Conseil fédéral: le règne de l’opacité conduit à la cooptation

 

 

Quels seront les critères déterminants qui présideront à la désignation du prochain conseiller fédéral – ou de la prochaine conseillère fédérale – qui remplacera le Neuchâtelois Didier Burkhalter? Parlementaires et médias n’ont de cesse de multiplier les scénarios, évoquant tour à tour l’avantage d’une candidature tessinoise, le canton n’étant plus représenté au Conseil fédéral depuis 1999, et d’une femme, puisque le gouvernement n’en compte plus que deux sur sept sièges. S’ajoutent encore quelques éléments supplémentaires, comme par exemple la nécessité de siéger à l’Assemblée fédérale pour avoir une véritable chance.

En définitive, ces spéculations traduisent surtout l’opacité qui règne dans ce processus de désignation, qui se rapproche davantage d’une cooptation que d’une élection en bonne et due forme. D’ailleurs, le Parti libéral-radical peut présenter un ticket de deux ou trois candidatures, cela ne garantit pas pour autant que cela soit l’une de ces personnalités qui soit retenue par les parlementaires fédéraux. Il suffit de se rappeler de l’éviction de Christoph Blocher, auquel la gauche et les démocrates-chrétiens lui ont préféré Eveline Widmer-Schlumpf, qui ne figurait pas sur le ticket de l’UDC…

A priori, à en juger par les retours des uns et des autres, toutes les candidatures annoncées disposent des compétences nécessaires. Du moins, personne n’a l’air de remettre en question ce qui semble être une évidence. D’ailleurs, c’est quoi être compétent? Johann Schneider-Ammann a peut-être éternué lorsque nous avons écrit ces lignes. La réponse à cette question demeure toutefois ouverte. La place dévolue à une candidature de contenu, comme le Genevois Pierre Maudet présente sa démarche, est totalement marginale. Apparemment, la qualité des réseaux personnels à l’interne de l’Assemblée fédérale sont plus déterminants que la profondeur du programme de ou tel candidat.

De plus, la dimension partisane joue aussi un rôle prépondérant. Les parlementaires socialistes laissent par exemple entendre que leur préférence ira à une femme. Cela ne les a pourtant pas dérangé d’évincer Karin Keller-Sutter en 2010, lui préférant le taciturne Johann Schneider-Ammann – lequel vient d’éternuer une deuxième fois. On dit souvent que le parlement préfère les souris grises. Mais pourquoi?

Pour des questions d’agenda politique, sans doute. Donner à un parti concurrent une personnalité marquée qui pourrait être amenée à capter l’attention médiatique et, éventuellement, effectuer du bon travail peut être un véritable problème pour les groupes parlementaires. Perdre des voix aux prochaines élections au profit d’un parti bénéficiant d’un conseiller fédéral hors norme, voilà une bien triste perspective pour la politique partisane. Et puis, les souris grises ont l’avantage d’être beaucoup plus malléables.

Avons-nous déjà vu Johann Schneider-Amman (le voilà qui s’enrhume pour de bon) défendre une ligne qui fasse hérisser le poil de ses collègues de parti? Bien sûr que non. Les partis aiment bien les bons petits soldats, cela leur permet de garder la main sur les grands enjeux politiques. Les esprits par trop indépendant – Pierre Maudet, si vous nous lisez –, ne sont pas vraiment du goût de ceux qui aiment à penser que de leur position de parlementaire fédéral découle l’avenir du pays.

Tout cela est bien évidemment dommageable pour la conduite de la Suisse. Mais que faire? Les Suisses ont refusé il y a quelques années de soumettre l’élection du Conseil fédéral au suffrage universel. De plus, un tel mode de scrutin relèverait d’un véritable casse-tête pour maintenir les équilibres régionaux qui sont cultivés depuis des décennies par l’Assemblée fédérale. Faudrait-il rédiger des règles plus transparentes? Rien ne garantit qu’elles suffisent à réduire l’influence des questions partisanes dans la désignation des conseillers fédéraux.

La désignation des conseillers fédéraux restera pourtant une énigme tant que le mode de scrutin ne sera pas réformé, d’une manière ou d’une autre. Evidemment, les premiers concernés viendront nous expliquer en quoi une telle perspective nuirait aux bons équilibres politiques qui prévalent depuis toujours. Mais comme le dit un candidat genevois, nous avons peut-être un peu trop pris l’habitude du consensus mou basé sur le plus petit dénominateur commun, là où un véritable consensus dynamique pourrait permettre de sortir de cette culture de la morbidité des conseillers fédéraux.

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

8 réponses à “Conseil fédéral: le règne de l’opacité conduit à la cooptation

  1. L’UDC avait lancé une initiative pour l’élection du Conseil fédéral par le peuple, avec un très bon système garantissant la représentation des minorités linguistiques comme dans le canton de Berne. J’avais voté oui à cette initiative. Eh bien, le peuple n’en a pas voulu. Pas plus que dans l’immédiat après guerre, quand la même proposition avait été faite par le PS.

    Alors qu’est-ce que vous voulez faire?

    C’est le peuple qui veut des souris grises cooptées. Il faut l’accepter.

  2. Et si Maudet devenait notre “Macron” à nous. Un politicien qui propose un programme et sort des sentiers ennuyeux et connus des calculs partisans. Un politicien jeune, dynamique qui a pourtant l’expérience d’un Exécutif. Le parlement aura-t-il le courage et le bon sens de choisir un furet malin et de les laisser les souris grises à leur danse en sous bois. Il est permis de rêver!

  3. @Dany Schaer

    C’est ainsi que vous voyez Macron?
    Je le vois autrement: un blanc bec superficiel, arriviste, malin, avec une fausse culture, qui pense qu’il n’existe pas de culture française, qui a réussi à se placer en se mettant au service de la haute finance, dont il est la marionnette et dont il exécutera le programme radicalement anti-social. Il est arrivé au pouvoir par un coup d’état grâce aux manipulations des médias et de la justice pour éliminer Fillon. Tout cela sent très mauvais. En plus il est ridicule. Il se prend pour Jupiter. Il s’est permis de faire son petit pète sec face à un général blanchi sous le harnais et respecté des soldats que le poupon presidentiel envoie au casse pipe en leur enlevant les moyens dont ils ont besoin.
    Macron est un des personnages les plus sinistres et les plus minables de l’histoire de France. D’ailleurs vous verrez, dès la rentrée il battra les records d’impopularité de Sarkozy et ee Hollande. La France va se cabrer. Ca sera l’émeute et le poussin se transformera en dictateur. Mais son projet échouera.

  4. @Dany Shaer

    Il y a un truc que je ne comprends pas. Quand on clique sur votre nom on est automatiquement reporté sur la page web de Dany Schaer, photographe reporter. Donc, je suppose que c’est vous. Et on constate que çe photographe baigne dans le milieu UDC. Il n’y a que des photos de bons agriculteurs vaudois du terroir et de toutes les huiles de l’UDC y compris Christophe Blocher, que vous interviewez respectueusement et dont vous semblez partager les idées à 100%, mais aussi Oscar Freysinger, dont vous faites un portrait dithyrambique, et d’autres, Fabienne Despot, Kevin Grangier etc. Il y a aussi des photos des congrès de l’UDC vaudoise auxquels vous semblez participer activement tout comme vous semblez être cul et chemise avec tous ces gens.
    Alors on ne comprend pas quelque chose. Ce photographe patriote, eurosceptique, UDC, nous vante les mérites de Maudet et de Macron?! Quelque chose ne colle pas.
    Ce que celà indique à mon avis c’est que beaucoup de gens sont comme vous. Il y a probablement beaucoup de Français sincèrement attachés à la France et qui ont voté Macron, qui va la détruire, la France, et tuer définitivement son indépendance, simplement parce qu’ils ont été séduits par des apparences superficielles: jeunesse, nouveauté, discours sympa, attrait de l’homme qui a l’appui des médias du système. Etc… Et ils ne se rendent pas compte qu’en déposant ce bulletin de vote dans l’urne ils condamnent leur patrie à mort. Bien sûr il y a aussi l’attrait de la synthèse: un homme nouveau apparaît qui semble résoudre les contradictions, réconcilier les inconciliables et proposer quelque chose de neuf. Macron s’est dit “de gauche ET de droite”. Les leaders fascistes avaient aussi cette force de paraître surmonter les contradictions du passé. Et puis il y a cette tentation du coup de balai. Avec Macron c’est “sortez les sortants”, la même chose s’était produite en Italie avec Berlusconi. On ne voit pas que ces hommes nouveaux permettent aux rogatons du système de survivre et continuer à nuire en faisant perdurer les injustices sociales. En fait les gens ont voté Macron parce qu’ils avaient envie de voter LePen, pour que tout change vraiment, mais ils ont eu peur tant la diabolisation est forte. Alors ils ont opté pour Macron, qui donnera l’illusion que tout change, pour que rien ne change. Le nouveau Lecanuet, le changement dans la continuité.
    Votre cas nous permet de réfléchir sur les leurres de la démocratie, les manipulations qu’elle permet et les comportements incroyablement superficiels et incohérents des électeurs, que l’on peut littéralement mener par le bout du nez pourvu qu’on tienne les médias. Merci de nous avoir donné cette leçon.

  5. Oui effectivement Keller-Suter me parait “la femme” si l’on suit ce critère, mais après la claque qu’on lui a donnée, je doute qu’elle en veuille une deuxième. Quant aux tessinois, la logique politicienne leur fait jouer un unique candidat, on verra si c’est bingo, car reprocher à ce candidat son lobbying, c’est juste, mais mesquin face à tous ceux qui sont dans cette même situation.

    p.s. toujours très bien vos papiers, bonne continuation

    1. Oui vous avez raison Keller-Suter est une femme remarquable et là encore une tête qui dépasse et le parlement n’aime les politiciens trop brillants. On aimerait que cet esprit change mais ne dit-on pas que finalement le peuple a les élus qu’il mérite.

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