Relancer l’Europe par la défense

Le 4 avril 2019, 29 pays commémoreront les 70 ans d’existence de l’OTAN. En marge des célébrations qui ne manqueront pas de vanter ses mérites pour avoir assuré la paix dans le « monde libre », l’alliance transatlantique devrait être confrontée à la question de sa légitimité et, par conséquent, de son existence. Pourquoi ne pas alors la poser dès aujourd’hui en des termes simples et directs, à savoir de se demander si l’OTAN est devenue superflue ? La réponse est oui.

Nulle chance pourtant que l’Organisation du traité de l’Atlantique nord disparaisse d’un coup de baguette magique. Trop d’États y sont encore attachés pour prévoir sa fin. Elle sera maintenue en vie, car les USA, la RFA, les pays du Nord, mais aussi et surtout ceux de l’ancien pacte de Varsovie y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. A choisir entre leur appartenance à l’Union européenne et celle à l’OTAN, les ex-satellites de l’URSS n’hésiteront pas un instant à privilégier la sécurité militaire américaine à l’aide économique de l’UE. Avec pour adversaire tout désigné leur ancien « grand frère russe », ils accorderont sans cesse leur préférence aux forces occidentales et états-uniennes.

Toutefois, les données géopolitiques ont sensiblement évolué ces dernières années. Alors que nombre de membres de l’UE ne s’accommodent plus de l’autoritarisme antidémocratique de plusieurs pays d’Europe centrale, le Président des États-Unis multiplie les provocations pour asseoir un leadership que les Européens ne devraient plus admettre. Face au « make USA great again » de Donald Trump, il n’y a pas d’autre solution que de « make Europe great again » ! Et si l’Europe veut être à la hauteur de ses prétentions et de ses ambitions, il ne lui reste plus que de se doter d’une armée véritablement européenne.

Alors que la « la Communauté européenne de défense » (CED), mort-née en août 1954, n’aurait jamais été en mesure de donner à l’Europe communautaire une indépendance politique et militaire, le projet de défense continental est, aujourd’hui plus que jamais, susceptible de renaître de ses cendres. Portée par le président Emmanuel Macron, cette proposition a reçu, à la surprise presque générale, le soutien de la chancelière allemande. En effet, Angela Merkel, au terme d’une longue et brillante carrière, n’a pas laissé apparaître le moindre doute devant les parlementaires européens, en déclarant « qu’une armée commune européenne pourrait démontrer devant le monde entier qu’il n’y aura plus jamais de guerre entre les pays européens ».

Cette prise de position n’a certainement pas fait plaisir au président américain. Lui, qui a pour ambition d’affaiblir l’Europe et de lui faire payer sa sécurité, fera feu de tout bois pour diviser les États européens. Ce calcul devrait s’avérer payant, mais seulement à court terme. D’autres États membres, et non des moindres, pourraient en effet profiter de l’occasion pour fonder, selon l’expression consacrée, un « groupe pionnier ». Convaincus que la création d’une armée véritablement européenne assigne à l’Union un nouveau projet politique, ils saisiront cette chance pour constituer une « avant-garde européenne », dont l’Europe s’est trop longtemps privée depuis la signature du traité de Maastricht le 7 février 1992.

Par un curieux retournement de l’histoire, c’est donc par la défense que l’Europe pourrait connaître un nouveau départ. Alors que la Communauté de Défense de 1954 était vouée à l’échec, tant les plaies de la Seconde Guerre mondiale demeuraient encore largement ouvertes, des perspectives prometteuses s’offrent désormais à une Europe du 21e siècle qui, au-delà de sa propre réconciliation, a su se réunir autour de ses valeurs. Celles-ci ne sont toutefois pas partagées par l’ensemble des pays membres de l’UE. À ceux qui s’y reconnaissent, en revanche, s’ouvre un défi passionnant qu’ils sauront relever, à condition de réserver, dans un premier temps, une armée européenne aux États qui, comme l’Allemagne, la France ou d’autres, auront conscience de constituer le « noyau dur » du futur.

 

Gilbert Casasus

Gilbert Casasus

Gilbert Casasus est professeur ordinaire en Études européennes auprès de la Faculté des Lettres de l’Université de Fribourg. Politologue, diplômé de l’IEP de Lyon et docteur du Geschwister- Scholl-Institut de l’Université de Munich, il est spécialiste des processus historiques et politiques en Europe.

2 réponses à “Relancer l’Europe par la défense

  1. L’Europe était une belle idée des années cinquante, postwar.

    Mais comme les européens n’ont jamais existé… sauf au travers des américains, du coca, des malboros, du Mac … l’Europe n’est qu’une baudruche, percée à la ZEPPELIN, sans LED.

    Que pourrait-on bien inventer, maintenant, une barmitswa mondiale sucrée au bitcoin?

    1. Merkel, May, Leuthard, je cherche, mais aucun poste sur ces femmes d’exception, de courage????
      Bon, il est toujours plus facile de saluer les mortes… ou les connes ou encore plus les deux!

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