Presse: le débat doit avoir lieu sans tabou

Les agriculteurs remplissent nos estomacs et il est logique de protéger leurs activités. Dans ce cadre, les subventions à l’agriculture ne font pas débat. Seuls les montants et les mesures sont discutées. La presse, à sa manière, nourrit les esprits, permet le débat, favorise la diffusion des idées. Tout le monde est d’accord qu’il est essentiel d’avoir des produits de qualité dans son assiette. Ne devrait-il pas en aller de même en ce qui concerne la dimension des idées, de la culture, de la discussion?

Je ne suis pas forcément favorable à des subventions publiques pour la presse. J’y suis a priori même plutôt opposé. Mais le débat mérite d’avoir lieu, parce qu’au fond, la question qui se pose, avec le désinvestissement des éditeurs et leur politique commerciale dénuée de tout intérêt pour la matière journalistique, c’est de savoir ce que nous voulons: une activité journalistique pérenne, où la diversité des idées peut s’exprimer librement, ou une activité journalistique brisée par les pressions financières, par les menaces économiques, où la diversité se réduit à mesure que les derniers vestiges de la presse de qualité sont balayés par la logique du rendement?

Quand le directeur de Tamedia confirme que des disparitions de titres interviendront ces cinq prochaines années en Suisse romande, la gravité de la situation s’impose d’elle-même. Après la disparition de L’Hebdo, la saignée dans les effectifs du Temps, la réduction des effectifs à la Tribune de Genève et à 24 Heures l’an dernier, quelles perspectives pour les grands titres de notre région linguistique? Il est temps de mener une grande réflexion, sans tabou, sur l’avenir financier de la presse. Celle-ci doit désormais se libérer des forces de l’argent pour pouvoir mener sa mission. A moins que nous décidions de devenir des anorexiques de l’esprit. Il s’agit d’un choix de société, et il convient de prendre une décision plutôt que de laisser au temps le soin de faire son œuvre funeste.

Grégoire Barbey

Grégoire Barbey

Autodidacte, ayant débuté dans le journalisme politique et économique sans avoir emprunté un cursus universitaire traditionnel, Grégoire Barbey est journaliste freelance. Il a travaillé quatre ans au sein du journal économique et financier L'Agefi, et a également été chroniqueur à La Télé, chaîne privée valdo-fribourgeoise. Passionné par la politique, il est très actif à Genève et sur les réseaux sociaux.

Une réponse à “Presse: le débat doit avoir lieu sans tabou

  1. Excellent article! C’est certain que dans une époque comme la nôtre, c’est exactement le moment sur lequel nous devons protéger les droits de presse non seulement par principe, mais par comprendre la réalité financier auquelles ces journaux font face.

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