L’UDC foule aux pieds l’Assemblée fédérale

Les élus UDC du Conseil national ont chanté ce matin l’hymne national et agité des banderoles sur lesquelles étaient visibles le logo du parti en pleine enceinte du Parlement pour commémorer les vingt-cinq ans du refus de l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen. Pour beaucoup de lecteurs de ces lignes, cet événement paraîtra anodin. Certains éprouveront même une sympathie pour cet acte.

Ce comportement est pourtant inadmissible. Que la position de l’UDC soit celle qui a remporté l’adhésion des Suisses il y a vingt-cinq ans ne fait aucun doute. Nul ne remet en question cette victoire historique, qui a grandement influencé la position de notre pays vis-à-vis de l’Union européenne et dont les effets se font encore ressentir aujourd’hui.

Pour autant, l’Assemblée fédérale ne peut pas être le lieu de manifestations politiques de quelque bord que cela soit. Il s’agit de respecter l’institution et ce qu’elle représente. Le Parlement est au-dessus de la mêlée partisane et n’appartient de facto à aucun mouvement politique, quand bien même pareil parti se revendique de l’esprit suisse et d’un patriotisme qui ne souffrirait aucune contradiction. Cette magnifique institution, qui existe depuis 1848, est le bien de tous les citoyens de ce pays.

Ce bref instant de dérapage démontre à quel point l’UDC fait peu de cas des symboles institutionnels de notre pays. Ce parti croit que, parce qu’il a la plus grande représentation parlementaire au Conseil national, il peut prendre ses aises et utiliser ce lieu symbolique pour se mettre en scène devant ses électeurs. C’est bien évidemment une vision restrictive et inacceptable. Jamais, je dis bien jamais, l’UDC n’aurait toléré pareille attitude de la part d’un autre parti.

Imaginons, un instant, le Parti socialiste commémorer de la même manière l’une de ses victoires. Agiter des banderoles, chanter. Dans la minute, que dis-je, la seconde d’après, l’UDC aurait dénoncé une prise d’otage du Parlement par les socialistes. Hurlant au viol des institutions. Exigeant force sanctions, déclarations d’indignation. Ce qu’a fait l’UDC, jamais elle ne l’aurait toléré d’aucun autre.

Les partis naissent, grandissent, évoluent, disparaissent, se réunissent, bref, les partis sont périssables. Les institutions, elles, perdurent tant que la Constitution qui les consacre existe. A ce titre, le Parlement ne peut pas être un lieu de militantisme symbolique. C’est arracher, même si cela ne dure qu’un bref instant, à tous les autres citoyens qui ne votent pas pour ce parti un symbole qui leur appartient pourtant de droit constitutionnel.

La démocratie, ce n’est pas prendre en otage le Parlement, c’est respecter son mandat pour ce qu’il est: une délégation du pouvoir législatif du peuple. Le mandat peut être aussi bien donné que repris. Face à cette évidence, l’humilité s’impose. L’attitude de l’UDC doit être fermement dénoncée pour ce qu’elle est: une démonstration du mépris de nos institutions par un parti qui se revendique pourtant le seul à défendre la Suisse. Espérons que certains responsables de ce parti auront la décence de reconnaître leur erreur.

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

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