La Suisse à deux visages: éloge des inadaptés

Une Suisse à deux visages. Le paradoxe est saisissant. Il y a la Suisse de carte postale, qui figure en tête des principaux classements internationaux sur la richesse, l’innovation, la réussite économique, la performance, le bonheur. Et puis il y a l’autre Suisse, volontiers ignorée. Celle qui trime pour joindre les deux bouts à chaque fin de mois. Ou qui subsiste grâce à un système qui réprime l’échec plus qu’il ne favorise la réintégration. Celles et ceux qui se retrouvent dans cette catégorie, qui ne cesse d’ailleurs de prendre de l’ampleur, ce sont les inadaptés.
 
Inadaptés parce que pas suffisamment performants dans un système de concurrence extrême. Le verni de cette Suisse qui réussit leur est inaccessible. Pour eux, les perspectives sont sombres. Très sombres. Inadaptés parce qu’ils ont, bien malgré eux, trébuché, ne serait-ce qu’une fois. Et en Suisse, il n’y a pas de place pour l’échec. Demandez à ceux qui ont voulu répondre aux exigences d’une Suisse à la pointe de l’innovation et qui ont voulu monter leur propre affaire.
 
La loi du marché est implacable dans nos vallées aux paysages somptueux. Planter une entreprise, ne pas réussir à payer ses factures parce que les charges sont toujours plus élevées et les salaires toujours au même niveau, accumuler des poursuites, puis des actes de défaut de bien: c’est le quotidien d’une partie grandissante de nos concitoyens. Et mettre la main dans l’engrenage de l’échec en Suisse ne pardonne pas. Ici, l’échec est sévèrement puni. Il faut rappeler aux autres le prix du succès de notre pays, et pour cela, ceux qui échouent doivent servir d’exemple.
 
Alors on leur inflige des doubles peines. Ils s’endettent, finissent aux poursuites? Qu’importe s’ils réussissent à solder leurs créances: celles-ci seront inscrites sur leur extrait du registre de l’administration cantonale pendant cinq ans. A moins que les débiteurs ne réussissent à obtenir la radiation de la poursuite auprès du créancier une fois le montant dû remboursé. Mais cela reste à son bon vouloir, et à moins de souhaiter perdre de l’énergie dans des procédures de radiation, l’inscription demeure. Alors ceux qui ont échoué sont conspués. Pour trouver un logement, il leur faudra produire un extrait dudit registre des poursuites.
 
Et qu’importe s’ils ont soldé toutes leurs créances. S’ils sont revenus à une situation financière plus ou moins saine. Il reste des traces. Un sursis. Pendant cinq ans, l’échec n’est pas permis. Dans l’intervalle, toute nouvelle poursuite éventuelle prolongera le délai de cinq années supplémentaires. Cercle vicieux. Et les résidents ne sont pas tous égaux: demander la nationalité alors que l’on a des dettes, voilà bien quelque chose qui fâche la Suisse. Je connais quelqu’un qui vit dans ce pays depuis des décennies, a toujours payé ses impôts rubis sur l’ongle, mais a eu le malheur de faire faillite. Il a beau rembourser ses créanciers chaque mois sans jamais ne manquer à son devoir, le passeport lui est inaccessible. Le voici inadapté, parce qu’il représente cette Suisse que l’on préfère cacher.
 
A Genève, près d’un tiers des contribuables ne s’acquittent pas de l’impôt. Ce chiffre progresse. Le recours à l’aide sociale augmente également. Près d’un tiers des Romands ne vont pas chez le dentiste à cause des coûts que cela représente. Un tiers aussi voit son assurance maladie obligatoire subventionnée par l’Etat, complètement ou en partie. Les retraités sont toujours plus nombreux à s’exiler hors de Suisse, sans doute parce que leurs retraites ne leur permet pas de vivre décemment dans notre pays.
 
Mais sous nos belles latitudes, de tels indicateurs ne sauraient susciter de vastes débats sur la viabilité de notre système à long terme. Non, c’est même tout l’inverse. Quand on figure dans ce triste registre des inadaptés, aucune compassion n’existe, aucune remise en question du modèle de société ne s’impose. Seul le soupçon est permis. Celles et ceux qui doivent demander l’aide de l’Etat, donc de la collectivité, sont a priori considérés comme de potentiels profiteurs. Les considérer d’abord comme des personnes réellement en difficulté reviendrait à reconnaître les failles de notre système. Et il n’y a pas la place pour cela.
 
Alors on porte aux nues les politiciens qui osent attaquer de front la racaille qui subsiste grâce à des fonds publics. Vous ne correspondez pas au marché du travail? Vous perdez votre emploi et pointez au chômage? Tout sera fait pour vous rendre honteux. Il faut terrifier ceux qui se retrouvent à la marge, pour les faire rentrer dans le rang. Echouer en Suisse, ce n’est pas un comportement adéquat. Alors voici que ceux qui ont tout perdu sont instantanément relégués au statut de potentiels abuseurs de bien sociaux, profiteurs du système, assistés de la première heure.
 
Récemment, une certaine presse se réjouissait de ce conseiller d’Etat UDC qui, à Berne, a décidé de couper 10% dans le forfait de l’aide sociale pour investir dans la réintégration au marché du travail. Voici que ceux qui sont dans le besoin sont encore davantage punis. Ce même journal qui encensait le courage de ce ministre relevait que la durée moyenne passée à l’aide sociale ne cesse d’augmenter. Elle est aujourd’hui de 40 mois et les bénéficiaires de ces aides sont surtout les 18 à 25 ans.
 
Des chiffres évidemment inquiétants, qui montrent à quel point le marché du travail est impitoyable. Est-ce l’avenir que nous souhaitons pour nos enfants? Mais tous ces éléments ne sauraient remettre en question le système dans son ensemble. Alors ces inadaptés, qui sont la troisième roue du carrosse suisse, servent de bouc émissaire politique. Eloge à ces gens qui, ayant le genou à terre, sont victimes de coups de fouet d’une société qui refuse de les regarder dans les yeux. Ces inadaptés nous rappellent combien le combat pour une société plus juste est nécessaire.
Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L'Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

47 réponses à “La Suisse à deux visages: éloge des inadaptés

    1. Bonjour tout le monde,

      Félicitation à l’article qui traduit une vision assez juste de l’état de notre société.
      Prenez votre destin en main et quittez la Suisse comme plus de 10% d’expatriés, hors frontaliers.
      Oui, aujourd’hui il y a meilleur ailleurs et les exemples sont nombreux.Pas seulement en termes économique et sociale mais également et surtout en terme de qualité des relations humaines.
      C’est mon constat et je n’en ferais jamais une vérité absolue.Cependant tout un chacun, s’il sait observer constatera que notre “école” dont leurs fonctionnaires, soumis au diktat de l’économie et de leurs supérieurs ne transmet plus les valeurs élévatrices à leurs étudiants(es). Car cela importe peu de verser dans un rituel desséchant,travail,boulot,métro et froid s’il n’y pas cette ouverture d’esprit et de sollicitude envers l’autre.A l’exception des grandes écoles reflétant au passage le miroir des inégalités sociales abyssales ,nous formons des “robots”. Oui des “robots”,en d’autres termes des exécutants incapables de réfléchir par eux mêmes en tant que citoyens.

    2. à qui vous le dites Suisse à la retraite avec 1450.fr d AVS ; je me vois refusé une bourse d’etudes pour ma fille en formation “pourtant elle est trés brillante” et c est uniquement pour des tracasseries administratrices!!!
      Voila nous avons les subside et nous somnes trois personnes à vivre avec seulement 2350.fr sans mm un loyer subventionné.J ai tout dit

      1. C’est vraiment honteux ! et sachant le prix des factures tout le monde sait qu’il est totalement impossible de vivre avec une retraite

      1. Le pays en effet est peut-être fantastique… mais inadapté au suisse moyen et pauvre, oui je dis bien PAUVRE mais ça il ne faut pas le dire!… et qui n’a pas d’autre choix que d’y survivre. Ayant vu le jour, grandit dans ces Frontières… où pourrait-il allé gagné sa vie, alors que des étrangers tous azimut viennent ici gagner leur vie dans ce
        soi-disant Eldorado!… pour plus tard à l’âge de la retraite ou avant repartir vivre au calme et sans pressions chez eux dans la ou les maisons qu’ils auront pu acquérir.
        Car c’est bien ce qu’il se passe actuellement?!…
        Et attendant de pouvoir éventuellement s’expatrier à la retraite le suisse moyen lui continue de s’enfoncer! En rêvant d’un Eldorado hors des frontières de ce pays

  1. Bonjour,

    Je pense que le marché du travail reste trop sélective et avec des exigences parfois surréalistes. J’ai tout donné pour retrouver le travail, mais je n’ai pas eu des retours. On fait notre mieux et à la fin on réalise que ça sert à rien alors on s’effondre parce que il n’y a pas d’espoir c’est un monde injuste.

    C’est injuste parce que je suis malade depressive et les gens au lieu de comprendre me font des Sous entendu au lieu d’aller droit au but. C’est injuste parce que au travail moindre erreur est inacceptable. C’est injuste par que les gens sont indifférents, irrespectueux. C’est injuste parce qu’il y a le favoritisme emploi pour les riches seulement. C’est injuste parce que quand c’est toi tout le monde te pointe du doigt.

    Je me demande pourquoi on me réserve un tel traitement par rapport au autres. Pourquoi tant des Sous endendus ,des pub malhonnêtes tant de haine et d’indifférence envers moi qui cherche juste un travail ?

    Les réponses des recruteurs sont souvent très agressives.

    Ces employeurs qui nous engagent pas ratent une occasion en or.

    Demain sera bien pire mais pas pour les riches.

    Alors Il faut changer oui c’est mieux regarder le monde d’un autre angle.

  2. Heureusement, certaines régions du monde, d’ailleurs pas ou presque pas moins riches, innovantes ou performantes que nous, mais pourtant plus heureuses, sont un meilleur exemples pour ces questions. Quid d’une course d’école de la population Suisse vers ces contrées ?

  3. c’est juste une à deux : Migros et Coop ou Coop et Migros sur les deux côtés d’une rue quelle soit grande ou p’tite; il y a à gauche Migros et à droite Coop.
    MigrosSuisse ou SuisseCoop :
    1) ils possèdent des écoles, des Banques, et futures Universités ( uniCoop et uniMigros )
    2) presque tous les responsables Migros et Coop sont dans des partis
    Et de plus tous les théâtres, les artistes, les instruments de musique dépendent de Migros ou Coop
    Je pense aux grands dictateurs qui ont commencé par le monopole d’une seule institution. Ce que je pense.

    1. Houlalalala… Alors, il faudrait expliquer cela, pour leur montrer qu’ils se trompent, aux migrants qui essaient désespérément de venir dans ce pays pour une vie meilleure, car ils vont droit dans la gueule de l’ogre capitaliste dictatorial !

      1. l avantage aux migrants c est que quand il faut les intégrer l’Etat le fait par le biais de l’emploi, la formation, école…. Et quand un autochtone se lance pour cela on le freine…… des situations auxquelles j’ai assisté plus d’une fois…….

      2. Que dalle… Eux on les accueille.. Les Suisses qui on travaillé et payé leur impôt, eux ce sont des gens qui ont fauté.. Et ceux-ci ne sont pas dignes d’être considérés…

        1. Forcément on les accueille et les forment, eux ne vont pas rechigner si on les paie moins cher que la moyenne et accepteront tout ce qu’on leur propose comme boulot. Des robots moins cher et plus dociles.

  4. Excellent article plein d’une vérité que nos politiques refusent à voir en face, car tous nantis!
    Nous allons dans le mur à la vitesse grand V!!

      1. Haha… Reponse facile mais anticonstitutionnelle. La vraie plaie c’est que vou navez jamais été malade, handicapé ou accidenté, même involontairement.. Il est temps de vous occuper des petits suisses..Aucune société ne vit bien tant que son plus petit membre ne vit bien. Abes

  5. Merci Grégroire pour cet article! Ce qui me surprend dans les commentaires des gens est que personne ne mentionne ou remet en question le système capitaliste. La Suisse est clairement une méritocratie dans laquelle tu es montré du doigt si tu ne réussis pas, jugé et responsable parce que tu n’a pas fait les choses comme il faut. Double peine, comme vous mentionnez dans votre article. La pression sociale sur les enfants est terrible, la preuve en est le nombre accroissant suivi par un psy ou sous traitement de ritaline ou anti-dépresseur.
    L’idée du RBI me séduit énormément… ce serait une première impulsion au changement de mentalité et un vrai tremplin pour un futur meilleur. Je le souhaite en tout cas pour mes trois enfants.

      1. Haha… Reponse facile mais anticonstitutionnelle. La vraie plaie c’est que vou navez jamais été malade, handicapé ou accidenté, même involontairement.. Il est temps de vous occuper des petits suisses..Aucune société ne vit bien tant que son plus petit membre ne vit bien. Abes

  6. Ah ! la ville est à la ruine !
    Le ciel couvert de bruine !
    En ses dédales, sans fil,
    Chaque Thésée en exil
    Lutte contre le minotaure !
    L’espérance de Pandore
    Manque à l’appétit humain
    Songeant aux ors de demain.

    Lorsqu’une âme est au supplice,
    Elle réclame justice
    Aux lois ; honte aux oppresseurs !
    Toutes les âmes sont sœurs !
    Et si la cité lui vole
    Son métier et son école,
    L’âme prend à la cité
    Son salaire et sa santé !

    Dulìo

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  8. La poursuite est un système qui puni bêtement, vous classifie dans la catégorie des mauvais payeurs, alors qu’on peut s’y retrouver par un concourt de mauvaises circonstances ou/et par abus de confiance. Ce système peut profiter à des gens mal intentionnés qui n’hésiteront pas à vous faire payer plus que vous ne le devriez. Difficile d’instaurer des relations de confiance avec ce système abusif. Merci pour cet article.

  9. Merci monsieur,
    Votre texte est juste. Je sais que les “intégrés” ne sauraient jamais survivre en étant rien, en rasant les murs, en se privant de tout. Ce sont eux qui vont rire en lisant votre article, les commentaires ici. Pour eux il suffit de se bouger et pour eux le système est juste parce qu’il ne faut en aucun cas laisser les gens s’installer dans les subventionnements étatiques. C’est cela le succès de la Suisse. C’est pour cela qu’ils bossent ici. Ces intégrés, ceux qui ont la vie toute droite comme il faut. Je les admire.
    Moi je rase les murs, je me tais et je me lève tous les matins à 6 heures parce qu’il paraît que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. J’espère. Je réfléchis. Je fais des offres d’emplois inutiles – alors que je suis prête à faire ces boulots dont on raconte que les “suisses” ne s’abaissent pas à les faire. Mais pour rien. Ca faif rien. C’est le propre des exclus que d’espérer et payer des impôts. Dire que nous, nous, n’auront même pas les moyens de quitter ce pays au moment de la retraite… ouf, j’en ai des sueures froides quand j’y pense. Vite un joooob please !!!

  10. Voici une note que j’ai posté et qui fait partie d’un manuscrit impitoyable sur le monde du travail actuel en Suisse et ailleurs, sur mon blog. D’autres articles sur la résilience complètent ce tableau. Je pense que ça peut intéresser puisque en plein dans le thème des inadaptés… J’en ai côtoyé de ces désillusionnés et que n’ai-je pas fais pour tenter de leur trouver un emploi, mais comme cet article le dit si bien, il semble y avoir deux réalités qui se heurtent, des politiciens bien loin de la réalité du terrain et des mesures, de plus en plus incohérente et ne prenant en tous les cas pas l’aspect humain d’un monde ou il n’y a que ce dernier qui peut réellement sauver. Aussi, à une époque très proche, j’ai décidé de réagir, en parfait désaccord avec ce système stigmatisant plus qu’il n’aide vraiment et de tout quitter, malgré l’immense plaisir que j’ai eu à travailler avec tous ces jeunes ne demandant qu’un peu de temps…
    Lisez plutôt :

    Ça y est, je l’ai fait ! Hier, de main à main, je suis entré dans le bureau de « Kadhafi bis » et lui ai refilé ma lettre de démission.
    Pour ceux qui connaissent, ils souriront, pour les autres, fermez les yeux et imaginez : une grande maison un peu comme dans Psychose, perchée sur une colline, un navire chancelant entre aide et contraintes, accompagnement et démerde-toi comme tu le peux. Une grande prairie verte tout autour, quelques arbres, des oiseaux, et pas que des corbeaux, des murs solides et protecteurs, enfermant plus qu’ils ne protègent. Le monde du silence, le grand bleu et puis la porte s’ouvre. Des myriades de vie qui s’activent, des centaines de volontés, d’enseignements pédagogiques, de rapports en tous genres, d’évaluations, de créativité, d’entretiens, de colloques à gogo, de paperasse, de transpiration en atelier, etc… et puis, à l’étage supérieur, là ou la forteresse est imprenable, les grands manitous, adorant les marrons, adorant le bling bling et le clinquant, un orteil dans la réalité et tout le reste dans le ciel brillant des titres et de la gloriole ; des emmerdes aussi, il faut bien le dire. Un étage désert, silencieux, le grand bleu je vous dis, avec un requin blanc et ses poissons pilote ne sachant plus ou donner de la tête, tétant le sein de promesses institutionnelles qu’ils attendent toujours, en vain. Un œil s’ouvre, le monstre desserre la mâchoire et laisse entrevoir ses septante-deux dents. Tout le monde s’enferme dans son bureau où baisse la tête, se prosterne ou alterne les fadaises habituelles. Un prédateur tout puissant, assis sur son titre de directeur et bien décidé à en profiter. Un carnassier, adorant faire peur aux Nemo et Marin ou aux Dory, tout crocs déployés. Un dictateur, ayant toutes les peines à communiquer. Reléguant le dialogue au rang de figurant. Se sentant un peu seul. Un capitaine, et même si c’est du Titanic que l’on parle, il s’accroche à la barre de ce navire filant à pleine vapeur dans un brouillard d’incompréhension et de doutes. De repères bien rares et de sémaphore encore moins existants, pourtant si rassurants. L’Iceberg n’est pas loin.

    Pour les aficionados du monde du social ce ne sera pas forcément une grande surprise, pour les autres, un nouveau monde, quoi que… privés, fonctionnaires, soins, social, enseignants, ouvriers, horlogers, tous se rejoignent de plus en plus pour la gloire d’une mondialisation créant des numéros plus que des humains.

    Oui, à quarante et bientôt huit printemps tapissés des plus jolies fleurs qui soit, je l’ai fait. Le cœur léger, le souffle calme et le pouls on ne peut plus serein, je me suis assis en face du monstre, sans le quitter des yeux une seule seconde de toute la durée de cet entretien.

    J’ai donné mon congé…

    Certains diraient que c’est irresponsable, d’autres qu’il faut être un peu fou et d’autres encore que c’est courageux.

    Dément, inconscient, désespéré, halluciné, impétueux, impulsif, sensé, brave, sagace, intelligent, et que sais-je encore pour qualifier une telle décision…

    Je dirais juste pour ma part, que c’est du bon sens. Une tactique d’auto-défense et de cohérence avec mes valeurs. Une constance dans mes actions et mes actes, réfléchis et posés, en plein accord avec moi-même.

    Et si c’était la seule décision que devrait pouvoir prendre tout un chacun, même en période de crise où l’on brandit la menace du chômage imminent aux pré-pré-pré-retraités.
    Pourquoi succomber au champ d’une société prônant de si belles métaphores pour nous expliquer les belles valeurs de l’être humain, alors qu’il en est souvent tout autrement dans la pratique, sur les lieux de travail… Un bel adage pour les naïfs, les valeureux petits soldats obéissant au dictat de leur chef, sans trop poser de question ou par confort, sans plus même réfléchir au sens profond de leurs actions, de leur mission.

    Le monde est-il en train de devenir à ce point dingue, qu’il y ait autant de non sens et d’incohérence dans tous ces lieux d’activités ou l’on est sensé s’épanouir et évoluer. Se peut-il qu’avec toutes les situations critiques m’encerclant, amis ou juste connaissances, aucune prise de conscience ne mette plus en avant la flambée de Burnout et de dépressifs, partant la queue entre les jambes au pays des médocs, des psychotropes ou de la vinasse. Je reste sans voix face à tant de passivité et d’incrédulité. Stupéfait comme certains peuvent brader leurs valeurs les plus profondes pour des directions ou des patrons n’ayant comme seul objectif que le rendement. J’ai vu des collègues broyés par une machine sans pitié. Leurs aspirations professionnelles réduites à néant.

    Et puis il y a tous ces diplômés, tous ces docteurs en je ne sais quelle domaine des relations humaines. Tous ces chirurgiens de l’âme. Ces spécialistes des graphiques et de l’organisation. Toute cette connaissance, toute cette intelligence, toute cette pédagogie, toutes ces formations pour en arriver là.
    J’y ai eu droit. Je l’ai voulue, je l’ai eu. Avec plaisir et curiosité. J’ai dévoré tous ces livres, tous ces conseils, toutes ces techniques de travail, tous ces outils en tous genre, toute cette psychologie, toutes ces découvertes, ces lois, etc… Bon Dieu, me suis-je souvent dit, mais qu’est-ce que je vais faire de toute cette intelligence, de tout ce savoir ? Et voilà-t-il pas qu’à la première occasion, j’utilise ces connaissances pour m’extirper de cet imbroglio tordu. Pour me virer moi-même, imbécile que je suis ou miraculeux sauveur ? Se peut-il qu’une telle masse de connaissance m’ait à ce point sensibilisé ou fragilisé c’est selon. Il est vrai qu’avant cette formation je ne voyais rien de tout çà. Rien du tout. Je ne parlais pas du tout le même langage. Puis, après trois années d’étude intensive, d’évaluations, de dossiers à remettre, de travaux à défendre pour enfin terminer avec un mémoire m’ayant essoré et sucé jusqu’à la moelle (mais toujours avec plaisir), si je n’ai pas l’impression d’avoir changé, je me vois hérité d’un scanner ultra puissant. A moins que j’ai tout simplement outrepasser les limites de l’ignorance. Me voici dans de beaux draps, flanqué de dizaines de dossiers et de milliers de pages parcourues jusqu’à perdre la boule. A détecter les anomalies tels un profiler du cerveau. Je ne sais pas si mon neurone va tenir le choc, et même si je n’en ai qu’un, et j’y tiens, je pense que gorgé par toute cette science sociale, il est le gardien du bienséant et de la persévérance.
    Alors je ne sais pas si c’est en partie dû à cette formation, mais je l’ai fait oui, au grand damne des apprenantes. J’ai signé ma résiliation et desceller la confiance que j’avais placé en cette belle maison de l’espoir lorsque je l’épousai ; en tous ces miracles, toutes ces petites victoires projetant des jeunes à priori démunis dans le monde actif et leur donnant une chance.

    J’ai donc eu la chance de vivre une immersion en eau sociale. J’ai travaillé avec des humains. Pas des machines. Des humains et pas des moindres… Vous savez, ceux, pas tout à fait encore adultes, mais plus vraiment enfants non plus. Ceux, ayant de grandes espérances et des attentes envers la société et leur avenir. Ceux et celles, ayant un bout de vie broyé par des problèmes familiaux, des difficultés psychiques ou physiques, ayant des problèmes comportementaux. Une population étonnante. Une population exigeante, n’attendant de nous que du cash, que du vrai, pas de blablabla ni de mensonge. Juste du sens. Juste de la cohérence dans les tâches, et un monde institutionnel, leur promettant un avenir ou les protégeant, tout simplement.
    Celles et ceux ayant été broyés, cassés, bafoués, et s’imaginant les desseins d’une institution voués à leur cause.
    Elles et eux, n’attendant qu’un peu de réconfort, pas besoin de beaucoup, juste un bonjour, un sourire, une oreille tendue voir un cadre donné pour se sentir sécurisés.
    Des jeunes plein d’attentes et de ressources ou déjà fatigués de tout, motivés ou désabusés. Des jeunes laissés un peu sur le bord de la route, dont la société semble ne pas trop savoir quoi faire avec. Perdus au milieu de toutes ces exigences et de ces critères, sans cesse évalués et réévalués ; à qui l’on donne des objectifs, de qui l’on exige beaucoup. Des jeunes bien plus malins ou intelligents que ce que bien des gens peuvent en penser, attendant juste de retrouver un peu de dignité et d’estime de soi. Ce à quoi devrait servir toute institution. Eux et elles, entendant le tic tac de la clepsydre qui se vide alors qu’ils n’auraient besoin que d’une chose de plus que la plupart d’entre nous : un peu de temps. Mais le temps, c’est de l’argent, on le sait.

    Je me suis appliqué à leur donner l’accompagnement adéquat. A les respecter et à les guider le mieux possible.

    Et puis voilà que je donne mon congé, que je prends le grand large, que je vais vers d’autres latitudes, d’autres aventures, de nouvelles expériences professionnelles, de nouvelles rencontres, de nouveaux échanges.

    Vers l’inconnu. L’inconnu : ce mot qui fait si peur, qui tétanise voir, paralyse nombre de personnes. Qui inquiète plus qu’il ne rassure.

    Mon congé, parce que je suis intrinsèquement libre au fond de moi, intègre et fidèle à mes valeurs. Que l’inconnu ne me fait pas peur, que je trouve même excitant et garant de surprises, même si elles ne sont pas forcément celles que je m’imaginais découvrir.

    Je l’ai fait, oui. Je l’ai fait pour moi, bien sûr… mais aussi parce que toutes les promesses faites à ces jeunes, sonnent bien creux en vérité et que je ne me sens pas assez bon menteur, pour leur faire croire ce que l’institution ne peut plus leur donner.

    Quel soulagement, même s’il faut faire le deuil ; de son travail, de ses collègues et surtout, de tous ces jeunes. De ce lien qui se créé au fil des jours, au travers les apprentissages, des entretiens et des évènements.

    Je pars, oui, léger, soulagé, fatigué, certes, mais confiant en l’avenir, surtout, en sachant que je n’ai pas à rougir des prestations léguées durant toutes ces années… ce que ne peut pas forcément se vanter toute institution digne de cette appellation…

    1. Merci pour ce commentaire dans lequel je me suis reconnue… c’est difficile d’être jeune en Suisse, car le “système” ne nous donne pas le temps de réfléchir à notre rythme… il y a toujours cette pression invisible et forte qui nous stresse et finit par nous convaincre qu’on n’est pas “normaux” si on l’est dans une période de doute et de questionnement… comme si se donner le temps de la réflexion était un crime de lèse-majesté….(on en revient toujours à cette logique capitaliste selon laquelle “le temps, c’est de l’argent” non?)
      La Suisse et son obsession de la normalité et de la perfection… je me demande si je comprendrais un jour pourquoi ce pays réfléchit comme ça??
      Mais en tout cas, si l’on est issu d’une famille qui pense comme le système en place et ne juge les gens que par leur réussite, c’est clair que ça rend la pente encore plus dure à remonter… je pense que vous avez fait du bon travail si vous avez réussi à déculpabiliser des jeunes de ne pas être aussi “robotiques” et “sur les rails” que la majorité silencieuse…..
      et aussi, il faut savoir prendre des risques dans la vie… on les regrette rarement.

  11. Si on décidait ensemble de se “donner la main” dans une chaîne humaine d’un bout à l’autre de notre Romandie tout au moins, en évitant de se faire récupérer par un parti, une organisation, mais juste en affirmant nos valeurs de solidarité, de respect de nous-mêmes et de l’autre.
    Juste un jour, un moment, de soleil et de Vie ?
    Juste pour dire STOP ?

    Rémy

  12. Excellent article dans lequel je me reconnais trop bien hélas.

    Master en finance, parlant trois langues, une expérience de plus de vingt-ans dans les banques, me voilà en fin de droit après avoir cherché désespéremment du travail dans l’Administration Publiques et la Finance.

    Passer par le chômage est terrible. Face à cette bureaucratie vous n’êtes qu’un numéro, à sanctionner au moindre faux-pas, totalement impérméable à votre détresse.

    Mes indemnités sont épuisées, me voilà au porte de la précarité et je n’ose franchir ce pas que de solliciter l’aide sociale, pourtant il faut bien que je le fasse. Mon loyer, mon assurance-maladie, comment vais-je pouvoir les payer à la fin du mois ?

    Beaucoup de colère contre ce “système” rigide et inhumain.

    Patricia

  13. Bonjour, je m’appelle David, et je suis un inadapté.
    Suite à la faillite de mon entreprise résultant de mon divorce, je suis dans cette situation depuis bientôt 10ans sans pouvoir remonter la pente. Ma situation était aisée, sans poursuite, je payais mes factures, impôts, avs, ai, apg, lpp et j’en passe. N’ayant pas le droit au chômage, bien que mes cotisations soient payées aussi bien des parts patronale que privées il était plus fort que moi de me retrouver à l’aide sociale car je ne retrouvais pas de travail, mes réserves étant épuisées et furieux contre toutes ces institutions qui nous prennent pour des vaches à lait mais vous laissent mourir de faim, je me suis résigné à demander de l’aide… bien trop tard… fiche de salaire inexistante, situation de sans domicile fixe car trouver un appartement avec des poursuites n’est pas possible, je me retrouvais devant des juges de l’aide sociale en vous sanctionnant à tout va pour des motifs futiles, qui sont mis en place pour vous mettre la tête sous l’eau encore plus.
    Un exemple: Père de deux enfants, je n’avais pas pu offrir à mes enfants de vacances depuis un bon nombre d’années, d’abord, parce qu’on ne part pas en vacance avec l’argent du service social, mais surtout parce que sortir tout à coup 1000.- pour aller se faire une semaine à l’étranger était inconcevable. J’ai donc mis de coté à coup de 10.- 20.- en me privant pour une bonne cause et 4ans plus tard j’ai pu offrir ces vacances à mes enfants. Je vais changer l’argent qui doit transiter sur mon compte pour des raisons que je n’ai toujours pas compris, puis à mon retour de vacance le service social me demande justification de ce montant, j’ai eu beau leurs expliquer, il n’ y a rien à faire, ils m’ont donc retiré ce montant lors de leur versement suivant… résultat j’ai manger les fraises tagada qu’il restait dans l’armoire durant 3 semaines et perdu 15Kg.
    Droit derrière le service social me demande de refaire ma carte d’identité car plus valide en menaçant de suspendre mon aide jusqu’à ce que je soient en règle… rebelote, je demande un entretien et leur demande si une aide et prévue pour ça car je n’avais pas 75.- (pour ceux qui ne le savent pas le minimum vital est à 1100.- par mois) aucune aide n’est prévue il faut se “débrouiller” avec le minimum vital, mais le minimum vital porte bien son nom il me semble!? J’ai décidé d’arrêter de rentrer dans leur jeux, car je ne cautionnais pas leurs méthodes…
    Pour ceux qui se disent.. “oui mais tu à cas retrouver du travail, même si c’est pour ranger des légumes!” (oui les inadaptés on les tutoies tout de suite….), et bien j’ai essayé!! La pension alimentaire vous tombe dessus à une vitesse incroyable (oui parce que quant on crève de faim il s’en tamponne le coquillage) et l’office des poursuites également.. donc on se retrouve avec le minimum vital, mais en travaillant… et avec leurs calcul des années 20, ils font comme ils veulent, je devais payer pour aller travailler.. si si… et vous pouvez aller avec les pièces qui le prouve, selon eux, on à le droit à ça.. point barre! bien que la pièce la plus importante càd le compte en banque dit le contraire..
    Enfin j’ai énormément d’injustice en stock, mais le pire reste sans nul doute le rapport humain qui est totalement inexistant, sans compter sur un minimum vital qui ne reflète absolument pas la vraie vie, mis à part dans leur vision de bisounours. Je ne peux leur en tenir rigueur, on ne peux pas savoir ce que c’est si on n’est pas passé par la.. quoi que je suis toujours furieux.. car on dit que “lorsqu’on touche le fond on ne peux que remonter” et bien je dit qu’il y a encore un sacré fond de vase qui nous tiens accrochés.
    Pour ceux qui traverse ça maintenant j’aimerais leurs dire que tout va bien aller, mais malheureusement il n’en ai rien, à moins d’avoir un héritage d’un oncle d’Amérique.. 🙂 Au passage si quelqu’un voudrait bien adopté un neveu, que je puisse me sortir de tout ça? 😉

  14. Bingo! Vous avez mis dans le mille! Le nombre et le contenu des commentaires montrent bien que vous avez évoqué un vrai malaise.

    Moi-même, je n’ai pas les mêmes idées que l’auteur de l’article mais je peux confirmer qu’il a vu juste. J’ai eu du succès sans la finance. Puis j’ai eu une entreprise. J’ai gagné geaucoup d’argent. Puis je me suis planté. Et j’ai fait le même constat que vous. On ne peut plus jamais se relever dans notre pays une fois qu’on est tombé dans les griffes de l’office des poursuites. Les créanciers ne vous lâchent jamais la grappe.

    Quant à l’aide sociale, dont vous pensez qu’elle devrait être plus généreuse, c’est l’humiliation la pire qu’on puisse subir. Celà suffit à peine pour vivre et en plus on est soumis à une inquisition constante de fonctionnaires peignettes qui vous demandent de justifier chaque sou. Dans ces conditions il est bien évident qu’on ne pourra pas “rebondir”, en tous cas pas comme indépendant, à partir du moment qu’on dépend de l’aide sociale pour vivre. C’est un statut d’esclave dont il est très difficile de sortir, sauf si on a la chance de retrouver un emploi salarié. Mais à partir de 50 ans, dans cette société c’est extrêmement difficile, quasiment impossible, de retrouver un poste de travail. L’aide sociale vous prodigue toutes sortes de bons conseils et fait vivre une armée de psychologues et sociologues censés aider les gens à se réinsérer. Mais tout cela ne sert à rien, qu’à faire vivre des fonctionnaires et, effectivement, maintenir un tas de gens indéfiniment dans un statut d’assistés dévalorisant. Selon moi l’aide sociale n’offre aucune solution. Meme si elle etait plus généreuse elle ne serait pas plus utile. Il est normal qu’elle soit radine, vu qu’il s’agit de l’argent du contribuable, mais celà m’apporte aucune solution. Et je ne parle pas du fait que l’on s’y retrouve vite comme un des rares Suisses, horrifié de voir que cette machinerie sert surtout à des étrangers qui n’auraient jamais dû recevoir de permis de séjour.

    À mon avis la solution ne peut pas venir de l’aide sociale. Ce qui manque c’est un système permettant aux gens d’avoir une deuxième chance, après qu’ils se soient plantés. Quand on est devenu insolvable c’est presque impossible. Si l’on a quelques milliers de francs de dettes, ça va, on peut retrouver un salaire et avec de la discipline et un budget bien maîtrisé après quelques années on peut remonter la pente. Mais l’entrepreneur qui aura des actes de défauts de bien pour des centaines de milliers de francs, si ce n’est des millions, il fait comment? Celui-là il est quasiment contraint, c’est vrai, de s’expatrier, quitter la Suisse, pour aller tenter sa fortune dans un autre pays, si possible un pays émergent. Mais encore faut-il qu’il trouve une telle opportunité.

    Il faudrait pouvoir être libéré de ce fardeau insurmontable d’ardoises en trouvant un sponsor qui puisse désintéresser les créanciers à raison d’un 20% – 30% (à négocier) de chaque dette pour solde de tout compte. Moyennant quoi la personne serait sortie de la m… pour un temps et ne serait plus débiteur qu’envers ce sponsor, et ce pour 20% à 30% seulement de la montagne de dettes initiale. Les créanciers ne seraient pas forcément mécontents, car sans ça ils n’auraient rien d’autre qu’un acte de défaut de biens pour se consoler. Le sponsor accepteraient de patienter un certain nombre d’années pour être remboursés, afin de laisser le temps au débiteur de redémarrer une nouvelle activité et ressortir la tête de l’eau.

    Ainsi on pourrait donner à des gens comme David une deuxième chance.

    Les milliardaires philanthropes étant rares, un tel système ne pourrait probablement fonctionner que s’il s’agit d’un réseau d’entraide entre personnes cherchant, précisément, une deuxième chance, que l’aide sociale est incapable de leur donner. Il faudra forcément quelques généreux sponsors au début, pour amorcer la pompe, mais par la suite je pense que les quelques entrepreneurs qui se seront refaits brillamment grâce à cette deuxième chance qui leur aura été offerte, et qui seront vraiment revenus “à meilleure fortune”, de chez fortune, ceux-là auront à cœur de faire des donations à cette œuvre d’entraide. Moyennant quoi elle pourra se développer.

  15. Mon Dieu et moi qui me croyais seule….

    Je n’ai pas fais faillite, comme d’autres ici, j’ai épousé la mauvaise personne, voilà ma faute à moi. J’ai investi mon 2e pilier pour acheter notre maison. Lors du divorce, le juge a décidé d’octroyer la maison à Monsieur, à condition qu’il la vende et paye nos créanciers. Seulement il ne l’a pas fait. A la place, il a fait une faillite personnelle. N’ayant pas fait le changement chez le notaire, la maison reste aux deux noms. La banque se tourne donc vers moi. Bien. Je gagne 2’800.-, c’est deux fois plus que le minimum vital, mais c’est largement trop peu pour rembourser 250’000.- à la banque. Mais tout le monde s’en fout. Le jugement de divorce n’ayant pas force de loi, je n’ai aucun moyen de me défendre, je ne peux même pas faire vendre la maison aux enchères pour récupérer au moins un peu. L’office des poursuites n’en a cure. Je suis une inadaptée, j’ai failli à mon devoir d’être une Suissesse parfaite.

    N’étant pas (encore) à l’aide sociale, je n’ai pas droit aux aides pour mon loyer, mon assurance maladie et je paye plein but mes impôts.

    Par dessus ça, j’ai déclaré un cancer l’année passée. Notre système étant bien fait, les frais médicaux à ma charge sont énormes, même si ce que je paye à la caisse maladie tous les mois, m’empêche de vivre convenablement avec mon salaire. Mais pour l’office des poursuites, les frais médicaux aussi élevés ne sont pas pris en compte dans le calcul du minimum vital. Je vais donc devoir tirer un trait sur des soins corrects pour combattre ce cancer. Et tout ça pour payer une banque qui fait des milliards de bénéfices ? Et tout ça parce qu’il n’y a pas de justice ?

    Aucun espoir de trouver un meilleur job avec cet ** de maladie, aucun espoir de trouver un appartement moins cher avec des poursuites sur le dos, aucun espoir de garder mon appart actuel avec la saisie sur salaire qu’ils me préparent.

    Alors à quoi ça sert de faire des études, de parler 8 langues, d’avoir des diplômes si c’est pour être broyé par cette Suisse si lisse et si parfaite à l’extérieur ? Quand nos politiciens se rendront-ils comptent que cet article et les commentaires sont la réalité de milliers de gens en Suisse ?

    Merci à tous ceux qui ont posté un commentaire et partagé leur bataille. ça ne résout rien, mais ça permet au moins de se sentir moins seul et moins renégat de la société.

  16. Et ceux qui se sont suradapter?
    Changer de métier aux moin 20 foix en 4 ans.
    Se faire traiter d’une certaine sorte.
    Dire sur des documents comme de quoi la personnes à des problemes psychologique et qu’il n’en est rien.
    Lui dire qu’il doit travailler dans l’état qu’il est “burnout, depression, insomnie, probleme aux dos et des proches qui ne sont pas aider correctement” et après on lui dit d’aller voire un psy car se son des probleme de son enfance.
    Y a sur tout le phénomène de ne pas reconaitre le mal qui est fait à beaucoup de gens!!!
    Et qu’ils ne peuvent rien dire ou demander.
    Car quand ils crient au secours on leurs réponds: vous avez vécu des choses térible mais on peu rien pour vous.
    On est en Suisse et y a que le paysage qui est beau!

  17. Nous sommes bien plus nombreux que ne le pensent, ceux qui quotidiennement nous attaquent.
    Mais c’est un cycle normal, notre civilisation a atteint un cap, un tournant de son histoire. Les plus aisées commencent réellement à se démarquer de la classe moyenne qui s’en sort de moins en moins, les plus chanceux de cette classe survivent et font survivre leur entourage et les autres, ceux qui n’ont su voir venir le virage, tombe dans un puits. Mais ne vous y tromper pas, nous sommes l’avant-garde, le début de la fin de ce mode de vie, il faudra sans doute encore des décennies avant que les consciences ne soient radicalement marquées peut être un exode d’une part de la population s’imposera-il, peut être une famine, qui sait…. enfin une double certitude persiste, celle que chaque jours notre nombre grandit et le leur se réduit et celle qu’un jour ces profiteurs d’un système mit en place et entretenu par leur pairs n’existeront plus.

    P.S.: Message d’un détenteur de CFC inutile, trop diplômé pour faire les taches les plus simple et pas assez diplômé pour les plus difficile. Problématique lié aux formations misent en place par les entreprises pour économiser de l’argent sans emploi derrière, manque d’emploi dans la branche étroitement lié aux décisions économiques de l’état.

  18. Je fais parti de ceux qui ont été comlètement éxclu du système et qui ont quitté la Suisse.
    Et pourtant, je n’avais que 21 ans à l’époque (27 aujourd’hui).

    Voici mon histoire. (Excusez mes fautes de Français, je rédige ceci avec un clavier anglophone…)

    Né à Genève en 1990, ma famille a quitté pour la Belgique en 1998 pour des raisons de travail. Là, j’ai été, au début mis à l’école publique à Bruxelles, mais suite à du Harcèlement mené par certains de la classe (dont beaucoup d’enfants du Maghrèb), et sans réponse suite à nos pleintes à la direction et à l’office d’éducation, mes parents m’ont mis dans une école internationale privée entre 2001 et 2003, où la pluspart de l’éducation s’est faite en anglais.

    En 2003, nous sommes revenus en Suisse, mes parents ayant divorcés, et ma mère espérant me réintégrer dans le système publique Suisse. Il va sans dire que la différence du niveau, de la manière, et du rythme d’éducation scolaire étaient très différents. L’école internationale donnait plus de droits aux élèves, leur laissant progrèsser à leur rythme, et donnant de l’aide supplémentaire à ceux qui en avaient besoin (dont moi pour le manque d’anglais).

    En Suisse, les élèves sont traités durs. Dés l’âge de 14 ans déjà, ils doivent savoir ce qu’ils veulent faire dans la vie. Les meilleurs progrèssent au collège. Les autres, à l’école de commerce ou apprentissage.
    n’ayant que 13 ans quand je suis arrivé à mon cycle d’orientation, la claque était dure. Des classes beaucoup plus grandes, un rythme d’éducation très rapide, sans le temps de s’ajuster. Comme je n’ai jamais eu de cours d’allemand, j’étais en retard par rapport au reste de la classe. Mon niveau de math était similaire, mais il y’avait tout de même des différences entre le matériel déjà appris, et le reste pas encore. Mon niveau de Français vait du retard aussi.

    Manque d’amis, manque d’éducation Suisse, et confusion en début d’année, je ne suis pas arrivé à m’ajuster à temps.
    En 2014, on me demandait de choisir entre un apprentissage ou aller à l’école de commerce, malgré le souhait de mes parents pour que je puisse continuer au collège. Les Collèges suisses n’admétant pas les élèves avec des notes en dessous de 70%, les orientateurs ont suggéré à mes parents de me mettre dans un collègre privé à nouveau.

    Me voici donc de retour dans une école internationale à Genève en 2014, et après 3 ans d’éducation, je passe avec un succès de 78% en moyenne sur les sujets importants.
    Voulant devenir ingénieur, j’ai lancé mon application à l’EPFL. Mais on m’a dit que mon baccaloréat international n’équivalait pas la maturité sans les notes en dessous de 85%…

    Désespéré, j’ai décidé de prendre une pause et accomplir mon service militaire long. Dix mois obligatoirs finis, et j’étais de retour à mon point de départ. J’ai donc décidé de passer sur l’édcuation et j’ai essayé de trouver du travail localement, mais sans apprentissage, c’était impossible. J’ai réussi à décrocher un stage en immobilier, payant 8 francs/heure, mais pour mes 21 ans, celà n’était pas suffisant. Le temps passant, et pas capable de rentrer dans une université, je me suis vu obligé de lancer une application autre-part. J’ai été admis à UBC à Vancouver, au Canada. En arrivant ici, j’ai tout de suite senti la différence. Une société relax; sympa, et qui m’a directement inclus. Acceptant mes compétances, même malgré les différences d’éducation. J’ai rencontré ma femme ici, une jolie Chinoise. Il y’en a beaucoup ici; et on comprend pourquoi. Une ville tempérée et plus jolie que la pluspart des villes en Suisse, avec les montagnes, l’océan, les rivières… beacoup d’asiatiques ont décidé d’immigrer dans cette ville ou l’air pur et le manque de compétition leur donne une opportunité innouie pour s’épanouir. Sans oublier un marché du travail en expense.

    Je vous recommende, chers amis Suisses, de venir ici aussi. Même sans éducation, on trouve du travail. Les apprentissages se font directement au travail. Pas besoin d’une maturité. Et ici, tout le monde est inclus. Il n’y a pas de violences dans les rues ici. Pas de racailles dans les voies du train. Les Canadiens sont généreux, et votre connaissance de français vous décroche presque n’importe quel emploi.

    Allez, essayez. Tapez la ville sur Google, et vous comprendrez mieux le paradis caché qui m’a attiré.

  19. T’as qu’à travailler qu’ils disent !!!! Vraiment ? Et qui le donne, ce travail ? PERSONNE ! Pas de travail mais t’a qu’à travailler pour vivre! Quelle mentalité étroite et peu intelligente. Et le peuple suisse a refusé le RBI qui aurait changé la donne et supprimé la pauvreté, le chômage, les problèmes sociaux et même rendu les patrons plus riches !!! C’est là qu’on voit que personne n’a rien compris ! Si tous perçoivent de quoi vivre (juste vivre) alors, les frais de production (par exemple) correspondent aux frais réels et pas à un salaire nécessaire à l’employé pour survivre ! Mais ça, c’est trop compliqué pour tous, hélas !

  20. Magnifique article, très bien écrit, décrivant très clairement la situation actuelle, très réaliste… BRAVO
    Triste réalité mais de plus en plus réelle et vécue par de plus en plus de gens…

    Bien que…
    La personne au social s’en sort bien mieux que certaines personnes travaillant à plein temps pour un salaire moyen (devenu bas vu le coût de la vie).
    Elle ne paie pas d’impôts, le loyer est en bonne partie pris en charge ainsi que les frais médicaux et assurances… ce qui fait que finalement certains s’en contentent et se laisse vivre tout en se plaignant malgré tout ne pas toucher assez… assez agaçant…

  21. Oui, trist consta, bien réel que je connait que trop bien,à 52 ans avec mes dettes, principalement les impôts et assurance que je n’arrive plus à assumer,celà fait 3 ans que je recherche un logement ( peut cher….petit,) résultats…nul, jamais de réponses, et celà même avec des documents du service social qui garantirait un suivit de payement, unilog à Lausanne aucun résultats pour une aide qui reste très discrète…. une voisine, ou j’habitais alors m’aide en attendant que je retrouve un logement.
    Depuis 1 année, au chômage,je survis avec moins de 2000.- par mois…. c’est dur,et j’ai beaucoup de peine,mais pas pour moi, mais pour mon pays où je ne retrouve pas ma place….

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