A Genève, un projet de budget électoraliste et sans vision

Serge Dal Busco est le conseiller d’Etat genevois en charge du Département des finances.
La présentation du projet de budget est l’acte politique fondamental d’un exécutif cantonal. Dans cet exercice délicat, les conseillers d’Etat doivent faire des choix pour maintenir des finances saines tout en garantissant des prestations de qualité. Cela nécessite du courage, et ce n’est pas toujours évident, surtout à Genève, d’arriver avec des mesures claires et des décisions tranchées, puisqu’il faut encore compter sur les débats parlementaires.
 
C’est toutefois bien évidemment au Conseil d’Etat que revient la tâche de prendre des décisions en la matière, puisqu’il est au cœur de l’administration et est donc censé en comprendre les équilibres. La présentation du projet de budget 2018 par l’exécutif genevois ne répond pourtant pas à ces attentes légitimes. Le Conseil d’Etat table sur un déficit de 260 millions de francs l’an prochain, tout en qualifiant la situation d’insatisfaisante.
 
Or, aucune décision ne semble avoir été prise pour proposer un projet de budget moins déficitaire. Quelques mesures symboliques, pour économiser ici et là quelques millions, ni plus ni moins. La raison d’un tel déficit? La conjoncture économique, la hausse inéluctable des charges. Une augmentation imputable pour deux tiers aux lois, nous assure le gouvernement. Et puis il y a la Confédération, qu’on aime si souvent prendre pour bouc émissaire. Alors le Conseil d’Etat genevois se plaint de la répartition financière nationale.
 
Dans son exercice, le gouvernement tente de se dédouaner de toute responsabilité, tout en ne proposant aucune vision d’avenir. L’an prochain aura lieu les élections cantonales. Rien ne sert donc de se précipiter, croit-on comprendre entre les lignes. Le Conseil d’Etat s’engage à fournir un plan d’assainissement pour les quatre prochaines années cet automne. Mais le projet de budget, lui, n’apporte aucune mesure concrète. Ni réforme, ni décision politique assumée.
 
Le Conseil d’Etat semble être le spectateur de sa propre inefficacité. Préférant ne fâcher personne à l’aune du renouvellement du Conseil d’Etat et du Grand Conseil, il n’a pris aucune mesure pour alléger le déficit. Il s’est même défaussé de sa propre responsabilité, en se plaçant en position de victime. Ce n’est pas de la faute des conseillers d’Etat mais de la conjoncture, des lois, et bien évidemment de la Confédération.
 
En ne voulant fâcher personne, le gouvernement genevois essaie de faire passer son dernier projet de budget en tentant de ne s’aliéner personne. Pas de coupes dans les prestations sociales, ni dans les subventions, pas de réformes structurelles, lesquelles, forcément, impliqueraient des sacrifices. Le Conseil d’Etat genevois a bel et bien déjà démissionné de son rôle d’exécutif. La faute à l’agenda électoral, ce n’est pas cette année que des décisions nécessaires, voire courageuses, seront prises en matière budgétaire.
 
Pour que le Conseil d’Etat sorte de sa torpeur, il faudra malheureusement attendre l’année prochaine, après les élections cantonales. Jusque-là, la Tour Baudet sera habitée par un cortège de fantômes.
Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L'Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

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