L’étrange contraste de la photo du Conseil fédéral

La photo du Conseil fédéral dans une version inanimée. © Stephane Schmutz

Innovation. C’est le mot qui revient pour qualifier la nouvelle photo du Conseil fédéral pour l’année 2018. Le rituel est bien huilé: le gouvernement publie chaque 31 décembre la nouvelle image qui symbolise la composition du gouvernement pour l’année qui vient. Pas de photo de législature (quatre ans) puisque le/la président-e de la Confédération change chaque année. Pour 2018, le Conseil fédéral, présidé par Alain Berset, a donc choisi de diffuser une photo destinée aux médias électroniques: il s’agit d’un GIF, à savoir une image animée.

Ce choix est évidemment rafraichissant et s’intègre parfaitement à notre époque. Mais au-delà du concept «novateur» de la photo du gouvernement, que peut-on déceler dans celle-ci? Car il s’agit d’un exercice hautement politique, ayant pour objectif de livrer un message. Je vous propose ma propre lecture, tout en sachant que mon impression est purement subjective et qu’elle n’engage que moi.

En découvrant ce cliché animé, ma première stupéfaction a été de constater l’absence de mouvement des conseillers fédéraux. L’arrière-plan, qui représente la Suisse (digne d’une carte postale d’ailleurs), prend vie. Difficile de ne pas être immédiatement saisi par le contraste entre ces deux plans. Plusieurs interprétations s’offrent donc au regard qui contemple cette photo, sobrement intitulée «Bundesart», jeu de mot issu de la dénomination du Conseil fédéral en allemand, «Bundesrat», en l’honneur de la culture qui fait partie du département du président de la Confédération Alain Berset.

De ces interprétations, j’en retiendrai deux principales. Celle que je privilégie à titre personnel: cette photo où seul le décor est animé donne le sentiment d’un gouvernement immobile. La posture de certains membres du Conseil fédéral donne même l’impression d’une certaine crispation. A l’heure où le collège essuie des critiques quant à son manque de réactivité face à l’Union européenne, le symbole maladroit renvoyé par cette photo est surprenant.

Il est aussi tout à fait possible d’y voir un Conseil fédéral qui garde le cap. Alors que la Suisse bouge, évolue, le gouvernement tient à montrer qu’il reste stable, bien droit et tient sa ligne. Cela n’a pas été ma première impression (et c’est finalement la première qui compte dans une image), mais c’est une grille de lecture envisageable.

Par ailleurs, il y a le placement des conseillers fédéraux. Alain Berset est évidemment au «centre» puisqu’il préside la Confédération durant l’année 2018. Ce qui m’a frappé dans la disposition des membres du gouvernement, c’est l’espace qui sépare Alain Berset du reste de ses collègues. Cet espace est encore plus important entre le président et son vice-président, l’UDC Ueli Maurer, qu’entre le président actuel et la présidente sortante Doris Leuthard. Faut-il y voir un message quelconque?  

Cet agencement m’a interpellé parce qu’il souligne une prééminence d’Alain Berset au sein du collège, alors même que la présidence de la Confédération est une fonction uniquement représentative. «Primus inter pares», dit-on en latin, soit littéralement «premier parmi les pairs», c’est-à-dire une fonction présidentielle qui n’est pas assortie d’un pouvoir propre.

J’ai revisionné les photos du Conseil fédéral depuis 1993 et n’en ai pas trouvé une seule qui fasse la démonstration d’une telle présence du ou de la présidente de la Confédération. Certaines voyaient certes les conseillers fédéraux placés de façon à mettre le ou la présidente en avant, sans toutefois que cela ne semble aussi frappant.

Il eût été donc tout à fait possible de mettre Alain Berset au centre sans toutefois marquer une telle importance à sa personne dans la grammaire de l’image. C’est à mon sens un symbole qui ne correspond pas au fonctionnement du collègue gouvernemental et c’est donc une faute politique que d’illustrer le Conseil fédéral ainsi. Ce n’est bien évidemment que mon interprétation et peut-être que certains lecteurs et lectrices n’y verront guère d’importance. La photo étant toutefois un acte politique, la lecture qui l’accompagne doit l’être tout autant.

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

4 réponses à “L’étrange contraste de la photo du Conseil fédéral

  1. Photo sympathique et décor autre que l’éternel mur en bois, fenêtre(s), table, chaises, etc… ou l’épouvantable fond noir de l’an dernier !
    Pourquoi toujours chercher un symbole, une posture comme ceci ou cela, le millimètre d’écart en plus ou en moins entre deux Conseillers fédéraux dont l’un est le Président ? Pourquoi ne pas laisser la spontanéité s’exprimer ?
    Avant de conclure l’année Berset, laissez-lui la vivre et vous en tirerez le bilan dans un an !

    1. Je vous propose de visionner le 19h30 du 31 décembre sur la RTS, le reportage permet de comprendre qu’il n’y a pas une once de spontanéité dans cet exercice. Croire qu’il s’agit d’une photo qui n’a pas fait l’objet d’une réflexion en amont est un peu naïf.

      1. Je ne suis pas naïve telle que vous le supposez : j’ai vu l’émission et ai trouvé l’idée très sympathique, une photo posée est toujours le fruit d’une recherche quelle qu’elle soit !
        Je n’ai pas non plus écrit qu’aucune réflexion n’avait été faite.
        En ce qui concerne la spontanéité, je parle principalement de l’espace que vous relevez entre les différents membres : est-ce si important de compter le tout en millimètres ? Sans doute pas.
        J’espère que le Président Berset imprimera un style différent de la fonction présidentielle et ce que je constate par le choix de la photo 2018 !

  2. Soyons simple, l’image est grande…il faut occuper la totalité de celle-ci pour exprimer et montrere que le Conseil fédéral est sur tous les fronts et partout dans tous les secteurs en Suisse.

    Il est vrai qu’une seule chose frappe, c’est l’écart entre Alain Berset et les autres, appart celà, rien de bien significatif.

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