Genève: l’initiative pour une assurance dentaire qui fait (très) peur aux autorités

Une assurance dentaire cantonale pour les Genevois? C’est ce que souhaite l’extrême gauche qui a lancé une initiative et récolté plus de 18’000 signatures (!). Celle-ci fait peur à la majorité du Grand Conseil et au Conseil d’Etat. Les députés Jean Batou (Ensemble à Gauche) et Francisco Valentin (MCG) en débattaient ce soir sur les ondes de Radio Lac dans l’émission Des hauts et débats (tous les jours dès 17h25, je vous la recommande au passage).
 
Si les responsables politiques craignent qu’une telle initiative puisse trouver une majorité favorable dans les urnes, ce n’est pas un hasard. De nombreuses personnes renoncent à des soins dentaires, ou vont à l’étranger pour se faire traiter. Il s’agit bien évidemment d’une question de prix. Et d’une situation de santé publique.
 
J’entendais le député MCG Francisco Valentin nous dire ce soir que l’hygiène dentaire est une question de responsabilité individuelle. C’est probablement vrai en partie, mais ce n’est pas forcément le cas pour tout le monde. En effet, les individus ne sont pas tous égaux en matière de santé dentaire, et il ne suffit pas de proclamer qu’il s’agit de la seule responsabilité des gens pour éliminer le problème.
 
Les dents ont des impacts sur l’état de santé en général. Des problèmes qui ne sont pas traités à temps coûtent de plus en plus cher et peuvent avoir des conséquences fâcheuses en termes de santé. Non seulement, cela crée des situations individuelles dramatiques, mais ça peut aussi avoir des impacts sur les coûts de la santé, puisque faute de traitement approprié, le problème peut générer des complications qui elles seront couvertes par l’assurance de base…
 
Un abcès dentaire qui n’est pas traité à temps peut transmettre l’infection au sang, aux sinus, ou encore à la gorge… Ce n’est qu’un exemple. La santé dentaire est donc bien une question de santé publique. Or, aujourd’hui, la jungle des prix pratiqués par les dentistes est si dense qu’il est difficile de s’y retrouver et surtout de s’en sortir facilement avec un modeste budget d’une famille moyenne.
 
Si une assurance cantonale coûterait assurément très cher à la collectivité, il faudra bien en tout cas que les responsables politiques abordent le sujet avec un peu moins de mépris. Ce n’est pas en refusant le débat que l’issue de ce débat trouvera son épilogue. Pour l’heure, la majorité parlementaire semble convaincue de l’importance de proposer un contre-projet à cette initiative.
 
Mais attention à la tentation de faire un contre-projet pour évacuer le problème sans proposer en contre-partie de véritables engagements politiques pour améliorer la situation. Ce serait mal mesuré la grogne d’une partie non négligeable de la population à l’égard des prix de la médecine dentaire. Et ce serait donc renforcer les chances de succès de l’initiative de l’extrême gauche.
 
Si celle-ci devait être acceptée, les politiques devront néanmoins en tirer les évidentes conclusions qui s’imposeraient: faute d’avoir su se saisir à temps de ce problème qui concerne toutes les familles à revenus modestes (et ça en fait un sacré nombre!), les autorités auront laissé grandir une colère sourde au sein de la population.
 
Quoi qu’on pense de cette initiative et de l’extrême gauche, c’est l’occasion d’en débattre sans tabou, parce que la situation est peut-être bien plus inquiétante que ne semble le penser une majorité de parlementaires et qu’il convient de proposer une réponse convaincante et responsable pour améliorer l’accès aux soins dentaires…
Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

Une réponse à “Genève: l’initiative pour une assurance dentaire qui fait (très) peur aux autorités

  1. Le coût des soins dentaires en particulier tout comme celui des soins médicaux en général augmente chaque année.
    Cela créé un problème financier pour une part très importante de la population.
    Nos autorités qui ferment les yeux sur ce problème depuis de nombreuses années ont en effet créé une situation qui sera ingérable dans peu de temps …

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