Leçon d’intégration n°2

La veille de ses 10 ans, mon voisin, qui me demande si je vais à l’école durant un trajet commun en bus, me rappelle l’importance de la formation et de l’apprentissage tout au long de la vie. Ceci dit, avant de quitter mon voisin, je me hasarde à lui poser une dernière question :

– Et sinon quel est ton gâteau préféré ?

– le Käsetorte

Hésitante quant à lui préparer in extremis un gâteau de son goût ou à lui mijoter une autre surprise, j’entreprends finalement de lui glisser dans sa boîte aux lettres une carte de vœux avec un bon cadeau d’une librairie à Berne.

Espoir et intelligence 

Que souhaiter à un enfant de 10 ans que l’on connaît à peine ? Arrivé en Suisse avec ses parents dans le courant de l’année passée, mon jeune voisin s’est très vite fait des amis avec lesquels je le vois courir, s’écrier, s’élancer vers des conquêtes invisibles, réfléchir ou négocier des jeux, voire des vérités d’un autre âge. La vie bat son plein autour de la maison, dans le quartier ou à l’école. Bien que son parcours de vie laisse déjà supposer l’empreinte de plusieurs cultures, le temps qui passe le conduira vers des connaissances plus vastes. À l’époque de la 5G et des smartphones (inventés avant les smarthumans), des vagues vertes, violettes et arc-en-ciel, des gilets jaunes et des sans-gilets noyés en mer, on en voit de toutes les couleurs et il y en a pour toutes les colères. Mais pas de panique à bord, le niveau de formation de la population suisse est l’un des meilleurs au monde.

Que dire alors ? J’opte, finalement, pour quelques mots d’encouragement en lui souhaitant une jeunesse épanouie avec de la joie et de la curiosité, car à 10 ans il y a encore tellement de choses à découvrir. Deux mots clés finissent par se concurrencer le milieu de ma carte de vœux : Hoffnung und Intelligenz (espoir et intelligence).

Vous conviendrez, bien entendu, qu’en lui écrivant que notre monde a besoin d’espoir et d’intelligence, mon choix est un peu arbitraire. En effet, nous avons aussi besoin d’amour et de bienveillance pour apprendre et avoir l’envie d’apprendre, sans compter les aspects matériels et pragmatiques qu’il ne faut pas oublier de prendre en considération. Mais voilà, encore une fois, je vais à l’encontre des statistiques qui rappellent que les empêchements et les obstacles les plus fréquents à la formation sont le manque de temps, le coût, l’horaire des cours et les obligations familiales. Les personnes les plus touchées (environ 30%) sont les personnes sans emploi, les immigrés de première génération, les personnes en situation de handicap et les personnes sans formation postobligatoire. Aurais-je dû plutôt lui souhaiter d’avoir du temps et de l’argent, d’être flexible et sans obligations familiales ? Ou alors faut-il considérer qu’une chance est donnée à toutes et à tous (quelle que soit sa condition sociale ou matérielle ?) de croire et de façonner un avenir…avec espoir et intelligence ?

Le soir, après avoir glissé ma carte de vœux dans la boîte aux lettres, la sonnerie de ma porte retentit. Face à moi, mon voisin et sa maman m’enseignent une troisième leçon d’intégration.

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Hélène Agbémégnah

Hélène Agbémégnah Elle est actuellement responsable de la politique migratoire et des questions juridiques au sein de Travail.Suisse, organisation faîtière indépendante des travailleurs, après avoir été conseillère juridique et sociale au sein d'une association de défense des migrants. Depuis 2016, elle est membre de la Commission fédérale des migrations et fait partie d'INES un Think & Act Tank sur la migration.

2 réponses à “Leçon d’intégration n°2

  1. Si les écoles avaient une âme comme la vôtre, ce serait si profitable pour tous les enfants ! Le jeune passager du bus a de la chance de vous avoir de temps en temps, pourvu qu’on ne le lui offre pas un vélo dans onze mois ! Vous direz à ses parents qu’à son âge c’est beaucoup trop dangereux.

    1. Ne vous inquiétez surtout pas, cher Dominic, mon jeune voisin a déjà un vélo pour aller à l’école accompagné de son papa: toute la famille a un vélo. Il faut dire qu’à Berne, les voitures respectent davantage les vélos et les piétons qu’à Genève (par exemple).

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