Se rendre étrangère à soi-même

Si avec le port du masque, l’humanité perd la face, quoi de mieux pour se rendre étrangère à soi-même ? Après mes trois heures de discussion avec Christian Meuwly, photographe portraitiste, ma tête tourne, ivre d’informations, de thés froids et d’une tranche de gâteau au chocolat. Marchant sous la pluie dehors, je vois Dionysos avec ses Ménades et ses Satyres s’échapper du cadre, sortir de leur fresque, me courir après et sauter dans le tram avec moi. Parvenant à gagner une place assise, je sens alors une étrange atmosphère m’envelopper, un je-ne-sais-quoi d’inhabituel dans le regard des autres. Voient-ils Dionysos pourtant invisible à l’œil nu ? Je tourne mes yeux vers Dionysos qui, sourire en coin, souffle à mon oreille :

« Pourquoi regardes-tu ma nudité ? Nas-tu pas vu la tienne ? »

Et là. Tout à coup. Je me réveille. Je touche ma joue et m’aperçois que j’ai complètement oublié de mettre le masque ! En l’espace de quelques minutes je deviens « l’Autre », celle qui n’est pas comme tout le monde. Mais simultanément, la brume des regards se dissipe et une immense sensation de liberté s’empare de moi. Une liberté qui n’est pas celle de faire ce que je veux, mais celle me délivrant de la peur du regard des autres. Sans panique à bord, je prends alors mon masque pour tranquillement le placer sur ma face. Mais Dionysos se met à rire et me lance :

« Même sans masque, vous les humains, votre visage est un masque »

Alors je lui réponds :

« Dionysos, pardonne-moi mon impertinence, mais tu es complètement hors sujet. Ici, il est question de se protéger contre un virus et cela n’a rien à voir avec une histoire d’authenticité ! »

Malgré son délire, Dionysos poursuit :

« Détrompe-toi, l’authenticité est mère de toutes les sûretés. Grâce à mon vin, vous dévoilez certaines de vos vérités. Je ne parle pas ici de mettre ou de ne pas mettre un masque, mais plutôt de tout ce que vous cachez, vos petits secrets, vos mesquineries et contrefaçons, vos jeux de pouvoirs et j’en passe. Vous les humains, vous calculez un ou deux coups sur votre échiquier, quand nous les Dieux nous en avons déjà cent d’avance sur vous. Vous avez l’art de saucissonner la réalité, car trop complexe (et ce n’est pas la faute à Descartes !). Avec plus d’authenticité, vous seriez prêts à affronter vos manques et vos ressources, vous trouveriez une meilleure manière de cohabiter les uns avec les autres et vous seriez plus enclins à combattre ce virus. Avec moins de conflits et de concurrences déloyales – qui doivent bien vous faire perdre plus de 50% de votre énergie vitale et intellectuelle – votre volonté serait, par exemple, portée vers la création d’emplois utiles, une technologie visant le progrès et la protection de la biodiversité. Cette dernière est d’ailleurs un rempart contre certains dérèglements se répercutant, entre autres, sur la chaîne alimentaire et pouvant favoriser la prolifération de certaines maladies ou virus… Mais bon, voilà je ne suis qu’un Dieu et pas médecin, qui m’écoutera ? »

Voyant Dionysos refaire le monde, je lui lance ironique « quelle tirade dithyrambique » et rajoute dépitée un « si t’es pas content, retourne chez toi ! » Je lui propose de retourner chez lui en Grèce, car il y a très peu de chances que la Suisse accepte sa demande d’asile. Mais Dionysos me foudroie du regard (heureusement qu’il n’est pas Zeus !) :

« Que nenni, je ne suis pas grec ! C’est toi qui es hors sujet ma petite ! Observe encore un peu la fresque et le monde autour de toi. Je parle toutes les langues du monde et suis universel. Je suis un mythe bien réel tiré d’une réalité souvent difficile à voir. Une réalité mythique pour les yeux les plus alertes, mais une Vérité unique pour les âmes en croissance »

Espérant mettre fin à la conversation, je proteste encore :

 « Et moi qui croyais que les Dieux étaient là pour nous aider, on dirait plutôt que tu prends ton pied à nous critiquer, pffff ! Serais-tu un Dieu au rabais ? »

Toujours aussi souriant, Dionysos finit par me donner trois astuces passe-partout comme un couteau suisse :

« Alors voici quelques gouttes de mes pensées dont l’ivresse ne te causera aucun mal. D’abord, évite d’avoir un esprit trop critique qui voit le mal à l’extérieur de soi, mais oublie de se regarder dedans ! Mieux vaut corriger tes défauts et fixer tes propres limites que de masquer tes erreurs en pointant le doigt sur les autres.

Ensuite, si tu joues à Tetris, fais-le avec modération. Coller des étiquettes et en avoir c’est rassurant mais étouffant. Si on te met dans une case, explore-en tous les côtés, mais sors-y le plus vite possible. N’hésite pas à te remettre en question, même lorsqu’il s’agit de tes origines et de toutes tes appartenances pour toucher à quelque chose de plus grand… 

Pour terminer, il n’est jamais trop tard pour aller vers l’inconnu, pour te rendre étrangère à toi-même, explorer d’autres potentialités et ressources qui sommeillent en toi »

En voilà tout un programme ! Il ne me reste plus qu’à le remercier et à lui laisser le dernier mot :

« Merci Dionysos ! Est-ce que tu pourrais maintenant nous laisser un peu tranquilles, ma conscience et moi ? »

 

«  Absolument! mais n’oublie pas : une fois que l’on m’a vu, il est difficile de m’oublier ! Je serai toujours à tes côtés pour te rappeler ton étrangeté »

De Rerum Natura

La créativité ! Voilà un bon remède contre mes récurrentes infections publicitaires. Mais où trouver l’inspiration si l’affiche, elle, s’en fiche ? Étrangement, c’est en prenant le train pour le Valais – sans me soucier à aucun moment de ses vignes – qu’un certain Dionysos fait sa première apparition cachée. Attablée autour de journaux et de livres, Colette sort son téléphone portable et me montre une magnifique fresque réalisée par Christian Meuwly, photographe portraitiste. Au premier coup d’œil, Dionysos m’est invisible, car je vois une image évocatrice de migration. Ce n’est que plus tard, durant une orgie de thés froids avec Christian lui-même, que je l’aperçois en plein milieu de la fresque.

De l’espace à l’espèce

Avant son passage à l’acte photographique qui réunit une quarantaine de modèles, Christian Meuwly en commente la trame sur son site internet : « Comment les messages et les mécanismes allégoriques que véhiculent les divinités de la Grèce antique peuvent-ils encore s’avérer pertinents pour décrire notre postmodernisme ? C’est à travers le prisme de certains codes empruntés au classicisme ainsi qu’à travers une photographie absolument contemporaine que je vais apporter ma réponse. »

Sa réponse, la voilà sous mes yeux. Et pourtant, je n’ai pas l’impression d’atteindre ma borne d’amarrage, mais de mettre les voiles et d’embarquer dans un double voyage. D’abord, celui de la reconquête d’un espace. L’histoire de l’humanité s’est, au fil des siècles, illustrée par ses conquêtes territoriales jusqu’à son expansion démographique sur quasiment toute la surface du globe : la migration a toujours été dans son ADN. Mais pour inventer et évoluer, elle a aussi dû chercher de nouveaux espaces d’observation et de création. C’est donc là, que je m’aventure, vers ces véritables lieux de conquête de liberté. S’ensuit alors un deuxième voyage qui mène vers une rencontre avec soi-même, dans les recoins de l’être qui font peur et que nous fuyons. Je passe donc de la conquête de l’espace à celui de l’espèce – cette espèce humaine primitive qui réside en chacun-e d’entre nous. Car Dionysos, Dieu grec qui ne manque pas d’humour, ne vit pas en Valais mais dans une contrée appelée « espèce humaine ».

Un photographe à l’œuvre

Suis-je réellement prête à descendre dans les tréfonds de mon être pour rencontrer Dionysos ? La très belle fresque du photographe Christian Meuwly m’invite à l’introspection dans un récit intérieur. Car comment comprendre vraiment Dionysos sans observer ses propres travers et pulsions ? Christian me rappelle que Dionysos est habituellement celui que l’on n’aime pas, à l’opposé du Dieu Apollon qui symbolise la perfection. J’observe alors Dionysos avec ses grappes de raisins et ses Ménades, torses nus, proches d’une eau incertaine comme le sont nos émotions. Plus haut, l’habit prend corps et le dialogue change de forme. Je demande à Christian si c’est l’image de notre société qu’il a voulu illustrer et il m’explique que c’est plutôt la représentation de toutes les sociétés sans distinction. D’ailleurs sa fresque s’intitule « De Rerum Natura », autrement dit « De la nature des choses ». Il y a tant de choses à dire et à voir, mais il serait vain de résumer nos trois heures de discussion, tant l’art est une affaire personnelle.

J’observe encore la fresque et la vois résonner avec notre époque faite de transitions, de transformations, d’incertitudes, de questionnements, de surabondance d’informations et de noyades. Mais y-a-t-il une ascension possible dans le tourbillon de nos vies ? Que se passe-t-il au-delà du flux ininterrompu de nos pensées quotidiennes et quand atteindrons-nous l’Olympe des Dieux après les épreuves sur Terre ? Dionysos – désigné volontiers comme étant « l’Autre » ou « l’Etranger » – rappelle cette animalité en nous que nous refoulons, croyants « bêtement » être civilisé-e-s. Mais à force de refouler notre nature, nous nous dénaturons.

 

Informations complémentaires :

Pour suivre les projets de Christian Meuwly sur son site internet : https://christianmeuwly.ch/

Pour obtenir la fresque (et méditer plus longuement) : https://christianmeuwly.ch/fresques/ 

 

I’ve been there. Who am I ?

Si la pub rend malade, je le suis peut-être déjà. Et oui, il m’est arrivé plusieurs fois de me retrouver face à une affiche montrant une tasse au contenu couleur brun crème avec ses stries blanches révélant un cœur ou une fleur. Je sens alors des parfums et des arômes imaginaires : la douceur de notre société, la douce heure de ma journée. Mon sang ne fait qu’un tour (étrange, il le fait sans caféine !). Dans la rue je me rue sur le premier cappuccino à peu près conforme à l’image que je m’en fais : crémeux. Humm, je bois avec les yeux. Mais je ne vois pas. Qui suis-je au fond ?

Une voix me susurre : « Consomme ton existence, sans lui donner de sens »

Alors une autre voix lui répond : « Non. Va, vis et deviens »

Mais la première voix, qui manie la rhétorique, réplique : «  Ne te fais pas de films : Va ! C’est tout. Va quelque part, fais quelque chose, souris et montre tes dents blanches. En anglais on dit simplement Been there. Done that. »

Stop !

Je demande aux voix de se taire. Car je sais que je suis déjà malade. Et oui, le slogan Been there. Done that. ne date pas d’hier. Il ne fait aucun appel, il ne fait qu’exacerber ce qui existe déjà sur les réseaux sociaux : se montrer pour exister. Ici, la pub n’a pas besoin d’inventer, elle n’a qu’à se servir de nos travers pour les grossir en clair. Mais comment aurais-je pu imaginer qu’elle n’était qu’un des miroirs de notre société ? Je m’y mire et je m’y noie, un principe d’illusion que la philosophie indienne appelle maya.

L’une des deux voix revient sans ma permission et dit : « Bouger c’est important, mais le mouvement de l’égo a pris le devant sur celui de la Conscience »

L’autre voix conteste et se fâche : « Been there. Done that. Deux points c’est tout ! Nous sommes tous des étrangers et toutes des étrangères. Nous avons le droit de migrer où bon nous semble, surtout quand nous avons de la thune. T’as de la thune alors vas-y ! Les vacances en Suisse c’est chiant. Ne vivre que dans son pays, c’est chiant »

Alors voilà qu’une troisième voix, voyant cet amalgame, se la pète et déclame haut et fort : « Être ou ne pas être. Telle est la question »

Stop ! Je demande aux voix de se taire. L’illusion du cappuccino a disparu. Tout n’est plus si doux. Et moi qui croyais qu’il suffisait de voir pour croire à l’existence des choses ! Les images et les mots sont trompeurs : sommes-nous toujours ce que nous montrons ? Mais si tout ce que l’on voit n’est pas vrai : qui est l’étranger, qui est l’étrangère?

 

« Werbung macht krank »

« La publicité rend malade ». C’est la traduction du message en allemand inscrit sur le panneau d’une affiche arrachée, près d’un arrêt de bus à Berne.

La publicité commerciale n’est pas d’utilité publique. Même s’il faut payer le droit de la déposer, les profits qu’elle génère ne servent ni l’intérêt général ni la santé publique. Elle pullule pourtant dans les endroits publics et s’infiltre dans pratiquement toutes les sphères de la vie. Bien plus que l’immigration que certains voudraient limiter, la publicité envahit nos espaces physiques et virtuels sans modération. Loin d’éduquer, elle pousse à consommer ou à adopter une opinion à coup de slogans magiques qui s’impriment dans le subconscient sans consentement.

Au début du XXème siècle déjà, sa stratégie était celle-ci : « Il s’agit de capter les regards par une originalité, et de retenir l’imagination au moyen d’un texte ingénieux, ce qui constitue en somme une tentative pour créer la réceptivité et impressionner le subconscient. Pour être efficace, cette sollicitation doit être multipliée, de manière à obséder l’esprit, à y faire germer puis fleurir une tentation qui portera tôt ou tard ses fruits. (1)» Les procédés publicitaires qui visent à capter notre attention épuisent non seulement notre énergie nerveuse, mais y puisent aussi des éléments extrêmement utiles à notre santé : la réflexion, la prise de recul, la canalisation des émotions, la prise de décision par pesée d’intérêts.

À quand alors une votation populaire pour limiter la publicité, véritable invasion barbare ? Dans le domaine de l’industrie du tabac, une tentative de réduire les possibilités de publicité et de promotion pour protéger les jeunes a été empêchée par le Parlement en 2016 : le projet de loi fédérale sur les produits du tabac (LPTab) est rangé aux oubliettes (2).

Die Macht der Werbung

Si j’inverse les mots inscrits sur le panneau publicitaire à Berne, j’obtiens : « Die Macht der Werbung » qui se traduit par « Le pouvoir de la pub ». Autrement dit, on pourrait aussi observer davantage l’impact de l’image et des slogans qui agissent comme de véritables mantras, au lieu de les subir.

En matière de migration et de ses représentations, il y a de quoi se demander comment la publicité et la propagande agissent sur les subconscients collectifs. Sommes-nous capables d’écouter et de nous représenter en images le débat entre Shakespeare et Cendrillon ? Et quel rôle joue la Suisse au milieu de l’Europe, souvent perçue comme un eldorado ? La situation liée au Covid-19 n’efface pas ces questions mais souligne au contraire les véritables problèmes à régler.

Sources et références:

– (1) citation tirée de “Méthode scientifique moderne de magnétisme, hypnotisme, suggestion” de Paul-C. Jagot.

– (2) Voir le reportage de la RTS “Attention, ce parlement peut nuire à votre santé

Mieux lire tes yeux

Quand la bouche et le nez s’effacent, les yeux se dévoilent. Depuis que le port du masque est obligatoire dans les transports publics et (dans certains cantons) les magasins, je pratique mieux la lecture des yeux. Si le masque semble confisquer de la vue nos jolies bouches, nos dents troublantes ou trop blanches, boutons de fièvres ou herpès, crottes de nez ou nez solitaires parfois complexés, il met en scène – mieux que n’importe quel fard à paupières – nos yeux. Or, qui ignore encore que « les yeux sont le miroir de l’âme » ? Même certains experts scientifiques, portés vers moins de poétique, rapportent que nos yeux seraient la partie la plus sincère du visage. Alors pourquoi regretter si amèrement les sourires forcés, parfois hypocrites ou trop souvent absents ? Il paraît même que nos langues auraient besoin de vin pour se délier, selon l’adage in vino veritas. Mais – bonne nouvelle ! – si l’âme se cache au fond des yeux, la vérité peut aussi se passer de vin et s’exprimer sans paroles.

Analpha…bête ?

Avec l’aide du masque, se pourrait-il que je devienne un peu moins bête, en apprenant à lire les yeux ? Car bien qu’ils soient des livres ouverts, il n’est pas toujours aisé de les lire. Pour apprendre l’alphabet des yeux, je commence alors par le B.a.-ba : les yeux convertis au smartphone, hypnotisés par sa lumière qui éclaire notre siècle ; les yeux grands, petits ; les yeux bleus, noirs, bruns, verts, de toutes les couleurs ; les yeux fermés, ouverts ; les yeux mouillés ou lubrifiés d’on ne sait quel désir ; les yeux cash et ceux qui jouent à cache-cache ; les yeux à lunettes pour la vue, pour le soleil ou pour la frime…

Une fois l’alphabet plus ou moins intégré mais pas en intégral, j’en arrive au stade des regards qui sont comme des phrases, des idées ou des suggestions. Je vois des regards hagards, avides ou vides, des regards inquiets, d’autres muets, certains interrogateurs, indiscrets, indifférents, stressés, fuyants, mais plus d’un éteint. Je vois aussi des regards pétillants ou allumés, mais trop rares sont ceux enflammés d’un feu rare.

Migration surprise

Début juillet : petit exercice de lecture des yeux.  « Surprise », c’est le titre du magazine que tient dans sa main une dame assise au milieu de la foule et que j’aperçois en sortant de la gare de Berne. Cette dame que j’ai l’habitude de voir et à qui j’achète parfois le magazine, porte maintenant le masque. Et là, pour la première fois, je suis surprise et prise sur le vif par son regard qui me plonge dans un tourbillon de détresse indescriptible… désarmée de son sourire, elle n’a plus que les yeux pour convaincre. Alors je me demande si c’est juste la première fois que je vois ce regard qu’un sourire aurait pu effacer ou tout simplement l’humeur du moment affectée par des inquiétudes que j’ignore. Le corps de cette dame qui vient probablement de loin tangue parfois à mesure du flot humain qui traverse la gare sans un regard. Ce magazine de rue “Surprise” vendu par des personnes sans-abri, réfugiées ou sans emploi se vendra-t-il assez ce jour-là ? En tout cas, depuis ce jour-là, son regard m’a replongée dans l’histoire d’un petit roman écrit par des yeux. Ces yeux, il y a trois ans de cela, me racontaient leur « mort aux yeux bleus » : une histoire de migrations.

Mort aux yeux bleus ?

Il y a trois ans, l’ami de 91 ans, ancien ingénieur à la brillante carrière, me regarde dans les yeux :

– (…) bientôt, il n’y aura plus de yeux bleus !

– Ah bon ? mais pourquoi ? lui dis-je

– Et bien parce qu’avec tous ces mélanges et métissages…les blonds aux yeux bleus disparaîtront !

Bouche-bée, je n’ai pas de réplique, car je vois son intelligence habituellement si brillante le quitter d’un coup, comme un éclair violent dans un ciel bleu sans nuages : étrange ! Plus tard, je me dis que je ne devrais pas lui en vouloir, car à 91 ans il n’a pas eu le privilège de suivre des cours adaptés aux sciences actuelles : biologie, philosophie, histoire de l’humanité etc… En tout cas, je peux affirmer avec certitude que, biologiquement, les peaux qui contiennent beaucoup de mélanine et les yeux noirs ne causeront pas l’extinction des yeux bleus et des peaux à la mélanine rare.

                                        

Entre deux mondes…enfin !

Fin juillet : petite séance de repos pour mes yeux. En me promenant dans les rues de Genève, j’arrive à hauteur du 47 boulevard Carl-Vogt. Je découvre un autre regard. Il a été dessiné par Bayram Bayro au Café-Galerie « Ailleurs ». Je m’arrête attirée par ce regard inconnu et je décide de m’asseoir en face pour mieux le voir. Je me sens ailleurs, là où, en face de moi, il n’y a ni couleurs de peau ni couleurs des yeux. Bayram Bayro qui, durant le confinement, a dessiné plus d’une vingtaine de petits chefs-d’œuvre, m’apprend que je suis en train de faire la connaissance de son tableau intitulé « Entre deux mondes ».

Même si j’entends encore des gens me décrire ce qu’ils ou elles voient : « il est trop beau », « elle est trop belle », « il est trop moche » etc…Je rêve d’un jour où l’on dira, en voyant quelqu’un : « mais quelle belle âme ! ».

Bref, je regarde la carte des glaces portant le nom de différentes planètes :

– Alors vous avez choisis ?

– Oui, ce sera…

 

 

Sources et informations complémentaires :

Comme une madeleine de Proust

Plutôt que d’évoquer une « leçon d’intégration n°3 », je pense plutôt à Proust et à sa madeleine qui, au souvenir de ma dernière leçon d’intégration de janvier 2020, ressemble à un Cheesecake fait maison. Les rapports rapprochés, en ces temps de confinement général, semblent émaner d’un autre temps. Mais je me souviens encore de la dernière question posée à mon voisin rencontré dans le bus la veille de ses 10 ans :

– Et sinon quel est ton gâteau préféré ?

– Le Käsetorte

Au lendemain de notre rencontre, puisque le dieu Chronos répond aux abonnés absents pour m’aider à lui préparer un Käsetorte, je glisse alors une carte de vœux dans sa boîte aux lettres avec un bon cadeau d’une librairie à Berne. Le temps passe. Le soir arrive.

Le dernier survivant

Tandis que le soir éteint la lumière du jour, j’allume la lumière à la cuisine pour m’improviser cheffe d’orchestre d’une douce symphonie qui additionne cancans de radio, grognements de lave-vaisselle et impatience sonore du bouillon d’une soupe qui bouillonne. Accorder mes divers instruments et donner le « la », j’en suis capable, mais la sonnerie de ma porte retentit. Mon voisin et sa maman face à moi … avec le fameux Käsetorte et des pralinés en chocolats : « C’est tout ce qu’il nous reste de la fête ! » me lance la maman.

– Waouh merciiii beaucoup !

Mais quelle joie ! Le Cheesecake, c’est pas ma tasse de thé, mais là, je pense que je vais adorer. Quoi de mieux que des desserts faits maison pour donner un goût à l’intégration ? Si je ne peux (ou veux) définir le concept d’intégration, au moins je peux maintenant lui attribuer un goût sucré.

Nos échanges continuent et la maman veut me remercier pour quelque chose de difficile à définir en allemand. À trois, nous entamons alors un dialogue très efficace :

Für den Gutschein (le bon cadeau)?

Nein

Den Brief (la lettre) ?

Nein

Den Gutschein?

Nein

Den Brief ?

Nein

Den Gut

Nein

– Mais quoi alors ???

– Le cadeau…celui que vous nous avez déposé devant la porte à Noël

– Ah ben non ce n’est pas moi !

Nous rigolons en cœur et il faudra maintenant découvrir le père Noël ou la mère Noël inconnu-e ! C’est un rire très encourageant pour la suite de nos intégrations respectives. Une bonne piqûre de rappel qui me fait comprendre que pour survivre durant notre siècle, il faudra rire et s’encourager mutuellement.

J’aimerais bien partager avec vous, chères lectrices et chers lecteurs, une part de ces desserts délicieux pour vous donner goût à l’intégration. Mais au moment précis où j’écris, le dernier survivant des chocolats pralinés, parsemés de noix de coco, a disparu dans mon ventre depuis belle lurette…

Leçon d’intégration n°2

La veille de ses 10 ans, mon voisin, qui me demande si je vais à l’école durant un trajet commun en bus, me rappelle l’importance de la formation et de l’apprentissage tout au long de la vie. Ceci dit, avant de quitter mon voisin, je me hasarde à lui poser une dernière question :

– Et sinon quel est ton gâteau préféré ?

– le Käsetorte

Hésitante quant à lui préparer in extremis un gâteau de son goût ou à lui mijoter une autre surprise, j’entreprends finalement de lui glisser dans sa boîte aux lettres une carte de vœux avec un bon cadeau d’une librairie à Berne.

Espoir et intelligence 

Que souhaiter à un enfant de 10 ans que l’on connaît à peine ? Arrivé en Suisse avec ses parents dans le courant de l’année passée, mon jeune voisin s’est très vite fait des amis avec lesquels je le vois courir, s’écrier, s’élancer vers des conquêtes invisibles, réfléchir ou négocier des jeux, voire des vérités d’un autre âge. La vie bat son plein autour de la maison, dans le quartier ou à l’école. Bien que son parcours de vie laisse déjà supposer l’empreinte de plusieurs cultures, le temps qui passe le conduira vers des connaissances plus vastes. À l’époque de la 5G et des smartphones (inventés avant les smarthumans), des vagues vertes, violettes et arc-en-ciel, des gilets jaunes et des sans-gilets noyés en mer, on en voit de toutes les couleurs et il y en a pour toutes les colères. Mais pas de panique à bord, le niveau de formation de la population suisse est l’un des meilleurs au monde.

Que dire alors ? J’opte, finalement, pour quelques mots d’encouragement en lui souhaitant une jeunesse épanouie avec de la joie et de la curiosité, car à 10 ans il y a encore tellement de choses à découvrir. Deux mots clés finissent par se concurrencer le milieu de ma carte de vœux : Hoffnung und Intelligenz (espoir et intelligence).

Vous conviendrez, bien entendu, qu’en lui écrivant que notre monde a besoin d’espoir et d’intelligence, mon choix est un peu arbitraire. En effet, nous avons aussi besoin d’amour et de bienveillance pour apprendre et avoir l’envie d’apprendre, sans compter les aspects matériels et pragmatiques qu’il ne faut pas oublier de prendre en considération. Mais voilà, encore une fois, je vais à l’encontre des statistiques qui rappellent que les empêchements et les obstacles les plus fréquents à la formation sont le manque de temps, le coût, l’horaire des cours et les obligations familiales. Les personnes les plus touchées (environ 30%) sont les personnes sans emploi, les immigrés de première génération, les personnes en situation de handicap et les personnes sans formation postobligatoire. Aurais-je dû plutôt lui souhaiter d’avoir du temps et de l’argent, d’être flexible et sans obligations familiales ? Ou alors faut-il considérer qu’une chance est donnée à toutes et à tous (quelle que soit sa condition sociale ou matérielle ?) de croire et de façonner un avenir…avec espoir et intelligence ?

Le soir, après avoir glissé ma carte de vœux dans la boîte aux lettres, la sonnerie de ma porte retentit. Face à moi, mon voisin et sa maman m’enseignent une troisième leçon d’intégration.

Leçon d’intégration n°1

Après l’épisode « Souviens-toi… l’hiver dernier » où je voyageais en train, me voilà plus proche de Chronos avec un souvenir de janvier 2020. Assise cette fois-ci dans le bus, je croise mon voisin avec lequel nous échangeons quelques paroles maladroites en allemand. Après s’être assurés que tout allait bien, selon la formule d’usage « ça va ? Oui ça va, et toi ? », il  me demande :

– Tu rentres de l’école ?

Stupéfaite, je lui réponds :

– Non, je travaille (mon sac à dos l’induit peut-être en erreur ! ou alors ma tête ?).  

Sur le chemin de l’école  

En réalité, il n’y a pas d’âge pour apprendre. Marcher toute sa vie sur le chemin de l’école peut faire découvrir des horizons aussi lointains que merveilleux. Mais s’il est coutume de dire que tous les chemins mènent à Rome, toutes les écoles mènent-elles au but recherché ?

La notion d’éducation et de formation tout au long de la vie, définie par la Commission européenne en 2001, regroupe « toute activité d’apprentissage entreprise à tout moment de la vie, dans le but d’améliorer les connaissances, les qualifications et les compétences, dans une perspective personnelle, civique, sociale et/ou liée à l’emploi ». Elle repose sur trois principes: « place centrale de l’apprenant, égalité des chances, pertinence et qualité de l’offre de formation». En Suisse, la politique du Conseil fédéral, née de son initiative visant à combattre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, mise sur quatre priorités dont l’une d’elle : se former de manière continue et relever le niveau de qualification répondant aux besoins du marché du travail. Malheureusement, les statistiques suisses montrent qu’il y a encore du travail en matière de formation continue, car plus on avance en âge et plus on s’abstient.

Pour ma part, je veux un chemin d’école qui, tous les jours, me donne l’envie d’entreprendre, de créer, de mieux être et me connaître, d’aimer et de grandir encore. Sortis du bus, mon voisin et moi continuons à marcher sur les pistes de notre enquête :

– Quel âge as-tu ?

– 9…euh non 10 !

– Tu as 9 ans alors ?

– Non 10 : mon anniversaire c’est demain !

Le lendemain, jour J de son anniversaire, je décide de glisser dans sa boîte aux lettres une carte de vœux avec un bon cadeau d’une librairie à Berne. Quelle chance ! C’est l’occasion de faire plaisir à mon voisin et de trouver l’inspiration pour une « leçon d’intégration n°2 ».

 

Sources et références:

Faits d’hiver

C’était un dimanche de l’hiver dernier et je prenais le train pour me rendre en montagne. J’ignorais que des faits divers allaient me plonger dans des réflexions nées d’échanges quelque peu burlesques. Une question intéressante germa tout de même de ces faits de l’hiver passé : où va-t-on, lorsque l’on ne sait pas d’où l’on vient ?

Qui es-tu ?   

Questionner le passé peut s’avérer utile, mais n’est pas toujours efficace. Assise dans le train, le contrôleur qui vérifia mon billet me signala froidement qu’il fallait régler un petit détail, sans m’expliquer tout de suite que mon billet via Neuchâtel exigeait un paiement supplémentaire qui n’aurait pas été nécessaire si je l’avais pris via Bienne. L’opération terminée, c’est alors que je me permis de lui demander si je pouvais avoir le reçu de la modique somme de CHF 2.40.- que j’allais payer immédiatement. Il s’exclama alors d’un air hautain et méprisant « Biensûr ! Je ne sais pas comment c’est chez vous, mais ici on donne toujours un reçu ». La poursuite de notre dialogue se tint alors à peu de choses près sous cette forme :

– Vous avez dit chez vous? Mais qu’est-ce que vous entendez par là ?

(hésitations) écoutez, je ne sais pas…à la maison !

– Mais comment ça à la maison, ça veut dire quoi à la maison? êtes-vous en train de me dire que je ne suis pas chez moi ou que je ne suis pas Suisse ?

– Biensûr que vous êtes Suisse !

– !?

Une première série de questionnements se pointa à l’horizon : Mais qui suis-je ? Une voyageuse en état de fraude ? Une enquiquineuse du dimanche qui ignore qui elle est ? Une étrange passagère qui semble étrangère aux mœurs et aux coutumes du train ? Une persona non grata qui gratte là où ça fait mal ? Quelqu’un qui pose trop de questions ?

Je ne suis pas un bébé !

Une fois sortie du train et avant d’engager ma montée vers les cimes, je crus bon de me permettre une pause au Café de la gare. Mais voilà qu’au moment de partir et de saluer tout le monde avec un « Bonne journée ! » d’une expression chantante et toute ingénue, un certain habitué du coin me lança un défi « Soyez sage ! ». Très amusée de voir qu’un inconnu me recommandait d’être sage (si je peux), je rebroussais alors chemin pour lui demander « Ah bon? Mais vous êtes sage ? ». On ne sait jamais, la sagesse peut être transmissible. Je ne me souviens malheureusement plus si je ressemblais au petit Chaperon rouge ou à un bébé qui va se perdre dans la forêt et à qui on avertit d’être sage.

Quelques pas plus tard, seule parmi les arbres et comme si ça ne suffisait pas, on m’interpellait à nouveau pour me lancer au vol : « Moi non plus, je ne suis pas un bébé ! ». Soulagée de voir que je n’étais finalement pas si seule, je fus tout de même surprise par cet interlocuteur. Fort de son argumentation, l’arbre, qui portait une lolette comme un étendard imposé de force, me convainquit qu’effectivement il n’était ni un bébé ni un service pour objets trouvés. Après tout, il était fort probable que le papa ou la maman du bébé qui avait perdu sa lolette soit dépourvu de l’idée géniale d’aller rechercher cet objet sale en forêt.

                               

Tout le monde à (a) sa place

Touchée par la requête de mon ami l’arbre, je me résolus à prendre la lolette et à la donner à sa légitime propriétaire : la poubelle. C’est vrai, il y a encore du boulot pour combattre les déchets et le réchauffement climatique, mais il y a aussi des bouleaux qui nous rappellent à l’ordre. L’ordre des choses. Cette nature qui nous questionne sur nos origines et sur nos multiples relations au monde. Comment se respecter soi-même et les autres, si nous ne parvenons pas à respecter notre environnement…

Mais où va-t-on, lorsque l’on ne sait pas d’où l’on vient ?

Ni une tour ni une cathédrale (Acte III)

Il était une fois au paradis perdu d’Adam et Eve, au commencement du monde, à la genèse de notre espèce, un temps où nous n’étions ni tours, ni cathédrales, ni symboles, ni cultures, ni identités, ni nationalités, ni maîtres, ni esclaves. Et le Verbe se fit chair.

Aimé – Ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale, elle plonge dans la chair rouge du sol, elle plonge dans la chair ardente du ciel…

Hélène – Il était une fois. Trois fois. Trois actes avec Aimé Césaire. Il entrait par mes yeux et en sortait par le cœur. En alchimiste de toutes les pierres, transformait la chair en Verbe. Cette fois, je me demande quel est ce pouvoir créateur qui libère, fait (re)naître ? Où trouver ce paradis perdu ? Que faire ?

Aimé – Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir.

Hélène – Et si je refuse aujourd’hui d’être « bavarde et muette » ? Si je refuse de ne participer « à rien de ce qui s’exprime, s’affirme, se libère » ? Si je m’exprime, m’affirme, me libère ?

Aimé

Hélène – Ce qui se révèle ne peut ni se voir avec les yeux ni se comprendre par les mots. Mais les pages blanches verront couler l’encre noire. Il y a des voix qui dépassent cet espace, défient le temps, parlent au présent.

Aimé – Ô vous qui vous bouchez les oreilles, c’est à vous, c’est pour vous que je parle, pour vous qui écartèlerez demain jusqu’aux larmes la paix paissante de vos sourires.

Hélène – Voir et entendre quoi ? Comment distinguer le murmure de la création du bruit envahissant ? L’effondrement des monuments tape à l’ouïe…à l’œil souvent nous n’y voyons que du feu. Existez-vous tours et cathédrales éternelles ? Existes-tu temple de pierre où je trouverai refuge ?

Jésus – Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai.

Hélène – Bâtir une humanité et la mettre debout ? Oui, mais alors – toujours cette question – comment devenir créateurs et créatrices ? Où commencer ? Quels repères ?

Aimé – Les balisiers se déchirent le cœur sur le moment précis où le phénix renaît de la plus haute flamme qui le consume.

Hélène – Ah fleur de balisier : ma balise ! Celle qui guide ici mes mots sur le chemin du cœur, t’avais-je oublié ? Pour André Breton, tu es une « grande fleur énigmatique »…

André – … un triple cœur pantelant au bout d’une lance. C’est là et sous les auspices de cette fleur que la mission, assignée de nos jours à l’homme, de rompre violemment avec les modes de penser et de sentir qui l’ont mené à ne plus pouvoir supporter son existence m’est apparue vraiment sous sa forme imprescriptible. Qu’une fois pour toutes j’ai été confirmé dans l’idée que rien ne sera fait tant qu’un certain nombre de tabous ne seront pas levés, tant qu’on ne sera pas parvenu à éliminer du sang humain les mortelles toxines qu’y entretiennent la croyance (…) à un au-delà, l’esprit de corps absurdement attaché aux nations et aux races et l’abjection suprême qui s’appelle le pouvoir de l’argent.

Hélène – L’argent n’est pas le pouvoir du poète. Dans le récit de La dame blanche qui retrace la vie d’Emily Dickinson, l’écrivain Christian Bobin raconte comment Thomas Higginson vécu telle une révélation sa rencontre avec Emily : « Il n’a jamais imaginé que la poésie puisse être une affaire vitale, l’apothéose de toutes lucidités, l’arrachement du bandeau que la vie met sur les yeux des vivants pour qu’ils n’aient pas trop peur à cet instant dernier qu’est chaque instant passant. »

Higginson – Si je lis un livre et qu’il rend tout mon corps si glacé qu’aucun feu ne pourra jamais me réchauffer, je sais alors que c’est de la poésie. Si je sens le sommet de ma tête arraché, je sais aussi qu’il s’agit de poésie. Ce sont mes deux seules façons de le savoir. Y en a-t-il d’autres ?

Hélène – Et si en plus de reconnaître la poésie, nous pouvions aussi être Poésie ? La dame blanche de Christian Bobin et La femme en blanc d’Ina Césaire, toutes deux vêtues de blanc face à l’évènement mortuaire du Père, rayonnent par leur seule présence.

Maurice Zundel – Chacun de nous est le créateur de cet univers intérieur qui peut faire de chacun un bien commun, une richesse universelle, une source de liberté pour tout l’univers.

Hélène – Pour préserver ce pouvoir créateur, ne faudrait-il pas respecter la dignité de chacun et chacune d’entre nous ?

Maurice – L’héroïsme est pour tout le monde, la grandeur est la vocation de chacun, parce qu’en chacun de nous il y  a ce trésor que la femme pauvre sentait vivre en elle et qu’elle brûlait de communiquer, lorsqu’elle disait : « La grande douleur des pauvres, c’est que personne n’a besoin de leur amitié. »

Hélène – Plus que d’humain augmenté, faudra-t-il trouver les moyens d’augmenter notre humanité ?

Aimé – Donnez-moi la foi sauvage du sorcier, donnez à mes mains puissance de modeler, donnez à mon âme la trempe de l’épée, je ne me dérobe point. Faites de ma tête une tête de proue…

Aimé – Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie…

Aimé – Ce que je veux, c’est pour la faim universelle, pour la soif universelle…

 

Sources :

  • Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Editions Présence Africaine, 1983.
  • Ina Césaire, La femme en blanc, L’Esprit du Temps, 2018.
  • Christian Bobin, La dame blanche, Editions Gallimard, 2007.
  • Maurice Zundel, Je ne crois pas en Dieu, je le vis, Edition Le Passeur, 2017.