No Billag: les initiants tablent sur la stratégie de l’irresponsabilité et du mensonge

Le débat sur l’initiative visant à supprimer la redevance radio-télévision et à interdire à la Confédération toute forme de subventionnement à l’audiovisuel (dite «No Billag») met en avant un élément en particulier, le fameux «plan B» éventuel si le texte devait être accepté le 4 mars prochain. Dans un article intitulé «SSR, le grand tabou du plan B», Le Temps a abordé cette question en interrogeant divers personnalités alémaniques et romandes pour y voir plus clair.

On y lit notamment les prévisions de Kurt W. Zimmermann, qui aurait élaboré un plan B permettant à la SSR de générer 1,2 milliard de francs de revenus sans la redevance. Il affirme que 25% des auditeurs et téléspectateurs accepteraient de s’abonner aux programmes de la SSR. Bien évidemment, ce chiffre sort de nulle part. M. Zimmermann ne s’appuie en effet sur aucune étude de marché, et part visiblement du principe que les potentiels abonnés accepteront de payer le même montant qu’aujourd’hui, ce qui n’est évidemment pas garanti.

Pour élaborer un véritable plan B, il faudrait mener une véritable étude de marché, afin de connaître les intentions des auditeurs et téléspectateurs de la SSR, le budget qu’ils seraient prêts à investir pour une entreprise qui n’aura plus, si l’initiative est acceptée, d’obligation de fournir des prestations dites de «service public» tout en ne sachant pas forcément très bien ce qu’elle proposera vraiment et quels programmes actuels passeront à la trappe dans pareil scénario.

Les initiants refusent évidemment d’admettre que leur initiative signe la fin du service public (indépendant du sort de la SSR en tant qu’entreprise), alors même que leur texte abroge plusieurs alinéas dans l’article 93 de la Constitution fédérale imposant à l’audiovisuel le respect de plusieurs critères1. Il serait en effet surprenant que des chaînes 100% commerciales s’imposent d’elles-mêmes et sans contreparties financières de la part de la Confédération des obligations qui pourraient nuire à leur rentabilité.

Lorsque les initiants affirment en outre que la fin de la redevance n’altérera pas la qualité des programmes puisque les Suisses sont attachés à leurs médias de service public, ils omettent volontiers qu’en matière de télévision et de radio, l’offre précède la demande. En vérité, les gens se contenteront ou non de ce qu’il y a, mais auront peu d’espoir d’influencer réellement la qualité de l’offre qui leur sera proposée.

Toujours dans l’article du Temps, Kurt W. Zimmermann affirme que le (nouveau) directeur de la SSR «Gilles Marchand ne fait pas son travail en ne préparant pas de plan B. Il est comme le capitaine d’un navire de beau temps qui refuse d’envisager le scénario d’une tempête, à savoir l’acceptation de l’initiative». Il convient de rappeler ici que Gilles Marchand, que je ne connais pas personnellement, a accepté de diriger la SSR tout récemment, et qu’il savait donc qu’il serait confronté à cette initiative qui n’est pas vraiment signe d’un «beau temps» quant à l’avenir de l’entreprise.

On peut sans doute reprocher un certain nombre de choses à M. Marchand, mais dire de lui que c’est un capitaine qui navigue par beau temps, c’est occulter le fait qu’il a accepté cette fonction en sachant très bien que le débat serait rude. Enfin, si M. Zimmermann tient tellement à rendre crédible la possibilité d’un plan B, son rôle d’ancien président de TV3, chaîne privée qui n’a pas réussi à survivre et a cessé d’émettre en 2001, n’y est peut-être pas totalement étranger. Les initiants et ceux qui défendent la suppression de la redevance ont tout intérêt à tabler sur un plan B, car ils savent qu’avec un scénario alternatif, les gens voteront plus facilement en faveur de l’initiative puisqu’ils seront dédouanés de toute responsabilité.

Cette stratégie est d’autant plus cynique qu’elle émane de milieux qui se revendiquent «libéraux». Dans la doctrine libérale, la notion de responsabilité individuelle est fondamentale. Or, les initiants tentent de déresponsabiliser les gens en leur faisant miroiter des lendemains qui chantent en dépit du risque que fait courir cette initiative sur la structure du paysage audiovisuel suisse. Si les défenseurs de No Billag étaient honnêtes, ils reconnaîtraient officiellement ne pas savoir ce qu’il adviendra en cas d’acceptation de leur texte, puisqu’ils n’ont pas fait d’étude. Ce n’est d’ailleurs pas leur rôle. Ils posent une question simple: l’audiovisuel doit-il être subventionné par la Confédération (par une redevance ou toute autre méthode), ou non?

Faire croire aux gens que «la vérité» (terme employé par un clip de campagne publié par les initiants sur les réseaux sociaux), c’est que le service public, la SSR et les télévisions et radios locales survivront, est carrément malhonnête. En refusant de prendre leurs responsabilités, lesquelles commanderaient d’admettre que ce texte pourrait très bien induire la disparition d’entreprises, dont la SSR, les initiants optent pour la stratégie du mensonge. C’est malheureux, mais la campagne ne fait commencer, et il appartiendra aux opposants – dont je suis –, d’apporter des éléments qui prouvent que les initiants n’en savent pas davantage sur l’avenir du paysage audiovisuel suisse. Ce n’est qu’alors que nous pourrons débattre sereinement sur la seule question, évoquée précédemment, que pose l’initiative.

1 L’initiative prévoit d’abroger (Art. 93 Constitution fédérale) les alinéas 2, 4 et 5:

Alinéa 2: «La radio et la télévision contribuent à la formation et au développement culturel, à la libre formation de l’opinion et au divertissement. Elles prennent en considération les particularités du pays et les besoins des cantons. Elles présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions.»

Alinéa 4: «La situation et le rôle des autres médias, en particulier de la presse, doivent être pris en considération.»

Alinéa 5: «Les plaintes relatives aux programmes peuvent être soumis à une autorité indépendante.»

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

4 réponses à “No Billag: les initiants tablent sur la stratégie de l’irresponsabilité et du mensonge

  1. Je crois que vous faites fausse route. Vous consacrez une énergie impressionante à exposer dans des articles très longs, très argumentatifs, au style soigné, pourquoi l’argumentaire des initiants No Billag est, selon-vous, mensonger et immoral. Votre prestation est louable, admirable mais en pure perte, à mon avis. Et voici pourquoi:

    Même si vous aviez raison et si comme vous l’assénez sans relâche la propagande de No Billag était trompeuse, mensongère, illogique, démagogique, irresponsable, etc., celà n’a, au fond, aucune importance. Personnellement je pense que la campagne No Billag est dans l’ensemble correcte et sincère, mais même si elle ne l’était pas celà serait irrelevant.

    En effet vous oubliez la nature même d’une décision populaire référendaire. Certes dans le jargon helvétique il s’agit d’une initiative et non d’un référendum, mais celà revient au même. Il s’agit d’une consultation référendaire, populaire, convoquée par la voie d’une initiative populaire donc en France on parlerait d’un “référendum d’initiative populaire”, qui se distingue d’un plébiscite par le fait qu’il est convoqué, non par le pouvoir mais par une initiative populaire (100´000 citoyen-ne-s). Il y aura donc une DÉCISION souveraine prise directement par DÉMOS sur une question qui est: voulons-nous OUI ou NON continuer comme ça avec un service public, compte tenu du fait que ce service est devenu illégitime car il n’assure plus la nécessaire impartialité politique, notamment dans une question existentielle qui est celle de nos relations avec une puissance étrangère: l’Union Européenne? Compte tenu du fait également que depuis 40 ans les protestations contre ces abus du service public ont été nombreuses, mais que la SSR ne les a jamais entendus, n’en a jamais tenu aucun compte, n’a jamais fait là moindre autocritique et a donc prouvé qu’elle était irréformable. Il s’agit donc de la supprimer – SSR delenda est – avant de reconstruire quelque chose d’autre en écartant la direction actuelle incorrigible et nuisible au pays.

    Il ne s’agit pas d’une décision d’ordre technique sur le coût du service public, sur le caractère souhaitable de donner une voix aux minorités linguistiques etc. Moi qui m’apprête à accepter l’initiative, je ne suis pas opposé en principe à l’idée d’un service public, et si la représentation des minorités devait souffrir de mon choix je le déplorerais profondément. Seulement, à regret, je suis dans la nécessité de faire ce choix au nom d’un impératif supérieur, qui prime sur tout le reste, à savoir la nécessité de débarrasser mon pays, la Suisse, d’une propagande d’état dont la SSR et ses journalistes abusent sans vergogne depuis 40 ans pour nous imposer un endoctrinement de gauche, et surtout, ce qui est encore plus grave, pour se faire le porte parole du parti de l’étranger qui entend nous contraindre à brader notre souveraineté sur l’autel de l’Union Européenne.

    Il y a là une nécessité suprême. Toute autre considération doit céder le pas devant elle. A Paris en 1944 il fallait faire taire radio Paris, qui mentait et qui était allemand. Aujourd’hui en Suisse il faut faire taire radio Bruxelles qui ment, est antisuisse et diffame en permanence les patriotes. Il en va de la survie de la Suisse dans son ensemble. Une fois qu’on aura atteint cet objectif on verra comment on assure la représentation des minorités linguistiques et les autres problèmes de ce genre.

    Vous comprenez?

    Alors vous pourrez dire que cette initiative est de mauvaise foi, que l’objectif réel que je vous dévoile, n’est pas celui affiché, que les conséquences pratiques ou dommages collatéraux en cas d’acceptation seront très graves. Mais tout celà, cher Monsieur, c’est la politique. Il s’agit d’atteindre des objectifs. Pour les atteindre la fin justifie les moyens. Il peut se justifier d’user d’expédients, de prendre des arguments démagogiques, même de mentir. Les deux camps en présence le font. Les citoyen-ne-s en sont conscient-e-s. Ils s’informent et se font leur propre opinion avant de prendre leur décision qui sera souveraine et s’imposera à tous.

    La légitimité est un autre mot pour le consentement. Par ce référendum on teste le consentement des Suissesses et des Suisses à subir encore une propagande biaisée sous la houlette de militants politiques de gauche euroturbos tels que le funeste Roger de Weck. Moi je m’y consens pas. J’espère que la majorité, comme moi, manifestera son refus du consentement à la poursuite d’une propagande de gauche antisuisse et pro européenne. D’autres, comme vous, qui sont de gauche et pro européens, ne voudraient pas que leur camp: la gauche euroturbo, perde ce puissant instrument de pouvoir et de propagande politique qui sert leurs intérêts : le service public de la radio et télévision. C’est compréhensible. Chacun défend ses intérêts et ses idées. Le peuple tranchera.

    La vraie question est celle-là. C’est un bras de fer. Il est politique, non technique ni moral. Vos raisonnements portent sur des aspects techniques, et moraux annexes par rapport au véritable enjeu politique. Donc même si vous avez peur-être raison au plan technique ou moral, vos arguments ne portent pas sur la véritable question.

    1. Oui le corps électoral tranchera. Pour le reste, je pense que vous avez tort, mon texte aborde l’un des éléments essentiels de cette initiative. Beaucoup de gens estiment que la redevance devrait être adaptée aux revenus, et je les comprends, mais ils ne voteraient pas forcément pour l’abolir totalement si cela a pour conséquence de nuire à la SSR. Donc évoquer les conséquences de l’initiative, c’est aussi parler du fond de l’initiative.

      1. Il y a toutes sortes de motivations, variables selon les personnes. Je vous ai exposé la mienne, qui fait que je suis décidé à accepter cette initiative même en prenant en compte les éventuelles conséquences assez graves que pourrait avoir une suppression totale de la redevance. Ma volonté de faire cesser cette propagande insupportable est partagée par beaucoup de monde. D’autres sont motivés par la pensée que c’est juste trop cher et qu’il faudrait exonérer les petites bourses de cette taxe, car c’est une taxe. D’autres pensent que l’existence d’un service public dispendieux est simplement dépassée à l’heure d’Internet. D’autres sont des libéraux qui veulent des radios et TV privées. Il y a encore d’autres raisons d’être anti Billag. Ca fait aussi partie d’une certaine rancoeur contre les mauvaises élites de gauche caviar bobo et euroturbo. Je maintiens que ce sentiment là est le plus fort fédérateur du mouvement anti Billag. On verra le résultat. Pour ma part j’espère que toutes ces oppositions diverses se cumuleront pour obtenir une majorité à l’initiative No Billag et qu’on sera enfin débarrassés de cette clique journalistique nuisible et de cet endoctrinement imbuvable, alors qu’un service public serait tout à fait acceptable s’il donnait toute sa place à l’opinion anti européenne, qui est majoritaire dans le pays, au lieu de la combattre. Une radio télévision de service public doit refléter toutes opinions, à commencer par celles qui sont majoritaires. Ce n’est pas le cas. La SSR mène un combat contre le peuple Suisse et pour l’UE. Il faut démolir cette institution qui est devenue nuisible et illégitime à cause de sa partialité scandaleuse.

      2. “Beaucoup de gens estiment que la redevance devrait être adaptée aux revenus”. Le changement d’une taxe en impôt, aussi, mérite un vote, non ?
        De toute façon, Martin a raison, le problème est que l’indépendance du service public n’est pas respectée et les gens ne sont pas dupes…

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