Hausses des primes maladie: j’accuse!

L’importante hausse des primes maladie chaque année est à l’origine d’un certain fatalisme des Suisses, qui ne croient plus réellement dans la capacité de leurs autorités politiques à inverser la tendance, ou du moins à freiner cette évolution aux conséquences fâcheuses, puisque toujours plus d’assurés sont confrontés à des difficultés financières. Depuis trop longtemps, le débat est corseté, minimisé, voire tronqué. Il est temps d’adopter un langage clair et d’exiger des changements dans l’attitude des élus fédéraux, qui semblent pour l’heure bien décidés à se renvoyer la balle pour ne pas embrasser la question et effectuer le travail que nous sommes en droit d’attendre d’eux.

J’accuse le Gouvernement et le Parlement de ne pas prendre les dispositions nécessaires pour permettre l’émergence d’un débat dépassionné sur la question de l’augmentation effrénée des coûts de la santé année après année. La discussion doit porter sur le résultat d’études et d’analyses comparatives avec les autres pays. Les Suisses ont certes un système de santé hors pair, mais ils dépensent par habitant les montants les plus élevés d’Europe pour garantir leur accès aux soins. En effet, en plus des primes de l’assurance de base, les assurés suisses doivent débourser de leur propre proche des montants très importants – notamment via le système des franchises et de la quote-part.

J’accuse la gauche et la droite de se livrer une guerre idéologique stérile sur la question, en observant le problème du bout de la lorgnette. A gauche, il est de bon ton de charger les assureurs maladie de la responsabilité de la hausse des primes-maladie. Si les activités des assureurs ne sont pas vraiment transparentes et que cette situation doit changer pour pacifier le débat, ils ne sont de loin pas les seuls responsables de cette évolution négative.

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A droite, le discours tend à pointer du doigt le comportement des assurés, affirmant que la surconsommation médicale est la mère de tous les maux de l’assurance de base en Suisse. En comparaison internationale, les Suisses consultent pourtant en moyenne deux fois moins un médecin, selon des chiffres de l’OCDE. Conséquence de cette diabolisation de l’assuré, les Suisses pensent majoritairement, selon une étude du comparateur de primes Comparis, que les abus en matière de recours aux soins sont les principaux responsables des hausses des coûts de la santé.

J’accuse les liens troubles du Parlement et des lobbies des acteurs de la santé – groupes pharmaceutiques, médecins, assureurs –, qui semblent peser lourdement sur l’incapacité des parlementaires à se saisir du débat et de mettre sur la table chaque élément qui contribue à augmenter les coûts de la santé sans a priori idéologique. La part des dépenses en matière de médecine spécialisée en Suisse est excessive en comparaison internationale. Pourtant, la Commission de la santé du Conseil national veut mettre un terme au moratoire permettant aux cantons de refuser l’installation de nouveaux médecins en provenance de l’Union européenne, comme s’il s’agissait d’un facteur prépondérant dans la hausse des coûts de la santé.

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Je demande que les votes dans les commissions de l’Assemblée fédérale soient nominatifs, puisque la traçabilité des votes des parlementaires demeure pratiquement inaccessible. S’ils déclarent leurs liens d’intérêts sur le site du Parlement, il n’est pas possible de savoir ce qu’ils votent dans les commissions dont ils sont membres. Pourtant, vu le nombre de parlementaires proches de la santé siégeant au sein des commissions de la santé, il serait souhaitable de connaître leur vote et de pouvoir en tirer les conséquences qui s’imposent.

J’accuse l’immobilisme du Conseil fédéral, lequel devrait faire de la question de la santé l’une de ses priorités en matière de politique intérieure, tant l’évolution sur la situation des ménages prend une tournure dramatique. Pour l’instant, il se contente de proposer une réévaluation à la baisse du tarif des prestations médicales (Tarmed), sans pour autant avoir la garantie que ces éventuelles économies puissent réellement déployer leurs effets. Alors qu’il devrait imposer un véritable débat national sur le sujet, le gouvernement se contente de ne rien faire, et de ne surtout pas mettre la pression sur le Parlement pour qu’émergent des discussions constructives.

J’accuse enfin les Suisses de ne pas se mobiliser suffisamment pour mettre la pression aux autorités politiques. Pourtant, il suffit de discuter avec n’importe qui, surtout en Suisse romande, pour réaliser à quel point il s’agit d’un sujet hautement émotionnel. Descendre dans la rue pour protester n’est cependant pas dans les us et coutumes de nos concitoyens. A eux de réaliser à quel point la situation n’évoluera pas tant qu’ils demeureront passifs, se contentant de gueuler lors de l’annonce des hausses des primes-maladie en automne, puis de continuer leur vie comme si de rien n’était. Il est urgent de provoquer un débat d’ampleur nationale sur la question de notre système de santé, et toute action permettant d’attirer l’attention des autorités politiques est bienvenue. Réveillez-vous!

 

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

4 réponses à “Hausses des primes maladie: j’accuse!

  1. “J’accuse enfin les Suisses de ne pas se mobiliser suffisamment pour mettre la pression aux autorités politiques.”
    Je pense que le problème – ainsi que la solution – sont dans ce paragraphe!
    Bravo pour le texte.

  2. Excellent vous dites tout haut ce que nous pensons tous MERCI… je suis prête a aller protester contre cette énorme arnaque que sont nos assurances maladies ou une certaine élite employé ou participation politicienne de ces dites assurances s’en mettent plein les poches! plus de transparence ds les comptes des assurances ouverte au publique remettrais vite les choses a leur place… et ouvrir la possibilité a tout un chacun de contracter des assurances européennes qui couvrirons les frais de santé en Suisse mettrais notre système actuel obsolète en faillite! La caisse unique? rien ne changera la classe moyenne passera encore a la caisse! En suisse il faut être très Riche très pauvre ou malhonnête pour bien vivre!

  3. Astuce : Lors des prochaines élections, pensez biffer tout candidat des lobbies des acteurs de la santé tel avocat, du milieu pharmaceutique, médecin, ou assureur. Ca commence par ça!

  4. Excellent !!!
    Chaque année, à l’annonce des hausses, le monde politique s’agite, cause beaucoup, donne des interview en présentant diverses solutions pour enrayer cette spirale infernale pendant quelques heures, puis le tout retombe comme un soufflé raté … dont il ne restera au final que le nom …
    Il ne faut pas non plus oublier les rémunérations des membres des Conseils d’administration, de direction etc… des assureurs … que l’on rémunère avec nos primes !!!

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