connaître les votants en lieu et place du cercle fermé des sympathisants habituels et donc un enrichissement de notre démocratie.

    1. Bonjour Delaplanete,
      Un grand merci de votre intérêt pour notre blog et pour vos réflexions de ce jour qui viennent enrichir le débat.
      Le PLR n’imite aucun parti, il défend ses valeurs et ses idées, dans un esprit d’ouverture au débat avec les autres partis.
      Sur la conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle, on ne peut pas vraiment dire que le PLR adhère à la vision “Kirche, Küche, Kinder” qu’ont l’UDC et une partie du PDC.
      Vous soulevez le facteur climatique ; nous y reviendrons probablement à l’occasion d’échanges ultérieurs.
      Bien à vous,
      Murat

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