Démocratie: Choisir entre chocolat et vanille

 

La démocratie, une belle idée qui ne marche pas

ou, au moins pas dans sa forme actuelle.

Pourquoi ? Parce qu'un grand nombre de personnes, un bien
trop grand nombre de personnes votent pour de mauvaises
raisons. Le pourcentage des citoyens qui votent pour ou contre
quelque chose – ou ne votent pas du tout – simplement pour
manifester leur mécontentement avec quelque chose qui
n’a rien à voir avec le sujet sur lequel ils sont appelés à voter,
est trop important pour donner de résultats qui reflètent la
volonté du peuple.

Avant de lancer une votation ceux qui nous gouvernent
feraient bien de se poser la question de savoir si la majorité
des électeurs disposent des connaissances nécessaires pour
former une opinion rationnelle. Autrement on laisse le champ
libre à des populistes et démagogues.

Les populistes et démagogues détruisent la démocratie

Les populistes et démagogues doivent leur succès à une
technique de vente bien connue. Pour vendre il faut attiser
les émotions des “acheteurs”, en l'occurrence celles des
électeurs. Le citoyen lambda ne voit que les avantages
immédiats – réels ou imaginés – et en général que ceux qui le
touchent directement sans égard pour les intérêts de la
société dans un sens plus large.

Les conséquences et les conséquences des conséquences

Il ne suffit pas de s’interroger sur les conséquences immédiates
et prévisibles de ses choix. Le défi pour faire des choix raisonnés,
est de pouvoir se projeter dans l’avenir et d’évaluer les
conséquences prévisibles et potentielles de ses choix. Pour
envisager les conséquences des conséquences de ses choix
demain et après demain, il est indispensable d’avoir une
certaine maturité, d’expérience, connaissances et capacité
intellectuelle.

Le joueur d’échecs comprend car il doit anticiper plusieurs
coups à l’avance. Malheureusement on ne peut pas attendre
de tous les électeurs de s’entraîner aux échecs.

La mission de la démocratie manqué ?

Faire voter les citoyens sur des sujets qui dépassent leurs
compétences, dont ils ne peuvent pas juger la portée,
est un jeu des politiciens. Ce jeu est dangereux.

Mérite-il la qualification “démocratique”?


Si les conséquences d’une votation sont négatives pour la
grande majorité de la population concernée, le processus
démocratique ne manque il pas à sa mission essentielle ?


A chacun une voix. " One man, one vote "

On dit qu'on a le gouvernement qu'on mérite. Dans un pays
démocratique cette vérité n’est pas contestée. Le problème
est que dans une démocratie c'est le nombre qui compte.
On ne tient pas compte de la “qualité" d’un vote. Le vote
raisonné d’un Prix Nobel a la même valeur que celui d’un
marginal révolté, d’un illettré ou d'un jeune qui vote pour la
première fois dans sa vie.

Tout le monde a le droit

Tous le monde est capable de choisir son parfum de glace
ou sa couleur préféré. Chacun est libre de porter de jeans
troués ou costume cravate, d’exhiber des tatous ou piercing,
porter de boucles d’oreille, boire son café avec ou sans sucre.

Tout le monde a le droit d’abimer sa santé avec le tabac,
des drogues, l’alcool, de la “junk food” ou des médicaments
et chacun à le droit de “pratiquer" son sport favoris assis
devant la télévision ou de le pratiquer soi-même sur le terrain.

Dans une démocratie, le jeune, le marginal, la ménagère
et le Prix Nobel choisissent librement leurs glace. Si l'offre
est restreinte à 2 parfums, p.ex. chocolat et vanille, le choix
est plus simple, comme c’est le cas dans un système bipartite
ou une votation qui n’offre le choix sans nuance qu’entre un
OUI et un NON ou alors l’abstention.

Parfum et la peine de mort

Comme pour leur glace les citoyens peuvent voter pour ou
contre la peine de mort, l’assistance au suicide et l’interruption
volontaire de grossesse. Ils peuvent voter pour ou contre
l’insémination artificielle, la rémunération des mères porteuses,
le mariage entre homosexuels ou encore pour ou contre
l’adoption d’enfants.

Avec leur vote ils peuvent influencer une législation qui interdit la
publicité pour le crédit à la consommation – ou interdit le crédit
à la consommation tout court – ou pour, par exemple, les
cigarettes.

Ils peuvent soutenir directement ou indirectement les mesures
écologiques y inclus contre la déforestation de l’Amazone, la
globalisation, les réfugiés, l’ouverture ou fermetures des frontières,
les droits des femmes. Quand il s’agit de voter pour ou contre la
bombe atomique, l’énergie nucléaire, les organismes
génétiquement modifiés (OGM), les mesures contre la pollution
etc. on vote sur des questions qui concernent d’une façon plus
ou moins directe toute l’humanité.

Chocolat ou vanille: Quelle différence ?

Alors quelle est la différence entre le vote en faveur d'un parfum
de glace, la peine de mort ou l’assistance au suicide  ?

Question capitale car le choix entre chocolat et vanille ne
concerne que l’individu qui consomme la glace. Il n’implique
pas les intérêts de tiers. Il n’a aucun effet, ni positif ni négatif,
sur le bien-être de sa famille, son voisin, sa ville, son pays ni
d’autres civilisations. Par contre, dès que les intérêts d’autres
personnes sont impliqués chaque citoyen devrait chercher un
équilibre entre ses propres intérêts et ceux d’autrui. Le fumeur
qui est confronté aujourd’hui à une légalisation restrictive doit
trouver un modus vivendi entre son plaisir et la gène qu'il
cause à son environnement.


Appel à la responsabilité des citoyens

Les politiques, au lieu de bombarder les électeurs avec des
slogans et des demi-vérités devraient rappeler à chaque
citoyen ses responsabilités et le rendre conscient que leurs voix
peuvent avoir une influence sur le monde dans lequel vivront
ses enfants.

Chaque citoyen, quand il est appelé à voter, doit savoir qu’il
est responsable. Il doit sentir le poids de cette responsabilité.

Déléguer la responsabilité

Bien entendu, comme on ne peut pas être expert en tout, on
peut dans une élection générale déléguer sa responsabilité
à un(e) politicien(ne) ou un parti politique qui partage nos
valeurs et dispose des compétences qui leur permettent de
faire des choix intelligents en connaissance de cause.

Le peuple ne se trompe pas ?

Les amateurs du système démocratique aimeraient croire que
le peuple – contrairement aux élites ? – ne se trompe pas. Le
BREXIT nous a fournit la preuve sans appel qu’il y a des questions
trop importantes pour laisser le peuple décider !

Il serait intéressant de faire aujourd’hui et encore une fois dans
quelques années une étude sérieuse pour savoir:

* Quel pourcentage de ceux qui ont voté pour BREXIT voterait
  de la même manière avec les connaissances acquises entre-
  temps ?

* Quels ont été les motifs principaux, avoués ou non, de ceux
   qui ont voté pour et ceux qui ont voté contre ?

* Combien d'électeurs se sont sentis manipulés par des
   mensonges de la campagne et auraient voté différemment
    s'ils avaient su la vérité ?

* Combien d'électeurs qui n’ont pas pris la peine de voter se
   rendent compte de l’importance de leur manquement ?
   Ne sont-ils pas responsables des conséquences de leur
   indifférence ?

Le BREXIT une leçon pour la démocratie

L’étude sur le BREXIT et les conséquences pourrait servir à
sensibiliser les citoyens à la responsabilité que chaque électeur
a pour le fonctionnement d’un système démocratique. Cette
sensibilisation devrait commencer aujourd’hui y inclus à l’école.

Ainsi l’expérience du BREXIT aura servi à quelque chose !

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NB.  Si l’on ne vote pas, on n’a pas le droit de se plaindre !
 

Ilja Feldstein

Ilja Feldstein

Né à Hambourg et alumnus d'INSEAD, Ilja Feldstein a bâti sa carrière professionnelle dans des sociétés multinationales au Mexique, aux Etats-Unis et en Allemagne avant de s'établir en Suisse. Son sens aigu de l'indépendance l'a fait changer de cap pour travailler aujourd'hui seul, comme conseiller et courtier dans les domaine de l'investissement et de l'assurance.

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