De la cohérence en politique étrangère

Le 12 août 2020, le Conseil Fédéral a publié le rapport de « Mise en œuvre du droit international humanitaire (DIH) par la Suisse ». Dans la préface – comme dans son interview accordée le lendemain au journal Le Temps – Ignazio Cassis explique ce qui l’a motivé à le produire. Il s’agit de « donner un signal fort à la communauté internationale pour montrer que la Suisse continue de croire fermement au DIH … Le respect, le renforcement et la promotion du DIH comptent parmi nos priorités de politique étrangère … On doit aller au-delà de la rhétorique et appliquer le DIH, sans quoi on affaiblit sa crédibilité ».

Jusqu’ici, tout va bien. Les problèmes commencent lorsque le journaliste lui fait remarquer que le Rapport sur le DIH souligne que « la Suisse s’engage pour l’élimination des armes atomiques » (p.14), mais se refuse toujours à adhérer au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), adopté par l’ONU en 2017. Deux Conseillers Fédéraux sont particulièrement impliqués dans ce blocage : la Cheffe du DDPS Viola Amherd qui d’ailleurs, lorsqu’elle était encore Conseillère Nationale, avait voté en faveur de la Motion Sommaruga du 5 juin 2018 demandant l’adhésion de la Suisse au TIAN, et le Chef du DFAE.

Tous deux avaient participé à l’élaboration d’un rapport analysant les arguments favorables et défavorables à une adhésion au TIAN. Publié fin juin 2018, ce Rapport concluait que la Suisse ne devait pas le signer. Toutefois, les faibles arguments, les nombreuses contradictions, les jugements erronés et les erreurs contenues dans ce rapport amenèrent le Conseil des Etats à adopter à son tour la Motion Sommaruga, en décembre 2018. Les mêmes faiblesses d’argumentation, le même manque de conviction et les mêmes contradictions se retrouvent dans la partie consacrée au TIAN de l’interview susmentionnée du 13 août du Chef du DFAE.

  • M. Cassis estime que, « sur la finalité, nous sommes sur la même longueur d’onde que le CICR ». A quoi sert-il d’être d’accord « sur la finalité » si on en tire aucune conséquence opérationnelle, en l’occurrence l’adhésion au TIAN ? M. Cassis ne dit-il pas dans cette même interview qu’il faut « aller au-delà de la rhétorique » ? Le CICR et la Suisse ont affirmé, lors de la Conférence du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 2010, que «l’utilisation de l’arme nucléaire viole sans exception les principes fondamentaux du DIH ». Cet élément est repris dans le Rapport sur le DIH, qui précise que «la Suisse a toujours considéré qu’un emploi de l’arme nucléaire ne pouvait guère être envisageable dans le respect des règles du DIH » (note 23 p.13). La Suisse admet donc la contradiction fondamentale entre DIH et arme nucléaire. Pourquoi dès lors M. Cassis ne va-t-il pas au-delà de la rhétorique et se contente-t-il de produire un rapport mais se refuse toujours à franchir le pas de la signature du TIAN ?
  • M. Cassis déclare aussi « qu’il ne suffit pas d’apposer sa signature au bas d’un traité à l’intitulé séduisant ». Il faut au contraire le faire, car c’est ainsi que se développe le droit international. C’est par l’adoption de traités et leur mise en œuvre que les Etats s’engagent. Cela est aussi vrai pour le désarmement nucléaire (voir les traités START, …) que pour les échanges économiques (voir nos accords bilatéraux ou notre engagement dans les structures multilatérales telles le FMI ou l’OMC). Par ailleurs, en quoi trouve-t-il l’intitulé du TIAN «séduisant » (suggérant qu’il est trompeur) ? Les traités sur les armes chimiques, biologiques ou sur les mines, …s’intitulent aussi « traités d’interdiction ». En quoi ce vocable est-il singulier pour les armes nucléaires et pas pour les autres types d’armes ?
  • M. Cassis affirme encore que « la politique de désarmement de la Confédération est très claire. Nous voulons voir si ce traité permettra de faire un pas en avant en termes d’élimination des armes nucléaires ». Il est évident que, sans adhérer au TIAN, la Suisse ne va pas aider le traité à contribuer au désarmement nucléaire. La Suisse a rapidement adhéré au traité bannissant les mines, sans assurance qu’il pouvait se révéler efficace. Pourquoi traiter les armes nucléaires différemment ? A ce jour, 44 Etats ont ratifié le TIAN. Il en manque donc 6 pour entrer en vigueur. L’objectif sera certainement atteint avant la fin de 2020. Imaginons notre cohérence et crédibilité en faveur du DIH si, à l’occasion de la Conférence du TNP de janvier 2021, la Suisse se retrouve dans le camp des pays favorables au maintien de l’arme nucléaire.

Malheureusement le chemin choisi par la Suisse depuis l’entrée en fonction de M. Cassis ne mènera nulle part. Notre pays s’est en effet joint à une Déclaration d’Etats, dotés de l’arme nucléaire, membres de l’OTAN ou souhaitant le devenir, demandant de poursuivre les efforts de désarmement. Cette Déclaration est insignifiante, car elle reprend un catalogue de mesures déjà proposées il y a dix ans – vingt-cinq ans pour certaines – et qui n’ont eu aucun effet. En se joignant à cette Déclaration, au lieu de signer le TIAN, M. Cassis fait preuve de cynisme ou de méconnaissance du dossier. Plus grave, il positionne la Suisse dans le rôle de l’«idiote utile» du point de vue des puissances nucléaires (P5).

  • M. Cassis craint aussi que le TIAN pourrait avoir des « effets collatéraux » pouvant nuire au désarmement nucléaire et qu’il pourrait être « contraire au TNP ». Il n’apporte aucun élément soutenant cette affirmation, qui dès lors est totalement gratuite. En fait, avec sa formulation sans ambiguïté sur l’abolition de l’arme nucléaire, le TIAN complète la formulation peu contraignante du TNP sur le désarmement nucléaire. C’est cela qui gêne les P5 dotés de l’arme nucléaire.
  • M. Cassis fait enfin remarquer que « peu d’Etats européens ont signé le TIAN. Ce n’est pas un hasard ». Effectivement, ce n’est pas un hasard, puisque tous ces Etats sont membres de l’OTAN, à l’exception de l’Irlande et de l’Autriche, qui sont Partenaires de l’OTAN comme la Suisse mais qui ont adhéré au TIAN.

Quant à la seconde protagoniste de ce feuilleton, Viola Amherd, elle déclarait dans le même journal Le Temps du 10 août 2020 consacré à l’achat d’avions de combat, que « la neutralité helvétique exige que nous ne nous reposions pas sur une organisation de sécurité internationale». Cette affirmation correspond parfaitement au statut de neutralité armée permanente de la Suisse. On ne peut toutefois s’empêcher de la mettre en parallèle avec une autre exprimée dans le Rapport DFAE/DDPS susmentionné de juin 2018, celui-là même qui avait conduit le Conseil Fédéral à ne pas adhérer au TIAN. A sa page 10, le rapport écrit qu’adhérer au TIAN serait risqué en termes de politique de sécurité, car « la Suisse serait juridiquement contrainte à ne pas adhérer à une alliance de défense fondée sur la dissuasion nucléaire ». Il s’agit de l’OTAN, comme le rapport l’indique plus loin.

Ces déclarations contradictoires placent la Suisse en porte-à-faux voire dans une impasse. De deux choses l’une : soit elle se garde la possibilité d’adhérer à une alliance de défense fondée sur la dissuasion nucléaire, comme l’indique le Rapport de 2018, soit elle reste neutre. Dans le premier cas, elle n’est plus neutre et, si elle souhaite adhérer à l’OTAN  ne peut logiquement adhérer au TIAN. Vu sa position au cœur de l’Europe et sous le parapluie nucléaire de l’OTAN, la Suisse n’aurait dans ce cas guère besoin de dépenser des milliards pour acheter de nouveaux avions de combat tant les scénarios d’une invasion potentielle relèveraient de la fantaisie. Dans le deuxième cas, la Suisse est neutre, comme l’affirme d’ailleurs Mme. Amherd, et ne confie pas sa sécurité une organisation de sécurité internationale comme l’OTAN. Elle est en droit dès lors d’acheter de nouveaux avions de combat pour assurer sa sécurité et peut sans problème adhérer au TIAN.

Force est de reconnaître que nous n’en sommes pas à une contradiction près dans ce dossier ! Laissons dès lors M. Cassis conclure avec le Rapport sur le DIH : « Nous voulons dire aux autres pays : voyez comment nous agissons. Certes, nous pouvons toujours faire mieux ». En effet, M. Cassis, la Suisse peut faire mieux pour être crédible et cohérente : elle doit adhérer au TIAN sans tarder !

On ne peut en même temps soutenir le DIH et ne pas tout entreprendre pour interdire les armes nucléaires. Il faut choisir!

 

Georges Martin

Georges Martin

Georges Martin est né en 1952. Après avoir obtenu sa licence de Sciences politiques à l’Université de Lausanne, il est entré au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en 1980. Les différentes étapes de sa carrière l’ont amené en Allemagne, New-York (ONU), Afrique du Sud, Israël, Canada, France, Indonésie, Kenya. Il fut Secrétaire d’Etat adjoint et Chargé de missions spéciales au DFAE.

15 réponses à “De la cohérence en politique étrangère

  1. bonjour, en écho à votre article quant aux réflexions de Mme CLAUDINE AMSTEIN, j’avais commenté ainsi l’achat d’avions de chasse par la Suisse:
    bonjour, je m’amuse à lire des “il nous faut des avions de combat, etc…” qui font comme les mirages français, quelque crash annuel, soit parce qu’une colline est trop proche, soit pour une quelconque raison, jamais matérielle, bien sûr, mais toujours humaine; pauvres pilotes dont le sérieux professionnel est dézingué à outrance, surtout lorsqu’ils ne survivent pas à l’accident ! par ailleurs un avion ennemi traverse l’espace aérien Suisse, ou Français avant même qu’une quelconque défense, les avions, n’ait le temps de réagir au point d’attaquer et de descendre la menace ! Inutilité flagrante mais besoin de prestige, de dépenses astronomiques aux dépends des budgets sociaux par exemple, et démarche de boomers avérée dans le cadre de la lutte en défense du climat; que la Suisse Romande fabrique des biens utiles à la communauté, et vote en ce sens, bientôt; bonne chance au NON (renouvellement des avions de combat helvètes)

  2. Bah, cher Georges, a force de croire qu’on a un choix illimite, comme pays gate, on finit par se couper en deux, comme les vraquiers de l’Ile Maurice (ou du Venezuela, dont curieusement, personne ne parle.

    C’est la selection des especes, comme dirait notre ami Darwin 🙂

  3. Tout cela est complexe. Si la participation au TIAN aurait pour effet que la Suisse ne pourrait pas adhérer à l’OTAN, alors vive le TIAN. Mais je préférerais encore que la Suisse n’adhère ni au TIAN ni à l’OTAN, et ce par principe de méfiance envers tout organisme multilatéral quel qu’il soit.

    Depuis que je lis votre blog, je me sens généralement en désaccord avec vous, car vous êtes un multilatéraliste à tous crins. Quant à moi, je pense que le multilateralisme est une idéologie dangereuse, mais dans certains cas, très rares, il peut se justifier d’adhérer à certaines conventions internationales utiles. Ca doit être une exception et non une règle.

    Une autre constante de votre blog est votre opposition à Ignazio Cassis. Au début j’avais tendance à déplorer vos critiques car précisément il me semblait qu’Ignazio Cassis, dont je m’apprécie pas toutes les positions, avait au moins un mérite, qui est de prendre ses distances envers certains excès du multilatéralisme.

    Mais j’ai changé d’avis au sujet de Cassis depuis ses dernières déclarations, que j’ai jugées totalement ineptes au sujet de Hong Kong et de la Chine. Comment peut-on être aussi bête ?

    Ayant, pour des raisons professionnelles, des liens avec la Chine, j’ai senti immédiatement une forte hostilité contre notre pays chez les responsables chinois qui ont très peu goûté ces déclarations irréfléchies de Cassis. J’ai dû me fendre d’une note d’explication détaillée à divers responsables avec lesquels je suis en contact, pour relativiser les dommages causé par les stupidités proférées par Cassis. Ceci a un peu calmé le jeu dans le secteur spécial qui m’intéresse à titre professionnel. Mais je peux dire que dans l’ensemble la bêtise d’Ignazio Cassis va coûter un prix incalculable aux intérêts économiques, et politiques, de la Suisse, car elle et en train de s’aliéner la bienveillance de la Chine. Il ne faudrait pas dramatiser outre mesure, mais si Cassis continue comme ça, il va réussir à ruiner complètement tout l’acquis de 70 ans de diplomatie suisse depuis Max Petitpierre. Je pèse mes mots.

    Et j’en veux pour preuve que le ministère chinois des affaires étrangères a réagi d’une manière humiliante pour notre pays. Un fonctionnaire de niveau moyen a mis les points sur les i très sèchement, en rappelant que le problème de Hong-Kong était strictement une affaire intérieure à la Chine et que monsieur Cassis ferait mieux de “chérir” (expression typiquement chinoise) l’acquis de 70 ans de bonnes relations diplomatiques entre les deux pays. Quelle humiliation pour la Suisse! Comment peut-on s’exposer à une honte pareille? C’est impardonnable.

    On se demande si monsieur Cassis se rend compte de la gravité de sa bourde. On peut en douter. Et on espère qu’il aura le bon goût de rectifier le tir au plus vite. Ou alors, c’est qu’il n’est pas notre ministre des affaires étrangères, mais bien qu’il est au service de l’oncle Sam qui actuellement veut la guerre froide avec la Chine. Cela ne doit pas être la politique de la Suisse.

    J’aimerais avoir votre avis sur ces récentes boulettes impardonnables d’Ignazio Cassis. Comment les expliquez vous ? Lui trouvez-vous des circonstances atténuantes ? Quelle devrait à votre avis la position de la Suisse par rapport à la Chine ?

    A mon avis elle devrait s’abstenir strictement de toute ingérence dans les affaires intérieures chinoises: Tibet, Hong-Kong, Taïwan. C’est se ridiculiser et péter plus haut que son cul.

  4. J’ai relu votre article. Sur la question spécifique du TIAN, si j’ai bien compris la présentation que vous en faites, on doit donner raison à Cassis et non à vous.

    Il n’est évidemment pas dans le rôle de la Suisse neutre, de faire adopter des textes ayant pour effet de faire apparaître hors la loi les grandes puissances actuellement détentrices d’armement nucléaires. Ou alors, si la Suisse signait ce genre de textes, elle ferait apparaître su grand jour que les rapports de puissance dans le monde ne l’intéressent absolument pas. Sa parole diplomatique ne pourrait donc plus jamais être prise au sérieux, car elle aurait montré que ses positions sont purement déclaratives, de simples postures morales en dehors de toute réalité politique.

    Pour la même raison, la Suisse ne peut pas défier une grande puissance comme la Chine, avec laquelle elle entretient des relations diplomatiques et dont elle a par conséquent toujours reconnu l’intégrité territoriale, en s’immisçant dans un problème interne à la souveraineté de cette grande puissance. On peut, en tant que Suisses et à titre privé, regretter les méthodes de tel ou tel état. Mais en tant que chef de la diplomatie de la Confédération, donner des leçons de morale aux grandes puissances c’est ridicule. C’est plus qu’une erreur, c’est une faute.

  5. “et péter plus haut que son cul.”
    Eh oui, mais ce n’est pas peter plus haut que son cul, mais avoir le cul entre deux chaises.

    La Suisse du beurre (qui en importe d’ailleurs) et de l’argent du beurre avec le sourire de la cremiere, j’ai peur que ce ne soit plus qu’une histoire passee, mais chut, ñopinion 🙂

    1. P.S. la Suisse, possiblement, va se delester de, non pas six, mais vingt milliards de CHF pour faire croire qu’elle est souveraine, et en pleine pandemie, mdr (comme disent les jeunes geeks)
      🙂

  6. Les temps ont changé, les Etats ne signent plus pour respecter leur engagement, mais pour la comm.
    Le truc pour donner un statut au migrant, que la Suisse n’a pas signé, est l’exemple d’une comm qu’aucun pays ne va respecter, autant dans les pays d’origines, que de destination.
    L’ONU est en mort cérébral depuis que l’occident “maître” du monde, qui a imposé des valeurs, se fait concurrencer par des pays moins démocratiques. Le respect de traités et les problèmes humanitaires n’intéressent en gros, que les européens et quelques autres pays.

    Je ne crois plus que les gouvernements européens soient toujours naïfs. Que la Suisse, signe ou pas, tout le monde s’en fout. Le multilatéralisme subsistera entre pays démocratique basé sur une même philosophie, parce que la confiance est nécessaire.

    Que faire de l’ONU qui a pu bien fonctionner dans un monde homogène (2 blocs Est-Ouest) , mais qui n’a plus de rôles dans un monde complexe à multipôles ? Les accords ne valent plus rien ou presque.
    Signer entre amis (Europe,…) a un sens, mais dans le cadre d’une ONU qui est même politisé dans les droits humains, non.
    Une Organisation de l’Europe Unie qui se donne des buts (écologie, ….) aurait du sens face à l’ONU noyauté par des intérêts nationalistes de divers pays.

    La cohérence suisse n’intéresse personne, certainement pas les grandes puissances

    1. Vous n’aimez pas l’ONU c’est évident! Je pense au contraire qu’en dépit de toutes ses tares, si elle n’existait pas il faudrait l’inventer. Vous l’écrivez, c’est une évidence que la planète ne partage pas les mêmes valeurs et que bien souvent celles qui ont été imposées, sous prétexte qu’elles étaient « universelles », sont la plupart du temps celles des vainqueurs. Ceci étant, l’ONU offre un cadre irremplaçable pour échanger, manifester nos différences, négocier, apprendre à se connaître mutuellement.

      Vous écrivez aussi que tout le monde s’en fout des accords internationaux. Je ne pense pas. Si c’était vrai, concernant celui qui fait l’objet de mon Blog, pourquoi les puissances nucléaires feraient autant de bruit contre lui? Si ce n’était qu’un bout de papier, elles ne perdraient pas une seconde à le combattre. Si elles le font, et avec détermination, c’est parce qu’elles comprennent la force de la morale internationale. Jusqu’ici elles ont réussi à faire croire que la bombe et la dissuasion nucléaire furent la raison des années de paix depuis la fin de la guerre 39-45. En réalité elle a failli provoquer à plusieurs reprises des catastrophes dont nous avons aucune idée de l’ampleur. Le TIAN ne va pas supprimer la bombe, mais, lorsqu’il aura été signé par la grande majorité des Etats de la planète, contribuer à éroder la bonne conscience des
      P 5 dotés de la bombe. C’est pourquoi les USA, la France, la GB, la Russie et la Chine s’opposent tellement à cette « petite et insignifiante » convention de l’ONU et se félicitent du revirement de la Suisse de M. Cassis qui en est le co-parent!

      1. Je ne vais pas prendre la défense de Cassis qui n’a pas brillé avec ses bourdes concernant la Chine.

        A propos, vous ne nous faites pas l’honneur de nous dire votre pensée sur ce fiasco diplomatique. Approuveriez-vous le chef du département là dessus au nom de la “morale internationale”?

        On touche ici un point où il n’y a pas de compréhension possible entre les deux points de vue antagonistes.

        Vous pensez que même si cela n’a aucun effet, il est bon que des textes “moraux” soient signés par la “communauté internationale” qui n’existe pas, et restent lettres mortes, et que des proclamations morales soient faites dans le vide, même si elles ridiculisent leurs auteurs et leur attirent l’humiliation à la face du monde (comme c’est arrivé à Cassis en Chine), car, croyez vous, ces beaux textes et ces belles proclamations morales exercent une certaine pression morale sur les états qui contreviendraient à ces textes ou ne suivraient pas les leçons de morale.

        Balivernes! On se fait des illusions si vous pensez qu’une fois les textes adoptés par l’ONU, les états visés par eux changeront d’un iota leur pratique. Pas une seule seconde, en aucune manière. D’ailleurs vous le savez très bien.

        Il y a même un état qui a l’armement nucléaire: Israël, et qui ne l’a jamais reconnu officiellement. Donc ça leur est égal, ce qu’on pense de leur action.

        Alors à quoi ça sert cette “morale” contre productive ?

        Cela ne sert à rien, sauf à enlever toute crédibilité à la négociation internationale. Car le but d’une négociation internationale n’est pas d’aligner un catalogue de voeux pieux. C’est d’obtenir un résultat politique tangible.

        Je ne pense pas qu’on rende un quelconque service à l’humanité en déconsidérant la négociation internationale. “Parce que le jour où on en aura besoin, pour traiter une crise, les négociateurs qui se seront amusés à faire des proclamations non suivies d’effet, auront perdu la crédibilité dont ils auraient besoin. Ne galvaudons pas notre crédibilité.

  7. Bon, l’auteur de ce blog veut pas commenter la politique d’Ignazio Cassis envers la Chine. Dommage. Peut-être que c’est la seule chose qu’il approuve chez Ignazio Cassisauquel il reproche par ailleurs de ne pas être suffisamment multilatéraliste. Mais on n’ira pas loin avec une politique des bons sentiments droits de la part d’un petit pays qui m’a aucun moyen d’imposer ses vues. Ca c’est certain.

    Peut-être que l’auteur de ce blog croit à l’effectivité des conventions internationales. Ha ha ha !

    1. Bonjour! Je veux bien entendu vous répondre mais avec un peu de retard (c’est encore l’été!). Oui je suis profondément multilatéraliste au moins pour 3 raisons:
      1. tout dans notre vie (qu’on le veuille ou le note ou pas), du matin jusqu’au soir et même pendant notre sommeil nous le devons à des arrangements qui ont été trouvés ensemble, donc de manière multilatérale. Alors bien sûr il ne faut pas naïvement croire que tout fonctionne à la perfection. Loin de là! Ce n’est pas parce qu’il y a de nombreux chauffards qu’il faut abolir les lois sur la circulation. Comme ce n’est pas la faute de ces dernières qu’il y a des chauffards, ce n’est pas la faute du multilatéralisme qu’il y a des dysfonctionnements.
      2. La seule option au multilatéralisme (qui est un autre mot pour coopération) est la loi de la jungle, que je souhaite pas.
      3. Les petits pays comme le nôtre sont les premières victimes des dysfonctionnements du multilatéralisme, alors que les grands seront toujours assez forts pour faire prévaloir leurs intérêts. Pour toutes ces raisons et d’autres encore la faillite du multilatéralisme ne peut pas être une option pour la Suisse, sauf si l’on souhaite la disparition de sa souveraineté.

      Concernant les déclarations de M. Cassis sur la Chine, je n’aurais qu’une chose à dire. Comme souvent avec lui, ce ne sont probablement que des paroles qui n’ont rien à voir avec un changement de politique et qui n’annoncent pas de virage de la Suisse à l’égard de ce pays. Il n’en a probablement jamais parlé avec le Conseil fédéral, seul habilité à mener notre politique étrangère. J’en veux pour preuve la gêne que ses déclarations auraient suscitée au Département de l’économie et aussi le rétropédalage (il est spécialiste de l’exercice!) de M. Cassis lui-même. Confronté à ses déclarations quelques jours plus tard, il ne les a pas démenties mais fortement atténuées (rien de nouveau…). Il a aussi annoncé qu’il attendait de ses services une stratégie sur la Chine qu’il a commandée il y a une année!

      Pour terminer: je n’ai rien contre M. Cassis personnellement (je ne le connais pas!) mais contre sa politique ou plutôt son absence de politique étrangère. En 3 ans, il n’a toujours pas réussi à remplir le costume qu’il a endossé. Un jour multilatéraliste, un jour non, un jour pour l’exportation d’armes, un jour non! Il y a quelques semaines à Minsk il était dithyrambique sur la Biélorussie (liberté de la presse, droits de l’homme..)! On cherche toujours s’il a une politique et si oui qu’elle est-elle!

      1. Ah pardon, je n’avais pas vu votre commentaire au sujet de Cassis.

        Je crois que vous avez raison. C’étaient des paroles en l’air. Cela ne changera rien à la politique très pragmatique de la Suisse envers la Chine.

        Mais cela a quand même fait du dégat. Car

        1. La Suisse a du subir une humiliation par la réaction sèche d’un représentant subalterne du ministère des affaires étrangères chinois. Les Chinois vont bouder la Suisse pendant longtemps avant que les relations soient de nouveau au beau fixe ; et

        2. parce que je constate dans mon activité professionnelle que ces déclarations vont retenir beaucoup de décideurs chinois de l’économie de faire confiance à la Suisse. Cela aura un coût économique très lourd.

        Bref, Cassis a perdu une excellente occasion de se taire.

        Concernant le multilatéralisme, on ne pourra jamais être d’accord.

        Vous nous dites: ce n’est pas parce qu’il y a des chauffards qu’on doit supprimer le code de la route. Désolé, c’est un sophisme. Le code de la route a une certaine effectivité parce qu’il est appliqué par un état sur un territoire, qui a une police et des tribunaux qui peuvent faire appliquer le code de la route. Le droit des gens ne dispose pas d’un état pour faire respecter ses règles.

        Je suis tout à fait d’accord qu’on peut s’entendre entre états civilisés sur un minimum de règles très peu nombreuses et qui font consensus. Je serais d’accord pour ce multilatéralisme a minima. Mais il est exclu de rêver à un ordre international proclamant des principes moraux, comme l’interdiction de l’arme nucléaire, si ces principes sont contraires à un intérêt jugé prépondérant par une grande puissance, ne serait-ce qu’une seule. Si on fait cela on ne peut qu’ajouter du désordre au désordre et des conflits aux conflits. Il faut s’en abstenir absolument.

        Ou alors, cela signifierait que vous appelez de vos voeux l’instauration d’un véritable gouvernement mondial , doté d’un pouvoir coercitif, et qui donc pourrait imposer le respect de son “Code de la route” international.

        Mais cela, le gouvernement mondial, nous n’en voulons pas, à aucun prix, Car nous savons d’avance que derrière la façade de cet ordre mondial des rapports de force encore plus défavorables à notre pays que ceux qui existent aujourd’hui, et encore plus opaques et arbitraires, détermineront les décisions.

        Quels pouvoirs de fait feront la loi internationale s’il y a un gouvernement mondial?

        Pendant un temps les USA ont rêvé d’être l’unique puissance hégémonique exerçant une full spectrum dominance, et pouvant donc faire la loi dans l’ordre mondial. C’aurait été atroce si ça avait duré, mais au moins l’hégémon américain aurait pu permettre au système de fonctionner, mal. Puis, rapidement, on s’est aperçu que ce serait impossible. Heureusement.

        Il faut donc renoncer définitivement au nouvel ordre mondial avec gouvernement planétaire. Et du point de vue d’un pays comme la Suisse il faut considérer un monde multipopulaire dans lequel nous pouvons jouer un rôle utile, comme la situation la plus souhaitable. Pour y jouer un rôle utile, il faut éviter toute proclamation creuse, toute gesticulation, toute posture morale, et toute politiques des bons sentiments. Ainsi nous serons respectés.

        Et de toute façon, un monde dominé par un gouvernement unique coercitif serait une dictature encore pire que les dictatures nationales ou régionales, car pour le coup on n’aurait aucun moyen d’échapper à son oppression. Un gouvernementg mondial, c’est une vision de cauchemar. Cela devrait être un principe essentiel de la politique étrangère suisse de s’opposer résolument à toute forme de projet de gouvernement mondial.

      2. Vous écrivez: au sujet d’Ignazio Cassis:

        On cherche toujours s’il a une politique et si oui qu’elle est-elle!

        Puis-je vous suggérer une piste?

        Je pense que la politique de M. Ignazio Cassis existe et elle est très simple: faire plaisir aux USA et à Israël.

        Et vous remarquerez que c’est ce qu’il fait: dans l’affaire de l’UNWRA, du TIAN, etc. Sur tous ces sujets qui intéressent directement les USA et Israël, il sait très bien ce qu’il veut faire. Et il le fait sans hésiter. Sur tous les autres sujets, he has no clue, il n’a aucune politique parce qu’il ne connait rien à la politique internationale. C’est un médecin cantonal tessinois. Alors il tâtonne, il hésite, il dit n’importe quoi, il se plante, il rétropédale. C’est ce qui vous exaspère, vous le spécialiste de la politique étrangère à Berne.

        A mon avis ce monsieur a été élu à ce poste par la volonté des Etats Unis et d’Israël et cela s’est fait par le truchement de l’UDC, qui a joué le rôle de faiseuse de rois.

        L’UDC pense que la meilleure des politiques étrangères c’est pas de politique étrangère du tout, seulement des traités commerciaux. C’est une conception qui a sa cohérence. L’UDC veut qu’on reste en dehors de l’UE et pour le reste que la Suisse défende ses intérêts commerciaux.

        Le candidat le moins gênant de ce point de vue était Cassis, car il ne faut pas oublier qu’il y avait aussi d’autres candidats en lice, comme le fumiste Maudet super euroturbo, qui heureusement s’est éliminé lui-même depuis lors de la scène politique.

        Donc Cassis a été élu par l’UDC, qui l’a presque porté à bout de bras. Et les autres partis, dont les huiles ont bien dû être travaillés au corps aussi par ceux qui avaient intérêt à l’élection de Cassis, ont consenti tacitement à ce choix afin de préserver leurs intérêts dans le jeu de la concordance.

        Et voilà comment on nomme un incompétent à latête de notre diplomatie.

        Il faut tout de même reconnaître que du temps de Giuseppe Motta, Marcel Pilet-Golaz, Max Petitpierre, et même jusqu’à Pierre Aubert, (soyons généreux), on avait des gens plus intelligents, en tous cas moins incompétents. S’agissant de Pierre Aubert, il n’était pas très intelligent mais il était très bien servi par Edouard Brunner. Donc ça n’allait pas si mal.

        Ca s’est gâté définitivement avec la belle Micheline qui, n’y connaissant rien elle-même, s’est complue dans la sottise du multilatéralisme à tous crins, l’idéologie gnan gnan du village global, et diverses aventures où elle a simplement servi les intérêts américains, comme au Kosovo. Ensuite on a eu Burkhalter, un mondialiste béat, mais intelligent, qui a jeté l’éponge quand il a compris qu’il ne pourrait aps faire passer son accord cadre. Et maintenant on nous a imposé un homme qui n’est pas à la hauteur de la fonction mais dont on a espéré qu’il nous éviterait des ennuis avec la grande puissance US. Il est tellement mauvais qu’on va regretter Micheline. C’est dire.

        On aurait besoin aujourd’hui d’un Motta, un Pilet-Golaz ou un Petitpierre. Pas des génies, sauf Pilet-Golaz qui était le plus brillant de tous, mais au moins des gens ayant conscience des intérêts suisses et de la nécessité d’une politique réaliste, sans toute cette hypocrisie des bons sentiments mondialistes multilatéralistes.

        1. Bon et pour ne pas en revenir il y a cinquante ans ou plus (comme la strategie de la defense suisse actuelle), s’il y eut bien un CF hors pair en Affaires Exterieures, c’etait bien Didier Burkhalter.

          Il a jete l’eponge, sans doute, de n’en pouvoir plus d’etre entoure de tant de cancrelats ignares!

          1. P.S. La Real Politik, c’eut ete de dire, OK UE, on s’engage a acheter un avion UE, si et au cas ou notre peuple votre contre l’immigration de masse, vous supprimez la clause guillotine, pas suffisant?

            OK, l’UE exporte plus en Suisse que le contraire, on stoppe tout?

            Mais avec les lobbyistes que l’on croit les representants de la meilleur democratie du monde, tout est possible…
            … meme des jets US et couper les ponts avec l’Europe hahahah!!!!

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