I’ve been there. Who am I ?

Si la pub rend malade, je le suis peut-être déjà. Et oui, il m’est arrivé plusieurs fois de me retrouver face à une affiche montrant une tasse au contenu couleur brun crème avec ses stries blanches révélant un cœur ou une fleur. Je sens alors des parfums et des arômes imaginaires : la douceur de notre société, la douce heure de ma journée. Mon sang ne fait qu’un tour (étrange, il le fait sans caféine !). Dans la rue je me rue sur le premier cappuccino à peu près conforme à l’image que je m’en fais : crémeux. Humm, je bois avec les yeux. Mais je ne vois pas. Qui suis-je au fond ?

Une voix me susurre : « Consomme ton existence, sans lui donner de sens »

Alors une autre voix lui répond : « Non. Va, vis et deviens »

Mais la première voix, qui manie la rhétorique, réplique : «  Ne te fais pas de films : Va ! C’est tout. Va quelque part, fais quelque chose, souris et montre tes dents blanches. En anglais on dit simplement Been there. Done that. »

Stop !

Je demande aux voix de se taire. Car je sais que je suis déjà malade. Et oui, le slogan Been there. Done that. ne date pas d’hier. Il ne fait aucun appel, il ne fait qu’exacerber ce qui existe déjà sur les réseaux sociaux : se montrer pour exister. Ici, la pub n’a pas besoin d’inventer, elle n’a qu’à se servir de nos travers pour les grossir en clair. Mais comment aurais-je pu imaginer qu’elle n’était qu’un des miroirs de notre société ? Je m’y mire et je m’y noie, un principe d’illusion que la philosophie indienne appelle maya.

L’une des deux voix revient sans ma permission et dit : « Bouger c’est important, mais le mouvement de l’égo a pris le devant sur celui de la Conscience »

L’autre voix conteste et se fâche : « Been there. Done that. Deux points c’est tout ! Nous sommes tous des étrangers et toutes des étrangères. Nous avons le droit de migrer où bon nous semble, surtout quand nous avons de la thune. T’as de la thune alors vas-y ! Les vacances en Suisse c’est chiant. Ne vivre que dans son pays, c’est chiant »

Alors voilà qu’une troisième voix, voyant cet amalgame, se la pète et déclame haut et fort : « Être ou ne pas être. Telle est la question »

Stop ! Je demande aux voix de se taire. L’illusion du cappuccino a disparu. Tout n’est plus si doux. Et moi qui croyais qu’il suffisait de voir pour croire à l’existence des choses ! Les images et les mots sont trompeurs : sommes-nous toujours ce que nous montrons ? Mais si tout ce que l’on voit n’est pas vrai : qui est l’étranger, qui est l’étrangère?

 

Hélène Agbémégnah

Juriste de formation, ses expériences professionnelles et personnelles lui ont permis, entre autres, de côtoyer des problématiques liées à la migration et à la diversité. Elle a été membre de la Commission fédérale des migrations (CFM) pendant quatre ans et s’intéresse, dans ce blog, à partager ses vues et réflexions multiples.

3 réponses à “I’ve been there. Who am I ?

  1. Votre texte est touchant. On comprend bien ce qu’il y a de douloureux dans votre situation et vous savez l’exprimer avec finesse.

    Pouvez-vous imaginer la douleur de ceux qui sont nés et ont vécu jusqu’à leur âge adulte dans un pays totalement homogène ethniquement, dans lequel tous ces problèmes ne se posaient absolument pas? Et maintenant, leur légitimité en tant que peuple indigène, ayant occupé sa terre seul depuis des millénaires, est mise en question. On les somme, eux les “locals”, de s’adapter aux nouveaux venus qu’une politique d’immigration insensée à fait camper sur leur terre. Et en plus, ces nouveaux venus, on leur fait faire des études spéciales sur la migration et ils font de véritables carrières dans des organisations ayant pour but d’augmenter le tempo migratoire tout en niant les droits des aborigènes de ce pays alpin. Alors ils se demandent si c’est décent cette attitude, et s’il ne serait pas plus convenable de la part des personnes issues de la diversité d’adopter un profil bas, de s’adapter elles-mêmes aux attentes du peuple hôte et de s’intégrer doucement sans faire de bruit, au lieu d’essayer de prendre le pouvoir.

    Vous demandez de l’empathie. A votre tour d’en faire preuve.

    1. Merci de votre commentaire. Il me semble que l’homogénéité ethnique n’existe pas vraiment. Les “locaux” de beaucoup de pays ont été visités, envahis ou pillés par des nouveaux venus depuis quelques siècles déjà. Pour rappel, il y a eu les croisades, la conquête des nouveaux mondes aux Amériques et la colonisation etc…Et la Suisse n’est pas du tout homogène: nous parlons 4 langues officielles et quelques dialectes: le ticiness, le puschiavin (vous connaissez?). Mais si nous revenons au texte de base, la question est bien “qui suis-je?” et la réponse il en revient à chacun-e individuellement de la trouver

    2. Vous, qui, avec courage vous exprimez sous pseudo et en tant qu’ “indigène”, ne vous est-il jamais venu à l’esprit que vos ancêtres, même par banque interposée, ont tué de vrais indigènes pour vous acquérir la situation de pleutre, dans laquelle vous vous plaignez?

      Alors, please, arrêtez la fausse complaisance hypocrite et tout le monde s’en portera mieux.

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