En train vers les nuages dans la cordillère des Andes

Au nord-ouest de l’Argentine, les villes de Salta et Jujuy sont la porte d’entrée de la partie andine du pays, où l’on sillonne des montagnes colorées dans l’un de trains les plus hauts du monde. Un chef-d’œuvre d’ingénierie, construit en 1921 pour traverser la cordillère et transporter vers la mer les immenses richesses minières de la région. Aujourd’hui c’est le lithium qui attise toutes les convoitises. 

Telle la palette d’un peintre, la montagne aux Sept Couleurs coiffe la bourgade de Purmamarca, nichée dans la cordillère des Andes, en territoire argentin, près de la frontière avec la Bolivie et le Chili. C’est l’un des endroits les plus arides de la planète, où les mouvements telluriques et le retrait de la mer ont créé, il y a des millions d’années, un relief rugueux, composé de canyons (appelés quebradas) et sommets aux différentes tonalités de rouge (dérivé de l’oxyde de fer), vert (dérivé du sulfate de fer) et jaune (dérivé du manganèse). Au fond de la vallée pointent des tâches vertes de végétation, mais au fur et à mesure qu’on prend de la hauteur, seuls des cactus isolés survivent dans ce paysage lunaire, tendant leurs bras comme pour implorer le ciel.

La montagne aux sept couleurs © Isolda Agazzi

C’est l’Argentine andine, habitée par des peuples autochtones qui descendent des Incas et parlent encore le quechua. Largement massacrés au 16ème siècle, lors de la conquête espagnole et de la fièvre de l’or, ils constituent une population à part, attachée à ses racines et à sa culture. Très catholiques, ils vénèrent aussi la Pachamama, la Terre mère, qu’ils célèbrent au mois d’août en enfouissant dans le sol de l’eau, de la nourriture et… leurs soucis. Ils sont agriculteurs et bergers. Ils cultivent du tabac, de la canne à sucre, des pommes de terre, du quinoa, du maïs et des fruits et élèvent des lamas, des guanacos, des vigognes, des moutons et des chèvres. La vie est rude. L’hiver, la température peut descendre jusqu’à – 20 degrés, mais depuis une dizaine d’années les maisons sont équipées de panneaux solaires et il y a un peu plus de confort.

Purmamarca, une bourgade andine tendance bobo

Purmamarca © Isolda Agazzi

On arrive à Purmamarca par une route escarpée aux innombrables virages, qui grimpe à flanc de coteau depuis San Salvador de Jujuy. Pour éviter le mal d’altitude, on mâche consciencieusement des feuilles de coca, un vaso-dilatateur qui stabilise la pression sanguine. Introduite par les Incas il y a plusieurs siècles, cette plante est parfaitement légale dans toute l’Argentine, même si elle n’y pousse pas – nous mâchons donc des feuilles importées de Bolivie. Abondamment utilisée en pharmacopée et cosmétique, elle sert à fabriquer des médicaments, des shampoings et… des rouges à lèvres.

Purmamarca est une bourgade nonchalante, aux maisons en pisé et bois de cactus, devenue relativement bobo et touristique depuis que la vallée a été classée au Patrimoine mondial de l’Unesco et que le réalisateur argentin Gaston Duprat y a tourné son dernier film, Mi Obra Maestra. Sur la place centrale, les marchands exposent des tapis, sacs et pulls bariolés. Un troubadour entonne des mélopées traditionnelles et une chanson à la gloire de Che Guevara, le mythique héro argentin de la révolution cubaine.

Salinas Grandes et le lithium, le nouvel or blanc

En continuant à monter, on arrive à Salinas Grandes, un désert de sel situé à 3’350 m d’altitude, d’où l’on extrait un sel volcanique dépourvu d’iode. La blancheur éclatante du salar  à perte de vue et la très forte réverbération peuvent créer d’étonnantes illusions optiques, mais là non, nous ne rêvons pas : un panneau péremptoire,  « No al litio » trône à l’orée de la saline, dans l’indifférence des touristes.

Salinas Grandes © Isolda Agazzi

Le lithium, présent en grande quantité sous cette saline et celles environnantes de Salar del Hombre Muerto à Catamarca, est devenu le nouvel or blanc de la région – nord de l’Argentine, Chili et Bolivie – et le moteur de la nouvelle économie connectée. Entrant dans la composition des batteries qui alimentent nos téléphones, ordinateurs et voitures électriques, il suscite un engouement croissant de la part des entreprises et des gouvernements, mais l’opposition d’une partie des communautés locales en raison de la grande quantité d’eau douce nécessaire à son extraction, dans une région qui en manque déjà cruellement.

Batteries pas fabriquées sur place, pour l’instant

Beaucoup moins connue que les autres pays du « triangle du lithium », l’Argentine est désormais le 3ème producteur de ce minerai au monde, après l’Australie et le Chili. Si la production n’y atteint pas encore celle du désert d’Atacama au Chili, 53 projets d’extraction sont en cours dans les provinces de Salta, Jujuy et Catamarca, financés par des capitaux étrangers à hauteur de 2 milliards USD.

Comme ses voisins, l’Argentine exporte seulement la matière première, mais elle pourrait commencer à fabriquer des batteries sur place pour ajouter de la valeur et créer des emplois. L’année passée, l’entreprise publique Jemse a conclu une joint-venture avec la société italienne SERI, mais la production n’a pas encore commencé. Auparavant l’ancien président bolivien Evo Morales – actuellement en exil en Argentine – avait essayé d’industrialiser la production de lithium en Bolivie en associant l’entreprise publique YLB à la société allemande ACI Systems, mais le nouveau gouvernement de transition de Jeanine Anez a annoncé son intention d’annuler le contrat.

 

San Antonio de los Cobres © Isolda Agazzi

Le train vers les nuages

C’est pour exploiter l’extraordinaire richesse minière de la région que fut construit le légendaire Tren a las Nubes, ou Train vers les Nuages – qu’en français on continue à traduire par l’ancienne appellation de Train des nuages, nettement moins poétique. L’ingénieur américain Richard Maury rêvait de construire un chemin de fer qui parcoure toute la cordillère des Andes, mais il dut revoir ses ambitions à la baisse. En 1921 il commença la construction d’un train qui, de la ville de Salta, atteignit le Col de Socompa, à 3’800m d’altitude, où il rejoignit la ligne chilienne. Il fallut près de 30 ans pour construire le troisième train le plus haut du monde, qui traverse 29 ponts, 21 tunnels et 13 viaducs et qui, au lieu d’utiliser le système de la crémaillère, monte par zigzag en s’inspirant de la façon dont les animaux gravissent les montagnes. Un exploit pour l’époque !

Aujourd’hui, faute d’investissements, la ligne ferroviaire est réduire à sa portion congrue, mais peut-être la plus spectaculaire. On emprunte la dizaine de wagons peints en bleu sur 22 km, de San Antonio de los Cobres, une grosse bourgade minière, au vertigineux viaduc de la Polvorilla. Tirés par une locomotive thermo-diesel qui dégage une épaisse fumée noire, on traverse des terres arides et inhospitalières, on passe aux pieds de volcans éteints depuis des millions d’années et on borde des eaux thermales. On entrevoit aussi plusieurs mines abandonnées d’où l’on extrayait du plomb, du zinc et de l’argent.

 

Le viaduc de la Polvorilla © Isolda Agazzi

Le viaduc de la Polvorilla et l’élan patriotique argentin

Le service marchandises, par contre, continue à fonctionner jusqu’au port international d’Antofagasta, au Chili, pour transporter surtout du lithium et le matériel nécessaire à son extraction. Tout comme les camions, dont le ballet incessant ponctue la Ruta 40, qui longe le chemin de fer et traverse toute l’Argentine du nord au sud, jusqu’à Ushuaia.

Le clou du voyage est le viaduc de la Polvorilla, d’une hauteur maximale de 63 mètres et qui culmine à 4’220 m d’altitude. Il a été construit par Richard Maury avec l’aide de l’ingénieur Gustave Eiffel, qui avait fait ses preuves avec la fameuse tour. On le traverse en grande pompe, au son solennel des Chariots de feu. Une femme souffrant du mal d’altitude souffle dans le masque à oxygène. Touchant le ciel avec un doigt, un touriste du Paraguay pose un genou à terre et demande sa belle en mariage. Descendus du train, les Argentins, très patriotiques, entonnent l’hymne national en regardant le drapeau se hisser.

Salta, danseuses de folklore © Isolda Agazzi

Salta la belle, petit bijou d’architecture coloniale

Retour à Salta, surnommée «la belle », la capitale régionale, qui conserve quelques beaux bâtiments coloniaux. Sur la place centrale, des groupes folkloriques composés d’enfants et de  jeunes chantent et dansent la zamba et la chacarera, des danses populaires du nord de l’Argentine, encore très répandues. Les passants s’arrêtent pour les écouter en dégustant un tamale ou une humita, une pâte de maïs concassé emballé dans des feuilles. Au restaurant, on tente le asado (rôti) de lama – une viande maigre, très fibreuse -, de chèvre ou de lapin, accompagné des immanquables empanadas saltenas, les meilleures d’Argentine, paraît-il. Dans les rues animées de la ville on découvre des ateliers de collage et des cours de quechua et de folklore.

« Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas et les Argentins des bateaux » affirmait le poète mexicain Octavio Paz, en référence à la forte vague d’immigration européenne du 19ème  siècle. Rien n’est plus faux. Ce pays a aussi une très forte identité autochtone et andine que les Argentins semblent friands d’apprendre à connaître autant que les étrangers.


Une version de ce reportage a été publiée par l’Echo Magazine

Au Soudan, une révolution féministe et intercommunautaire

Photo: manifestation sur la Place des Nations à Genève, 25 juin 2019 © Isolda Agazzi

Il y a un an, Omar Al Bashir était chassé du pouvoir, après avoir dirigé le Soudan d’une main de fer pendant trente ans. Invitée par le FIFDH début mars, Alaa Salah, l’icône de la révolution soudanaise, a fait souffler sur Genève un vent d’espoir particulièrement bienvenu

Une amie russe me confiait récemment que cette période morose lui rappelait son enfance en URSS, lorsque les gens n’étaient pas libres de leurs mouvements et leurs décisions et les étals des magasins désespérément vides, « même si là-bas ils étaient vraiment vides, pas comme ici aujourd’hui… !»

Dans cette atmosphère lourde, où toutes les manifestations sont annulées et il ne reste plus qu’un sujet de conversation (et d’écriture), le FIFDH (Festival du film et forum international sur les droits humains) a fait souffler sur Genève, début mars, un vent de liberté et d’optimisme. Ayant réussi à s’adapter en un temps record à l’urgence sanitaire, il a transféré une partie de sa programmation sur internet et nous a offert quelques belles rencontres. A commencer par celle avec Alaa Salah, une étudiante en architecture devenue l’icône de la révolution soudanaise.

Alaa Salah © FIFDH Miguel Bueno

Révolution pacifique

Il y a un an presque jour pour jour, Omar Al Bashir était renversé par un coup d’Etat militaire, après avoir dirigé le Soudan d’une main de fer pendant trente ans. Sa chute marquait le point d’orgue des manifestations déclenchées trois mois auparavant par le doublement du prix du pain. «Mais nous avons continué à manifester car c’est tout le régime répressif que nous voulions faire tomber, a expliqué la jeune militante. Le 3 juin, il y a eu une grande répression [par la junte militaire], mais nous sommes toujours restés pacifiques. Jusqu’à aujourd’hui, personne ne porte d’armes, c’est la plus grande victoire du soulèvement. Il y a deux mois, une loi a été promulguée pour mettre fin aux activités des Frères musulmans, nous avons donc obtenu gain de cause dans notre première revendication.»

En effet, comme le montre Soudan, les femmes en première ligne, un film de Arte diffusé par le FIFDH, le dictateur avait instauré un régime militaro-islamiste qui interdisait aux femmes, par exemple, de danser et porter un pantalon. La police des mœurs arrêtait chaque année 500’000 Soudanaises et les relâchait après paiement d’une amende. Une campagne de terreur qui a longtemps alimenté les caisses du régime.

Les Darfouris se sont joints aux manifestations

Les femmes ont été les piliers de la révolution, tout comme les étudiants et l’Association des professionnels du Soudan, longtemps clandestine, composée de syndicalistes, médecins, avocats et commerçants. Dans le film on voit les femmes haranguer les foules et lancer de nouveaux slogans : « Les filles soyez courageuses, cette révolution est la révolution des femmes ! » ou encore : « Les femmes veulent des droits et on ne renoncera pas ».

Aujourd’hui le processus de transition continue. Les femmes débattent de la fin des mutilations génitales, d’éducation, d’accès à la justice. L’effervescence révolutionnaire les réunit, tout comme les communautés. « On a grandi avec la ségrégation et la rivalité entre tribus. Mais la nouvelle génération n’acceptera jamais que ça continue ! » Lance une jeune fille. C’est que  les Darfouris se sont joint aux manifestations et la foule se prend à rêver d’une société unie, qui accueillerait toutes les communautés. « Il y a eu plus de 300’000 morts au Darfour, mais on ne pouvait rien dire. Maintenant c’est fini, tout le monde doit être traité de la même façon au Soudan », lâche une femme.

Omar Al Bashir devrait être livré à la Cour pénale internationale

L’espoir est permis. Le 5 juillet 2019, un Conseil de souveraineté a été formé, composé de cinq militaires, cinq civils et un onzième membre, élu par consensus. Il est chargé d’assurer la transition démocratique jusqu’à la tenue d’élections en 2020. Mais le processus est fragile : le 9 mars dernier, le premier ministre, Abdallah Hamdok, qui dirige le gouvernement, a été visé par un attentat – il en est sorti indemne.

Quant à Omar Al Bashir, le 11 février le gouvernement de transition a accepté de le livrer à la Cour pénale internationale pour répondre de génocide et crimes de guerre dans le conflit au Darfour qui, en 2003, avait fait près de 300’000 morts.


Une version de cette chronique a été publiée par l’Echo Magazine

L’ONU demande d’effacer la dette des pays en développement en difficulté

Alors que, sur le plan sanitaire, le coronavirus frappe encore faiblement les pays pauvres, les conséquences économiques de la crise pourraient être catastrophiques. Les travailleurs des usines textiles qui ferment, faute de commandes, sont parmi les premiers touchés. La CNUCED demande un plan d’urgence de 2’500 milliards USD.

« L’économie mondiale ralentissait déjà l’année dernière. En septembre nous avons mis en garde contre le danger d’une récession, mais nous ne nous attendions pas à un choc pareil. C’est un choc différent, qui touche aussi bien l’offre que la demande. Il a déjà frappé les économies avancées et il commence à toucher les pays en développement et surtout l’Afrique » déclarait aujourd’hui Richard Kozul-Wright, chef de la division globalisation et stratégies de développement de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) au Club suisse de la presse à Genève.

Et le chef économiste d’expliquer que les sorties de capitaux des pays en développement ont été très rapides, plus rapides même qu’au début de la crise de 2008-2009. Les exportations sont en déclin, ce qui est particulièrement dommageable pour les pays exportateurs de produits de base, dont les prix s’effondrent. Au final, ce sont des pressions négatives sur des pays lourdement endettés, en Afrique et ailleurs. « C’est le cocktail parfait pour un cercle vicieux déflationniste.»

Pour faire face à la tempête qui s’annonce, l’agence des Nations Unies vient de demander un plan d’urgence de 2’500 milliards USD. La première mesure, peut-être la plus spectaculaire, est l’annulation de la dette des pays en développement qui ne peuvent pas payer, à hauteur de 2’000 – 3’000 milliards USD, dont 1’000 milliards cette année.

Le Club de Paris vient d’annuler 1,4 milliards de la dette de la Somalie

Mais est-ce réaliste ? « Il y a un vide énorme dans l’architecture financière internationale en matière de désendettement et de défaut de paiement, nous répond-il. Depuis des décennies, nous disons qu’il faut un mécanisme de faillite au niveau international tel qu’il existe au niveau national. Le FMI a examiné cette proposition très sérieusement en 2000. Hier nous avons eu une réunion du Club de Paris et les membres ont convenu d’annuler 1,4 milliard de dollars de la dette de la Somalie. Cela va faire partie du narratif des prochains 6 à 12 mois car les créanciers vont être confrontés à des problèmes de défaut de paiement. Je pense qu’il y a un changement dans l’air en termes de réflexion sur la dette et la dette souveraine »

Ensuite, la CNUCED demande une sorte de Plan Marshall de 500 milliards USD pour l’émergence sanitaire. Et une injection de liquidités de 1’000 milliards USD – une espèce d’hélicoptère monétaire pour les pays en développement – qui seraient générés par les droits de tirage spéciaux. Il s’agit d’un mécanisme que le FMI peut utiliser pour créer des liquidités afin de faire face aux problèmes de balance des paiements.

Le FMI, de son côté, a débloqué le mois passé 50 milliards USD pour les prêts rapides aux banques.

En passant, la CNUCED fait remarquer que « le montant proposé est similaire à celui qui aurait été versé aux pays en développement au cours de la dernière décennie si les pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avaient atteint leur objectif d’allouer le 0,7 % du revenu national brut à l’aide publique au développement (APD). »

« Une certaine relocalisation est possible, mais pas comme certains le laissent entendre»

« Nous ne voulons pas voir se reproduire la reprise de 2009, où tout le monde parlait d’un nouvel ordre économique international qui, un an plus tard, avait disparu et qui, d’une certaine façon, est la raison pour laquelle nous sommes de nouveau dans le pétrin aujourd’hui », insiste Richard Kozul-Wright.

Que pense-t-il donc des appels de certains économistes en faveur de la relocalisation des activités productives en Europe ou dans les pays limitrophes, voire d’une démondialisation ?

« Il y aura probablement une certaine relocalisation, répond-il, mais je ne pense pas qu’elle sera aussi important que certains le laissent entendre. A la CNUCED, nous avons toujours critiqué la participation des pays en développement dans les chaînes d’approvisionnement globales. C’est l’occasion pour eux de repenser leurs stratégies économiques, par exemple en revoyant leurs politiques industrielles. Les pays en développement doivent considérer [cette crise] comme une opportunité, autant que comme une menace. »

Au Cambodge, 61’500 travailleurs du textile au chômage

En attendant l’avènement, peut-être, d’une mondialisation plus équitable, où les pays pauvres ne se retrouveraient pas tout en bas des chaînes globales d’approvisionnement, l’impact de la crise sur la mondialisation, telle qu’elle est aujourd’hui, est ravageur. Au Cambodge, faute de commandes, 91 usines de vêtements ont arrêté la production, mettant 61’500 travailleurs au chômage. Il s’agit de fournisseurs de marques internationales comme H&M, Adidas, Puma et Levi Strauss, l’industrie du vêtement et de la chaussure étant le principal employeur du pays, avec 850’000 travailleurs. Le gouvernement s’est engagé à fournir un salaire de remplacement  de 38 USD par mois aux ouvrières qui ont perdu leur emploi.

Public Eye, membre de la Campagne Clean Clothes, vient de demander aux enseignes de la mode de continuer à verser leur salaire aux employés en cas de fermeture d’usines ou de maladie.

La Suisse débloque près de 18 millions CHF

La semaine passée, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutierres, a réclamé un plan d’urgence de 2 milliards USD pour faire face à la crise humanitaire provoquée par le coronavirus. « Avant cet appel nous avions déjà alloué 3,6 millions CHF à des activités humanitaires, a précisé Thomas Gass, vice-directeur de la DDC (Direction du développement et de la coopération – coopération suisse), lors de la même conférence de presse. Nous prévoyons d’allouer encore 3,5 millions à l’ensemble du système de santé pour répondre à l’appel de l’OMS, 8 millions pour répondre à l’appel d’Antonio Gutierres et 3 millions à la  Fédération de la Croix Rouge et du Croissant Rouge. En tout, en plus des 3,6 millions d’avant les appels, ce sont environ 14,5 millions d’allocations directes à ces différentes demandes ».

Il ajoute que d’ici trois mois la DDC va réorienter 40 millions CHF vers des réponses immédiates à la crise, par exemple en aidant les pays à gérer les travailleurs migrants qui se retrouvent au chômage dans des usines d’Asie (au Laos par exemple) et qui sont mis en quarantaine dans des camps.

Le lithium, une fausse bonne idée?

Après la Bolivie et le Chili, l’Argentine s’est lancée dans l’extraction du lithium, composante essentielle des batteries d’ordinateur et des voitures électriques. Mais l’impact sur l’environnement est important et certaines communautés autochtones s’y opposent fermement.  

No al litio (non au lithium) est écrit sur un panneau à l’orée de Salinas Grandes, un désert de sel situé à 3’350 m d’altitude dans la province de Salta, au nord-ouest de l’Argentine. C’est l’un des côtés du « triangle du lithium » qui, à cheval entre la Bolivie, le Chili et l’Argentine, recèle 70% des réserves mondiales de ce minerai. Un nouvel or blanc indispensable à la production des batteries qui entrent dans la composition de nos smartphones, ordinateurs et voitures électriques et dont la demande explose, surtout depuis que Tesla s’est lancée dans la construction à grande échelle de voitures électriques et que les autres constructeurs automobiles essaient de lui emboîter le pas.

Beaucoup moins connue que ses voisins andins, l’Argentine est désormais le 3ème producteur mondial de lithium, après l’Australie et le Chili. Si la production n’y atteint pas encore celle du désert d’Atacama, dans le Chili voisin, 53 projets d’extraction sont en cours dans les provinces de Salta, Jujuy et Catamarca, financés par des capitaux étrangers à hauteur de 2 milliards USD.

Près de deux millions de litres de solution saline pour extraire une tonne de lithium

Pourtant l’impact sur l’environnement est énorme: pour produire une tonne de lithium il faut environ deux millions de litres de solution saline.

La Fundacion Ambiente y Recursos Naturales (« Lithium extraction in Argentina » 2019), qui  a interviewé les dix communautés vivant près de deux salines, le Sales de Jujuy et Minera Exar, constate qu’elles sont partagées. Certaines voient dans le lithium une opportunité d’emploi dans une région qui n’en offre aucune à part l’extraction minière – les hautes Andes sont très riches en minerais (or, argent, plomb, zinc, etc.) et la plupart des hommes travaillent dans les mines depuis toujours, ou alors les familles pratiquent l’élevage, l’agriculture de subsistance et un peu d’artisanat. D’autres s’inquiètent de l’impact à long terme du lithium sur l’environnement, à commencer par la baisse de la nappe phréatique, affirmant que des bêtes ont déjà commencé à périr. Soit elles s’opposent carrément à l’extraction du lithium, soit elles voient l’impact sur l’environnement comme un dégât collatéral, un mal nécessaire à un certain développement économique. Il faut souligner que l’extraction du lithium a un impact sur tout l’écosystème, avec des effets imprévisibles à ce jour et qui risquent d’affecter bien plus de personnes que les peuples autochtones de l’Altiplano.

Communautés autochtones peu ou mal consultées

85% des sondés des deux communautés situées le plus près des lieux d’extraction affirment ne pas avoir été consultés. « Il y a un déséquilibre énorme entre les communautés, qui attendent des emplois, et les multinationales. Le processus de consultation devrait avoir lieu avec la participation de l’Etat, mais à Jujuy cela n’a pas été le cas », affirme l’étude.

« D’une façon générale, les peuples indigènes sont dispersés, divisés, marginalisés et vulnérables. C’est pourquoi il est assez facile de “persuader” certaines communautés de la justesse d’une initiative. Étant très pauvres, ils se contentent de très peu. J’ai donc beaucoup de doutes sur ce que les compagnies de lithium disent des accords passés avec les communautés » commente le professeur Graziano Ceddia, du Centre pour le développement et l’environnement de l’Université de Berne, qui mène un projet de recherche avec les communautés autochtones dans la province de Salta.

Au Chili, d’où provient depuis 20 ans le 40% du lithium extrait dans le monde, les communautés autochtones autour du désert d’Atacama sont fortement mobilisées contre l’expansion des licences minières et elles ont porté plainte devant trois tribunaux, dont la Cour interaméricaine des droits de l’homme.


Pain pour le prochain plaide pour le recyclage du lithium

En Suisse, les œuvres des Eglises, Pain pour le prochain et Action de Carême, commencent à travailler sur le lithium et d’autres matières premières dans le cadre de leur analyse des chaînes de production de l’électromobilité. « Notre souci, c’est le besoin d’extraire toujours plus de matières premières pour fabriquer les batteries, qui sont l’élément central dans ces véhicules, souligne Karin Mader, la responsable du dossier. Nous aimerions savoir quel type de véhicules utilise quel type de batteries et d’où proviennent les matières premières de ces batteries. Ce que nous demandons, c’est la transparence dans les chaînes d’approvisionnement. L’électromobilité est saluée comme la solution à la crise climatique, mais nous soupçonnons que cette solution cause des dégâts sociaux et environnementaux si l’extraction ne se fait pas de manière respectueuse de l’environnement et des populations locales. »

Les deux organisations militent donc pour ne pas extraire à chaque fois de nouvelles matières premières du sous-sol, mais pour les recycler. Le problème est le suivant : le recyclage est courant pour certains métaux lourds (comme le cuivre et le nickel), mais pour le lithium il est techniquement plus difficile et donc plus cher. « Le pouvoir politique devrait définir un cadre et promouvoir le recyclage des matières premières problématiques comme le lithium, ce qui nécessitera un important engagement au niveau de la recherche et la mise en place d’usines spécialisées. Ce n’est pas gagné car l’extraction est encore trop bon marché. Pourtant, on ne peut pas prétendre résoudre la crise climatique au moyen de l’électromobilité sans résoudre les nouveaux problèmes causés par la production des batteries», conclut Karin Mader


Une version de cet article a d’abord été publié par Le Courrier 

Les semences c’est la vie

La Coalition sur le droit aux semences demande à la Suisse de ne pas exiger des lois strictes sur la protection des obtentions végétales dans ses accords de libre-échange avec les pays en développement. Le droit aux semences est aussi le thème de la campagne œcuménique de Pain pour le prochain et Action de Carême, lancée aujourd’hui.

« Nous luttons pour le droit aux semences, la souveraineté alimentaire et l’agriculture paysanne car le Honduras a adopté un modèle de développement basé sur la production agricole pour l’exportation» déclare Octavio Sanchez dans le magazine Perspectives. Le directeur du réseau hondurien ANAFAE, hôte de la campagne œcuménique de Pain pour le prochain et Action de Carême, est venu en Suisse pour parler de son combat contre l’Etat et les multinationales étrangères, qui veulent certifier les semences dans son pays, l’un des plus pauvres et violents d’Amérique latine, où 52% de la population vit encore de l’agriculture.

En Afrique, en Asie et en Amérique latine, 1,5 milliards de petits paysans sélectionnent, échanges ou achètent au marché local leurs propres semences depuis toujours. Ils ont développé une grande diversité de cultures et de variétés, adaptées entre autres au changement climatique, et produisent 70% de la nourriture. Or, si une législation stricte sur les semences est adoptée, ils n’ont plus le droit de le faire et sont obligés d’acheter les graines au prix fort auprès des grands producteurs, ce qui entraîne une dépendance, voire l’endettement.

Monsanto, Syngenta et DuPont produisent 50% des semences dans le monde

Car sous prétexte de moderniser le secteur, de plus en plus de pays adoptent des législations strictes sur la protection des obtentions végétales pour garantir le monopole aux sélectionneurs de semences – la plupart du temps des multinationales. Monsanto, DuPont et la bâloise Syngenta produisent désormais plus de 50% des semences commercialisées dans le monde. Ce sont aussi les plus grands producteurs de pesticides et promoteurs de l’agriculture industrielle. Or, selon la FAO, celle-ci est responsable de la disparition de 75% des espèces végétales au cours du siècle dernier.

Quel rôle joue la Suisse? Dans les accords de libre-échange qu’elle négocie avec les pays en développement, elle leur demande d’adopter une législation stricte sur la protection des semences répondant aux exigences de la Convention pour la protection des obtentions végétales (UPOV 91). Si certains ont le dos assez solide pour résister à ces pressions, d’autres, comme l’Indonésie, capitulent. L’accord de libre-échange, ratifié par le Parlement à la fin de l’année passée, inclut une telle obligation qui, en plus, est en contradiction avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans, que la Suisse a pourtant signée.

Dès lors Alliance Sud, Apbrebes, Pain pour le prochain, Action de Carême, Public Eye et Swissaid, réunies dans la Coalition suisse pour le droit aux semences, ont lancé une campagne pour demander au Conseil fédéral de ne pas exiger des lois strictes sur la protection des obtentions végétales dans ses accords de libre-échange avec les pays en développement. La Suisse négocie actuellement avec la Malaisie. Vous pouvez soutenir cette action en envoyant une lettre au Secrétariat d’Etat à l’économie [Ministère suisse de l’économie].

Octavio Sanchez reproche à son gouvernement de vouloir transformer le Honduras en une immense maquila [industrie de sous-traitance] avec l’aide des multinationales étrangères, obligeant les gens à émigrer pour devenir de la main d’œuvre bon marché ailleurs. Les images de la caravane des migrants, partie il y a un an du Honduras vers les Etats-Unis, sont encore dans les esprits. Si on veut que les gens ne soient pas obligés d’émigrer, mais puissent vivre chez eux dans la dignité, il faut assurer leur droit à la sécurité et la souveraineté alimentaire.

Du premier homme à la dernière femme

Deux films, deux réalités si proches et pourtant si différentes en matière de droits des femmes. Adam raconte l’histoire d’une mère célibataire au Maroc. Un divan à Tunis narre les soubresauts psychiques de la Tunisie d’aujourd’hui.

Deux films de réalisatrices maghrébines, particulièrement attachants, sont actuellement à l’affiche en Suisse romande et, forcément, on est tentés de faire le lien entre les deux pays où ils se déroulent : le Maroc de Adam, de Maryam Touzani et la Tunisie de Un divan à Tunis, de Manèle Labidi.

Le premier traite, avec beaucoup de tact et de finesse, de la délicate question des mères célibataires dans un pays arabo-musulman. Au Maroc, où les femmes qui ont des relations sexuelles hors mariage sont passibles d’un an de prison et l’avortement est interdit, Samia, enceinte d’un homme qui ne sera jamais évoqué, a décidé de faire adopter son enfant dès sa naissance “pour ne pas le condamner à une vie dans la honte ». Mais sa rencontre avec Abla va ébranler cette certitude. Une battante, qui a le courage d’accueillir chez elle cette jeune femme enceinte qui traînait dans la rue, malgré les qu’en dira-t-on des voisins.

Femmes exclues du cortège funèbre

La cohabitation la changera elle-même, car Samia va obliger cette veuve aigrie, mère d’une adorable fillette, à s’ouvrir à la vie, dans une scène poignante et au son d’une chanson qui célèbre la compagnie en tant que remède à la solitude. C’est qu’Abla a perdu son mari et, à son grand regret, n’a même pas pu lui dire un dernier adieu : la tradition musulmane veut que seuls les hommes accompagnent le cercueil au cimetière.

La chaleur et l’insouciance finiront par s’installer dans cette accueillante maison de la médina de Casablanca, où les deux femmes préparent dans la bonne humeur des gâteaux traditionnels qui se vendent comme des petits pains. C’est le jour de l’Aïd que Samia accouche. Comme tout est fermé et qu’elle ne peut pas donner son enfant en adoption tout de suite, elle développera un instinct maternel contre lequel elle tente en vain de lutter et des liens très forts avec son fils, qu’elle finira par appeler Adam.

2’000 enfants naissent hors mariage chaque année en Tunisie

Un divan à Tunis n’aborde pas particulièrement la question de la femme dans la société tunisienne, même si le fait qu’une psychanalyste, de surcroît franco-tunisienne, ouvre un cabinet où elle accueille même des hommes sur son divan, suscite certains malentendus.

Mais le film donne l’occasion de rappeler quelques faits anciens et d’évoquer des développements récents. La situation de la femme y est très différente du Maroc, même si les mères célibataires y sont tout aussi mal vues. Mais en Tunisie (11 millions d’habitants) elles sont nettement moins nombreuses: 2’000 enfants y naissent hors mariage chaque année, contre 50’000 au Maroc (35 millions d’habitants).

Cela est dû probablement à un planning familial plus efficace et au fait que l’avortement y est autorisé depuis 1973. Par une décision on ne peut moins démocratique, Habib Bourguiba, le premier président de la Tunisie indépendante, a promulgué en 1956 le Code du statut personnel qui a aboli la polygamie, le mariage forcé et la répudiation et accordé aux femmes le droit au divorce. Peu après elles ont obtenu le droit de vote.

Ce qu’il n’a pas réglé, c’est l’épineuse question de l’héritage : la sœur hérite encore et toujours la moitié du frère, à moins que le père ou la mère ne décident autrement par testament  – cela existe. A ce jour, aucun président ni parlement n’a osé changer cette disposition inscrite dans le Coran.

Education sexuelle dès 5 ans en Tunisie

En matière de droits des femmes, les dernières avancées du seul pays rescapé du printemps arabe sont encourageantes : l’éducation sexuelle vient d’être introduite à l’école primaire pour tous les enfants dès l’âge de 5 ans, sur initiative de Yamina Zoghlami, une députée du parti islamiste Ennahdha, qui a déclaré: « Nous devons ancrer la culture sexuelle auprès des enfants. Cessons de parler de halal et haram et apprenons à l’enfant à se familiariser avec son corps.» Le but est surtout d’enrayer la pédo criminalité, suite à des scandales d’abus sexuels sur des enfants, mais cela constitue bel et bien une première dans le monde arabe.

Finalement, le 28 janvier passé, lors de l’enterrement de Lina Ben Mhenni qui, avec son blog A Tunisian girl, était devenue une icône de la révolution, ce sont des femmes qui ont porté le cercueil. Les seules litanies ont été des slogans appelant à l’égalité homme – femme, «un pied de nez aux obscurantistes de tout bord» selon des observateurs. Et la preuve que les choses peuvent évoluer.

En Argentine, de plus en plus de gens à la rue

Photos © Isolda Agazzi

A Buenos Aires, les personnes pauvres ou en situation de vulnérabilité représentent désormais 30% de la population. Alors que tous les indicateurs macro-économiques sont au rouge, les Argentins accusent tour à tour la corruption de leurs dirigeants et les mesures d’austérité. Le nouveau gouvernement vient de créer une unité spéciale pour renégocier la dette avec le FMI.

Impossible de s’asseoir à la terrasse d’un restaurant de l’une des rues les plus centrales de Buenos Aires sans se faire interpeller sans cesse par des vendeurs de mouchoirs et des mendiants qui demandent de l’argent ou, tout simplement, un bout de pain. « La pauvreté a augmenté de façon spectaculaire ! » lâche le serveur, corroborant une opinion largement répandue et qui saute cruellement aux yeux: à Buenos Aires, des familles entières, souvent avec des enfants en bas âge, sont à la rue. Elles campent sur des matelas de fortune et tendent la main aux passants qui, souvent, leur glissent un billet ou déposent un café et un croissant. Il y a moins d’un an il n’y en avait pas autant, et de loin. « Tous les jours nous donnons à manger à une famille entière qui vit en-dessous de chez nous », glisse un Helvète venu passer un mois à Buenos Aires, visiblement ému.

Des scènes hélas familières dans les pays pauvres, mais l’Argentine n’en était pas un. Jusqu’en 2019, elle était même classée comme « pays à haut revenu» (PIB/habitant de plus de 12’056 USD par an) par la Banque mondiale, qui l’a déclassée l’année passée à «pays à revenu moyen supérieur» (PIB/habitant compris entre 3’896 – 12’055 USD). Aussi limités que soient ces classements, qui ne tiennent compte que d’indicateurs macro-économiques, ils donnent une idée de la crise profonde que traverse le pays depuis plusieurs années.

Inflation à 53,8%, la plus élevée en 28 ans

Dans leur vie quotidienne, les Argentins le ressentent douloureusement. En 2019, l’inflation a atteint 53,8% – le taux le plus élevé en 28 ans – et la valeur du dollar par rapport au peso a augmenté de près de 63%. Dans l’une des rues principales de la capitale – au marché noir, mais au vu et au de tout le monde – il s’échangeait à 46 pesos en avril, à 74 aujourd’hui. Officiellement, les Argentins ne peuvent plus acheter que 200 dollars par mois. Selon les cas, les salaires et les retraites sont plus ou moins ajustés à l’inflation, mais les dépenses de santé, communication, ménage et alimentation ont augmenté plus que le prix du dollar. Les données officielles sont implacables : 30% des portenos sont pauvres ou en situation de vulnérabilité.

A qui la faute? S’ils sont de droite, les Argentins pointent du doigt la corruption de leurs anciens dirigeants. Christina Kircher, présidente de 2007 à 2015, est mise en examen dans huit affaires de corruption pour l’attribution de marchés publics en Patagonie, mais elle est protégée par son immunité parlementaire et, depuis le 10 décembre, par son statut de vice-présidente. L’enquête pour corruption et blanchiment d’argent touche nombre de ses ex-ministres et des entrepreneurs dont le plus connu est Lazaro Baez. Le jugement est prévu pour avril. La justice argentine a demandé à plusieurs reprises à la Suisse l’extradition de son supposé homme de paille, mais la procédure est en cours et on n’en saura pas plus.

Manifestation pour demander la libération de Milagro Sala, leader de Tupac Amaru

S’ils sont de gauche, ils accusent la politique libérale de l’ancien président. «Mauricio Macri nous a laissé beaucoup de pauvreté. Dans mon comedor (cantine, une sorte de soupe populaire) j’accueille 114 enfants par jour, alors qu’auparavant ils venaient surtout pour jouer et faire du sport », se désole Norma Diaz, de l’association indigène Tupac Amaru. Le 16 janvier, elle est venue manifester sous l’Obélisque, au centre de Buenos Aires, pour demander la libération de la leader Milagro Sala, condamnée à 13 ans de prison pour association illicite, fraude et extorsion dans l’affaire des « Pibes Villeros ». Elle est accusée d’avoir participé au détournement de 60 millions de pesos de fonds publics, destinés à la construction de logements sociaux qui n’ont jamais vu le jour.

En 2016 et 2017 (avant sa condamnation) le Groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires et le Comité de l’ONU contre la discrimination raciale avaient demandé sa libération. Ses partisans voient en elle une « prisonnière politique », condamnée sous l’ancien gouvernement pour sa lutte en faveur des droits des peuples autochtones. Interpellé sur son cas, le nouveau président de gauche, Alberto Fernandez, bien embarrassé, a affirmé dans une pirouette oratoire qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Argentine et que Milagro Sala est une «détenue arbitraire ».

Il faut dire que l’ancien président Mauricio Macri avait appliqué à la lettre les mesures d’austérité imposées par le Fonds monétaire international en échange d’un prêt record de 57 milliards USD, dont 44 ont déjà été versés. Le 27 janvier, le nouveau gouvernement a annoncé la création d’une unité spéciale pour renégocier cette dette qui met le pays à genoux.


Une version courte de cette chronique a d’abord été publiée par l’Echo Magazine

Mille journalistes demandent la libération de Julian Assange

Photo: manifestation sur la Place des Nations à Genève Photos © Ynes Gajardo

Alors que le fondateur de Wikileaks risque d’être extradé aux Etats-Unis, où il deviendrait un « mort-vivant », plus d’un millier de journalistes du monde entier demandent sa libération, au nom de la liberté de la presse. Récemment, les révélations de sa plateforme avaient permis aux ONG de d’opposer avec succès à TISA, un accord qui prévoyait la libération extrême des services, dont les services publics, et qui aurait donné encore plus de pouvoir aux GAFA.

Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour demander la libération de Julian Assange, actuellement détenu dans une prison de haute sécurité en Grande Bretagne, d’où il risque d’être extradé vers les Etats-Unis. Le fondateur de Wikileaks avait déjà passé sept ans comme réfugié politique à l’ambassade d’Equateur à Londres, avant d’être lâché par le nouveau président équatorien, Lenin Moreno.

Pour avoir divulgué des documents classés sur les guerres en Iraq et en Afghanistan, ainsi que des correspondances du Département d’Etat, il encourt jusqu’à 175 ans de prison aux Etats-Unis, en vertu de la loi sur l’espionnage. Il risquerait alors de devenir un « mort-vivant », selon sa propre expression, corroborée par Dick Marti, l’ancien procureur du canton du Tessin et rapporteur spécial du Conseil de l’Europe sur les prisons secrètes de la CIA – qui évite lui-même d’aller aux Etats-Unis de peur de se faire arrêter. «Julian Assange n’a pas révélé des secrets militaires qui mettent en danger la défense des Etats-Unis ou des pays occidentaux, mais des pratiques criminelles qui ont donné très mauvaise conscience à beaucoup de gouvernements. Aux Etats-Unis il y a un arbitraire complet, Assange risque beaucoup. J’espère qu’il y aura une mobilisation internationale en sa faveur », affirmait-il récemment sur le plateau de la RTS.

Le Conseil fédéral refuse l’asile ou un permis humanitaire

En Suisse, plusieurs interventions ont été déposées au Parlement pour lui accorder l’asile. Mais le Conseil fédéral a toujours répondu que Julian Assange est un journaliste d’investigation, mais qu’il n’avait pas l’intention de lier directement ses révélations à la protection des droits de l’homme. Dès lors, il ne peut pas être considéré comme un défenseur des droits de l’homme et ne peut pas recevoir la protection de la Suisse. Quant à l’octroi d’un permis humanitaire, ses chances ne sont guère plus élevées puisqu’il se trouve actuellement en Grande-Bretagne, pays qui, selon le Conseil fédéral, respecte ses obligations légales.

Début mai, des juristes suisses de renom ont réitéré la même requête, sans obtenir plus de succès pour l’instant. A Genève, une manifestation a réuni une centaine de participants le 19 décembre sur la Place des Nations pour demander sa libération.

Au niveau international, la mobilisation commence à prendre de l’ampleur, enfin. Un appel a été lancé par des professionnels des médias pour demander sa libération. A ce jour, il a été signé par plus d’un millier de journalistes de 91 pays, qui estiment que son incarcération est une violation grave de la liberté de la presse et de la liberté d’expression et pourrait constituer même un dangereux précédent pour le journalisme d’investigation. En novembre, Niels Melzer, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, a aussi recommandé de ne pas extrader Julian Assange vers les Etats-Unis. «En vingt ans de travail avec les victimes de guerre, de violence et de persécution politique, je n’ai jamais vu un groupe d’États démocratiques s’unir pour isoler, diaboliser et maltraiter délibérément un seul individu pendant si longtemps et avec si peu de respect pour la dignité humaine et l’État de droit », a-t-il affirmé.

Révélations sur TISA, l’accord étendu sur le commerce de services

Certes, Julian Assange est un personnage controversé. Pendant la campagne électorale américaine de 2016, Wikileaks a publié des emails de la candidate démocrate Hillary Clinton qui ont favorisé l’élection de Donald Trump – probablement avec l’aide de la Russie, ce qui a laissé planer de sérieux doutes sur son indépendance.

Mais Wikileaks a donné une impulsion sans précédent au journalisme d’investigation et, d’une façon générale, à la transparence dans la conduite des affaires publiques. L’un des derniers exemples en date : en 2012, cinquante pays, dont la Suisse, avaient commencé à négocier dans le plus grand secret l’Accord étendu sur le commerce de services, plus connu sous son acronyme anglais TISA. Celui-ci visait une libéralisation à outrance des services, entendus au sens très large du terme, dont les services publics. C’est grâce à Wikileaks que nous avons été avertis de l’existence de ces négociations. La plateforme a publié petit à petit tous les textes, à commencer par celui sur la libre circulation des données, qui aurait octroyé un pouvoir encore plus exorbitant aux GAFA et autorisé les pays à stocker de façon illimitée les données personnelles et à les transférer à l’étranger. La prise de connaissance de ces textes a permis à des ONG comme Alliance Sud d’alerter les parlementaires et le public et de poser les bonnes questions aux gouvernements sur des sujets sur lesquels ils n’avaient pas envie de communiquer. Finalement, les négociations de TISA ont échoué en décembre 2016.

Mais ce genre de problématiques, pour ne faire qu’un exemple, n’est pas balayée une fois pour toutes et elle risque fort de ressurgir dans les négociations sur l’e-commerce à l’OMC. Le monde a besoin de lanceurs d’alerte comme Julian Assange. Il faut le libérer-


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Sylvain Tesson, l’ivresse des cimes

Photos © Isolda Agazzi

De passage en décembre à Genève, l’écrivain – voyageur, lauréat du Prix Renaudot pour La panthère des neiges, raconte comment l’affût d’un animal qu’il croyait disparu s’est transformé en quête mystique. S’il a réussi à patienter sur les hauts plateaux tibétains, il ne va pas poser ses valises pour autant. Dorénavant il vise « l’affût en mouvement » pour concilier action et contemplation.

« Jusqu’alors j’avais fondé ma vie sur l’idée que l’intérêt de l’existence repose sur la variété, qui ne pouvait naître que du mouvement. Mon premier usage du monde, c’est bouger », expliquait Sylvain Tesson, fraîchement lauréat du Prix Renaudot pour La panthère des neiges, invité en décembre à Genève par la Société de lecture. «Mais à l’occasion de la rencontre avec Vincent Munier, un  photographe animalier, j’ai découvert une autre variété de la contemplation du monde. On peut attendre le jaillissement de cette variété en laissant l’imprévu apporter ses irruptions. Ce n’est pas rien comme changement de l’usage du monde» renchérissait, en trépignant sur sa chaise à roulettes, celui qui a passé un mois sur les hauts plateaux tibétains, à 5’000 d’altitude et par une température de -30°, à l’affût d’un félin qu’il croyait disparu.

Un sacré changement pour Sylvain Tesson, peut-être le meilleur écrivain voyageur de sa génération,  qui, depuis une trentaine d’années, sillonnait le monde frénétiquement, cumulant les kilomètres et les sensations extrêmes pour les raconter dans des livres enivrants de vitalité.

Apparition religieuse, deuxième naissance

Et pourtant, l’affût, cette tentative de calme et d’immobilité finira par réussir à l’hyperactif surdoué. Il sera même « couronné d’une apparition », comme il définit la vue soudaine de la panthère. « On ouvre l’œil, on rend une dévotion à la beauté du monde, sans chimères. L’affût est une prière existentielle, peut-être un peu païenne. Le païen peut reconnaître la présence divine, à condition qu’elle se manifeste dans le vivant. »

Un affût qui est devenu une quête mystique. Il estime que le champ sémantique sacral n’est pas abusif, qu’il y a quelque chose de l’ordre de la religion « La panthère des neiges fut une apparition religieuse. Chaque fois que je voyais son visage, c’était une autre face qui surgissait, comme des fantômes, des éclats… c’était une expérience spirituelle, voire magique ». C’est le visage de sa mère décédée qu’il voit dans la panthère et celui d’une femme dont la perte l’a fait beaucoup souffrir. Il réalise alors que c’est cet amour qu’il est venu chercher à l’autre bout du monde.

« C’était le plus beau jour de ma vie depuis que j’étais mort », écrit-il. C’est qu’il y a cinq ans, il a vécu une deuxième naissance : grièvement blessé après la chute du toit d’un chalet à Chamonix, où il séjournait chez son ami, l’écrivain Jean-Christophe Rufin, il a pu revenir à lui « grâce à la médecine, à la chance, peut-être autre chose, je ne sais pas…. »

« Nous nous sommes agenouillés devant la technique »

Malgré ces progrès spectaculaires de la médecine qui lui ont sauvé la vie, peut-être, Sylvain Tesson entretient une relation ambiguë avec le progrès – cela apparaît dans tous ses ouvrages. « Je me livre en permanence à la méfiance envers mon époque, concède-t-il. C’est facile de critiquer le progrès lorsqu’on est occidental, bien nourri et qu’on a bénéficié des avancées des technologies et de la médecine moderne. Mais le progrès que nous vivons n’est pas une simple amélioration des conditions de vie – dont je suis très content. Le problème est que nous nous sommes agenouillés devant la technique et c’est ça mon effroi: l’homme a perdu la force vitale, l’appétit féroce de la vie pour jouir d’un confort moderne et avoir le chauffage central. Ce qui m’effraie, c’est aussi notre soumission profonde au virtuel et que le langage se perde, remplacé par la religion de l’innovation. Le progrès peut être le développement d’une erreur.»

Au fil des ans, il a vécu l’arrivée en trombe du progrès même au Tibet, où il s’est rendu à plusieurs reprises depuis 1993, jusqu’à son affût de la panthère l’année passée et à sa dernière visite, il y a quelques mois. Il estime que l’emprise de Pékin sur la province a changé de mode opératoire :  jusque dans les années 1990, les Chinois ont exercé un contrôle religieux et politique en interdisant la conservation des spécificités culturelles. Aujourd’hui ils développent le Tibet, l’améliorent, construisent des réseaux routiers et ferroviaires, des écoles, des hôpitaux – c’est le deuxième chapitre de la colonisation d’un pays. « Or vous tuez ainsi le ferment contestataire, car on vous rétorque : de quoi vous plaignez-vous ? Cela permet de relâcher la pression directe, mais derrière l’hôpital, il y a une caserne. »

Un Occidental avec ses désirs et ses besoins

Maintenant qu’il a découvert le bonheur de la contemplation, Sylvain Tesson, va-t-il arrêter de sillonner le monde pour rester chez lui à faire de la méditation? Lui demandons-nous. Le Fernweh, ce mystérieux mal du lointain ressenti par tant de voyageurs et qu’il évoque lui-même dans le livre, l’a-t-il lâché ? Tout comme cette fascination pour les endroits inhospitaliers et les climats extrêmes, sans chauffage central – neige et froid sur les plateaux tibétains et dans une cabane de Sibérie, chaleur écrasante dans les paysages lugubres d’Asie centrale, lorsqu’il pédalait frénétiquement sous le ciel bas?

Heureusement il n’en est rien : « Je m’amuse à jouer avec cette antinomie supposée entre l’affût et les voyages, mais si je suis très honnête, il n’y a pas une différence abyssale. Même en escalade ou en ski de randonnée dans les Alpes, il y a toujours un temps qui ressemble à l’affût. » Il n’est pas devenu un Bouddha illuminé de sagesse qui médite au pied d’un arbre, ni un Krishna, ni un Taoïste en position de non action, assure-t-il avec son humour décapant.

« Donc je suis un Occidental, Européen, Français de surcroît qui a des désirs et veut les assouvir, des rêves, des besoins… Je ne me suis pas métamorphosé radicalement, mais ce que j’ai appris avec Vincent Munier, c’est une technique du regard de l’affût, que j’essaie de travailler comme on fait des gammes au piano. Il faut apprendre à regarder les choses et mon regard passait trop vite. L’idéal pour moi serait de pouvoir opérer une espèce d’affût en mouvement », conclut-il.

Sa formidable énergie vagabonde peut continuer à se déployer à un rythme staccato, pizzicato, son préféré.


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Après Bruno Manser, la lutte contre la déforestation continue

Photo © Bruno Manser Fonds

Depuis la disparition de l’activiste bâlois, il y a près de 20 ans, le Bruno Manser Fonds continue le combat à Sarawak. Et, en Suisse, dans le cadre d’une coalition d’ONG qui demande d’exclure l’huile de palme des accords de libre-échange avec l’Indonésie et la Malaisie. L’accord avec le Mercosur risque aussi de favoriser la déforestation.

 « La lutte continue ». C’est ainsi que se termine le somptueux film sur Bruno Manser (“Bruno Manser, la voix de la forêt tropicale”, actuellement à l’affiche en Suisse romande), l’activiste bâlois qui, entre 1984 et 1990, a vécu en pleine forêt tropicale de Sarawak, dans la partie malaisienne de Bornéo. Il avait été adopté par les Penan, un peuple autochtone qui a vu son milieu de vie disparaître sous le coup des bulldozer et de la mondialisation, le bois tropical étant devenu une source faramineuse de revenus pour des homme politiques aux bottes de multinationales qui exportent le bois tropical bon marché aux quatre coins de la planète.

Les Penan demandent alors à Bruno Manser de les aider car c’est le seul qui connaît le monde extérieur. Il regroupe 46 tribus et leur conseille de créer des barrages pour empêcher les camions de passer. Dans un premier temps, la pression médiatique aidant, la tactique fonctionne, mais assez vite les autorités n’hésitent pas à raser les barricades et à tuer les Penan qui résistent pacifiquement. La tête de Bruno Manser est même mise à prix pour 50’000 USD.

Travail politique en Suisse

Pensant alors qu’il est plus utile chez lui, l’écologiste rentre à Bâle, où il crée le Bruno Manser Fonds, et se jette corps et âme dans le travail politique. Avec ses camarades, il lance une pétition pour demander aux parlementaires européens de boycotter l’importation de bois malaisien, mais ceux-ci céderont face à la pression de la Malaisie. Malgré cela, il arrivera à mettre la question de la déforestation de la forêt primaire à l’agenda international. Le secrétaire général de l’ONU en personne, Bouthros Bouthros Ghali, lui conseillera de créer un certificat qui distringue le bois coupé légalement. Celui-ci sera finalement adopté par l’Organisation internationale des bois tropicaux mais, à sa grande déception, il ne tiendra compte que de critères écologiques et non sociaux, les Penan étant nomades et donc considérés comme n’ayant pas de titres de propriété sur leurs terres ancestrales.

Il décide alors de retourner à Sarawak pour les convaincre de cartographier leur territoire et montrer que, loin d’être nomades, ils y vivent depuis toujours. Il disparaîtra en 2000, à l’âge de 46 ans, dans un accident ou sous le coup des balles, nul ne le saura jamais.

Le libre-échange accusé de favoriser la déforestation

Depuis sa disparition, le Bruno Manser Fonds continue à se battre pour les droits des Penan et contre la déforestation, surtout à Sarawak, mais pas seulement. Il fait partie de la coalition suisse sur l’huile de palme, dont Alliance Sud est aussi membre, qui demande d’exclure ce produit controversé des accords de libre-échange avec l’Indonésie (premier producteur mondial) et la Malaisie (deuxième). La culture de palmiers à huile est devenue la principale source de déforestation dans ces pays et la baisse des droits de douane prévue par ces accords ne ferait que stimuler encore davantage sa production.

L’accord avec l’Indonésie a été signé en décembre 2018. Malgré nos revendications et celles du Conseil national, l’huile de palme n’en a pas été exclue, mais les préférences tarifaires sont soumises à des conditions de durabilité. C’est une première dans un accord de libre-échange suisse, mais toute la question est de savoir comment la Suisse va s’y prendre pour mettre concrètement en œuvre ces dispositions et les contrôler.

Quant aux négociations avec la Malaisie, elles sont bloquées depuis mars 2017 car Kuala Lumpur est en train de revoir toute sa politique commerciale, mais elles pourraient reprendre l’année prochaine. Le Bruno Manser Fonds a donc lancé une pétition, signée à ce jour par plus de 52’000 personnes, qui demande un moratoire sur de nouvelles plantations de palmiers à huile.

Finalement, Alliance Sud et les autres membres de la coalition sur le Mercosur vont analyser de près le contenu de l’accord avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), dont les négociations ont été terminées fin août et le texte devrait être publié prochainement. Ces pays sont les principaux exportateurs de viande et de soja au monde et leur production est largement responsable de la déforestation de pans entiers de la forêt amazonienne et susceptible d’augmenter avec les accords de libre-échange avec l’AELE (dont la Suisse est membre) et l’UE.

L’Union européenne recule sur l’huile de palme

A Bruxelles, la Commission européenne et les Etats membres n’ont finalement pas suivi le Parlement européen, qui avait demandé la fin des importations d’huile de palme pour les agro carburants pour 2021. Le 14 juin 2018, ils ont décidé de repousser cette échéance à 2030.

C’en est déjà trop pour l’Indonésie, qui vient de réagir. Il y a deux semaines, elle a porté plainte contre l’UE devant l’Organisation mondiale du commerce, à cause de cette décision de Bruxelles, qui considère l’huile de palme comme un agro carburant non durable en raison de son impact sur la déforestation. Dès 2030, son importation dans l’UE devrait diminuer.

La Malaisie a brandi la menace de porter la même plainte, mais elle se donne un peu de temps. Il faut dire que depuis le 11 décembre, l’organe d’appel de l’OMC, qui statue sur les éventuels recours, est paralysé en raison du refus des Etats-Unis de nommer les nouveaux juges.

En 2020, les organisations qui se battent contre la déforestation et pour les droits des peuples autochtones auront encore du pain sur la planche.


Voir aussi de la même auteure L’huile de palme sur une pente glissante