Entrée de l’AfD au Parlement allemand: le paradoxe de la presse helvétique

Les arcanes du langage médiatique. La presse suisse s’inquiète aujourd’hui de voir le succès de l’AfD (Alternative für Deutschland) lors des législatives qui se sont achevées hier en Allemagne. Le parti d’extrême droite fait donc son entrée au Parlement en obtenant une déconcertante troisième place.
 
Les médias n’ont aucun problème à qualifier ce parti «d’extrême droite» et à tirer des parallèles historiques sur l’Allemagne. Les dirigeants de l’AfD disent pourtant trouver en l’UDC une grande source d’inspiration. Pourquoi? Parce que le parti, autrefois agrarien et aujourd’hui dominé par la ligne blochérienne, n’est justement pas qualifié en Suisse d’extrême droite.
 
Au pire, on parle d’un mouvement politique «ultra-conservateur», alors même qu’il a adopté une ligne également ultra-nationaliste (qui est une caractéristique importante des formations d’extrême droite). Cette espèce de normalisation fait évidemment envie à l’AfD, mais pas que. L’UDC inspire de nombreux mouvements identitaires et ultra-nationalistes dans les pays voisins.
 
C’est quand même paradoxal de voir la presse suisse au diapason – y compris la Basler Zeitung, appartenant à Christoph Blocher – sur la question de l’AfD, et la voir aussi divisée s’agissant de la nomenclature à employer pour qualifier l’UDC.
 
J’y vois pour ma part une certaine forme d’hypocrisie, laquelle démontre à quel point employer un langage de clarté est plus facile quand on commente les affaires des autre pays, puisque l’on n’est pas directement concerné.
 
 
Ce n’est pourtant pas un hasard si un mouvement tel que l’AfD reconnaît s’inspirer de l’UDC. Il faudra bien qu’un jour, l’usage de mots adaptés redevienne un enjeu politique, y compris au sein de la presse. C’est comme si les Suisses, qui cultivent une certaine peur de l’étranger, n’osaient pas regarder leur propre reflet dans la glace. Comme si admettre qu’un parti faisant plus de 30% aux élections fédérales surfe effectivement sur une ligne assez caractéristique des mouvements d’extrême droite était admettre une certaine réalité locale: l’étranger, dans nos contrées, est une question délicate.
 
Nous ne serons jamais en mesure d’empoigner cette question avec sérieux tant que nous ne serons pas prêts à reconnaître ce que cela implique.
 
Alors, plutôt que de porter un discours combatif en ce qui concerne les affaires suisses, la presse préfère commenter avec pugnacité ce qui se passe dans les pays voisins, ne rechignant jamais à appeler un chat un chat. Mais pas en Suisse. Ici, un parti qui base la quasi-totalité de son discours en opposition à tout ce qui vient de l’étranger n’est pas d’extrême droite, il est simplement ultra-conservateur.
 
La Suisse, si conservatrice et catholique, pourrait méditer ces quelques mots de l’évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu: «Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil? Ou comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère».

 

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

Une réponse à “Entrée de l’AfD au Parlement allemand: le paradoxe de la presse helvétique

  1. Peu importe, car aujourd’hui les gens ne se laissent plus intimider par l’accusation d’extrême droite. On a abusé de cette accusation, elle ne fait plus d’effet. Elle n’est plus dissuasive. Alors, que l’on traite l’UDC, ou l’AfD d’extrême droite, ou pas. Dans le pays où ces partis sont actifs, ou à l’extérieur de ces pays, celà ne change rien à rien. Tout le monde hausse les épaules.

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