Comme une madeleine de Proust

Plutôt que d’évoquer une « leçon d’intégration n°3 », je pense plutôt à Proust et à sa madeleine qui, au souvenir de ma dernière leçon d’intégration de janvier 2020, ressemble à un Cheesecake fait maison. Les rapports rapprochés, en ces temps de confinement général, semblent émaner d’un autre temps. Mais je me souviens encore de la dernière question posée à mon voisin rencontré dans le bus la veille de ses 10 ans :

– Et sinon quel est ton gâteau préféré ?

– Le Käsetorte

Au lendemain de notre rencontre, puisque le dieu Chronos répond aux abonnés absents pour m’aider à lui préparer un Käsetorte, je glisse alors une carte de vœux dans sa boîte aux lettres avec un bon cadeau d’une librairie à Berne. Le temps passe. Le soir arrive.

Le dernier survivant

Tandis que le soir éteint la lumière du jour, j’allume la lumière à la cuisine pour m’improviser cheffe d’orchestre d’une douce symphonie qui additionne cancans de radio, grognements de lave-vaisselle et impatience sonore du bouillon d’une soupe qui bouillonne. Accorder mes divers instruments et donner le « la », j’en suis capable, mais la sonnerie de ma porte retentit. Mon voisin et sa maman face à moi … avec le fameux Käsetorte et des pralinés en chocolats : « C’est tout ce qu’il nous reste de la fête ! » me lance la maman.

– Waouh merciiii beaucoup !

Mais quelle joie ! Le Cheesecake, c’est pas ma tasse de thé, mais là, je pense que je vais adorer. Quoi de mieux que des desserts faits maison pour donner un goût à l’intégration ? Si je ne peux (ou veux) définir le concept d’intégration, au moins je peux maintenant lui attribuer un goût sucré.

Nos échanges continuent et la maman veut me remercier pour quelque chose de difficile à définir en allemand. À trois, nous entamons alors un dialogue très efficace :

Für den Gutschein (le bon cadeau)?

Nein

Den Brief (la lettre) ?

Nein

Den Gutschein?

Nein

Den Brief ?

Nein

Den Gut

Nein

– Mais quoi alors ???

– Le cadeau…celui que vous nous avez déposé devant la porte à Noël

– Ah ben non ce n’est pas moi !

Nous rigolons en cœur et il faudra maintenant découvrir le père Noël ou la mère Noël inconnu-e ! C’est un rire très encourageant pour la suite de nos intégrations respectives. Une bonne piqûre de rappel qui me fait comprendre que pour survivre durant notre siècle, il faudra rire et s’encourager mutuellement.

J’aimerais bien partager avec vous, chères lectrices et chers lecteurs, une part de ces desserts délicieux pour vous donner goût à l’intégration. Mais au moment précis où j’écris, le dernier survivant des chocolats pralinés, parsemés de noix de coco, a disparu dans mon ventre depuis belle lurette…

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Hélène Agbémégnah

Hélène Agbémégnah Elle est actuellement responsable de la politique migratoire et des questions juridiques au sein de Travail.Suisse, organisation faîtière indépendante des travailleurs, après avoir été conseillère juridique et sociale au sein d'une association de défense des migrants. Depuis 2016, elle est membre de la Commission fédérale des migrations et fait partie d'INES un Think & Act Tank sur la migration.

5 réponses à “Comme une madeleine de Proust

  1. Des Clips

    J’aime bien ces leçons d’intégration, parce qu’elles sortent du discours habituel, reportages, débats, d’où émergent de bonnes intentions ou des démonstrations pessimistes, toujours le même taboulé… Ici je trouve des Clips qui ne sont pas construits mais donnés en direct, avec en fond une heureuse musique… Comme pour les Clips, je pense qu’une critique n’est pas du tout nécessaire et serait même absolument inappropriée, ce n’est ni de la littérature ni du cinéma. J’ai envoyé vos « leçons d’intégration » par mail à quelques amis dont j’estime qu’ils vieillissent mal, leurs opinions sont comme de beaux coquillages inhabités exposés dans une vitrine. Pour tenter de casser cette atmosphère déprimante, j’envoie vos articles avec pour seule mention : « Regarde ! » Je suis certain que ces fraîches vagues inattendues leur redonnent un peu de vie.

    1. Des clips! c’est intéressant de découvrir votre façon de lire l’article, cher Dominic. Merci pour votre commentaire et l’envoi de mails à vos ami-e-s, car si la lecture de ces quelques lignes procure un certain bien-être, alors j’en serais très heureuse. Je vous souhaite évidemment, en cette période, une bonne santé à vous et à vos proches.

  2. Merci Hélène pour votre réaction. Ce n’est pas ma façon de lire ces articles qui font un clip. Un clip est une courte histoire qui contient beaucoup de messages par l’image, des clés qui ouvrent des portes. Les clips de chansons sur YouTube, par exemple, peuvent apporter du bien-être durant trois minutes, mais d’autres transmettent ce qui est important dans la vie pour viser le bien-être ! Votre optimisme va en direction d’une meilleure intégration au travers de barrières que j’estime lourdes, celles posées par mes amis désabusés aux opinions creuses. Les vagues de vos clips que je leur envoie c’est pour leur dire : « Vous voyez qu’il y a du bonheur à partager ? » Ces vagues peuvent casser leurs préjugés, ils verront votre bien-être, et devront alors se mettre en face du leur qui est, je regrette de le dire, égoïste et tristement suffisant. Je n’ai certainement pas votre optimiste pour pouvoir en donner, mais je crois à celui qui est en vous. Et vous savez, je pense que même un triste pessimisme peut apporter bien plus en vrai espoir que le confort en espace clos. Le mal-être n’est pas contagieux, des fois il s’exprime pour faire comprendre combien on tient à la vie. C’est à mon avis ce qu’éprouvent les ados émus par Billie Eilish. Des clips aussi, qui ouvrent des portes fermées, même les miennes qui sont en vieux bois à côté du rideau de papier que déchire cette jeune fille…
    https://www.youtube.com/watch?v=DyDfgMOUjCI

    1. Cher Dominic, merci pour ce clip de Bilie Eilish que j’avoue ne pas connaître. Effectivement, les images et les symboles peuvent en dire plus que les mots, tout en laissant la liberté à celui ou à celle qui les voit d’utiliser ses clés pour en ouvrir les portes du sens. Il arrive aussi parfois qu’on ait des clés, mais qu’on se trompe de serrure 😉 Dans tous les cas, je remarque que vous avez une connexion toute particulière avec mes pensées, car j’ai l’intention d’évoquer l’araignée dans l’un de mes prochains post… à découvrir donc!

  3. Dernier petit message :
    Le lien en rouge est un 2ème clip moins melancolique où elle montre son rigolo bonheur… « Ma maman aime chanter avec moi, mais elle ne chantera pas cette chanson, je suis un mauvais garçon ! »
    Je suis impatient de voir votre araignée, je suis certain qu’elle se sent libre dans le creux de votre main !
    Ciao

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