Les pyromanes de la République

Je lis ici et là qu’Emmanuel Macron n’aurait remporté la présidentielle qu’avec environ 24% des voix, soit son score du premier tour. En gros, il ne devrait sa victoire qu’à son duel contre Marine Le Pen et au front républicain qui était de rigueur.
 
Je ne partage pas cette analyse. D’une part, personne n’a jamais dit ça des précédents présidents, lesquels pourtant bénéficiaient également du ralliement d’électeurs n’ayant pas voté pour eux au premier tour. François Hollande, par exemple, avait totalisé environ 28% en 2012. Personne n’a jamais dit que son score se limitait à ce chiffre.
 
Certes, Emmanuel Macron a évidemment bénéficié du front républicain et il l’a lui-même reconnu. Mais s’arroger la compétence de compter les voix en fonction de l’intention réelle des électeurs me paraît prétentieux. Il est difficile de déterminer la proportion de personnes ayant voté Emmanuel Macron par défaut, et combien l’ont fait sans conviction et sans pour autant regretter ce choix.
 
S’agissant de l’abstention et du vote blanc historiquement hauts, ils traduisent sans doute en grande partie un rejet des deux finalistes de la présidentielle. Mais là aussi, affirmer que 100% des abstentionnistes n’avaient pour seule motivation que de protester contre ce duo me paraît exagéré, pour ne pas dire à côté de la plaque.
 
Parmi les abstentionnistes, il y a des personnes qui ne s’intéressent tout simplement pas à la politique, ou la rejette catégoriquement, peu importe les candidats. Le score d’Emmanuel Macron est difficile à décortiquer avec précision et je me méfie toujours des discours radicaux qui résument le monde d’après une vision binaire.
 
Le système électoral français implique qu’une partie des électeurs se rallient au second tour pour un candidat qui n’était pas leur premier choix. C’est la règle, elle est certes critiquable, perfectible, mais elle n’a pas changé.
 
Obtenir une majorité est donc rarement un blanc-seing et implique par essence qu’un président doit son élection à la mobilisation de personnes qui ne l’auraient idéalement pas élu comme premier choix mais se sont rabattus sur lui faute de mieux.
 
Or, nombreux sont ceux qui, depuis hier, s’abandonnent dans des analyses visant à délégitimer la victoire d’Emmanuel Macron. C’est un jeu dangereux, qui fait le lit de tous ceux qui veulent briser le système actuel. Emmanuel Macron a été élu d’après les règles dictées par la Constitution et, n’en déplaise à ceux qui aimeraient en contester la finalité, il a obtenu une majorité faisant de lui le huitième président de la cinquième République.
 
Seules les élections législatives permettront de déterminer les intentions réelles des électeurs, et à ce moment-là, le soutien des Français à Emmanuel Macron pourra être analysé de façon plus sereine et plus juste. Celles et ceux qui veulent saper la légitimité du nouveau président avant même de connaître le résultat de ces élections fondamentales pour les cinq ans à venir ne sont en réalité que les pyromanes de la République.
Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L'Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

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