Vers une sixième République?

La probable élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République implique de grandes incertitudes quant à l’avenir du paysage politique français. En effet, les deux grands partis historiques de la Ve République, Les Républicains et le Parti socialiste, n’occuperont pas la fonction suprême pendant en tout cas cinq ans. C’est un revirement qui fera date dans l’Histoire politique du pays. Mais contrairement à ce qu’affirment certains commentateurs, ces deux grands mouvements ne sont pas encore définitivement sortis du jeu. Au contraire. L’échéance des élections législatives, un peu plus d’un mois après la présidentielle, décidera de la stabilité et de la gouvernabilité de la France.

Emmanuel Macron et François Bayrou (que l’on imagine bientôt premier ministre) balaient d’un revers de main le scénario selon lequel les Français ne donneront pas au futur président de la République une majorité à l’Assemblée nationale. Ce serait incohérent de la part du corps électoral, assurent-ils. Et pourtant! Le risque est sérieux. Chaque élection est différente et les gens ne votent pas à une élection présidentielle de la même façon qu’ils votent pour des parlementaires. D’autres facteurs interviennent: de nombreux députés le sont depuis des décennies parce qu’ils sont connus et appréciés des leurs dans leurs régions respectives.

Il n’est pas certain qu’un électeur ayant donné sa voix à Emmanuel Macron à la présidentielle ne glisse pas un bulletin pour élire des députés des Républicains ou du Parti socialiste pour des questions de proximité et de confiance, par exemple. Et Emmanuel Macron a promis de proposer parmi ses candidats aux législatives une moitié de nouveaux visages. C’est une belle perspective pour tenter d’apporter du sang neuf à la politique française, mais est-ce vraiment un élément qui jouera en faveur de son mouvement? Rien n’est moins sûr.

Le risque réel, c’est une fragmentation des forces politiques, sans majorité parlementaire claire, et donc un retour à la République des partis, laquelle avait conduit le Général de Gaulle à créer la Ve République. Si Emmanuel Macron tient sa promesse d’intégrer la proportionnelle, les cartes seront d’autant plus redistribuées. Il n’est pas impossible de se retrouver avec un bloc issu des diverses petites formations politiques, forcément difficile à unir pour trouver une majorité, et deux blocs constitués par les deux grands partis de la Ve République. En Suisse, nombreux sont ceux qui présagent une forme de gouvernement façon helvétique.

Je suis loin de partager cette analyse. Les institutions de la Ve République ne permettent pas de gouverner sans majorité parlementaire claire. Il ne suffira pas à Emmanuel Macron et à son gouvernement de se montrer volontaire dans la recherche de compromis. La logique des partis n’est pas la logique d’une gouvernance stable. Le 49.3, qui permet l’adoption de certaines lois sans majorité parlementaire, constituera également un risque de blocages politiques récurrents: si les partis s’accordent à voter les motions de censure, les gouvernements auront loisir de se succéder et ne faire que ça. Pour mémoire, certains gouvernements de la IIIe et de la IVe République n’ont parfois duré que quelques jours…

En Suisse, le fonctionnement de nos institutions est fondé sur le compromis, sur la multiplicité des forces politiques au pouvoir. Ce n’est pas le cas de la France pour l’instant. Les partis pourraient très bien décider de mener la vie dure à Emmanuel Macron, avec pour dessein de le pousser à démissionner. Cela ne s’est jamais vu, mais une Assemblée nationale complètement fragmentée non plus! Il ne suffira pas d’une cohabitation hasardeuse et désastreuse pour calmer les ambitions évidentes des deux grands perdants de cette présidentielle 2017. Non, leurs intérêts ne s’arrêteront pas à l’obtention de quelques portefeuilles ministériels… Ce serait politiquement incohérent.

Mais pour autant, ces incertitudes présagent de réelles conséquences sur le paysage politique français. Et si, face à une Assemblée nationale sans direction, livrée à la guerre des intérêts partisans, Emmanuel Macron décidait de fonder la VIe République, et créer des institutions qui instituent officiellement la recherche du compromis? Nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises… et tant mieux!

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L’Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

Une réponse à “Vers une sixième République?

  1. Il manque un élément dans votre analyse: le contournement du Parlement via le référendum. Si Macron secoue le cocotier politique en s’attaquant aux institutions, genre suppression du vote indirect au Sénat, réduction du nombre de parlementaires (Sénat et Assemblée), simplification des structures administratives en utilisant le référendum face à des représentants du peuple hostiles, il peut se forger une figure de réformiste sans passer par le 49.3 ni grand chambardement de la Constitution.

    Il existe un grand nombre de Français qui sont conscients d’un besoin de changement, il suffit dons de trouver les changements les plus populaires et de trouver la formule qui permette de réunir une majorité de Français pour disposer d’une image de dynamisme malgré un conflit avec l’Assemblée.

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