Avec Score, le gouvernement augmentera sa rémunération de 34’571 francs par an

Les syndicats de la fonction publique genevoise feront grève lundi. En cause notamment: le projet Score qui prévoit la réévaluation des fonctions et des rémunérations de la fonction publique. Cette dernière compte actuellement 33 classes et une jungle d’indemnités. L’objectif de cette ambitieuse réforme est de remettre de l’ordre et surtout de la transparence dans la rémunération et les fonctions des collaborateurs de l’Etat. Le projet prévoit entre autre d’intégrer les indemnités qui existent actuellement dans le salaire. Au lieu de 33 classes, Score en dénombre 20.

Le Conseil d’Etat se félicite des grandes lignes de Score, annonçant une hausse (progressive et sur six ans) des rémunérations de 57% des personnes actuellement en fonction. Pour le gouvernement, il ne fait aucun doute que la fonction publique sort gagnante avec cette réforme. Les syndicats ne sont toutefois pas convaincus par cette grille de lecture et s’inquiètent notamment de voir le Conseil d’Etat acquérir la compétence de modifier les rémunérations des collaborateurs de la fonction publique par voie réglementaire, ce qui empêcherait selon eux toute voie légale de recours.

Les griefs sont nombreux, mais l’Union du personnel du corps de police (UPCP) a publié hier un article sur son site intitulé «Augmentation du salaire des conseillers d’Etat: la cerise sur le gâteau Score». La rémunération actuelle la plus élevée à l’Etat est la classe 33 (245’846 francs par an). Avec Score, le plafonnement serait atteint à la classe 20, qui voit son niveau de rémunération augmenter sensiblement (278’929 francs par an). Le Conseil d’Etat est actuellement rémunéré selon le maximum de la classe 33, auquel s’ajoute une majoration de 4,5% ainsi qu’une indemnité de 6%. Au total, la rémunération actuelle d’un conseiller d’Etat se monte chaque année à 265’273 francs.

Avec Score, le Conseil d’Etat serait toujours rémunéré selon la classe maximale (20) en plus d’une majoration de 4,5%, ce qui induirait une augmentation de 34’571 francs par année, soit 291’480 francs au total. Pour les sept conseillers d’Etat, le montant de cette augmentation s’établirait à 241’997 francs par an (une fois la période de transition prévue par le projet achevée, donc après six ans).

Bien évidemment lors de la présentation de son avant-projet de loi, le Conseil d’Etat s’est bien gardé d’attirer l’attention sur ce changement, qui n’en est pas un si je lis en substance la réponse que m’a donnée l’un des communicants du Département des finances. «Le projet de loi générale sur le traitement dans la fonction publique (résultant du projet Score) déposé le 11 octobre dernier ne change pas le principe selon lequel les conseillers d’Etat touchent le salaire maximum de la grille salariale de l’Etat augmenté de 4,5%». En tant que tel, le calcul de la rémunération du Conseil d’Etat ne change effectivement pas. La hausse sera pourtant induite par la réforme.

Sur les réseaux sociaux, l’article de l’UPCP n’a pas manqué de faire réagir des employés de la fonction publique qui verront potentiellement leur progression salariale gelée avec Score. A la veille d’élections cantonales, cette future hausse pourrait être mal interprétée par la population, ce d’autant plus que le Conseil d’Etat a présenté récemment un plan d’assainissement quadriennal et surtout un budget déficitaire d’environ 160 millions de francs.

L’absence d’équilibre de ce budget a d’ailleurs été largement critiquée et perçue comme un refus de procéder à des coupes à la veille d’échéances électorales. Peut-être que le Conseil d’Etat était-il mal à l’aise de prendre ses responsabilités tout en sachant pertinemment que son traitement serait appelé à augmenter si Score devait être accepté durant la prochaine législature? Le Conseil d’Etat était-il gêné à l’idée d’avoir une rémunération inférieure à des collaborateurs de la fonction publique (alors que des directeurs de régie publique ont des rémunérations nettement plus élevées et sont pourtant sous la tutelle de ces mêmes conseillers d’Etat)? N’avait-il pas la possibilité de geler cette hausse au moins de façon à envoyer un message symbolique: en période de disette budgétaire, le Conseil d’Etat consent lui aussi à des efforts?

Cette augmentation ne manquera de toute façon pas de refaire parler d’elle, tant du côté des syndicats de la fonction publique que de celui des candidats au Grand Conseil et au Conseil d’Etat…

 

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

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